HARLE
Le harle (1) est d’une grosseur intermédiaire entre le canard et l’oie : mais sa taille, son plumage et son vol raccourci, lui donnent plus de rapport avec le canard. Le bec du harle est à-peu-près cylindrique et droit jusqu’à la pointe, comme celui du plongeon : mais il en diffère en ce que cette pointe est crochue et fléchie en manière d’ongle courbe , d’une substance dure et cornée, et en ce que les bords sont garnis de dentelures dirigées en arrière. La langue est hérissée de papilles dures et tournées en arrière comme les dentelures du bec; ce qui sert à retenir le poisson glissant, et même à le conduire dans le gosier de l'oiseau : aussi, par une voracité peu mesurée, avale-t-il des poissons beaucoup trop gros pour entrer tout entiers dans son estomac ; la tête se loge la première dans l’œsophage, et se digère avant que Île corps puisse y descendre.
Le harle nage, tout le corps submergé, et la tête seule hors de l’eau; il plonge profondément, reste long-temps sous l’eau ; et parcourt un grand espace avant de reparaître. Quoiqu'il ait les ailes courtes, son vol est rapide, etle plus souvent il file au-dessus de l’eau, et il paraît alors presque tout blanc. Cependant il a le devant du corps lavé de jaune pâle ; le dessus du cou avec toute la tête est d’un noir changeant en vert par reflets ; et la plume qui en est fine, soyeuse, longue, et relevée en hérisson, depuis la nuque jusque sur le front, grossiL beaucoup le volume de la tête. Le dos est de trois couleurs, noir, blanc et liseré de gris ; la queue est grise; les yeux, les pieds et une partie du bec sont rouges.
Le harle est, comme on voit, un fort bel oiseau; mais sa chair est sèche et mauvaise à manger. La forme de son corps est large et sensiblement aplatie sur le dos. On a observé que la trachée-artère à trois renflemens, dont le der-
(x) En anglais, goosander, et la femelle, dur-diver, sparling-foul ; en allemand, meer-rach, weltsch cent ; et, sur le lac de Constance, gan ou ganner ; en italien, autour du lac Majeur, garganey.
nier, près de la bifurcation, renferme un labyrinthe osseux : cet appareil contient de l’air que l'oiseau peut respirer sous l’eau. Le harle niche au rivage, et ne quitte pas les eaux. Ces oïseaux ne paraissent que de loin en loin dans nos provinces de France. On croit en Suisse que son apparition sur les lacs annonce un grand hiver.
Il se transporte en hiver dans des climats beaucoup plus méridionaux ; car il est du nombre des oiseaux qui viennent du Nord jusqu’en Egypte pour y passer l'hiver. |
Les harles ne sont pas plus communs en Angleterre qu’en France; et cependantils se portent jusqu’en Norwège, en Islande, et peut-être plus avant dans le Nord. On reconnaît le harle dans le geir-fugl des Islandais, auquel Anderson donne mal-à-propos le nom de vautour. Il paraît que ces oiseaux n’habitent pas constamment la côte d'Islande, puisque les habitans, à chacune de leurs apparitions, ne manquent pas d'attendre quelque grand évènement.
Dans le genre du harle, la femelle est constamment et considérablement plus petite que le mâle. Elle en diffère aussi, comme dans la plupart des espèces d'oiseaux d’eau, par ses couleurs : elle a la tête rousse et le manteau gris.