‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 21 sur 171 · PYGARGUE · texte numérisé non relu

PYGARGUE

L'espèce du pygargue (1) me paraît être composée de trois variétés, savoir : le grand pygargue, le petit pygargue et le pygargue à tête blanche. Les deux premiers ne diffèrent guère que par la grandeur, et le dernier ne diffère presque en rien du premier, la grandeur étant la même, et n’y ayant d'autre

(1) En laün, aguila albicilla, hinnularia.

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différence qu'un peu plus de blanc sur la tête et le cou. Aristote ne fait mention que de l'espèce, et ne dit rien des variétés ; ce n’est même que du grand pygargue qu'il a entendu parler, puisqu'il lui donne pour surnom le mot hinnularia, qui indique que cet oiseau fait sa proie des faons (hënnulos), c'està-dire des jeunes cerfs, des daims et chevreuils ; attribut qui ne peut convenir au petit pygargue, trop faible pour attaquer d’aussi grands animaux.

Les différences entre les pygargues et les aigles sont, 1° la nudité des jambes; les aigles les ont couvertes jusqu’au talon, les pygargues les ont nues dans toute la partie inférieure ; 2° la couleur du bec; les aigles l'ont d’un noir bleuâtre, et les pygargues l'ont jaune ou blanc; 3° la blancheur de la queue, qui a fait donner aux pygargues le nom d’aigles à queue blanche, parce qu’ils ont en effet la queue blanche en dessus et en dessous dans toute son étendue. Ils diffèrent encore des aigles par quelques habitudes naturelles; ils n’habitent pas les lieux déserts ni les hautes montagnes : les pygargues se tiennent plutôt à portée des plaines et des bois qui ne sont pas éloignés des lieux habités.

Il paraît que le pygargue, comme l'aigle commun, affecte les climats froids de préférence : on le trouve dans toutes les provinces du nord de l'Europe. Le grand pygargue est à-peu-près de la même grosseur et de la même force, si même il n’est pas plus fort que l'aigle commun : il est au moins plus carnassier, plus féroce, et moins attaché à ses petits, car il ne les nourrit pas long-temps; il les chasse hors du nid avant même qu'ils soient en état de se pourvoir; et l’on prétend que, sans le secours de l’orfraie, qui les prend alors sous sa protection, la plupart périraient. Son nid est une aire ou un plancher tout plat, comme celui du grand aigle, qui n’est abrité dans le dessus que par le feuillage des arbres, et qui est composé de petites perches et de branches qui soutiennent plusieurs lits alternatifs de bruyères et d’autres herbes. Ce sentiment contre nature qui porte ces oiseaux à chasser leurs petits avant qu'ils puissent se procurer aisément leur subsistance , et qui est commun à l'espèce du pygargue, et à celles du grand aigle et du petit aigle tacheté, indique que ces trois espèces sont plus voraces et plus paresseuses à la chasse que celle de l’aigle commun, qui soigne et nourrit largement ses petits, les conduit ensuite, les instruit à chasser et ne les oblige à s'éloigner que quand ils sont assez forts pour se passer de tout secours.

D'ailleurs, le naturel des petits tient de celui de leurs parens : les aiglons de l'espèce commune sont doux et assez tranquilles, au lieu que ceux du grand aigle et du pygargue, dès qu'ils sont un peu grands, ne cessent de se battre ct

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