‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 23 sur 171 · LES VAUTOURS · texte numérisé non relu

LES VAUTOURS

L'on a donné aux aigles le premier rang parmi les oiseaux de proie, non parce qu'ils sont plus forts et plus grands que les vautours; mais parce qu'ils sont plus généreux, c’est-à-dire moins bassement cruels; leurs mœurs sont plus fières, leurs démarches plus hardies, leur courage plus noble, ayant au moins autant de goût pour la guerre que d’appétit pour la proie : les vautours, au contraire, n’ont que l'instinct de la basse gourmandise et de la voracité; ils ne combattent guère les vivans que quand ils ne peuvent s’assouvir sur les morts.

L’aigle attaque ses ennemis ou ses victimes corps à corps; seul il les poursuit, les combat, les saisit : les vautours, au contraire, pour peu qu'ils prévoient de résistance, se réunissent en troupes comme de lâches assassins, et sont plutôt des voleurs que des guerriers, des oiseaux de carnage que des oiseaux de proie; car, dans ce genre, il n’y a qu'eux qui se mettent en nombre et plusieurs contre un; il n’y a qu'eux qui s’acharnent sur les cadavres, au point de les déchiqueter jusqu'aux os : la corruption, l'infection les attire, au lieu de les repousser. Les éperviers, les faucons, et jusqu'aux petits oiseaux montrent plus de courage; car ils chassent seuls, et presque tous dédaignent la chair morte, et refusent celle qui est corrompue.

Dans les oiseaux comparés aux quadrupèdes, le vautour semble réunir la force et la cruauté du tigre avec la lâcheté et la gourmandise du chacal, qui se met également en troupes pour dévorer les charognes et déterrer les cadavres; tandis que l'aigle a, comme nous l'avons dit, le courage, la noblesse, la magnanimilé et la munificence du lion.

On doit donc d’abord distinguer les vautours des aigles par cette différence de naturel, et on les reconnaîtra à la simple inspection, en ce qu’ils ont les yeux à fleur de tête, au lieu que les aigles les ont enfoncés dans l'orbite; la tête nue, le cou aussi presque nu, couvert d’un simple duvet, ou mal garni de quelques crins épars, tandis que l’aigle a toutes ces parties bien couvertes de plumes; à la forme des ongles, ceux des aigles étant presque demi circu'!aires, parce qu'ils se tiennent rarement à terre, et ceux des vautours étant plus courts et moins courbés; à l'espèce de duvet fin qui tapisse l’intérieur de leurs ailes, et qui ne se trouve pas dans les autres oiseaux de proie; à la partie du dessous de la gorge, qui est plutôt garnie de poils que de plumes; à leur attitude plus penchée que eelle de l'aigle, qui se tient fièrement droit, et presque pérpendiculairement sur ses pieds; au lieu que le vautour, dont la situation est à demi horizontale, semble marquer la bassesse de son caractère par la position inclinée de son corps. On reconnaîtra même les vautours de loin, en ce qu'ils sont presque les seuls oiseaux de proie qui volent en nombre, c’està-dire plus de deux ensemble, et aussi parce qu'ils ont le vol pesant, et qu'ils ont même beaucoup de peine à s'élever de terre, étant obligés de s’essayer etde s’efforcer à trois ou quatre reprises avant de pouvoir prendre leur plein essor.

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