‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 31 sur 171 · MILANS ET BUSES · texte numérisé non relu

MILANS ET BUSES

Les milans et les buses, oiseaux ignobles, immondes et lâches , doivent suivre les vautours, auxquels ils ressemblent par le naturel et les mœurs. Ceux-ci, malgré leur peu de générosité, tiennent, par leur grandeur et leur force, l’un des premiers rangs parmi les oiseaux. Les milans et les buses, qui n’ont pas ce même avan{age, et qui leur sont inférieurs en grandeur, y suppléent et les surpassent par le nombre. Partout ils sont beaucoup plus communs, plus incommodes que les vautours, ils fréquentent plus souvent et de plus près les lieux habités. Ils font leur nid dans des endroits plus accessibles; ils restent rarement dans les déserts ; ils préfèrent les plaines et les collines fertiles aux montagnes stériles. Comme toute proie leur est bonne, que toute nourriture leur convient, et que plus la terre produit de végétaux , plus elle est en même temps peuplée d'insectes, de reptiles, d'oiseaux et de petits animaux, ils établissent ordinairement leur domicile au pied des montagnes, dans les terres les plus vivantes , les plus abondantes en gibier, en volaille, en poisson. Sans être courageux , ils ne sont pas timides; ils ont une sorte de stupidité féroce qui leur

(1) Par cette habitude des ailes déployées, 1l parait encore que ces oiseaux sont du genre des

vautours, qui tous tiennent leurs ailes étendues lorsqu'ils sont posés.

donne l'air de l’audace tranquille , et semble leur ôter la connaissance du danger. On les approche, on les tue bien plus aisément que les aigles ou les vautours. Détenus en captivité, ils sont encore moins susceptibles d'éducation : de tout temps on les a proscrits, rayés de la liste des oiseaux nobles, et rejetés de l'école de Ja fauconnerie ; de tout temps on a comparé l’homme grossièrement impudent au milan, et la femme tristement bête à la buse.

Quoique ces oiseaux se ressemblent par le naturel, par la grandeur du corps, par la forme du bec, et par plusieurs autres attributs, le milan est néanmoins aisé à distinguer non-seulement des buses , mais de tous les autres oiseaux de proie, par un seul caractère facile à saisir : il a La queue fourchue ; les plumes du milieu étant beaucoup plus courtes que les autres , laissent paraître un intervalle qui s'aperçoit de loin, et lui à fait improprement donner le nom d’aigle à queue fourehue. Y à aussi les ailes proportionnellement plus longues que les buses, et le vol bien plus aisé : aussi passe-t-il sa vie dans l’air. Il ne se repose presque jamais, et parcourt chaque jour des espaces immenses; et ce grand mouvement n’est point un exercice de chasse ni de poursuite de proie, ni même de découverte, car il ne chasse pas : mais il semble que le vol soit son état naturel, sa situation favorite. L'on ne peut s'empêcher d'admirer la manière dont il l'exécute : ses ailes longues et étroites paraissent immobiles; c’est la queue qui semble diriger toutes ses évolutions, et elle agit sans cesse ; il s'élève sans efforts, il s’abaisse comme s’il glissait sur un plan incliné ; il semble plutôt nager que voler ; il précipite sa course, il la ralentit, s'arrête et reste comme suspendu ou fixé à la même place pendant des heures entières, sans qu’on puisse s'apercevoir d'aucun mouvement dans ses ailes.

Ïl n’y à dans notre climat qu'une seule espèce de milan , que nos Français ont appelé milan royal (1), parce qu’il servait aux plaisirs des princes, qui lui faisaient donner la chasse et livrer combat par le faucon ou l’épervier. On voit en effet avec plaisir cet oiseau lâche, quoique doué de toutes les facultés qui devraient lui donner du courage, ne manquant ni d'armes, ni de force , ni de légèreté, refuser de combattre, et fuir devant l’épervier , beaucoup plus petit que lui, toujours en tournoyant , et s’'élevant comme pour se cacher dans les nues, jusqu’à ce que celui-ci l’atteigne , le rabatte à coups d'ailes , de serres et de bec , et le ramène à terre, moins blessé que battu, et plus vaincu par la peur que par la force de son ennemi.

(a) En latin, milvus; en italien, »#ibio, nibbio, poyana; en espagnol, milano ; en allemand, weihe

ou weiher; en anglais, kite ou glead.

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