‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 43 sur 171 · DUC OÙ GRAND DUC · texte numérisé non relu

DUC OÙ GRAND DUC

Les poètes ont dédié l’aigle à Jupiter , et le duc à Junon : c’est en effet l'aigle de la nuit, et le roi de cette tribu d’oiseaux qui craignent la lumière du jour et ne volent que quand elle s'éteint. Le duc (1) paraît être, au premier coup-d’œil,

(1) En latin, bubo; en italien, duco, dugo; en espagnol, Euho; en allemand, vu, huhu, schuffut, OISEAUX, 6

aussi gros, aussi fort que l'aigle commun ; cependant il est réellement plus petit, et les proportions de son corps sont toutes différentes : il a les jambes, le corps et la queue plus courts que l'aigle, la tête beaucoup plus grande, les ailes bien moins longues , l'étendue du vol ou l’envergure u’étant que d'environ. cinq pieds. |

On distingue aisément le duc à sa grosse figure, à son énorme tête, anx larges et profondes cavernes de ses oreilles, aux deux aigrettes qui surmontent sa tête, et qui sont élevées de plus de deux pouces et demi; à son bec court, noir et crochu; à ses grands yeux fixes et transparens; à ses larges prunelles noires et environnées d’un cercle de couleur orangée ; à sa face entourée de poils ou plutôt de petites plumes blanches et décomposées qui aboutissent à une circonférence d’autres petites plumes frisées ; à ses ongles noirs, très forts et très crochus ; à son cou très court; à son plumage d’un roux brun taché de noir etde jaune sur le dos, et de jaune sur le ventre, marqué de taches noires ettraversé de quelques bandes brunes , mêlées assez confusément; à ses pieds couverts d’un duvet épais et de plumes roussâtres jusqu'aux ongles (1); enfin à son cri effrayant huëhou, houhou , bouhou, pouhou, qu'il faitretentir dans le silence de la nuit, lorsque tous les autres animaux se taisent, et c’est alors qu'il les éveille, les inquiète, les poursuit et les enlève, ou les met à mort pour les dépecer et les emporter dans les cavernes qui lui servent de retraite : aussi n’habite-t-il que les rochers ou les vieilles tours abandonnéesetsituées au-dessus des montagnes. Il descend rarement dans les plaines et ne se perche pas volontiers sur les arbres, mais sur les églises écartées et sur les vieux châteaux. He

Ses chasses les plus ordinaires sont les jeunes lièvres, les lapins, les taupes, les mulots, les souris, qu’il avale tout entières, et dont il digère la substance charnue , vomit le poil, les os et la peau en pelotes arrondies. Il mange aussi les chauves-souris, les serpens, les lézards, les crapauds, les grenouilles, el en nourrit ses petits : il les chasse avec tant d'activité, que son nid regorge de provisions ; il en rassemble plus qu'aucun autre oiseau de proie.

On garde ces oiseaux dans les ménageries à cause de leur figure singulière.

blu, becghu, huhuy, hub, huo, puhi; en anglais, great horn-owl, eagle-owl. On l'appelle aussi en français, grand hibou cornu; en quelques endroits de l'Italie, barbagianni; en quelques endroits de la France, /arbaian.

(2) La femelle ne diffère du mâle qu'en ce que les plumes sur le corps, les ailes et la queue, sont d'une couleur plus sombre.

L'espèce n’en est pas aussi nombreuse en France que celle des autres hiboux, etil n’est pas sûr qu'il reste au pays toute l’année; ils y nichent cependant quelquefois sur des arbres creux, et plus souvent dans des cavernes de rochers, ou dans des trous de hautes et vieilles murailles. Leur nid a près de trois pieds de diamètre; il est composé de petites branches de bois sec entrelacées de racines souples, et garni de feuilles en dedans. On ne trouve souvent qu'un œuf ou deux dans ce nid, et rarement trois: la couleur de ces œufs tire un peu sur celle du plumage de l'oiseau ; leur grosseur excède celle des œufs de poule.

Les petits sont très voraces , et les pères et mères très habiles à la chasse, qu’ils font dans le silence et avec beaucoup plus de légèreté que leur grosse corpulence ne paraît le permettre ; souvent its se battent avec les buses, et sont ordinairement les plus forts et les maîtres de la proie qu’ils leur enlèvent. Ils supportent plus aisément la lumière du jour que les autres oiseaux de nuit ; car ilssortent de meilleure heure le soir, etrentrent plus tard le matin. On voit quelquefois le duc assailli par des troupes de corneilles, qui le suivent au volet l’environnent par milliers; ils soutientleur choc, pousse des cris plus forts qu'elles, el finit par les disperser, et souvent par en prendre quelqu'une lorsque la lumière du jour baisse. | |

Quoiqu'ils aient les ailes plus courtes que la plupart des oiseaux de haut vol, . ils ne laissent pas de s’élever assez haut, surtout à l'heure du crépuscule; mais ordinairement ils ne volent que bas et à de petites distances dans les autres heures du jour. |;

On se sert du duc dans la fauconnerie pour attirer le milan. On attache au . duc une queue de renard, pour rendre sa figure encore plus extraordinaire ; il vole à fleur de terre, et se pose dans la campagne, sans se percher sur aucun arbre. Le milan qui l’aperçoit de loin , arrive et s'approche du duc, non pas pour le combattre ou l’attaquer, mais comme pour l’admirer, etil se tient auprès de lui assez long-temps pour se laisser tirer par le chasseur, ou prendre par les oiseaux de proie qu'on lâche à sa poursuite.

Les hibous, ainsi que les chouettes, qui composent le genre entier des oiseaux de proie nocturnes, diffèrent des oiseaux de proie diurnes :

1° Par le sens de la vue, qui est excellent dans ceux-ci, et qui paraît fort obtus dans les autres, parce qu’il est trop sensible et trop affecté de l'éclat de la lumière; on voit, en effer, leur pupille , qui est très large, se rétrécir au grand jour d’une manière différente de celle des chats. La pupille des oiseaux de nuit reste toujours ronde en se rétrécissant concentriquement, au lieu que celle des chats devient perpendiculairement étroite et longue ;

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