HIBOU OU MOYEN DUC
Le hibou (1), ofus, ou moyen duc, a, comme le grand duc, les oreilles fort ouvertes et surmontées d’une aigrette composée de six plumes tournées en
(4) En latin, asio ou otus ; en italien, gufo, barbagianni ; en espagnol , mochuelo ; en allemand, ohr-eule où rautz-eule , ohrreutz , hautz-lein ; en anglais, korn-owl.
Il est plus commun en France et en Italie qu'en Angleterre. On le trouve très fréquemment en Bourgogne , en Champagne, en Sologne, et dans les montagnes de l'Auvergne.
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avant; mais ces aigrettes sont plus courtes que celles du grand duc, et n'ont suère plus d'un pouce de longueur; elles paraissent proportionnées à sa taille ,: car il ne pèse qu'environ dix onces et n’est pas plus gros qu’une corneille : il forme donc une espèce évidemment différente de celle du grand due, qui est gros comme une oie, et de celle du scops ou petit duc, qui n’est pas plus grand qu'un merle, et qui n’a au-dessus des oreilles que des aigrettes très courtes. Je fais cette remarque, parce qu’il y a des naturalistes qui n’ont regardé le moyen et le petit duc que comme de simples variétés d’une seule et même espèce.
Le moyen duc a environ un pied de longueur de corps, depuis le bout du bec jusqu'aux ongles, trois pieds de vol ou d'envergure, et cinq ou six pouces de longueur de queue;ila le dessus de la tête, du cou, du dos et des ailes rayé de gris, de roux et de brun; la poitrine et le ventre sont roux, avec des bandes brunes irrégulières et étroites ; le bec est court et noirâtre ; les yeux sont d’un beau jaune; les pieds sont couverts de plumes rousses jusqu’à l’origine des ongles, qui sont assez grands et d’un brun noirûâtre.
L'espèce en est commune et beaucoup plus nombreuse dans nos climats que celle du grand duc, qu’on n’y rencontre que rarement en hiver; au lieu que le moyen duc y reste toute l’année, et se trouve même plus aisément en hiver qu’en été. Il habite ordinairement dans les anciens bâtimens ruinés, dans les cavernes des rochers, dans le creux des vieux arbres, dans les forêts en montagnes, et ne descend guère dans les plaines. Lorsque d’autres oiseaux l’attaquent, il se sert très bien et des griffes et du bec; il se retourne aussi sur le dos pour se défendre, quand il est assailli par un ennemi trop fort.
Il paraît que cet oiseau, qui est commun dans nos provinces d'Europe, se trouve aussi en Asie. |
Il y à dans cette espèce plusieurs variétés, dont la première se trouve en Italie. Ce hibou d'Italie est plus gros que le hibou commun, eten diffère aussi par les couleurs.
Ces oiseaux se donnent rarement la peine de faire un nid, ou se l’épargnent en entier. Ils pondent ordinairement quatre ou cinq œufs; et leurs petits, qui sont blancs en naissant, prennent des couleurs au bout de quinze jours.
Comme ce hibou n’est pas fort sensible au froid , qu'il passe l'hiver dans notre pays, et qu’on le trouve en Suède comme en France, il a pu passer d’un continent à l’autre. Il paraît qu’on le retrouve en Canada et dans plusieurs autres endroits de l'Amérique septentrionale, il se pourrait même que le hibou de la Caroline, décrit par Catesby , et celui de l'Amérique méridionale, indi-
qué par le père Feuillée, ne fussent que des variétés de notre hibou , produites par la différence des climats, d'autant qu'ils sont à très peu près de la même grandeur, et qu'ils ne diffèrent que par les nuances et la distribution des couleurs. |
On se sert du hibou et du chat-huant pour attirer les oiseaux à la pipée; et l'on a remarqué que les gros oiseaux viennent plus volontiers à la voix du hibou, qui est une espèce de cri plaintif ou de gémissement grave et allongé, elow , cloud, qu'il ne cesse de répéter pendant la nuit, et que les petits oiseaux viennent en plus grand nombre à celle du chat-huant, qui est une voix haute, une espèce d'appel, Acho , hoho.
Tous deux font pendant le jour des gestes ridicules et bouffons en présence des hommes et des autres oiseaux. Aristote n’attribue cette espèce de talent-ou de propriété qu'auhibou ou moyen duc, otos; Pline la donne au scops, et appelle ces gestes bizarres motus satyricos : mais ce scops de Pline est le même oiseau que l’otos d’Aristote ; car les Latins confondaient sous le même nom scops, l’otos et le scops des Grecs, le moyen duc et le petit duc, qu'ils réunissaient sous une seule espèce et sous le même nom, en se contentant d’avertir qu'il existait néanmoins des grands scops et des peuits.
C’est en effet au hibou, ofus, au moyen duc, qu'il faut principalement appliquer ce que disent les anciens de ces gestes bouffons et mouvemens satyriques ; et comme de très habiles physiciens naturalistes ont prétendu que ce n’était point au hibou , mais à un autre oiseau d’un genre tout différent, qu'on appelle {a demoiselle de Numidie, qu’il faut rapporter ces passages des anciens, nous ne pouvons nous dispenser de discuter ici cette question, et de relever cette erreur.
Ce sont les anatomistes de l'académie des sciences qui, dans la description qu'ils ont donnée de la demoiselle de Numidie, ont voulu établir cette opinion, et s'expriment dans les termes suivans: « L'oiseau, disent-ils, que nous décrivons est appelé demoiselle de Numidie, parce qu'il vient de cette province « d'Afrique, et qu'il a certaines façons par lesquelles on à trouvé qu’il semblait « imiter les gestes d’une femme qui affecte de la grâce dans son port et dans son « marcher, qui semble tenir souvent quelque chose de la danse. Il y a plus de « deux mille ans que les naturalistes qui ont parlé de cet oiseau l'ont désigné « par cette particularité de l’imitation des gestes et des contenances de la « femme. Aristote lui à donnéle nom de bateleur , de danseur et de bouf- « fon, contrefaisant ce qu’il voit faire... Il y à apparence que cet oiseau dan- « seur et bouffon était rare parmi les anciens, parce que Pline croit qu'il est