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Ces deux caractères suffisent pour distinguer le petit duc (1) du moyen et du grand duc ; et on le reconnaîtra encore aisément à la tête, qui est proportionnellement plus petite par rapport au corps que celle des deux autres, et encore à son plumage plus également bigarré et plus distinctement tacheté que celui des autres : car tout son corps est très joliment varié de gris, de roux, de brun et de noir; et ses jambes sont couvertes, jusqu’à l’origine des ongles, de plumes d’un gris roussàtre, mêlé de taches brunes. Il diffère aussi des deux autres par le naturel, car ilse réunit en troupe en automne et au printemps, pour passer dans d’autres climats ; il n’en reste que très peu, ou point du tout, en hiver, dans nos provinces, et on les voit partir après les hirondelles et arriver à-peu-près en même temps.
Quoiqu'’ils habitent de préférence les terrains élevés, les scops se rassem-blent volontiers dans ceux où les mulots se sont le plus multipliés, et ils y font un grand bien par la destruction de ces animaux, qui se multiplient toujours trop, et qui, dans de certaines années, pullulent à un tel point qu’ils dévorent toutes les graines et toutes les racines des plantes les plus nécessaires à la nourriture et à l'usage de l’homme. On a souvent vu, dans le temps de cette espèce de fléau, les petits ducs arriver en troupe, et faire si bonne guerre aux mulots, qu’en peu de jours ils en purgent la terre.
Les hibous ou moyens ducs se réunissent aussi quelquefois en troupes de plus de cent; nous en avons été informés deux fois par des témoins oculaires : mais ces assemblées sont rares , au lieu que celles des scops ou petits ducs se font tous les ans. D’ailleurs, c’est pour voyager qu'ils semblent se rassembler ; et il n’en reste point au pays; au lieu qu’on y trouve des hibous ou moyens ducs en tout temps : il est même à présumer que les petits ducs font des voyages de long cours, et qu'ils passent d’un continent à l’autre.
L'oiseau de la Nouvelle-Espagne indiqué par Nieremberg, sous le nom de talchicuaili, est ou de la même espèce, ou d’une espèce très voisine de celle du scops ou petit duc. Au reste, quoiqu'il voyage par troupes nombreuses, il est assez rare partout et difficile à prendre; on n’a jamais pu m'en procurer ni les œufs ni les petits, et on a même de la peine à l’indiquer aux chasseurs , qui le confondent toujours avec la chevêche, parce que ces deux oiseaux sont à-peu-près de la même grosseur, et que les petites plumes éminentes qui dis-
(1) En lan, asio; en italien, zivetta ou zuetta; alochavello, chivino; en allemand, stock-eule; en
anglais, little horn-owl.
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tinguent le petit duc sont très courtes , et trop peu apparentes pour faire un caractère qu’on puisse reconnaître de loin. |
Au reste, la couleur de ces oiseaux varie beaucoup suivant l’âge et le climat, et peut-être le sexe : ils sont tous gris dans le premier âge; il y en a de plus bruns les uns que les autres quand ils sont adultes. La couleur des yeux paraît suivre celle du plumage ; les gris n’ont les yeux que d’un jaune très pâle, les autres les ont plus jaunes ou d’une couleur de noisette plus brune : mais ces légères différences ne suffisent pas pour en faire des eRREE distinctes et séparées.
Le scops se tient pendant l'été dans les bois, toujours dans des arbres creux; quelquefois il s'approche en hiver de nos habitations. Il chasse et prend les petits oiseaux, plus encore les mulots et les campagnols; il les avale tout entiers, et en rend aussi par le bec les peaux roulées en pelotons. Lorsque la chasse de la campagne ne lui produit rien, il vient dans les granges pour y chercher des souris et des rats, retourne au bois de grand matin, à l'heure de la rentrée des lièvres ; se fourre dans les taillis les plus épais ou sur les arbres les plus feuillés, et y passe tout le jour sans changer de lieu; dans la mauvaise saison, cet oiseau demeure dans les arbres creux pendant le jour , et n’en sort qu’à la nuit. Ces habitudes lui sont communes avec le hibou ou moyen due,
aussi bien que celle de pondre leurs œufs dans des nids étrangers, surtout
dans ceux des buses, des crécerelles , des corneilles et des pies : il fait ordinairement quatre œufs d’un gris sale , de forme arrondie, el à-peu-près aussi gros que ceux d’une petite poule.