‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 54 sur 171 · LA — ST 22) IN NN · texte numérisé non relu

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d'avril, elle ne paraît guère dans chaque pays qu’à l'époque ordinaire (1). On en voit quelquefois voler à travers les flocons d’une neige très épaisse. Elles souffrirent beaucoup, comme on sait, en 1740 : elles se réunissaient en assez grand nombre sur une rivière qui bordait une terrasse appartenant alors à M. Hébert, et où elles tombaient mortes à chaque instant; l’eau était couverte de leurs petits cadavres. Ce n’était point par l’excès du froid qu’elles périssaient; toul annonçait que c’élail faute de nourriture : celles qu'on ramassait étaient de la plus grande maigreur, et l’on voyait celles qui vivaient encore se fixer aux murs de la terrasse dont j'ai parlé, et pour dernière ressource , saisir avidement les moucherons desséchés qui pendaient à de vieilles toiles d'araignées.

Il semble que l’homme devrait accueilir, bien trailer un oiseau qui lui annonce la belle saison, et qui d’ailleurs lui rend des services réels ; il semble au moins que ses services devraient faire sa süreté personnelle, et cela a lieu à l'égard du plus grand nombre des hommes, qui le protègent quelquefois jusqu’à la superstition (2) : mais il s’en trouve trop souvent qui se font un amusement inhumain de le tuer à coups de fusil, sans autre motif que celui d'exercer ou de perfectionner leur adresse sur un but très inconstant, très mobile, par conséquent très difficile à atteindre; et ce qu'il y à de singulier, c’est que ces oiseaux innccens paraissent plutôt attirés qu'effrayés par les coups de fusil, et qu'ils ne peuvent se résoudre à fair l’homme, lors même qu'il leur fait une guerre si cruelle et si ridicule. Cette guerre est plus que ridicule, car elle est contraire aux intérêts de celui qui la fait, par cela seul que les hirondelles nous délivrent du fléau des cousins, des charançons et de plusieurs autres insectes destructeurs de nos potagers, de nos moissons, de nos forêts, et que ces insectes se multiplient dans un pays, et nos pertes avec eux, en même proportion que le nombre des hirondelles et autres insectivores y diminue.

L'expérience de Frisch , et quelques autres semblables (3), prouvent que les

(1) Pline dit que César fait mention d’hirondelles vues le 8 des calendes de mars. Mais c’est un fait unique , et peut-être étaient-ce des hirondelles de rivage.

(2) On a dit que ces hirondelles étaient sous la protection spéciale des dieux pénales; que lorsqu’elles se sentaient maltraitées, elles allaient piquer les mamelles des vaches, et leur faisaient perdre leur lait : c'étaient des erreurs, mais des erreurs utiles.

(3) Dans un château près d'Épinal en Lorraine, on attacha, il y a quelques années, au pied d'une de ces hirondelles , un anneau de fil de laiton, qu’elle rapporta fidèlement l’année suivante.

Hecrkens, dans son poème intitulé Zirundo, cite un autre fait de ce genre,

mêmes hirondelles reviennent aux mêmes endroits : elles n'arrivent que pour faire leur ponte, et se mettent tout de suite à l'ouvrage.

Elles construisent chaque année un nouveau nid, et l’établissent au-dessus de celui de l’année précédente, si le local le permet. J'en ai trouvé dans un tuyau de cheminée, qui étaient ainsi construits par étages; j'en comptai jusqu’à quatre les uns sur les autres, tous quatre égaux entre eux, maçonnés de terre gàchée avec de la paille et du crin. Il y en avaitde deux grandeurs et de deux formes différentes : les plus grands représentaient un demi-cylindre creux (1), ouvert par le dessus, d'environ un pied de hauteur, ils occupaient le milieu des parois de la cheminée ; les plus petits occupaient les angles, et ne formaient que le quart d’un cylindre, ou même d’un cône renversé. Le premier nid, qui était le plus bas, avait son fond maçonné comme le reste; mais ceux des étages supérieurs n'étaient séparés des inférieurs que par leur matelas, composé de paille, d'herbe sèche et de plumes.

Dans cette espèce, comme dans la plupart des autres, c’est le mâle qui chante: mais la femelle n’est pas absolument muette : son gazouillement ordinaire semble même prendre alors de la volubilité. Ils font deux pontes par an: la première d'environ cinq œufs ; la seconde de trois. Ceux que j'ai vus étaient blancs.

Tandis que la femelle couve, le mâle passe la nuit sur le bord du nid. Il dort peu; car on l'entend babiller dès l’aube du jour, et il voltige presque jusqu’à la nuit close. Lorsque les petitssont éclos, les père et mèreleur portent sans cesse à manger, et ont grand soin d'entretenir la propreté dans le nid, jusqu’à ce que les petits, devenus plus forts, sachent s'arranger de manière à leur épargner cette peine. Mais ce qui est plus intéressant, c’est de voir les vieux donner aux jeunes les premières leçons de voler, en les animant de la voix, leur présentant d’un peu loin la nourriture, et s’éloignant encore à mesure qu'ils s’avancent pour la recevoir; les poussant doucement et non sans quelque inquiétude hors du nid, jouant devant eux et avec eux dans l'air, comme pour leur offrir un secours toujours présent, et accompagnant leur action d’un gazouillement si expressif, qu'on croirait en entendre le sens. On jugera avec quelle passion les hirondelles aiment leur géniture, si l’on se rappelle ce que dit Boerhaave d’un de ces oiseaux qui étant allé à la provision, et trouvant à son retour la maison où était son nid embrasée, se jeta autravers des flammes pour porter nourriture el secours à ses pelits.

(x) Frisch dit que l'oiseau donne à son nid cette forme circulaire, ou plutôt demi cireulaire, en prenant son pied pour centre,

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Les hirondelles de cheminée ont le cri d’assemblée, le cri du plaisir, le cri d’effroi, le cri de colère, celui par lequel la mère avertit sa couvée des dangers qui menacent, et beaucoup d’autres expressions composées de toutes celles-là , ce qui suppose une grande mobilité dans leur sens intérieur.

Ces oiseaux vivent d'insectes ailés qu’ils happent en volant; mais comme ces insectes ont le vol plus ou moins élevé, selon qu'il fait plus ou moins chaud, il arrive que, lorsque le froid ou la pluie les rabat près de terre et les empêche même de faire usage de leurs ailes, ces oiseaux rasent la terre et cherchent ces insectes sur les tiges des plantes, sur l’herbe des prairies et jusque sur le pavé de nos rues; ils rasent aussi les eaux et s’y plongent quelquefois à demi en poursuivant les insectes aquatiques; et, dans les grandes disettes , ils vont disputer aux araignées leur proie jusqu'au milieu de leurs toiles, et finissent par les dévorer elles-mêmes. Dans tous les cas, c’est la marche du gibier qui détermine celle du chasseur.

On trouve dans leur estomac des débris de mouches, de cigales, de scarabées , de papillons, et même de petites pierres, ce qui prouve qu'elles ne prennent pas toujours les insectes en volant, et qu’elles les saisissent quelquefois étant posées. En effet, quoique les hirondelles de cheminée passent la plus grande partie de leur vie dans l'air, elles se posent assez souvent sur les toits , les cheminées, les barres de fer, et même à terre et sur les arbres.

Dans notre climat, elles passent souvent les nuits, vers la fin de l'été, perchées sur des aunes au bord des rivières ; on a remarqué que les branches qu’elles adoptent pour y passer ainsi la nuit meurent et se dessèchent.

Quoiqu’en général ces hirondelles soient des oiseaux de passage, même en Grèce et en Asie, on peut bien s’imaginer qu’il en reste quelques-unes pendant l'hiver, surtout dans les pays tempérés où elles trouvent des insectes. On dit qu’elles paraissent rarement dans l’île de Malte. (1)

(x) En l’année 1779, l'hiver fut sans neige, et le printemps très beau ; néanmoins ces hirondelles. v'arrivèrent en Bourgogne que le 9 avril, et sur le lac de Genève que le 14. On dit qu'un cordonnier de Bâle ayant mis à une hirondelle un collier sur lequel était écrit :

Hirondelle, Qui es si belle, Dis-moi, l’hiver où vas-tu?

recut le printemps suivant, et par le même courrier, cette réponse à sa demande : A Athènes, - Chez Antoine.

Pourquoi t'en informes-lu ?

Ce qu'il y a de plus probable dans cette anecdote, c’est que les vers furent faits en Suisse.

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On s’est quelquefois servi, et l’on pourrait encore se servir avec le même succès de ces oiseaux pour faire savoir très promptement des nouvelles intéressantes : il ne s’agit que d’avoir à sa disposition une couveuse prise sur ses œufs et apportée de l'endroit même où l’on veut envoyer un avis, et de la lâcher avec un fil à la patte, noué d’un certain nombre de nœuds, teint d’une certaine couleur, d’après ce qui aura été convenu; cette bonne mère prendra aussitôt son essor vers le pays où est sa couvée, et portera avec une célérité incroyable les avis qui lui auront été confiés.

L'hirondelle de cheminée a la gorge, le front et deux espèces de sourcils d’une couleur aurore ; tout le reste du dessous du corps blanchâtre avec une teinte de ce même aurore ; tout le reste de la partie supérieure de la tête et du corps d’un noir bleuàtre éclatant; les pennes des ailes, suivant les différentes incidences de la lumière , tantôt d’un noir bleuàtre, tantôt d’un brun verdâtre ; les pennes de la queue noiràtres avec des reflets verts ; le bec noir au dehors, jaune au dedans ; le palais et les coins de la bouche jaunes aussi, et les pieds voirâtres. Dans les mâles, la couleur aurore de la gorge est plus vive, et le blanc du dessous du corps a une légère teinte de rougeâtre.

Le poids moyen de toutes les hirondelles que j'ai pesées, est d'environ trois gros ; elles paraissent plus grosses à l'œil, et cependant elles pèsent moins que les hirondelles de fenêtre.

Comme j'ai trouvé que dans les quadrupèdes, il y a des espèces dont le sang se refroidit et prend à-peu-près le degré de la température de l'air, et que c’est ce refroidissement de leur sang qui cause l’état de torpeur et d’engourdissement où ils tombent pendant l'hiver: j'ai pensé qu’il devait aussi se trouver, parmi les oiseaux , quelques espèces sujettes à ce même état d’engourdissement causé par le froid.

J'ai donc fait des recherches pour connaître quelles peuvent être ces espèces sujettes à l'engourdissement ; eu pour savoir si l’hirondelle était du nombre, j'en ai fait enfermer quelques-unes dans une glacière où je les ai tenues plus ou moins de temps : elles ne s’y sont point engourdies; la plupart y sont mortes, et aucune n’a repris de mouvement aux rayons du soleil; les autres, qui n’avaient souffert le froid de la glacière que pendant peu de temps, ont conservé leur mouvement, et en sont sorties bien vivantes.

J'ai conclu de ces expériences que cette espèce d’hirondelle n’est point sujette à l’état de torpeur ou d’engourdissement, que suppose néanmoins et très nécessairement le fait de leur séjour au fond de l’eau pendant l'hiver. D'ailleurs, M. Adanson m'a positivement assuré que, pendant le séjour assez long

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qu'il a fait au Sénégal , il avait vu constamment les hirondelles à longue queue, c'est-à-dire nos hirondelles de cheminée, dont il est ici question, arriver au Sénégal dans la saison même où elles partent de France, et quitter les terres du Sénégal au printemps.

On ne peut donc guère douter que cette espèce d’hirondelle ne passe en effet d'Europe en Afrique en automne, et d'Afrique en Europe au printemps; par conséquent elle ne s'engourdit, ni ne se cache dans des trous, ni ne se jette dans l'eau à l'approche de l'hiver ; d'autant qu'il y à un autre fait qui prouve que celte hirondelle n’est point sujette à l’engourdissement par le froid , et qu’elle en peut supporter la rigueur jusqu’à un certain degré, au-delà duquel elle périt.

En effet, si l’on observe ces oiseaux quelque temps avant leur départ, on les voit d'abord vers la fin de la belle saison voler en famille, le père, la mère et les petits; ensuite plusieurs familles se réunir et former successivement des troupes d'autant plus nombreuses que le temps du départ est plus prochain ; partir enfin presque toutes ensemble en trois ou quatre jours à la fin de septembre ou au commencement d'octobre : mais il en reste quelques-unes, qui ne partent que huit jours, quinze jours, trois semaines après les autres, et

quelques-unes encore qui ne partent point et meurent aux premiers grands

froids ; ces hirondelles qui retardent leur voyage sont celles dont les petits ne sont pas encore assez forts pour les suivre. Celles dont on a détruit plusieurs fois les nids après la ponte, et qui ont perdu du temps à les reconstruire et à pondre une seconde ou une troisième fois, demeurent par amour pour leurs

petits, et aiment mieux souffrir l'intempérie de la saison que de les abandon-

ner : ainsi elles ne partent qu'après les autres, ne pouvant emmener plus tôt leurs petits, ou même elles restent au pays pour y mourir avec eux.

Il paraît donc bien démontré par ces faits, que les hirondelles de cheminée passent alternativement et successivement de notre climat dans un climat plus chaud ; dans celui-ci pour y demeurer pendant l'été, et dans l’autre pour y passer l'hiver; et que par conséquent elles ne s’engourdissent pas. Mais, d’un autre côté, que peut-on opposer aux témoignages assez précis des gens qui ont vu des hirondelles s’attrouper et se jeter dans les eaux à l'approche de l'hiver, qui non-seulement les ont vues s’y jeter, mais en ont vu tirer de l’eau, et même de dessous la glace avec des filets ? que répondre à ceux qui les ont vues dans cét état de torpeur reprendre peu-à-peu le mouvement et la vie dès qu'on les mettait dans un lieu chaud , et en les approchant du feu avec précaution ?

Je ne trouve qu’un moyen de concilier ces faits : c'est de dire que l’hirondelle

qui s’engourdit n’est pas la même que celle qui voyage; que ce sont deux es-

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pèces différentes que l’on a pas distinguées, faute de les avoir soigneusement comparées. Celte erreur est assez naturelle, et doit être d'autant plus fréquente que les choses sont moins connues, plus éloignées, plus difficiles à observer. Je présume donc qu’il y a une espèce d'oiseau voisine de celle de l’hirondelle, qui s’engourdit en effet; et c’est vraisemblablement le petit martinet, Ou peutêtre l’hirondelle de rivage. Il faudrait donc faire sur ces espèces , pour reconnaître si leur sang se refroidit, les mêmes expériences que j'ai faites sur l’hirondelle de cheminée, Ces recherches ne demandent, à la vérité, que des soins et du temps; mais malheureusement le temps est de toutes les choses celle qui nous appartient le moins et nous manque le plus.

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