‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 59 sur 171 · A RES · texte numérisé non relu

A RES

il n’y en avait que trois qui eussent la forme régulière d'un nid en coupe, et dont les matériaux fussent plus ou moins entrelacés ; ils l’étaient plus régulièrement qu'ils ne le sont communément dans les nids des moineaux ; ceux des martinets contenaient plus de mousse et moins de plumes, et en général ils sont moins volumineux.

Vers le milieu de juin , les petits commencent à voler et quittent bientôt le nid ; après quoi les père et mère ne paraissent plus s'occuper d'eux. Les uns et les autres sont couverts d’une vermine qui ne paraît pas les incommoder beaucoup.

Ces oiseaux sont bons à manger, comme tous les autres de la même famille, lorsqu'ils sont gras ; les jeunes surtout, pris au nid, passent en Savoie et dans le Piémont pour un morceau délicat. Les vieux sont difficiles à tirer, à cause de leur vol également élevé et rapide; mais comme , par un effet de cette rapidité même , il ne peuvent aisément se détourner de leur route, on en tire parti pour” les tuer, non-seulement à coups de fusil, mais à coups de baguette; toute la difficulté est de se mettre à portée d’eux et sur leur passage , en montant dans un clocher , sur un bastion, etc. ; après quoi il ne s’agit plus que de les attendre et de leur porter le coup lorsqu'on les voit venir directement à soi ou bien lorsqu'ils sortent de leur trou.

Dans l'ile de Zante , les enfans les prennent à la ligne; ils se mettent aux fenêtres d’une tour élevée, et se servent pour toute amorce, d'une plume que ces oiseaux viennent saisir pour porter à leur nid : une seule personne en prend de cette manière cinq ou six douzaines par jour. On en voit beaucoup sur les ports de mer : c’est là qu’on peut les ajuster plus à son aise, et que les bons tireurs en démontent toujours quelques-uns.

Les martinets craignent la chaleur , et c’est par cette raison qu’ils passent le milieu du jour dans leur nid, dans les fentes de muraille ou de rocher , entre l’entablement et les derniers rangs de tuiles d’un bâtiment élevé ; le matin et le soir il vont à la provision, ou voltigent sans but et par le seul besoin d’exercer leurs ailes : ils rentrent le matin sur les dix heures, lorsque le soleil paraît, et le soir, une demi-heure après son coucher.

Ils vont presque toujours en troupes plus ou moins nombreuses, tantôt décrivant, saps fin, des cercles dans des cercles sans nombre, tantôt suivant à rangs serrés la direction d’une rue , tantôt tournant autour de quelque grand édifice en criant tous à-la-fois de toutes leurs forces; souvent ils planent sañs remuer les ailes, puis tout-à-coup ils les agitent d’un mouvement fréquent et précipité. On connaît assez leurs allures ; mais on ne connaît pas si bien leurs intentions.

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Dès les premiers jours de juillet, on aperçoit parmi ces oiseaux un mouvement qui annonce le départ; leur nombre grossit considérablement, et c’est du 10 au 20, par des soirées brûlantes, que se tiennent les grandes assemblées ; ces assemblées sont fort nombreuses. Après le coucher du soleil, ils se divisent par petits pelotons, s'élèvent au haut des airs en poussant de grands cris, et pren- . nent un vol tout autre que leur vol d’amusement. On les entend encore longte mps après qu’on à cessé de les voir, et ils semblent se perdre du côté de la campagne. Ils vont sans doute passer la nuit dans les bois : car on sait qu'ils y nichent , qu’ils y chassent aux insectes ; que ceux quise tiennent dans la plaine pendant le jour , et même quelques-uns de ceux qui habitent la ville, s’'approchent des arbres sur le soir, et y demeurent jusqu’à la nuit. Les martinets, habitans des villes, s’assemblent aussi bientôt après , et tous se mettent en route pour passer dans des climats moins chauds. Plusieurs naturalistes prétendent . qu'ils s’engourdissent dans leur trou pendant l'hiver ; mais cela ne peut avoir lieu dans nos climats, puisqu'ils s’en vont long-temps avant l'hiver; èt même avant la fin des plus grandes chaleurs de l'été. Je puis assurer d’ailleurs que je n’en ai pas trouvé un seul dans les nids que j'ai fait enlever vers le milieu d’avril, douze ou quinze jours avant leur première apparition.

Le martinet n’a point de ramage ; il n’a qu'un cri ou plutôt un sifflement … aigu , dont les inflexions sont peu variées; et il ne le fait guère entendre qu’en volant. Dans son trou, c’est-à-dire dans son repos, il est tout-à-fait silencieux; il semble qu’il craindrait en élevant la voix, dese déceler.

Des oiseaux dont le vol est si rapide ne peuvent manquer d’avoir la vue perçante. Mais tout a ses bornes, et je doute qu'ils puissent apercevoir une mouche à la distance d’un demi-quart de lieue, comme dit Belon, c’est-àdire de vingt-huit mille fois le diamètre de cette mouche, en lui supposant neuf lignes d'envergure ; distance neuf fois plus grande que celle où l’homme qui aurait la meilleure vue pourrait l’apercevoir. Les martinets ne sont pas seulement répandus dans toute l'Europe, M. le vicomte de Querhoënt en a vu au cap de Bonne-Espérance, et je ne doute pas qu'ils ne se trouvent aussi en Asie, et même dans le nouveau continent.

Si l’on réfléchit un moment sur ce singulier oiseau , on reconnaîtra qu’il a une existence en effet bien singulière et toute partagée entre les extrêmes opposés du mouvement et du repos; on jugera que privé tant qu'il vole ( et il vole long-temps ) des sensations du tact, ce sens fondamental , il ne les retrouve que dans son trou ; que là elles lui procurent, dans le recueillement, des jouissances préparées, comme toutes les autres, par l'alternative des pri-

vations: enfin l’on verra que son caractère est un mélange assez naturel de défiance et d’étourderie. Sa défiance se marque par toutesles précautions qu’il prend pour cacher sa retraite, dans laquelleil se trouve réduit à l’état de reptile, sans défense , exposé à toutes les insultes : il y entre furtivement, il y reste long-temps ; il en sort à l’improviste ; il y élève ses petits dans le silence; mais, lorsque ayant pris son essor il a le sentiment de sa vitesse et la conscience de sa supériorité sur les autres habitans de l'air, alors il devient étourdi, téméraire; il ne craint plus rien , parce qu’il se croit en état d'échapper à tous les dangers, et souvent comme on l’a vu, il succombe à ceux qu’il aurait évités facilement s’il eût voulu s’en apercevoir ou s’en défier.

Quoique les hirondelles des deux continens ne fassent qu’une seule famille, et qu'elles se ressemblent toutes par les formes et les qualités principales , cependant il faut avouer qu’elles n’ont pas toutes le même instinct ni les mêmes habitudes naturelles. Dans notre Europe et sur les frontières de l’Afrique et del’Asie les plus voisines de l’Europe, elles sont presque toutes de. passage. Au cap de Bonne-Espérance et dans l'Afrique méridionale, une partie seulement est de passage, et l’autre sédentaire. A la Guiane, où la température est

.assez uniforme, elles restent toute l’année dans les mêmes contrées, sans avoir pour cela les mêmes allures: car les unes ne se plaisent que dans les endroits habités et cultivés ; les autres se tiennent indifféremment autour des habitations ou dans la solitude la plus sauvage ; les unes dans les lieux élevés , les autres sur les eaux; d’autres paraissent attachées à certains cantons par préférence,

. et aucune de ces espèces ne construit son nid avec de la terre comme les

nôtres: mais il y en a qui nichent dans des arbres creux, comme nos martinets, et d’autres dans des trous en terre comme nos hirondelles de rivage.

On peut remarquer comme une variété dans cette espèce, la salangane petite hirondelle de rivage fort célèbre, et dont la célébrité est due aux nids singuliers qu'elle sait construire. Ces nids se mangent et sont fort recherchés, soit à la Chine, soit dans plusieurs autres pays voisins situés à cette extrémité de l'Asie. C’est un morceau très estimé, très cher, et qui par conséquent a été très altéré , très falsifié, ce qui, joint aux fables diverses dont on a chargé l'histoire de ces nids, n’a pu qu'y répandre beaucoup d’obscurité.

Celui de la salangane est un nid véritable, construit par la petite hirondelle qui porte le nom de salangane aux îles Philippines. Les écrivains ne sont d'accord ni sur la matière de ce nid , ni sur sa forme. ni sur les endroits où on le trouve: les uns disent que les salanganes l’attachent aux rochers, fort

TE — ; > près du niveau de la mer; les autres, dans les creux de ces mêmes rochers ; d'autres , qu’elles les cachent dans des trous en terre.

Quant à la forme de ces nids, les uns assurent qu’elle est hémisphérique,; les autres disent qu'ils ont plusieurs cellules; que ce sont comme de grandes coquilles qui.y sont attachées, et qu'ils ont, ainsi que les coquilles, des stries ou rugosités.

A l'égard de leur matière, les uns prétendent qu’on n’a pu la connaître jusqu’à présent; les autres, que c'est une écume de mer ou du frai de poisson; les uns, qu’elle est fortement aromatique; les autres, qu'elle n’a aucun goût; d’autres, que c’est un suc recueilli par les salanganes sur l'arbre appelé calambouc; d’autres, une humeur visqueuse qu'elles rendent par le bec; d’autres, qu’elles les composent de ces holothuries qui se trouvent dans ces mers. Le plus grand nombre s'accorde à dire que la substance de ces nids est transparente et semblable à la colle de poisson; ce qui est vrai.

Les pêcheurs chinois assurent, suivant Kœmpfer, que ce qu’on vend pour ces nids, n’est autre chose qu'une préparation faite avec la chair des polypes. Enfin Kœæmpfer ajoute qu’en effet cette chair de polypes, marinée suivant une recette qu’il donne, a la même couleur et le même goût que ces nids. Il est bien prouvé, par toutes ces contrariétés, qu’en différens temps et en différens pays, on à regardé comme nids de salangane différentes substances, soit naturelles, soit artificielles. |

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