‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 58 sur 171 · ET MARTINET À VENTRE NOIR · texte numérisé non relu

ET MARTINET À VENTRE NOIR

Le martinet noir est plus gros que nos autres hirondelles, et pèse dix à douze gros ; il a l’œil enfoncé, la gorge d'un blanc cendré ; le reste du plumage noirâtre, avec des reflets verts ; la teinte du dos et des couvertures inférieures de la queue plus foncée ; celles-ci vont jusqu’au bout des deux pennes intermédiaires ; le bec est noir, les pieds de couleur de chair rembrunie; le devant et le côté intérieur du tarse sont couverts de petites plumes noirâtres. ;

Les oiseaux de cette espèce sont de véritables hirondelles, et, à bien des : égards, plus hirondelles, si j'ose ainsi parler, que les hirondelles mêmes; car non-seulement ils ont les principaux attributs qui caractérisent ce genre, mais ils les ont à l'excès: leur cou, leur bec et leurs pieds sont plus courts, leur tête et leur gosier plus larges ; leurs ailes plus longues; ils ont le vol plus élevé, plus rapide que ces oiseaux, qui volent déjà si légèrement. Îls volent par nécessité, car d'eux-mêmes ils ne se posent jamais à terre , el lorsqu'ils y tombent par quelque accident, ils ne se relèvent que très difficilement dans un terrain plat; à peine peuvent-ils, en se traînant sur une petite motte, en grim- . pant sur une taupinière ou sur une pierre , prendre leurs avantages assez pour mettre en jeu leurs longues ailes.

C’est une suite de leur conformation : ils ont le tarse fort court; et lorsqu'ils sont posés, ce Larse porte à terre jusqu’au talon, de sorte qu'ils sont à-peu-près couchés sur le ventre et que, dans cette situation , la longueur de leurs ailes devient pour eux un embarras plutôt qu’un avantage, et ne sert qu’à leur donner un inutile balancement de droite et de gauche. Si tout le terrain était uni et sans aucune inégalité les plus légers des oiseaux deviendraient les plus pesans des reptiles; et s’ils se trouvaient sur une surface dure et polie, ils seraient privés de tout mouvement progressif; tout changement de place leur serait interdit.

La terre n’est pour eux qu'un vaste écueil, et ils sont obligés d'éviter cet

écueil avec le plus grand soin. Ils n’ont guère que deux manières d’être, le mouvement violent ou le repos absolu : s'agiter avec effort dans le vague de l'air ou rester blottis dans leur trou, voilà leur vie : le seul état intermédiaire qu'ils connaissent, c'est de s’accrocher aux murailles et aux troncs d'arbres tout près de leur trou, et de se traîner ensuite dans l'intérieur de ce trou en rampant, en s'aidant de leur bec et de tous les points d'appui qu'ils peuvent se faire. Ordinairement ils y entrent de plein vol ; et après avoir passé et repassé plus de cent fois devant ce trou, ils s’y élancent tout-à-coup;, et d’une telle vitesse, qu’on les perd de vue, sans savoir où ils sont allés : on serait presque tenté de croire qu'ils deviennent invisibles.

Ces oiseaux sont assez sociables entre eux ; mais ils ne le sont point du tout avec les autres espèces d’hirondelles, avec qui ils ne vont jamais de compagnie : aussi en diffèrent-ils pour les mœurs et le naturel. On dit qu’ils ont peu d’instinct: ils en ont cependant assez pour loger dans nos bâtimens sans se mettre dans notre dépendance, pour préférer un logement sûr à un logement plus commode ou plus agréable. Ce logement est un trou de muraille dont le fond est plus large que l’entrée, le plus élevé est celui qu’ils aiment le mieux, parce que son élévation fait leur sûreté; ils le vont chercher jusque dans les ‘clochers et les plus hautes tours , quelquefois sous les arches des ponts; d’autres fois dans des arbres creux, ou däns des berges escarpées à côté des martins-pêcheurs, des guépiers et des hirondelles de rivage. Lorsqu'ils ont adopté un de ces trous, ils y reviennent tous les ans, et savent bien le reconnaître, quoiqu'il n’ait rien. de remarquable. On les soupçonne, avec beaucoup de vraisemblance, de - s'emparer quelquefois des nids des moineaux ; et quand à leur retour ils trouvent les moineaux en possession du leur, ils viennent à bout de se le faire rendre sans beaucoup de bruit.

Les martinets sont, de tous les oiseaux de passage, ceux qui, dans notre pays, arrivent les derniers et s’en vont les premiers. D’ordinaire ils commencent à paraître sur la fin d'avril ou au commencement de mai, et ils nous quittent. avant la fin de juillet. Leur marche est moins régulière que celle des autres hirondelles, et paraît plus subordonnée aux variations de la température.

On en voit quelquefois dès le 20 avril; mais ces premiers venus sont des passagers qui vont plus loin: les domiciliés ne reviennent guère prendre possession de leur nid avant les premiers jours de mai. Leur retour s'annonce par de grands cris. Ils entrent assez rarement deux en même temps dans le même trou : et ce n’est pas sans avoir beaucoup voltigé auparavant : plus rarement ces deux sont suivis d’un troisième ; mais ce dernier ne s’y fixe jamais.

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Buffon fitenlever en différens temps et en différens endroits dix ou douze nids de martinets : il trouva dans tous à-peu-près les mêmes matériaux, et des matériaux de toute espèce , de la paille avec l’épi, de l'herbe sèche, de là mousse, du chanvre, des bouts de ficelle, de fil et de soie, un bout de queue d’hermine, de petits morceaux de gaze, de mousseline et autres étoffes légères, des plumes d'oiseaux domestiques, de perdrix , de perroquets; du charbon, en un mot tout ce qui peut se trouver dans les balayures des villes.

Comment, dit-il, des oiseaux qui ne se posent jamais à terre viennent-ils à bout d’amasser tout cela ? Un observateur célèbre soupçonne qu’ils enlèvent ces matériaux divers en rasant la surface du terrain, de même qu’ils boivent en rasant la surface de l’eau. Frisch croit qu’ils saisissent dans l'air ceux qui sont portés jusqu’à eux par quelque coup de vent, mais on sent bien qu'ils ne peuvent se procurer que fort peu de chose de cette dernière façon. Je trouve beaucoup plus vraisemblable ce que m'ont dit quelques gens simples , témoins oculaires, qui avaient vu fort souvent les martinets sortir des nids d’hirondelles et de moineaux, emportant des matériaux dans leurs petites serres; et ce qui augmente la probabilité de cette observation, c’est que les nids des martinets Soht composés des mêmes choses que ceux des moineaux ; et que l’on sait d’ailleurs que les martinets entrent quelquefois dans les nids des petits oiseaux pour manger les œufs, d’où l’on peut juger qu’ils ne se font pas faute de piller le nid quand ils ont besoin de matériaux. A l'égard de la mousse qu'ils emploient en assez grande quantité, il est possible qu'ils la prennent avec leurs petites serres qui sont très fortes, sur le tronc des arbres, où ils savent fort bien s’accrocher, d'autant plus qu'ils nichent aussi, comme on sait, dans les arbres creux.

Ces oiseaux, pendant leur court séjour dans notre pays n’ont que le temps de faire une seule ponte; elle est communément de einq œufs blancs, pointus, de forme très allongée. Lorsque les petits ont percé la coque, bien différens des petits des autres hirondelles , ils sont presque muets et ne demandent rien : heureusement leur père et mère entendent le cri de la nature , et leur donnent tout ce qu'il leur faut. Ils ne leur portent à manger que deux ou trois fois par jour ; mais à chaque fois ils reviennent au nid avec une ample provision, ayant leur large gosier rempli de mouches, de papillons, de scarabées, qui s’y prennent comme dans une nasse ; mais une nasse mobile, qui s’avance à leur rencontre et les engloutit. [is vivent aussi d'araignées qui se trouvent dans leurs urous et aux environs: leur bec a si peu de force, qu'ils ne peuvent s’en servir pour briser cette faible proie , ni même pour la serrer et l’assujettir.

| De sept nids trouvés sous le cintre d’un portail d'église à quinze pieds du sol,

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