‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 78 sur 171 · PIE · texte numérisé non relu

PIE

Le colibri-topaze paraît être, même indépendamment des deux longs brins de sa queue, le plus grand des oiseaux-mouches. Nous dirions qu’il est aussi le plus beau, si tous ces oiseaux brillans par leur beauté n’en disputaient le prix, et ne semblaient l'emporter tour-à-tour à mesure qu’on les admire. La taille du colibri-topaze , mince , svelte, élégante, est un peu au-dessous de celle de notre grimpereau. La longueur de l'oiseau , prise de la pointe du bec à celle de la vraie queue, est de près de six pouces ; les deux longs brins l’excèdent de deux pouces et demi. Sa gorge et le devant du cou sont enrichis d’une plaque topaze du plus grand brillant ; cette couleur , vue de côté, se change en vert doré , et, vue en dessous , elle paraît d’un vert pur ; une coiffe d’un noir velouté couvre la tête ; un filet de ce même noir encadre la plaque topaze ; la poitrine, le tour du cou et le haut du dos sont du plus beau pourpre foncé ; le ventre est d’un pourpre encore plus riche , et brillant de reflets rouges et dorés ; les épaules et le bas du dos sont d’un roux aurore ; les

grandes pennes de l’aile sont d’un brun violet; les petites pennes sont rousses ; la couleur des couvertures supérieures et inférieures de la queue est d’un vert doré, ses pennes latérales sont rousses , et les deux intermédiaires sont d’un brun pourpré: elles portent les deux longs brins , qui sont garnis de roue barbes de près d’une ligne de large de chaque côté.

La disposition naturelle de ces longs brins est de se croiser un peu au-delà de l'extrémité de la queue, et de s’écarter ensuite en divergeant. Ces brins tombent dans la mue; et dans ce temps, le mâle, auquel seul ils appartiennent, ressemblerait à la femelle, s’il n’en différait par d’autres caractères. La femelle n'a pas la gorge topaze, mais seulement marquée d’une légère trace de rouge; de même, au lieu du beau pourpre et du roux de feu du plumage du mâle, presque tout celui de la femelle n’est que d’un vert doré. Ils ont tous deux les pieds blancs. |

‘Aussi brillant, aussi léger que l’oiseau-mouche, et vivant comme lui sur les fleurs , le colibri est paré de même de tout ce que les plus riches couleurs ont d’éclatant, de moelleux , de suave : et ce que nous avons dit de la beauté de l’oiseau-mouche , de sa vivacité , de son vol bourdonnant et rapide, de sa constance à visiter les fleurs , de sa manière de nicher et de vivre, doit s’appliquer également au colibri: un même instinct anime ces deux charmans oiseaux ; et comme ils se ressemblent presqu'en tout, souvent on les a confondus sous un même nom.

Celui de colibri est pris de la langue des Caraïbes. Cependant ils diffèrent les uns des autres par un caractère évident et constant : cette différence est dans le bec. Celui des colibris , égal et filé, légèrement renflé par le bout, n’est pas droit comme dans l’oiseau-mouche, mais courbé dans toute sa longueur: il est aussi plus long à libris paraît plus allongée que celle des oiseaux-mouches ; ils sont aussi géné-

proportion. De plus, la taille svelte et légère des co-

ralement plus gros : cependant il y a de LUS colibris moindres que les grands oiseaux-mouches.

Tous les naturalistes attribuent avec raison aux colibris et aux oiseauxmouches la même manière de vivre , et l’on a également contredit leur Opinion sur ces deux points; mais les mêmes raisons que nous avons déjà déduites y font tenir , et la ressemblance de ces deux oiseaux en tout le reste, garantit le témoignage des auteurs qui leur attribuent le même genre de vie.

Il n'est pas plus facile d'élever les petits du colibri que ceux de l’oiseau-

mouche ; aussi délicats , ils périssent de même en captivité. On a vu le père et la mère , par audace de tendresse, venir jusque dans les mains du ravisseur,

nus... ai

porter de la nourriture à leurs petits. Labat nous en fournit un exemple assez intéressant pour être rapporté.

« Je montrai, dit-il, au P. Montdidier, un nid de colibris qui était sur un

appentis auprès de la maison ; il lemporta avec les petits, lorsqu'ils eurent « quinze ou vingt jours, et le mit dans une cage à la fenêtre de sa chambre, « oùle pèreet la mère ne manquèrent pas de venir donner à manger à leurs « enfans, et s’apprivoisèrent tellement, qu'ils ne sortaient presque plus de la « chambre, où , sans cage, et sans contrainte , ils venaient manger et dormir

avec leurs petits. Je les ai vus souvent tous quatre sur le doigt du P. Montdi- « dier, chantant comme s'ils eussent été sur une branche d'arbre. Il les nourris- « sait avec une pâtée très fine et presque claire , faite avec du biscuit, du vin « d'Espagne et du sucre. Ils passaient leur langue sur cette pâte, et quandils « étaient rassasiés, ils voltigeaient et chantaient.... Je n’ai rien vu de plus « aimables que ces quatre petits oiseaux , qui voltigeaient de tous côtés dedans « et dehors de la maison, et qui revenaient dès qu’ils entendaient la voix deleur « père nourricier. »

Marcgrave qui ne sépare pas les colibris des oiseaux-mouches, ne donne à tous qu'un même petit cri. Thevet et Léry assurent seul que leur gonambouch , chante de manière à le disputer au rossignol; et ce n’est que d’après eux que Coréal et quelques autres on répété la même chose: mais il y a toute apparence que c’est une méprise.

Il ne paraît pas que les colibris s’avancent aussi loin dans l'Amérique sep-

. tentrionale que les oiseaux-mouches ; du moins Catesby n’a vu à la Caroline

qu’une seule espèce de ces derniers oiseaux ; et Charlevoix, qui prétend avoir trouvé un oiseau-mouche au Canada, déclare qu’il n’y a point vu de colibris. Cependant ce n’est pas le froid de cette contrée qui les empêche d’y fréquenter en été; car ils se portent assez haut dans les Andes pour y trouver ure température déjà froide. M. de la Condamine n’a vu nulle part des colibris en plus grand nombre que dans les jardins de Quito, dontle climat n’est pas bien chaud. C’est donc à 20 ou 21 degrés de température qu’ils se plaisent; c’est là que , dans une suite non interrompue de jouissances et de délices, ils volent de la fleur épanouie à la fleur naissante , et que l’année composée d’un cercle entier de beaux jours , ne fait pour eux qu’une seule saison de bonheur.

-MANUCODE.

Le manucode, que je nomme ainsi d’après son nom indien ou plutôt supersütieux manucodiata, qui signifie oiseau de Dieu, est appelé communément le roi des oiseaux de paradis; c’est sur des récits fabuleux de Marius que Clusius tirases principales observations. S'il faut en croire ces narrations, chacune des deux espèces d'oiseaux de paradis avait son roi, à qui tous les autres paraissaient obéir avec beaucoup de soumission et de fidélité ; et ce roi volait toujours au-dessus de la troupe, planait sur ses sujets , delà , il leur donnait ses ordres pouraller reconnaître les fontaines où l’on pouvait aller boire sans danger, en en faisant l’épreuve sur eux-mêmes , etc. Quoi qu’il en soit, ce prétendu roi a plusieurs traits de ressemblance avec l'oiseau de paradis , etil s’en distingue aussi par plusieurs différences.

L'oiseau de paradis a, comme le manucode , la tête petite et couverte d’une espèce de velours, les yeux encore plus petits , situés au-dessus de l’angle de l'ouverture du bec, les pieds assez longs et assez forts, les couleurs du plumage changeantes, deux filets à la queue à-peu-près semblables, excepté qu'ils sont plus courts et que leur extrémité , qui est garnie de barbe, fait la boucle en se roulant sur elle-même; elle est ornée de miroirs semblables en petit à ceux du paon. Il a aussi sous l’aile , de chaque côté , un paquet de sept ou huit plumes plus longues que dans Ia plupart des oiseaux, mais moins longues et d’une autre forme que dans l'oiseau de paradis , puisqu'elles sont garnies dans toute leur longueur de barbes adhérentes entre elles. Les autres différences sont que le manucode est plus petit, qu'il a le bec blanc et plus long à proportion , les ailes aussi plus longues , la queue plus courte et les narines couvertes de plumes.

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