‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 83 sur 171 · MAS EE · texte numérisé non relu

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que depuis le lever du soleil jusqu’à neuf ou dix heures du matin ; après quoi ils se séparent pour tout le reste de la journée et pour la nuit suivante. En général , ils préfèrent les terrains humides et frais aux endroits plus secs et plus chauds ; cependant ils ne fréquentent ni les marais ni le bord des eaux.

ROI DES FOURMILLIERS.

Le roi des fourmilliers est le plus grand et le plus rare de tous les oiseaux de ce genre : on ne le voit jamais entroupes, et très rarement par paires ; on lui a donné son nom, parce qu'il est presque toujours seul parmi les autres qui sont en nombre, et qu'il est plus grand qu'eux. Nous avons d'autant plus de raison d'en faire une espèce particulière et différente de toutes les autres, que cette affectation avec laquelle ii semble fuir tous les autres oiseaux et même ceux de son espèce, est assez extraordinaire. Il a le bec d’une grosseur et d’une forme différente de celle du bec de tous les autres fourmilliers : mais il à plusieurs habitudes communes avec ces mêmes oiseaux. Ce roi des fourmilliers se tient presque toujours à terre, eLil est beaucoup moins vif que les autres, qui l’en- vironnent en sautillant; il fréquente les mêmes lieux et se nourrit de même d'insectes , et surtout de fourmis. La femelle est, comme dans toutes les autres espèces de ce genre, plus grosse que le mâle.

Cet oiseau, mesuré du bout du bec à l'extrémité de la queue, a sept pouces et demi de longueur. Son bec est brun , un peu crochu, long de quatorzelignes, et épais de cinq lignes à sa base, qui est garnie de petites moustaches, les ailes pliées aboutissent à l'extrémité de la queue, qui n’a que quatorze lignes de longueur ; les pieds sont bruns , et longs de deux pouces.

Le dessous du corps est varié de roux brun, de noirâtre etde blanc, et c’est la première de ces couleurs qui domine jusqu’au ventre, où elle devient moins foncée , et où le blanchâtre est la couleur dominante ; deux bandes blanches descendent des coins du bec, et accompagnent la plaque de couleur sombre de la gorge et du cou : on remarque sur la poitrine une tache blanche à -peu-

près triangulaire: le roux brun est la couleur du dessus du corps; il est nuancé de noirâtre et de blanc, excepté les reins et la queue, où il est sans mélange.

Les fourmilliers sont des oiseaux de la Guiane qui ne ressemblent à aucun de ceux de l’Europe, ils me paraissent former un nouveau genre, qui est entièrement dù aux recherches de M. de Manoncourt. Cet habile observateur a bien voulu-me communiquer toutes les observations qu'il a faites dans ses voyages au Sénégal et en Amérique: c’est de ces mêmes observations que j'ai tiré l'histoire de la description de plusieurs oiseaux, et en particulier celle des fourmilliers. |

L'on a remarqué qu'ils ne se perchaient point ou très peu , et qu'ils couraient à terre comme les perdrix. i

Ils ont pour principaux caractères extérieurs , les jambes longues , la queue et les ailes courtes, l’ongle du doigt postérieur plus arqué et plus long que les antérieurs, le bec droit et allongé, la mandibule supérieure échancrée à son extrémité, qui se courbe à sa jonction avec la mandibule inférieure , qu’elle déborde d’environ une ligne ; la langue courte et garnie de petits filets cartilagineux et charnus vers sa pointe.

En général , les fourmilliers se tiennent en troupes et se nourrissent de petits insectes , et principalement de fourmis, lesquelles , pour la plupart, sont assez semblables à celles d'Europe. On rencontre presque toujours ces oiseaux à terre , c’est-à-dire, sur les grandes fourmillières, qui, dans l’intérieur de la Guiane, ont ordinairement plus de vingt pieds de diamètre. Ces insectes par leur multitude presque infinie, sont très nuisibles aux progrès de la culture, et même à la conservation des denrées dans cette partie de l'Amérique méridionale.

Dans les terres basses , humides et mal peuplées du continent de l'Amérique méridionale , les reptiles et les insectes semblent dominer par le nombre sur toutes les autres espèces vivantes. Il y a dans la Guiane et au Brésil des fourmis en si grand nombre , que, pour en avoir une idée , il faut se figurer des aires de quelques toises de largeur sur plusieurs pieds de hauteur ; et ces monceaux immenses, accumulés par les fourmis, sont aussi remplis, aussi peuplés, que nos petites fourmilières , dont les plus grandes n’ont que deux ou trois pieds de diamètre , en sorte qu’une seule de ces fourmilières d'Amérique peut équivaloir à deux ou trois cents de nos fourmilières d'Europe : et non-seulement ces magasins, ces nids formés par ces insectes en Amérique , excèdent prodigieusement ceux de l'Europe par la grandeur , mais ils les excèdent en-

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core de beaucoup par le nombre. Il y a cent fois plas de fourmilières dass les terres désertes de la Guiane que dans aucune contrée de notre continent; et comme il est dans l’ordre de la nature que les unes deses productions servent à la subsistance des autres, on trouve dans ce même climat des quadrupèdes et des oiseaux qui semblent être faits pour se nourrir de fourmis.

L’on distingue plusieurs espèces dans ces oiseaux mangeurs de fourmis; et, quoique différentes entre elles, on les trouve assez souvent réunies dans le même lieu : on voit ensemble ceux des grandes et ceux des petites espèces, et aussi Ceux qui ont la queue un peu longue et ceux qui l'ont très courte.

Tous ces oiseaux ont les ailes et la queue fort courtes, ce qui les rend peu propres pour le vol, elles ne leur servent que pour courir et sauter légèrement sur quelques branches peu élevées. On ne les voit jamais voler en plein air: ce n’est pas faute d'agilité, car ils sont très vifs et presque toujours en mouvement ; mais c’est faute des organes ou plutôt des instrumens nécessaires à l’exécution du vol, leurs ailes et leur queue sont trop courtes pour pouvoir les soutenir et les diriger-dans un vol élevé et continu.

La voix des fourmilliers est très singulière; its font entendre un cri qui varie dans les différentes espèces , mais qui, dans plusieurs , a quelque chose de fort extraordinaire, comme on le verra dans la description de chaque espèce particulière.

Les environs des lieux habités ne leur conviennent pas; les insectes dont ils font leur principale nourriture s’y trouvent avec moins d’abondance: aussi ces oiseaux se tiennent-ils dans les bois épais et éloignés , et jamais dans lé$ savanes ni dans les autres lieux découverts et encore moins dans ceux qui sont voisins des habitations. Ils construisent avec des herbes sèches , assez grossièrement entrelacées , des nids hémisphériques , de deux , trois où quatre pouces de diamèure ; ils attachent ces nids ou les suspendent par les deux côtés sur des arbrisseaux , à deux ou trois pieds au-dessus de terre : les femelles y déposent trois à quatre œufs presque ronds.

La chair de la plupart de ces oiseaux n’est pas bonne à manger; elle a un goût huileux et désagréable , et le mélange digéré des fourmis et des autres insectes qu'ils avalent, exhale une odeur infecte lorsqu'on les ouvre.

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