DORA
" Ma chérie,^ disais-je'^ un jour à Dora, penses-tu que Marie Anne^ ait aucune idée de l'heure (qu'il est)?" — "Pourquoi (ça), Doady?" demanda Dora, en levant les yeux innocemment de sur son dessin. — " Parce qu'il est cinq heures, ma chérie, et nous devions diner à quatre heures." Dora regarda la pendule d'un air pensif, et murmura * qu'elle devait avancer. " Au contraire, mon amour, dis-je, en consultant ^ ma montre, elle retarde de quelques minutes." Ma petite femme vint s'asseoir sur mes genoux, pour me cajoler et me faire taire, et avec son crayon me dessina une ligne du haut en bas du nez ; mais cela ne me suffisait pas comme dîner, quelque agréable que ce(la) me fût.^ " Ne penses-tu pas, rna chérie, repris-je, qu'il vaudrait mieux en faire la remarque" à Marie Anne?" — "Oh non! je t'en prie; je ne le pourrais pas, Doady ! " dit Dora. — " Pourquoi pas, mon amour ? " demandai-
1 Mon petit chou. - dis-je. ' Marianne.
^ et se hasarda à répondre. ^ en tirant. ^ bien que ce fût très
agréable. ' faire des remontrances.
:.l KKV TC) ALTl l{N.\ri\ r. FAIHACTS
je doucement. "Oh, parce que je suis une petite sotte, dit Dora, et elle le sait bien :''..." Mais, mon amour,'' dis-je. — " Non, non, je t'en prie, cria Dora en m'embrassant : ne sois pas un vilain Barbe-Bleue I Ne sois pas scricux ! "^ ' no prends |)as Ion air scricux.
UNE QUERKl.l.K DOMESTIQUE
\'oilà une heure qu'on vous attend pour dîner,* mon ami.' --"J'en suis bien fâché,- mais pourquoi ave/vous attendu? Mais (regardant à sa montre) il nest que .six heures et demie à ma montre." — " Il est sept heures à la mienne." Ils se présentèrent leurs montres (respectives), lui d'un air contrit, elle d'un air de reproche. " Il me semble "* que vous avancez, ma chère,'" dit monsieur. — " Je suis certaine que vous retardez, mon ami," dit madame. — ' Ma montre ne perd pas une minute dans les vingt-tjuatre heures," dit-il. — "Ni la mienne une seconde," fit-elle. — "J'ai des raisons pour croire quf je suis dans le vrai," dit le mari. "Des raisons! s'écria sa femme. Quelles raisons avez-vous de iroire (jue vous êtes dans le vrai, quand je vous dis que je suis moralement certaine ([ue vous avez tort? "* — " Ma meilleure raison, c'est (jue j'ai réglé ma montre sur le soleil aujourd'hui.'' — "C'est donc que le soleil a tort,^ répondit vivement madame. C'e n'est pas la peine de rire,*' car je sais ce (jue je dis."
' «juc le tlini.r attcmi. * Je le regreilc. J'incline a croire.
* (jue vfius êtes dans votre tort. •' Alors le soleil a tort.
* kien ne .sert de rire.
L'i':TKjlEiTE .\ CK.\.\I < >RI)
" Nos amis ont fait demander comment vous vous trouvez ce ^oir après votre voyaj;c, ma chère. Ils vous laisseront
(vous) reposer ^ demain, mais après-demain, je ne doute pas qu'ils (ne) vous rendent visite;^ soyez donc libre' à partir de midi ; nos heures de visite sont de midi à trois heures."
Puis, les visites faites:'* "C'est aujourd'hui le troisième jour; votre maman vous a sans doute dit, ma chère, de ne jamais laisser passer^ plus de trois jours sans rendre une visite, et aussi de ne jamais faire durer la vôtre plus d'un ^ quart d'heure." — •" Mais faut-il que je regarde à ma montre? Comment savoir quand il y aura un quart d'heure d'écoulé ?" "^ — *' Il faut toujours songer à l'heure, ma chère, et prendre bien garde de l'oublier au cours de la conversation."
Comme tout le monde avait cette règle présente à l'esprit, soit en recevant Qu'yen rendant une visite, il va sans dire qu'on n'abordait jamais aucun sujet d'un intérêt absorbant. On s'en tenait à de courtes^ phrases sur des lieux communs. ^°
^ ils vous donneront du repos. - qu'ils (ne) viennent en visite.
' visil)le. ■* Puis, une fois les visites faites. ° écouler ; s'écouler.
* de ne jamais prolonger la vôtre au-delà d'un. ^ quand un quart
d'heure se sera (s'est) écoulé? * soit. ^ petites.
^" à des lieux-communs débités en phrases assez brèves.