PREMIÈRE RENCONTRE DE BOSWELL ET DE JOHNSON
J'ose dire que j'avais fait cette petite plaisanterie pour l'apaiser et (pour) me le concilier, et non pas pour m'humilier aux dépens de mon pays. Quoi qu'il en soit, ce fut une parole malencontreuse ; avec cette vivacité d'esprit qui lui était si personnelle, il s'empara de l'expression "je viens d'Ecosse," dont je m'étais servi pour exprimer que j'étais originaire de ce pays, et, comme si j'eusse dit que j'en fusse parti, ou que je l'eusse quitté, il réplicjua : "C'est là, monsieur, je le vois tous les jours, ce que beaucoup de vos compatriotes ne peuvent s'empêcher de faire." Je me sentis foudroyé, et lorsque nous fûmes assis, j'éprouvai non seulement de l'embarras, mais aussi de l'appréhension de ce qui pourrait suivre. Il adressa alors la parole ;'i Davies: "(^ue pensez-vous de Garrick ? Il m'a refusé un billet de faveur pour Miss Williams, parce qu'il sait cjuil aura salle comble, et qu'un billet lui ferait perdre trois schcllings ! '' Impatient de saisir la première occasion d'entrer en conversation avec lui.
je me hasardai à lui dire: "Oh! monsieur, je ne puis pas croire que M. Garrick vous refusât une pareille bagatelle."— " ^Monsieur, répliqua-t-il, en me jetant un regard sévère, je connais David Garrick depuis plus longtemps que vous, et je ne sache pas que vous ayez le droit de m'en parler." ^ * de me parler à ce sujet.