DE L'INCERTITUDE DK LA VIE SUR TERRE
Quelque bonheur que puisse comporter notre situation ^ dans ce monde, il est à coup sûr plein d'incertitude et d'mstabilité ; nous ne pouvons en jouir longtemps, et à chaque instant nous courons le risque - de nous en voir privés.^ Quelque degré de félicité terrestre que nous ayons en partage, nous n'avons aucune certitude que celle ci soit pour durer.* Il n'y a rien sur cette terre qui ne puisse, au moment même où nous en sommes aussi sûrs qu'on peut l'être en ce monde, nous être ravi^ par mille accidents. En supposant même que ce bonheur fût stable et destiné à durer,* nous-mêmes nous y serons arrachés. Il nous faudra mourir, et ce jour-là,' toutes nos joies, toutes nos espérances quant à ce monde, périront avec nous. Car ce n'est pas icibas que nous devons séjourner;^ nous n'avons^ pas de cité où nous devions durer ; c'est donc en vain que nous nous forgeons un bonheur dans ce monde, puisque nous ne sommes pas pour y rester,'** et que nous ne faisons qu'y passer en voyageurs.
' condition. * nous sommes en danger. ' de nous le voir ravir
(ravi). * doive durer. * enlevé. • ne se démente pas
et se prolonge. " en ce même jour. * qu'est notre séjour.
• n'y avons. ** ne devons pas y rester.
DU (iOÙT DANS LA LECTURE
Tout le monde aime un récit de bataille ou d'aventures. Il en est qui font leurs délices de l'inquiétude fiévreuse avec laquelle on s'attache à toutes les étranges impasses, les miraculeuses délivrances, les ingénieuses inventions qui s'offrent au lecteur ; rien que la crainte imaginaire des dangers ainsi dépeints éveille notre émotion, nous surexcite et nous angoisse. Ce goût des aventures est bien un premier pas au delà de l'esprit terre-à-ierrc qui ne saurait
s'intéresser à rien en dehors de son entourage immédiat, qui ne tient aucun compte de ce qu'il ne peut ni voir, ni toucher, ni goûter, ni employer sur-le-champ ; mais ce n'est encore que la forme la plus basse du penchant pour la lecture. Cela peut se borner au plaisir qu'on prend à lire les meurtres dans le journal, rien que pour se donner une sorte de frisson ; c'est un goût qui devient malsain quand c'est uniquement par amour des horreurs et des cruautés qu'on s'attache à les lire, ou quand on prend plaisir à des stratagèmes et à des machinations louches, perfides et malhonnêtes. Il est toujours pernicieux de s'intéresser au mal.
OXVII