LA COMMUNION
Par Victor Wasnetzoff
La composition didactique qui s’étend au-dessous apparaît très distinctement. Le n’est pas la Cène que les artistes grecs ont voulu représenter ici, mais la messe, missa, célébrée par le Christ lui-même. Le décor est empreint du luxe, de l'apparat des églises grecques, l’ne croix à quatre branches couronne le ciborium soutenu par des colonnes. L’autel, richement recouvert d’une nappe pourpre lissée de soie et d’or, porte tous les ustensiles en usage pour la célébration des saints mystères. Deux anges, ministres du Seigneur, tiennent chacun un llabellum. De chaque côté, six Apôtres s'approchent pour recevoir la communion. Elle leur est offerte par le Christ lui-même, dont la personne est double, pour mieux faire ressortir la communion sous les deux espèces, qui a été conservée par les orthodoxes. Les paroles sacramentelles : « Prenez et mangez, ceci est mon corps », se trouvent au-dessus de la personne divine présentant le pain. Les autres paroles sacramentelles : « Buvez-en tous, ceci est mon sang », surmontent la figure du Sauveur offrant le calice.
Il est assez intéressant de remarquer que dans la cathédrale moderne consacrée à saint Wladimir, le peintre Wasnctzoff ait ressuscité, dans une superbe fresque, la forme adoptée plus anciennement pour figurer la communion, celle qui était en usage avant l’époque des iconoclastes. J’ai pensé utile de mettre sous vos yeux la reproduction de cette peinture, où le Christ n’est pas double comme dans la mosaïque en question.
Revenons à Sainte-Sophie.
Entre les trois fenêtres de l’abside, immédiatement au-dessus du siège ou de la chaire du métropolite, il subsiste encore quelques mosaïques. Celles des saints
Pierre et Paul, ayant disparu, ont été remplacées par des peintures représentant Pierre et Alexis, archevêques de Kiev (1). Mais à droite et à gauche de ces deux figures, les anciennes mosaïques subsistent. Elles forment toute une rangée d’images de saints, qu’il serait trop long de vous énumérer. Cependant, pour que vous puissiez juger de la technique et du caractère de ces œuvres, je vous présenterai isolément l une d’entre elles. Comme vous le voyez par l’inscription qui l’accompagne, elle reproduit saint Nicolas, vu de face, bénissant de la main droite et portant un livre de la main gauche.
Le temps nous permet seulement de mentionner encore deux charmants panneaux représentant Y Annonciation. Ils se trouvent sur chacun des piliers qui soutiennent l’arc séparant l’abside de la coupole. Jusqu’en l’année 1853, ces mosaïques étaient masquées par l’iconostase, dont la hauteur a été diminuée à cette époque.
Sur le panneau du pilier gauche, nous voyons ['Archange Gabriel, revêtu d’une tunique blanche, bénissant de la main droite et portant de la main gauche un lis rouge. De chaque côté du messager céleste sont inscrites en grec les paroles de la salutation angélique.
Sur le pilier droit nous admirons la Vierge debout, occupée à liler ; auprès d’elle se lit le texte de la réponse qu’elle lit à l’Archange. La servante du Seigneur est vêtue d'une robe bleu foncé et coiffée d’un voile de la même couleur, qui se termine par une frange d'or. Parmi toutes les mosaïques de la Sainte-Sophie, celleci est assurément la plus belle.
Comment uc pas être frappé de la suavité et de la
(I) Le premier de 1308 à 1326, le second de 1333 à 1378.
MOSAÏQUE DE LA CATHÉDRALE SAINTE-SOPHIE