GYMNASTIQUE PÉDAGOGIQUE SUÉDOISE
dans le même exercice, ils écarlent les bras très en arrière du plan frontal (lig. 68, bras traits pleins).
C’est précisément de cette particularité dans le mode d’exécution des mouvements que dépend, en grande partie, la richesse respiratoire du Suédois. Nous appuyons cette opinion sur une expérience très intéressante que fit Marey au moyen de la patte du lapin.
Les variétés de forme qu’un même muscle présente sont nécessitées par sa fonction. L’épaisseur est en rapport avec son effort, sa longueur avec Véte7idue des déplacements des points d'insertions.
Certains nègres n’ont pas de mollet (fig. 69) ou leur mollet est très bas, leur tendon d’Achille étant très court et leur muscle très long. Ainsi leur calcanéum est égal à 7 (fig. 69, A) alors que chez le blanc il est égal à 5 (fig. 70, A') ; aussi chez ces derniers le muscle est-il court, et le tendon très long. On comprend que pour produire un même déplacement angulaire du pied, le muscle gastrocnémien doit se raccourcir plus chez le nègre que chez le blanc. Marey eut l’idée de raccourcir le calcanéum du lapin en en réséquant une partie. Sacrifié au bout d’un an, il constata alors que les fibres charnues du muscle, s’adaptant à leur nouvelle fonction, se raccourcissaient tandis que le tendon devenait plus long.
D'où il conclut que la longueur des fibres charnues d'un muscle est directement proportionnelle à l'amplitwie du mouvement qu'il pei^met d' accomplir .
Inversement, nous admettons que, plus un muscle est long, et plus le déplacement qu’il fait subir au segment osseux sur lequel il s’insère peut être grand.
C’est cette propriété qui est justement utilisée dans la gymnas- Physiothérapie. III, l'i'
è58 bU'CROQÛEf. -■ GŸMNASTIQUE t>ÉDÀ'GOGlQUE.
tique suédoise pour le développement de la capacité respiratoire. Tous les mouvements concourent à rapprocher les épaules en arrière] <pie se passe-l-il ? les libres d’insertion du grand dentelé à l’omol>late sont, elles aussi, reportées en ari'ière ; ce muscle, d’une importance capitale pour la respiration, se trouve allongé ; il pourra, en se contractant, se raccourcir davantage en augmentant l’amplitude des mouvements de la cage thoracique.
En gymnastique suédoise, tous les muscles sont développés sous la foiMue de muscles longs, à l’excepCion des muscles qui tixent l’omoplate en arrière, fait d’une impoi'tance considérable ainsi ([ue nous venons de le voir.
En gymnasti(iue française, au contraire, tous les muscles sont développés sous la forme de muscles courts, et principalement les pectoraux qui portent romo})late très en avant, et par suite les insertions du grand dentelé se trouvent très rapprochées. L’etfort estdu reste pres- ([ue toujours demandé aux pectoraux, le rétablissement au .
ti’apèze en est un exemple typi(iue (tig. 71).
En résumé, les Suédois, par le rythme et le mode d’exéculion de leurs mouvements, développent scrupuleusement, d’une manière rationnelle tous les muscles, tous les rouages articulaires de l’individu et leur point de mire demeure, avant tout, l’accroissement de la fonction respiratoire; les Français ne visent qu’au développement incohérent de la force musculaire.
Eette difïérence que nous reconnaissons maintenant si profonde entre les deux gymnastiques, nous la retrouvons enfin, dans h; choix des mouvements. L’une, la gymnasti([ue française, procède sans ordre fixe, on exécute tantôt un mouvement, tantôt un autre, selon la fantaisie du moment; l’autre procède d’une tout autre façon; la leçon de gymnastique suédoise, nous allons le voir, est méthodique ; on répète toujours dans le même ordre les différents
EXERCICES DU PLANCHER
mouvements qui doivent exercer toutes les parties du corps l’une après l’autre. Nous allons donner ici le modèle d’une leçon de gymnastique suédoise, nous bornant à indiquer les principaux mouvements qu’elle comporte habituellement; on en a, il est vrai, imaginé beaucoup d’autres, mais ils ne sont pour la plupart que des combinaisons de ceux que nous allons décrire.
Les exercices sont exécutés :
1° Sans agrès, ce sont les exercices dénommés e.xercices du plancher;
2° Aux agrès.
Exercices du plancher.
On prépare la leçon par des exercices d’ordre qui ont pour but de permettre aux élèves d’exécuter tous les mouvements sans se gêner les uns les autres.
Ces exercices comprennent deux temps :
1° La formation en ligne sur un ou plusieurs rangs ;
2° La prise des distances.
Formation en ligne sur un ou plusieurs rangs. — Au
commandement : Alignement, ! les élèves s’alignent par ordre de taille sur un ou plusieurs rangs, selon leur nombre, la main gauche portée sur la hanche, la tête tournée à droite veillant à ce que la ligne des yeux et celle des épaules se trouvent dans la direction de celles du voisin de droite, le bras droit touchant légèrement le coude de ce voisin de droite.
Au commandement : Fixe! les élèves laissent tomber le bras gauche dans le rang et replacent la tête en face.
Prise des distances. — Pour pouvoir exécuter tous les mouvements en avant, en arrière, sur les côtés, il faut que les élèves se ménagent entre eux une distance suffisante dans ces trois sens. S’ils sont disposés sur un seul rang, ils n’ont qu’à s’écarter les uns des autres dans le sens latéral d’une distance déterminée; mais s’ils sont disposés sur plusieurs rangs; il faut, en outre, que chaque rang s’écarte de celui qui le précède dans le sens de la profondeur. Nous allons donc exposer la prise des distances latéralement, la prise des distances en profondeur.
Prise des distances latéralement. — Cette distance peut se mesurer de deux manières différentes selon l’étendue en longueur dont on dispose.
Au commandement : Prenez les distances !
Première manière. — Les élèves portent les bras horizontalement sur les côtés (fig. 72), puis, à partir du premier de droite ne
2G0 DJ J CROQUET. — GYMNÀSTÏQÜE PÉD AGO CxiQUE.
bougeant pas, ils s’écartent vers la gauche jusqu’à ce que, les bras tendus, ils ne se touchent que du bout des doigts.
Deuxième mameiœ. — Les élèves portent le bras droit liorizonlaleinent sur le coté, puis, à partir du premier de droite ne bougeant pas, ils s’écartent vers la gauche jusqu’à ce que, le bras tendu, ils ne louchent que du doigt l’épaule de leur voisin (tig. 73).
Au commandement : Fixe ! les élèves laissent lomberle bras dans le rang.
Prise des distances en profondeur. — Là encore, la distance peut être délerminée de deux manières selon l’étendue en profondeur don 1
on dispose. La façon la plus simple est de placer jirimilivemenl les élèvessur deuxou jilusieurs rangs séparés par unedistancede 1 mèlre.
Dans clia({ue rang les élèves s’alignenl, puis ils prennent leurs distances latéralement. Mais, si la place en jirofondeur est restreinte, on jieut encore iirocéder de la façon suivanle :
Au commandement : Alignement ! les élèves se placent sur plusieurs rangs comme nous l’avons indiqué; mais immédiatement les uns derrière les autres.
Au commandement : Écartez les rangs! les élèves de chaque rang à partir du deuxième étendent les bras horizontalement en avant, puis se reculent en arrière jusqu’à ce qu’ils ne touchent plus que du bout des doigts le dos de celui qui précède.
Au commandement : Fixe Iles élèves abaissent les bras dans le rang (fig. 74).
Remarquons, maintenant, que les distances prises avec un seul bras dans le sens latéral, avec les deux bi'as en avant dans le sens de la profondeur, sont insuffisantes pour l’exécution de certains grands mouvements sur les côtés ou en avant, tels f|ue les mouvements de fentes. Les élèves risquent de se gêner, la discipline s’en ressent. On tourne facilement la difticulté en modifiant légèrement la direction de chaque élève de la façon suivante (fig. 75) :
EXERCICES DU PLANCHER
Fi,;. 7o. — Disposition des élèves, les distances étant prises dans les deux sens et le demi à droite étant effectué.
DUCBOQUET. — GYMNASTIQUE PÉDAGOGIQUE.
Au commaiidemeiit : Demi à droile ! (ou à gauche!) les élèves tournent sur le talon gauche d’un demi quart de ceicle à droite fou à gauche), en élevant la pointe du pied gauche et le pied droit, ils rapportent ensuite le talon droit à côté du gauche sur la même ligne. Les élèves maintenant placés de hiais'peuvent exécuter sans gène tous les mouvements en avant et latéraux.
Les distances prises, on passe à l’exécution des mouvements. Nous avons vu que tous les mouvements dans la gymnastique suédoise tendent à réaliser un tyj)e physique bien caractérisé dont nous avons tait la connaissance au cours de cette étude.
Aussi, dès le dél)ut de la leçon, exige-t-on (jue les élèves prennent
une attitude conforme à ce type. Les Suédois l’appellent la poaition debout fondamentale (fig. 77).
Au commandement :
Attention I les élèves prennent la position suivante : Tête droile, épaules rejetées en arrière, abdomen effacé, jarrets tendus, talons réunis, pointe des pieds ouverte, bras tombant naturellement.
Nous savons, en outre, combien il est im- ])ortant d’arriver au [accourcissement des muscles postérieurs des épaules; c’est pourquoi nous allons voir la position fondamentale modifiée au début de presque tous les exercices, par une attitude spéciale des bras dans laquelle les muscles des épaules sont très fortement contractés.
Ces nouvelles positions, appelées positions de départ, sont au nombre de 5.
Positions de départ. — Mains aux hanches. — Paume des mains sur les hanches, jiouce en arrière, les (juati’e doigts réunis en avant, les épaules et les coud(‘s rejetés en arrière (fig. 78).
Mains à la nuque. — Mains ai)puyées contre la nuque, paumes en avant, coudes rejetés en arrière, tète droite (fig. 70 et 70).
Mains aux épaules, — Mains et avanl-bi‘as fléchis, coudes abaissés.
Fig. 7ü. — Mains à la nuque.
EXERCICES DU PLANCHER
Fig. 77. — Position debout fondamentale.
Fig. 78. — Mains au.x hanches.
Fig. 79. — Mains à la nuque.
264 DU CROQUET. — ^GYMNASTIQUE PÉDAGOCUQUE
les doigts joints touchant le sommet des épaules qui sont rejetées en arrière (fig. 80).
Mains à la poitrine. — Avant-bras fléchis, coudes élevés latéralement à la hauteur des épaules et le plus en arrière possible, mains étendues, doigts réunis, paumes dirigées vers le sol (tig. 81).
Bras tendus verticalement. — Bras tendus verticalement en haut le plus en arrière possible, les paumes des mains se faisant face (fig. 82).
Mouvements des bras. — Mains à la poitrine. — Extension horizontale des bras. — 1. Etendre les avant-bras horizontalement sur les côtés. — 2. Repi-endre la position initiale (lig. 83).
Mains aux épaules. — Extension verticale des bras. — 1. Étendre les bras veiiicalement en haut. — 2. Bej)rendre la position initiale (lig. 84).
Mouvements des jambes. — .Mains aux hanches. — Élévation latérale de la jambe tendue. — I . Élever le pied gauche latéralement, jambe tendue, [)ied dans le ])rolongement de la jambe. — 2. Replacer le pied à tei'i e. Même mouvement de la jambe droite (tig. 85).
Mains aux hanches., pieds ouverts. — Flexion des extrémités inférieures, les genoux écartés. — 1. Abaisseï’ le corps sur la [)ointe des pieds en fléchissant et écartant les genoux, les talons restant joints. — 2. Se relever talons joints (tig. 86 el 87).
Comme synthèse des mouvements i)récédents, on fait faire dans la gymnastique suédoise des mouvements de fente qui étaient très peu usités dans la gymnastique française.
Mouvements combinés des bras et des jambes. — Fente en avant avec élévation des bras tendus. — 1. Faire une fente en avant de la jambe gauche, le talon di oil levé, élever en même temps les bras tendus en avant dans le prolongement du tronc. — 2. Revenir à la position initiale (position réglementaire). Même mouvement de la jambe droite.
Fente latérale avec élévation d'un bras. — 1 . Faire une fente latérale à gauche, élever en même temps, latéralement, le bras gauche tendu dans le prolongement de la direction de la jambe droite également tendue (tîg. 88). — 2. Revenir à la position initiale (position réglementaire).
Mouvements du tronc. — Pour tous ces mouvements, prendre la position : pieds écartés.
Mains aux hanches. — Flexionet extension du Ironc. — 1. Fléchir le tronc en avant, la tête maintenue droite, les épaules en arrière. — 2. Revenir à la position initiale. — 3. Porter le tronc le plus en arrière possible sans faire saillii Pabdomen. — R Pevenir à la position initiale (tig. 89 et 90),
EXERCICES DU PLANCHER
Fig. 83. — Mains à la poitrine, extension horizontale des bras.
Fig. 84. — Mains aux épaules, extensio.i verticale des bras.
Fig. 85. — Mains aux hanches, Fig. 86. — Position de re- Fig. 87. — Mains aux hanches, élévation latérale de la pos , mains aux han- pieds ouverts, flexion des extréjanibe tendue. ches, mités inférieures^ les genoux
écartés.
DUCROQUET. — GYMNASTIQUE PÉDAGOGIQUE
Bras tendus verticalement. — Flexion latérale du tronc. — 1. Fléchir le tronc à droite, bras demeurant parallèles. — 2. Revenir àla position initiale. — 3. Fléchir le tronc à gauche. — 4. Revenir à la position initiale (fig. 91).
Mains à lanuque. — Torsion du tronc. — 1. Tordre le tronc à droite. 2. Revenir à la position initiale. — 3. Tordre le tronc à gauche. — 4. Revenir à la position initiale (fig. 02 et 93).
Mains aux hanches. — Circiimduction du tronc. — 1. Fléchir lentement le tronc en avant. — 2. Pm ter le tronc vers la gauche, en arrière, le ramener vers la di'oile en avant d’un mouvement continu, le tronc décrivant dans l’espace une sorte de cône renversé sur l’appui des hanches comme pivot. — 3. Revenir à la position initiale (lig. 94 et 95).
Mouvements de la tête. — Mains aux hanches. — Flexion et extension de la tête. — 1. Fléchir la tête en avant. — 2. Reprendre la position initiale. — 3. Porter la tête en arrière. — 4. Reprendre la position initiale (tig. 90).
Mains aux hanches — Flexion latérale de ta tête. — 1. Fléchir la tête à droite. — 2. Reprendre la position initiale. — 3. Fléchir la lête à gauche. — i. Reprendie la j)osition initiale (tig. 97).
Mains aux hanches. — Torsion de ta tête. — 1. Toialre la tête vers la di’oite. — 2. Repi’endre la posilion initiale. — 3. Tordi'e la tête à gauche. — 4. Reprendre la position initiale (tig. 98).
Mains aux hanches. — Circumduction de la tête. — 1. Fléchir la tête en avant. — 2. Porter la tête vers la droite, puis en arrière; la ramener vers la gauche, puis en avant. — 3. Reprendre la position initiale.
Mouvements d’extension proprement dits. — On sait quelle importance les Suédois attachent aux mouvements d’extension du rachis, mais, ceux que nous avons déciits jusqu’à présent ne font qu’exercer la contraction musculaire; à côté de ceux-ci, il y a des mouvements faits spécialement pour l’hyperextension des articulations rachidiennes.
Un de ces mouvements s’exécute comme le montre la ligure 99. 11 nécessite la présence d’un aide, de sorte que les élèves étant placés sur deux rangs, ceux de la deuxième rangée aident ceux de la première.
Mouvements respiratoires. — Nous arrivons maintenant aux mouvements de respiration qui n’existent que dans la gymnastique suédoise; c’est la partie tout à fait originale du système de Ling; c’en est vraiment la perle. Ces mouvements l’espiratoires sont au nombre de quatre.
Premier mouvement. — 1. Élever les bras horizontalement <‘t latéralement, s’élever en même temps sur la pointe des pieds (lig. 100),
EXERCICES DU PLANCHER
Fig. 88. — Fente latérale avec élévation d’un bras.
Fig. 89. — Mains aux hanches, flexion du tronc.
F'ig. 90. — Mains aux ban ches, extension du tronc.
Fig. 91. — Fflexion latérale du tronc avec bras tendus,
Fig. 92. — Mains à la nuque, torsion du tronc à droite,
Fig. 93. — Mains à la nuque, torsion du tronc à gauche.
DUCROQUET. — GYMNASTIQUE PÉDAGOGIQUE
F ig. 94. — Mains aux lianclies, circiimduction du tronc, vue latérale.
Kig. 95. — Mains aux hanches, circumduction du tronc, vue de face.
Kig. 96. — Mains aux hanches, tlexion de la tète.
Fig. 97. — Mains aux han- Fig. 98. — Mains aux Fig. !)9. — .Moinemcnts d'cxtcnches, tlexion latérale de hanches, rotation de sion du tronc, l'aide eni|>êche la, la tète. • la tête^ chute en ari'ièrc.
EXERCICES DU PLANCHER