GYMNASTIQUE PÉDAGOGIQUE SUÉDOISE
importance capitale, sa capacité respiratoire se trouve dès lors définitivement augmentée.
Nous connaissons en France deux sortes de gymnastiques ; la gymnastique française, la seule enseignée dans les écoles et dans les casernes pendant longtemps ; la gymnastique suédoise, encore récemment apparue mais qui tend à prendre le pas sur la première. D’où vient cette substitution d’une gymnastique étrangère à la nôtre? Y a-t-il donc des raisons de préférer l’une à l’autre ? C’est ce que nous devons chercher. La gymnastique française a été introduite chez nous par un colonel espagnol,
Amoros ; son système fut adopté dans l’armée vers 1820 ; de là elle se répandit ensuite dans tous les groupes où l’on se livre à la culture physique. Cette gymnastique crée un certain type, bien différent, nous allons le voir, de celui qui est créé parla gymnastique suédoise, œuvre du suédois Ling.
Une méthode se juge d’après les résultats qu’elle donne.
Le gymnaste français (fig. 66) est un homme très musclé, ses pectoraux sont saillants, son cou semble enfoncé entre ses puissantes épaules, qu’ù tient plutôt en avant-, tout cet individu semble ramassé sur lui-même, prêt à la lutte; il a la stature d’un athlète.
La partie supérieure de son corps est surtout développée; il y a une disproportion évidente entre son thorax et ses jambes. Le gymnaste suédois au contraire (fig. 67) tient ses épaules effacées, rejetées en arrière, son cou est dégagé, sa poitrine bombe largement sans grosses saillies musculaires : il plastronne.
D’après cela, comment décider notre choix ?
Le type suédois est-il plus conforme au goût de l’esthétique que le français ? pure question d’appréciation : nous ne discuterons pas ce point. 11 en est un autre qui va retenir notre attention.
Envisageons 1^ capacité respiratoire de ces deqx individus, Nous
Fig. 66. — Gymnaste français. Tète rentrée dans les épaules, thorax moins développé.
Fig.67. — Gymnaste suédois. Tête libre, thorax développé:
sujet plus plastronné.
DUCROQUET. — GYMNASTIQUE PÉDAGOGIQUE
savons que pour mesurer la capacité respiratoire d’un sujet, on mesure le périmètre sous-axillaire au moment de l’inspiration maxima, puis de l’expiration maxima ; la différence entre les deux donne cette capacité respiratoire.
Eh bien nous trouverons que la capacité respiratoire du Français est égale à 1, tandis que celle du Suédois est égale à 4.
Dès lors, nous ne sommes plus hésitants : le Suédois, apparemment peu musclé, respire ; le Fi*ançais ne respiie pas; sous son magnifique développement musculaire il cache sa misère thoracique. A quoi tient cette différence? La connaissance des deux gymnastiques nous montre qu’elle réside : 1“ dans l’exécution des mouvements; 2° dans le choix des mouvements. L’exécution des mouvements dillére à la fois dans leur rythme et dans la manière de les exécuter.
Prenons le rytlime : landis (jue dans la gymnastique française, les mouvements sont saccadés, la cadence i-apide, le temps d’airivée
Fig. 68. — Amplitude des mouvements dans la gymnastique franeaise (traits pointillés) et dans la gymnastique suédoise (traits jdeins).
dans une position donnée restani égalait temps d’exécution ; dans la gymnastique suédoise, au contraire, la cadence est lente, le lemps d’arrivée est 5 ou 0 fois plus long.
Aous allons com[)rendre immédiatement l’importance de ce fait; examinons ce qui se ]»asse (juand on fait un mouvement du rachis, une tlexion latérale, si l’on veut, hrusquement ; à peine une très petite partie des muscles rachidiens a-t-elle eu le temps de se contracter, que le mouvement est déjà lini et que l’on est revenu au point de départ.
Nous devons donc conclure qu’il est indispensable d’accomplir les mouvements selon un rythme déterminé, cadence lente, temps d’arrêt suffisant, pour que tous les muscles, se contractant chacun à leur tour, profitent également du mouvement.
— Le mode d’exécution, avons-nous dit, n’est pas le même non plus.
Dans la gymnastique française, les mouvements ont une amplitude limitée ; l’écartement horizontal des bras, par exemjile, se fait jusqu’au plan frontal (tig. 08, ti aits pointillés), là on s’ari'ôti;. Les Suédois, eux, portent leurs inpuvenients jusqu’aux extrêmes lirnitps;