CHAPITRE PREMIER
DéGnilion. — Massage, massothérapie, cinésie, kinésithérapie, sont employés indifféremment. Mais le premier terme, mieux connu de tous, d’un emploi plus fréquent, est à la vérité impropre et insuffisant, puisqu’il ne semble indiquer que des manœuvres, alors que la mobilisation, dans la plupart des cas, prend une telle importance que ce sont les exercices qui jouent le principal rôle. D’autre part, les mots de cinésie et de kinésithérapie passent sous silence les manœuvres de massage, et ne laissent concevoir qu’une idée de gymnastique ; enfin il nous faut reculer devant le terme complexe à l’excès de masso-kinésithérapie. Conservons donc le mot ancien de massage, qualifions-le de scientifique pour le séparer davantage des vieilles conceptions empiriques qu’il évoque, et convenons qu’il signifie essentiellement les exercices de mobilisation dans un but rééducateur avec les manœuvres de massage qui les préparent.
Notions d’histoire. — De tout temps on fit du massage; les divers auteurs qui détaillèrent son histoire, ont tous signalé, dans chaque époque, dans chaque pays, des arguments en faveur de remploi de la gymnastique dans un but d’hygiène ; ce sont là travaux de peu d’intérêt pour nous. Nous ne nous étendrons pas sur les méthodes chinoises et hindoues, comme nous abandonnerons Hippocrate et Galien. C’est en Suède au siècle dernier que Ling a le plus perfectionné les méthodes cinésiques.
Mais tous ces procédés n’ont (|ue bien peu de rapports avec le
DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
traitement mobilisateur, qui date d’une trentaine d’années. Le massage scientifi(]ue ne commença à se développer et à généraliser ses indications dans les ditlerentes voies j)atliologiques ([ue du jour où Lucas-Cdiampionnière montra que les os fracturés pouvaient se consolider sans le secours de l’immobilisation. Ouelques manœuvres de massage, empruntées aux empiriques, employées a^ec discernement, analgésiaient les tissus contusionnés, mettant en résolution les muscles contracturés ; un traitement mobilisateur après ces pressions, entretenait ou au besoin rééduquait la fonction.
La Massothérapie, sur ce succès, s’adi'cssa alors à tous les tissus malades, aux viscères abdominaux, aux maladies nerveuses, aux organes génito-urinaires de la femme, etc. N’était-ce pas la plus simple application du traitement de Cliampionnière que celle qui s’adressait aux contractures, névralgies, paralysies, etc., puisque c’était contre ces symptômes que luttait le massage dans les tractures?La respiration, la circulation bénéficiaient aussi des données de la Kinésitbéraiiie. En un mot, nous pouvons, sans exagération, avancer qu’il n’est pas, aujourd’hui, de branche médicale qui n’otfre quelque nouvelle application du traitement cinésique.
Instruments. — Dans le traité du « Massage des membres » (1) j’ai décrit en détail le merveilleux appareil (jiie tout masseur possède dans sa propre main, en démontrant les diverses régions utiles au massage (talons antérieur et postérieur, pulpe digitale). Je tiens à l’appeler simplement ces termes que nous devrons souvent employer pour préciser les manœuvres opératoires.
Les diverses régions de la main doivent s’étaler de la façon la plus généi’euse, c’est-à-dire qu’il faut éviter de ne masser que parcimonieusement du bout du doigt; les contacts sont plus agréables pour le patient, quand ils sont le plus étendus possible. Est-il nécessaire de conseiller le bon entretien de la main, pour que la peau du patient n’en subisse aucune atteinte (rugosités épidermiques, ongles cassés, etc.) ?Entin la température de la main du masseur doit èti’e, le plus })ossible, un peu supérieure à celle du massé. Cliez les rhumatisants par exem[)le, ce détail a son importance : le contact de la ])aume de la main est aloi's agréable, et les mameuvres réussiront plus vite à obtenir analgésie et sédation musculaire.
La main ne doit pas être froide; l’état de moiteur exclut toute délicatesse de pression; aussi les téguments sont l•ecouverts d’un agent de glissement dont le but est tout aussi bien de })i-otéger l’épiderme du masseur et du massé (jiie de rendre la surface ti’ès sèche et très lisse ; les pressions gagnent ainsi en légèreté. Les coi’ps gi‘as et
(1) Dagron, Massage des nieiiibres, Paris, Steinlieil, 1005