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ACTION SUR LE POULS

nous revoyons le malade après une absence de dix jours pendant laquelle il s’est un peu surmené, sa pression est à 17, son pouls à 88. Après trois massages, de dix minutes chacun, la pression est à 15,5 et le pouls à 76. Toute trace de dyspnée a depuis longtemps disparu.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais, cela nous semble inutile ; voyons maintenant l’action du massage sur les pulsations plus spécialement.

Action sur le pouls. — Déjà, nous venons de le voir par l’exemple ci-dessus, le nombre des pulsations se régularise en même temps que la pression artérielle, quelle que soit celle-ci.

La distinction que l’on doit faire ici entre le massage doux, sédatif, ou au contraire excitant, ne repose pas en effet, comme on pourrait le croire, sur la plus ou moins grande rapidité du pouls; la pression artérielle, seule, vient nous fixer sur la variété de massage à employer. Cela est tellement vrai, que chez des sujets à pouls très rapide j’ai pu souvent, par un massage excitant, faire baisser considérablement le nombre des pulsations ; ceci s’observe surtout dans les cas d’hyposystolie ou même d’asystolie confirmée, alors que là différence entre la pression artérielle et la pression capillaire est très faible, quelquefois même nulle, signe certain d’une stase due soit à la faiblesse du myocarde, soit à une trop grande résistance périphérique ; le cœur, excité par un massage un peu violent, reprend de la tonicité et on observe alors un ralentissement marqué du rythme en même temps qu’une plus grande amplitude des pulsations, mise en évidence par des tracés sphygmographiques, et coïncidant avec un écart redevenu presque normal entre la pression artérielle et la pression capillaire.

Chez un malade âgé de soixante ans, atteint de sclérose rénale, en état d’asystolie irréductible, avant le massage, le pouls est à 104, la pression artérielle à 11 et la pression artério-capillaire à 10 (ces deux derniers chiffres établissent avec une grande netteté l’état de la circulation). Après un massage excitant de la région précordiale, à l’aide de hachures et de tapotements, d’une durée de cinq minutes, le pouls tombe à 96 et son amplitude est augmentée ; la pression, mesurée avec le sphygmotonomètre de Bouloumié, nous donne 17 comme pression artérielle et 4 comme pression artério-capillaire.

Deux autres séances de massage nous donnent des résultats analogues, rapprochant nettement de la normale des chiffres qui s’en éloignaient manifestement.

J’ai déjà fait remarquer dans un travail antérieur (1), à propos du

(1) Mode d’action du massage abdominal sur l’hypertension artérielle (A?'chives gén. de méd., 17 mai 1904, loc. cit.).

F. CAUTRU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

massage abdominal, ([ue l’amplitude des pulsations artérielles n’est pas lorcément |)ro[)ortioniîelle à la j)ression arlerielle ; j’irai même plus loin, j’ai démontré j)ar des ti acés (pie l'on jieul, en faisant monter la pression artérielle, diminuer l’anijilitude du |)ouls. Chez un malade âgé de soi.xante-ipKilorze ans, attidnt de dilatation du cœur avec arythmie, chez leipiel le j)ouls était à bO, la jiression artérielle à 17 et la jnession capillaire à 14 centimètres de mercure avant le massage, a[)i ès un massage excitant de la région précordiale, le [louls monte à GO, lout en jirésenlant une impulsion moins rnanpiée, la pression étant néanmoins montée à 18,5, pression ca[)illaire 10, par conséipient rapjior t devenu j»res(|ue normal entre les pressions artérielle et ca|)illaire.

I n troisième maladi* va nous donner un exenpile frappant de décroissance parallèle de la pression et (h* l’impulsion du pouls.

(îe malade, atteint d’em|diysème avec (edème |uilmonaire, avait comme jiressions artéritdh^ et capillaiie le même chilfre 20; b; tracé j»ris avant b* massag(^ nous montra une inpmision systoliipie énorme, le pouls étant à 70; ajnès cim| minutes de massage précordial doux et calmant, le |iouls tombe à 08 el son impulsion s’atténue, les chilfres indicpiant les jnessions arlérielle et cajiillaire ne coïncident plus, 17 et 15.

X'oyons maintenant ce (jui se passe chez les malades atteints de cardiopathies valvulaires el chez les(juels la |»ression demeure normale, c’est-à-dire aux environs de 18 centimètres cubes de mercure.

(diez les malades présentant de Vanjthmic, celle ci est souvent diminuée dans une assez large mesure ; l’état du pouls chez un sujet arythmique ayant une pression moyenne de 17 se moditia après massage, de telle sorte que le tracé nous montra un pouls beaucoup plus régulier, bien c[ue rim[»ulsion parût sensiblement la même, la pi’essioii étant montée à 18.

Dans le rétrécissement mitral, l’amfdilude de la pulsation radiale reste à jieu près la même ; quelquefois le dici otisme est un peu plus marqué après qu’avant le massage.

II ne s’agit pas ici de phénomènes transitoires et fugaces ne durant l>as plus que le massage lui-même, mais bien d’une action l’égulatrice durable, jiarfaitement d’accord d’ailleurs avec le bien-être éprouvé par le malade el se manifestant, dans le cas qui nous occupe, par la disparition de la dyspnée et d'une névralgie précoidiale pénible.

Nous attirons encore l’attention sur le cas suivant, bien intéressant à notre avis. Il s'agit d’un malade atteint de cardiopathie

RÉFLEXE CARDIAQUE D’ABRAMS

artérielle avec double souffle à l’aorte, hypertension (22), pouls rapide (96) et dont le dicrotisme était, le 30 juin 1905, très nettement marqué dans la ligne ascendante avant le massage, un peu moins après.

Le 5 juillet, il n’y a pas de dicrotisme avant le massage; après la séance, le dicrotisme apparaît en plateau au sommet de la courbe. Le 12 juillet, le dicrotisme, encore peu maUqué avant le massage, est très nettement, descendant en même temps le pouls est

tombé de 96 à 76 et la pression artérielle de 22 à 16 ; le volume du cœur, nous en parlerons plus loin, a diminué de 2 centimètres et demi dans tous ses diamètres.

En résumé, le massage de la région précordiale, doux et calmant, ou, au contraire, excitant, suivant l’état de la pression artérielle, paraît agir sur l’impulsion artérielle comme une sorte de régulateur, l’amplifiant lorsqu’elle est faible, la diminuant au contraire lorsqu’elle est plus accentuée qu’à l’état normal.

11 se passe, somme toute, ici, la même chose qu’en ce qui concerne la pression artérielle elle-même.

Le nombre des pulsations, d’autre part, si souvent influencé, ne l’est pas toujours d’une façon très régulière cependant par le massage ; si, dans certains cas, le pouls devient rapide, il en est d’autres où le changement n’est pas sensible, mais ceci ne doit pas trop nous surprendre car nous savons qu’il n’y a pas un rapport constant entre ces trois éléments : la pression artérielle, l’amplitude des pulsations et le nombre de celles-ci.

Voyons maintenant Faction du massage sur Faire de matité cardiaque.

Actionsurla matité cardiaque (réflexe cardiaque d’Abrams). — Depuis qu’Abrams signala, en 1901, la réduction de la matité cardiaque que provoque l’excitation de cette zone, un certain nombre d’auteurs ont repris cette étude en substituant au procédé d’Abrams, qui frictionnait simplement la région avec un morceau de caoutchouc, d’autres agents physiques, tels que le tapotement (Heitler, Merhlen), les bains salins ou carbo-gazeux [Th. Schott (de Nauheim) Heitz, Mougeot, de Royat)], les bains hydro-électriques (Hornung). Nous parlerons ici de Faction que produit sur la matité du cœur le massage excitant et vibratoire.

Les résultats que nous avons obtenus sont analogues à ceux des différents auteurs qui ont étudié le réflexe d’Abrams à l’état de santé et à l’état de maladie. i

Afin de faciliter la compréhension des quelques figures qui suivent, rappelons qu’il faut considérer deux sortes de matités cardiaques :

F. CAUTRU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

la matité absolue représentant aussi exactement que possible la partie de Faire cardiaque en rapport direct avec la paroi costale, et la matité relative représentant Faire cardiaque et les lames pulmonaires qui recouvrent une partie du cœur. Nous avons recherché cette dernière, pour plus de précision, avec le phonendoscope de Bianchi.

L’un de nos sujets est âgé de soixante-(iuatorze ans, atteint de dilatation du cœur avec'arytiimie, œdème des membres intérieurs et albuminui-ie. A Fauscullalion on [)ercoit un souttle systolique tonc-

tionnel ; le pouls bat à 56, arythmique. La matité cardiaque relative est représentée par le trait plein (tig. 301).

Après un massage précordial de cinq minutes la matité cardiaque diminuée est marquée par la ligne ponctuée fig. 301 j. La diminution, bien que réelle, n’est pas considérable. Mais, ce qui est plus important, c’est qu’après six séances de massage, la matité, prise avant le dernier massage, s’est notablement réduite (tig. 302, trait plein) et le cœur réagit plus vivement encore après le dernier massage (Fig. 302, trait ponctué).

En même temps que se produisait ce changement dans Faire de matité du cœur, l’état général du malade s’améliorait, les pressions artérielle et artéro-capillaire se rapprochaient de la normale.

AVAHr MASSAC(

Fig. 302. — Matité cardiaque relative (trait plein) et al)SoIue (Irait pointillé).

Fig, 303.— Matité cardiaque relative (trçiit plein) et absolue (trait pointillé).

F. CAUTRU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

Notre second malade nous adonné des résultats analogues et même peut-être plus instruclil’s ; il s’agit d'un homme jeune atteint de maladie mitrale et de symphyse péricardique (lig. 303).

La ligne en trait plein représente la matité relative du cœur avant le massage et la ligne en cioix la matilé absolue ; après le massage, la matité relative s’esl notablement rétrécie (ligne i)oncluée), mais la matité absolue n'a pas changé.

Déjà Abrams avait insisté sur ce fait que, dans la péricardite avec épanchement, la matité cardia([ue n’était ]>as inlluencée par l’excitation de la région. Notre regretté maître Merklen faisait également, de l’absence habituelle du réllexe cardiacpie, un signe qui peut aider au diagnostic de la symjdiyse pericardicpie ; aussi il ne nous a pas paru sans intérêt de signaler cett(‘ discordance entre la réaction de la matité absolue et c(dle de la matité ndative dans un cas de sympbysci péi icardi(jue.

Liiez un homme de (|uarante-cinq ans, atleinl de cardiojialhie artérielle avec hypertrophie cardiaipie, la matité absolue diminua, après le premier massage (28 juin 1005), de 3 centimètres au niveau de la pointe (lig. 304).

Le 5 juillet, après 14 massages, car nous en faisions deux par jour, la matité, ipii était avant le massage de 2 centimètres et demi moins étendue (jue le28 iuin, diminua encore de 2 centimètres après (fig. 305), pour devenii- bientôt, normale.

Nous nous réservons de compléter ultérieurement cette étude, mais il nous parait dès aujourd'hui bien démontié (|ue le massage du cœur possède, en dehoi's de son action sur la zone de matité de cet organe, un pouvoir sédatif et régulateur considérable sur les symptômes tant subjectifs cju'objectifs que l'on observe dans les cardiopathies, et on conçoit de quelle impoitance est cette notion, qui permet au médecin d’agir, sans fatiguer le rein par des poisons, souvent mal éliminés par des reins insuffisants.

Disons, pour terminer, quelques mots de Vaction générale du massage précordial .

L’est surtout chez les cardiaques en état d’hyposystolie que ce traitement donne des résultats intéressants, mais, en dehors de ces cas spéciaux, chez tous les cardiaques nous avons noté une amélioration très nette, portant à lafois surlessignes objectifs et sur les symptômes subjectifs ; parmi ces derniers, il en est un qui rpérite d’étre signalé, nous voulons parler de la névralgie intercostale, si fréquente chez ces malades et qui force souvent le masseur à agir avec précaution, au début, pour ne pas réveiller de douleurs trop \ive«;

Fig. 304. — Matilé cardiaque relative (trait plein) et absolue (trait pointillé).

Avinr NASSACi

Fig. 303. — Matité cardiaque relative (trait plein) et absolue (trait pointillé).

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