CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Entré largement dans la pratique médicale actuelle, le « massage», dans les affections gynécologiques, a eu dans ses débuts de terribles luttes à soutenir. Les premiers pionniers de cette méthodo étaient franchement traités d’utopistes ou de masturbateurs. Nous ne ferons point l’historique de ces tristes discussions ; premiers apôtres de Thure-Brandt, mon maître, feu le professeur Jentzer et moi, avions rapporté de Stockholm une profonde impression, et nous sommes efforcés, tout en exposant telle quelle la méthode de Brandt, de la mettre au point plus scientifiquement que ne l’avait fait le maître lui-même, auquel manquait l’éducation médicale première. Au même moment, Stapfer reprenait de son côté tout l’énorme travail original de Brandt, et tâchait de le débarrasser des branches touffues et inutiles qui en masquaient la valeur. En Allemagne, le Suédois avait aussi de grands adeptes, même parmi les plus célèbres professeurs, tels que l’illustre Schultze et toute son école .
Thure-Brandt est mort; mais s’il revenait, il pourrait être heureux du chemin parcouru et du travail accompli ; cependant, si nous relisons ses travaux, nous voyons combien le côté scientifique lui faisait défaut ; sa méthode, fondée uniquement sur des observations trop superficielles, manquait d’une base solide ; il cherchait trop le côté mécanique, le refoulement dans le torrent lymphatique des exsudais, des produits inflammatoires, ignorant l’action locale des éléments sanguins par la destruction des agents infectieux et l’élimination de leurs produits par l’organisme.
Actuellement on demande beaucoup moins au massage une action mécanique qu’une action sur la circulation sanguine, action qui doit chercher à amener la suppression des causes provoquant l’inflammation, la destruction et la résorption des produits inflammatoires et le rétablissement des fonctions aussi normales que possible des organes atteints.
BOURCART. — KINÉSITHÉRAPIE GYNÉCOLOGIQUE.
Aussi le massage direct des exsudais, la libération des adhérences, la réduction des déviations ne sont plus que le corollaire du rétablissement de l’équilibre abdomi no-pelvien.
C’est grâce à un toucher particulièrement adroit, à une patience longue et prudente que Brandt était arrivé à donner à sa méthode le dévelop|)ement que l’on sait; la patience et la prudence sont les deux qualités nécessaii’es à celui qui veut employer cette méthode, si fertile en heureux résultats et qui, si elle ne (jiiérit pas toujours, est un puissant adjuvant du chirurgien et du médecin.
Le massothérapeute devra avoir une connaissance approfondie (le l’anatomie normale et pathologique, non seulement des organes pelviens, mais encore de toute la cavité abdominale, il devra être plus abdominaliste (pie gynécologue et connaitre à fond toutes les lois (pii régissent le fonctionnement du Ventre, aussi bien au point de vue de la statique de ses organes (pie de sa circulation.
La circulation abdomino-pelvienne et les lois de l’équilibre abdominal.
La circulation sanguine du ventre joue unn'iledes plus importants sur l'état des viscères ; elle est soumise d'une part à de grandes variations, suivant les jihénomènes de pression intérieurs ou extérieurs des vaisseaux et, d’autre jiart, elle agit physiologiipiement par son essence même sur les phénomènes de nutrition, de résorption, de destruction.
Les variations dans la circulation (lé[)endent non seulement de la force d’expansion du cœur, de l’état des valvules ou des vaisseaux, du jeu des poumons, de l’innervation, mais encore ici de l’état de l’é([uilibre abdominal, c’est-à-dire de l’état des parois du sac abdominal et des viscères (jui y sont contenus.
Nulle part ailleurs dans l’organisme la << situation » n'est aussi compliquée par la « variété » des combinaisons qui peuvent se produire ; c'est aussi ce qui explique ])our([uoi les manipulations du massage peuvent avoir une action aussi vaste et une variété aussi étendue dans leurs applications.
La cavité abdominale, avec les organes si importants pour la vie qu’elle renferme, n’est protégée qu’en haut, en bas et en partie aussi en arrière, par des parois fixes et peu élastiques (osseuses).
Sa partie inférieure, qui va en se rétrécissant, est formée [>ar le ■ cercle osseux du bassin.
Le foie, la rate, l’estomac ne sont défendus contre les événements extérieurs que grâce à leur situation en arrière des C(Mes, dans l’ou-
CIRCULATION ABDOMINO-PELVIENNE. 475
verture inférieure du thorax et sous la voûte du diaphragme, ils échappent ainsi plus ou moins à Faction de la presse abdominale ; les reins, les capsules surrénales et le pancréas sont cachés profondément en arrière sous l’ouverture du thorax; par contre, la plus grande partie du paquet intestinal, uniquement entourée des parties molles des parois abdominales, se trouve exposée à tous les effets de compressions et de lésions venant de l’extérieur.
Si l’on ajoute à la musculature antérieure du ventre le carré des lombes, le psoas iliaque, les muscles du bassin et du plancher pelvien, on obtiendra un ballon unique hermétiquement fermé, dont la cavité contiendra la totalité des organes situés dans la cavité abdominale.
Ce ballon musculaire, protecteur insuffisant contre des forces externes, a une importance physiologique considérable, car il a pour devoir de surveiller le changement continuel de volume et de position des organes abdominaux si mobiles et de régler et même quelquefois de contrebalancer les troubles survenus dans Véquilibre intra-abdominal.
Pour se rendre un compte exact de cet équilibre, il faut observer que la cavité abdominale renferme à côté des différentes parties du tube digestif : des organes glandulaires, avec des canaux exci’éteurs et un réseau très riche de vaisseaux sanguins et lymphatiques, l’aorte abdominale et la veine cave, ces deux dernières étant situées au-devant delà colonne vertébrale.
Tout changement dans l’état de réplétion de la cavité abdominale devrait amener des troubles inévitables dans la circulation sanguine ou dans la sécrétion glandulaire, s’il n’existait un système régulateur de compensation. Cet appareil musculaire a en outre une grande importance pour le maintien de Véquilibre corporel et il joue un rôle principal dans les fonctions respiratoires.
Dans cette première enveloppe musculaire se trouve un deuxième sac, formé par le feuillet pariétal du péritoine ; sa capacité est moindre que celle du premier, et une certaine partie des organes abdominaux n’y est plus contenue (les reins, par exemple), ce qui n’est pas sans avoir une signification. La paroi de ce deuxième sac est en rapport, soit avec la paroi du premier, soit avec les organes abdominaux situés en dehors de lui ; ce sac péritonéal contient en outre des organes, dont la surface externe est recouverte également d’une enveloppe séreuse (feuillet viscéral du péritoine), ce qui donne une nouvelle particularité à ce deuxième ballon.
Le tractus intestinal, renfermé dans la cavité péritonéale, forme de son côté unecavité, un tuyau, qui peut se transformer en plusieurs
BOÜRCART. — KINÉSITHÉRAPIE GYNÉCOLOGIQUE.
cavités (segments), par ses condures et ses contractions. Le volume de cette cavité varie d'une façon considéi’able, car il est susceptible de dilatations très étendues; il peut contenir des gaz, des liciuides et des matières pinson moins solictes; sa pai’oi est musculaire. Le tul)e intestinal forme donc un troisième sac (inlcrnc), ([ui peut natui-ellement, grâce à sa musculature, agir comme régulateiu* sur son état de répléliou, comme le ballonnet d’aii- joue le rôlede régulateur dans les ballons goullés à l’Iiydrogène.
On peut donc, d'a})rès ce scbéma, S(‘ représenter la cavité abdominale, comme composée <le trois cavilés, enfei’inées les unes dans les autres, à sa\oir: 1“ la cavité du canal intestinal', 2° celle du péritoine, renfermant, outre te tube intestinal, lesoi-ganes sous-diaphragmati(jues, ttds (|U(‘ le foi(‘, la rat(‘, eic. ; la cavité générale musculaire, conlenani les \iscères inl rapéritonéaux et bîs viscères extrapéritonéaux (reins, [tancréas, gros vaiss(*aux).
/ 1. ballon inusridairu interne, Ibrmanl la paroi i 1 (In luhe sf oinaco - intes-
l ^lilial.
ballon ninseulairc liini- * I. Sac |)éritonéal . tant la cavité abdominale i 2. üi'ganes e.xira-inteslinau.v
générale (A) J J contenii.s dans l’intérieur
I du ])éri(oinc (foie, rate,
' etc.).