ENTORSES
teuses ; le gonflementdisparaissaitspontanémentenquelquesheures; d’où succès facile pour ces praticiens : ils conseillaient malheureusement trop vite de reprendre tous mouvements et compromettaient ainsi les heureux résultats d’une méthode irrationnelle. Encore de nos jours, quelques médecins ordonnent aux entorsés du cou-de-pied de marcher trop tôt, puisque quelques malades tentent de suite la reprise des occupations; c’est reculerune guérison que des téméraires recherchent trop rapidement brillante.
L’entorse, en effet, est une déchirure plus ou moins étendue des ligaments d’une articulation ; le tissu fibreux qui les compose en majeure partie se répare lentement et très mal, autant dire qu’il ne se répare pas et le ligament rompu compte sur les tendons et musclesvoisins pour l’aider ou le suppléer; il est vraisemblable que ce n’est pas en quelques heures qu’une semblable assistance peut se faire ; ce n’est qu’après une éducation surveillée et dirigée avec soin que l’articulation traumatisée pourra compter sur son nouveau moyen d’union.
Utilité d’un diagnostic précis. — On ne saurait traiter une entorse par la méthode mobilisatrice, si on n’a pas diagnostiqué avec précision la place exacte de la déchirure ligamenteuse ainsi que son étendue. Le masseur doit reconnaître en effet sans la moindre hésitation le ligament où sa main va intervenir, pour que ses pressions soient justement localisées. Comme nous le souhaitons pour les contusions articulaires, nous devons abandonner les termes vagues dans le diagnostic. 11 y a entorse du cou-de-pied, par exemple : on ne saurait se contenter de cette simple indication. Quel ligament de la tibio-tarsienne, quel faisceau fibreux de ce ligament, à quel endroit de ce faisceau, à son insertion tibiale, calcanéenne ou astragalienne, à la région moyenne, la déchirure est complète ou incomplète, quelle complication, etc.? Le diagnostic recherche ces détails, afin de permettre à la main, au doigt du masseur de suivre de sa pression légère les fibres déchirées et d’agir avec sécurité et certitude.
Technique. — Entorse tibio-tarsienne. — Choisissons pour décrire la technique du traitement de l’entorse, la tibio-tarsienne, la plus fréquente d'ailleurs; elle nous permet d’indiquer à peu près tout ce qui est commun à chaque rupture ligamenteuse, et de plus elle nécessite une rééducation très soignée delà fonction suspendue.
Au moment de l’accident, et quelques instants après, le pied n’est nullement tuméfié et permet l’examen facile de l’articulation blessée, mais après quelques heures, quelques minutes même, le gonflement apparaît et bientôt avec son maximum d’intensité. Le chirurgien voit rarement le blessé aussi tôt après le traumatisme. Le plus sou-
DAGRON. — massage ET MOBILISATION.
vent, il n’est appelé auprès du malade qu'après une demi-journée ou un jour entier, alors que le dégonllement a déjà diminué spontanément et surtout sous l'intluence de compresses résolutives. Ces détails ont leur imj)ortance pour le traitement et surtout pour reconnaître l’efficacité de bonnes manœuvres massolhéra])i(jues.
Quoi qu’il en soit, aussitôt le massage sera fait, aussitôt le malade sera soulagé et le mal sera combattu. Donc, il faut intervenir de suite, si c’est possible.
Cette première séance a une grande importance; tout d’abord elle lacilite le diagnostic que le gonflement rend souvent incomplet. Toutefois, comme nous l’avons déjà fait remarquer, il est préférable de remettre au lendemain, et même plus tard, cette précision du diagnostic, si l’analgésie qui doit résulter des premières manœuvres est obtenue avec quelque difficulté. Comme le gontlement donne déjà d’utiles indications, les pressions sont faites sur les régions tuméfiées avec une égale attention.
Ces manœuvres sont très légères ; la main remonte d’abord en anneau sur tout le segment inférieur du membre, elle attaque ensuite le ligament latéral du côté le plus blessé, précisant chaque faisceau libreux avec les deux pouces alternativement, purs s’adressant ensuite aux tendons et gaines fibi’euses voisines. Alors dès que la pression très lentement progressive a permis de constater que ces ligaments sont moins sensibles, la face palmaire de la main remonte le long des coi’ps charnus de chaque muscle dont le tendon a quelque rapport avec l’articulation blessée, c’est-à-dii‘e avec tout muscle moteur de cette jointure.
Au cou-de-pied, l’entorse externe est la plus fréquente, parce que le mouvement d’adduction du pied a quel<|ue étendue, tandis que le mouvement d’abduction est limité par la malléole externe. Le ligament laléi'al interne est rai’ement entorsé isolément ; en l'evanche, ([irand le ])éroné est fi'actuin au-dessus de la malléole, dans la fracture dite par divulsion, le pied suit la malléole externe mieux reliée au tarse, et c’est le liganrent interne qui cède, quand ce n'est pas la malléole elle-même (fracture bimalléolaire). On trouve aloi’s une entoi'se interne assez étendue: il est vixri qu’idle est de nroindre importance qire la fracture’ qui l’acconrjragne et sa guérison est obtenue loirgtemps avant la consolidation des fragments péroniers.
Les errtorses irrtei'nes léclamerrt cependairt plus de soins ([ue les externes et mieux vaut, en dépit de l’abserrce de tout symptôme du côté interne, agir sur le ligament interne comme sur l’externe dans tout traumatisme du cou-de-pied, car la guérison des lésions ligamenteuses s’obtient facilement endehoi’s et donne de bons résultats.