‹ KinésithérapieChapitre 46 sur 198 · ENTORSES · texte numérisé non relu

ENTORSES

tandis que les moyens d’union internes, moins puissants, laissent, après leur déchirure, une mobilité exagérée qui permet la déviation du pied en dehors et condamne le blessé à marcher sur le bord interne du pied. Cette complication s’observe dans les entorses internes simples et surtout quand elles sont secondaires à des fractures du péroné par divulsion.

Le massage des deux ligaments se fait donc dans tous les cas, avec le plus grand soin, en insistant tout naturellement du côté le plus atteint, dès que le diagnostic a permis de localiser sûrement la lésion. La gouttière calcanéenne en dedans est suivie avec les mêmes précautions que nous avons mentionnées, lors des pressions sur les gouttières tendineuses situées en avant et en arrière de la malléole externe (jambieret extenseur d’une part, péroniers latéraux d’autre part) et la main en suivant les tendons situés dans la gouttière calcanéenne se met en rapport avec le tendon d’Achille, suit un instant son bord interne et masse le jumeau interne, évitant le bord interne du tibia et la saphène interne. Le jumeau externe est massé avec les muscles antéro-externes (jambier, extenseurs et péroniers).

Lapremière séance pourrait s’achever en mobilisant l’articulation; au besoin le blessé pourrait répéter les mêmes mouvements, et même sans douleur faire une courte marche. Ce sont là des témérités qu’il faut rejeter et pour assurer quelques heures de tranquillité au malade, pour aider au dégonflement de la région tuméfiée, il est préférable de conseiller le décubitus, le pied un peu élevé, et de remettre la mobilisation à la seconde séance. Des compresses résolutives, doublées d’un taffetas gommé, maintenues par une bande en crêpe Velpeau très peu serrée, sont appliquées sur la jointure entorsée.

Quand, le lendemain, on retire le pansement, le pied présente moins de gonflement ; on peut reconnaître des ecchymoses. Après avoir massé pour la seconde fois les ligaments, déjà moins sensibles, on constate que la douleur est nettement localisée en un point; le diagnostic est ainsi précisé. Quelquefois un petit arrachement malléolaire est reconnu ; s’il est nécessaire, la radioscopie ajoute d’utiles renseignements.

On commence à mobiliser les orteils, exécutant ainsi un massage profond, par les mouvements des tendons extenseurs et fléchisseurs, puis on fait mouvoir la jointure de l’astragale avec le scaphoïde et enfin, saisissant d’une main le talon, de l’autre la jambe à son tiers inférieur, au-dessus de la région tuméfiée, on donne au pied des mouvements de flexion et d’extension plus ou moins étendus suivant la douleur, qu’il faut, autant que possible, ne pas réveiller. Ce

DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION

sont les seuls mouvements autorisés à cette seconde séance : plus lard sei’ont tentés les rnouYtunenls d’adduction et d’abduction.

La mobilisation active se fait à cette seconde séance suivant l'indication des mouvements ]»assifs. Plus tard à la llexion et à l’extension (lu pied sur la jambe le malade joindra l’adduction et l’abduction du pied, puis la rotation de dedans en dehors et de dehors en dedans, enün les mouvements combinés du pied et du genou.

La rééducation de la marche est commencée dès le second jour, par des applications de la main à la plante du pied, puis aux séances suivantes, peu à peu, le contact du sol, la position déclive de la jambe, le marquage de pas, les exercices d’assouplissement, enfin les pas exécutés avec cadence et méthode sur 50, 100, 200 mètres, etc. assurent en quelques jours la guérison complète.

Nous avons ainsi décrit une entorse d’une intensité moyenne qui guérit sans complication en une huitaine de jours et radicalement lorsqu’elle est soignée avec la prudence que nous avons exigée. Toute mobilisation téméraire laisse une articulation douloureuse qui prédispose à de nouvelles entorses et même à des fractures ; les muscles moteurs de la tibio-tarsienne restent fréquemment contracturés, c’est-à-dire douloureux, et sont causes de claudications difficiles à guérir.

Autres entorses. — Le traitement de toute entorse peut se calquer sur celui de la tibio-tarsienne. Cependant deux variétés sont à établir, suivant que l’entorse a atteint une énarthrose d’une part, une trochlée ou une condylienne d’autre part.

Les entorses du cou-de-pied, du poignet, du coude ou du genou intéressent le plus souvent un faisceau d’un ligament latéral, facilement accessible par la main du chirurgien, tandis que les énarthroses profondes, matelassées par d’épaisses couches musculaires, ne permettent pas de prendre contact avec la partie de la capsule qui a été déchirée.

Dans le premier cas, la méthode est absolument la même que pour la tibio-tarsienne. Au poignet, ce sont les ligaments latéraux et les faisceaux dorsaux du carpe qui ])euventètre massés avec les groupes tendineux antérieurs et postérieurs. Au coude et au genou, le ligament latéral interne est le plus souvent blessé. Le massodiagnostic fait reconnaître au genou quel faisceau est atteint, le superficiel ou le profond; le doigt peut ainsi s’adresser avec précision aux fibres déchii'ées, les masser avecd’autant plus de soin, et la mobilisation de l’articulation est dirigée de façon que le faisceau rompu ne soit jamais tiraillé dans les mouvements imprimés à la jambe par le chirurgien prudemment prévenu,

Page 1