‹ KinésithérapieChapitre 51 sur 198 · T) AG HO N · texte numérisé non relu

T) AG HO N

MASSAGE ET MOBILISATION

lismale qu'on lui a prescrils, diminue riuhuisiU* de ses ciises et espace la j)iochaine. Il est (rim|)orlauce capitale ])our lui de conserver ses jointures des membres inlerieurs pour ([u’il fasse le plus possil)le des exeiTices de marclu', utiles à lin d'oxygénation comme de sudorification et d’activité cii'culatoire.

(iliez le malade impotent, le massage liygiéni(|ue sur tout le corps est d'un utile secours au régime alimentaiie souvent insuftisant et mal observé.

Trailemcnl local. — Les articulations les i)lus malades, et surtout celles qui présentent déjà des lésions d'organisation tibroosseuse, sont mobilisées jusqu’à effet sensible, les muscles moteurs sont massés et exercés fréquemment, en raison de leur vitalité : ce traitement local gagne à être fait par séries de vingt séances. Le but est de rendre quelque repos à des jointures sensibles par moments, véritables baromètres indiquant les lem|ts froids et bumides si contraires aux arthritiques, puis de consei’ver, sinon de gagner le plus possible de souplesse dans des articulations (|ui se déforment, dont la synoviale s’épaissit; en tin de lutter conti*eratro|)bie musculaire dont la marche est parfois si l’apide, et (|ui donne à ces membi'es malades un aspect si caractéristique, la jointui-e augmentant en volume, tandis (jue les parties interarticulaires s’amaigrissent de plus en plus.

La marche de la maladie est plus ou moins lente : nombre de rhumatisants ne connaissent pas les déformations (pii font de ces complications de véiitables infirmités.

Le plus souvent les épiphyses augmentent de volume irrégulièrement et par suite limitent les mouvements; et la jointure s’ankylose |)eu à peu. On améliore ces cas, puisque le massage diminue les douleurs et que les exercices, en gagnant quelques mouvements utiles perdus, retardent l’évolution du mal. Mais lors(pi(‘ l'intirmité condamne le malade à l’impotence absolue, les progrès deviennent rares; jamais cependant on ne doit désespérer même des griffes les plus tenaces, d’ankyloses quasi-absolues. Il y a toujours à amélioier le malade en éduquant les su|)pléances.

a. lliiuMATisME SANS DÉFORMATiox. — La massotliérapie peut espéi er beaucoup au début des lésions, car elles sont peu étendues et les tissus sont à peine dégénérés. Les jnemièies séances donnent la mesure de l’intensité du massage, et de l’étendue de la mobilisation. Si le malade est pusillanime, les pressions douces et les mouvements très limités sont continués pendant les vingt joui-s de traitement; au contraire, si le rhumatisant su[»|)orte bien la mobilisation jiassive, quand on dépasse la limite pathologique du mouvement.

RHUMATISME DÉFORMANT

massages assez accentués, exercices de plus en plus étendus sont pratiqués, malgré les quelques symptômes douloureux qui sont réveillés, mais qui cessent sitôt après la séance, quand on ne mobilise pas avec brutalité, et qui diminuent de plus en plus chaque jour. Ces malades reconnaissent bientôt qu’ils peuvent exécuter sans peine des mouvements qu’ils pensaient avoir perdus.

Technique générale. — La main reconnaît les lésions ostéo-articulaires et masse ligaments et gaines fibreuses très modérément, si les épiphyses ont leurs dimensions à peu près normales ; délaissant l’articulation, s’il y a quelque déformation du côté des extrémités osseuses. Seuls les muscles moteurs sont massés par pressions toniques d’intensité moyenne.

La mobilisation passive s’efforce de retrouver l’étendue des mouvements, insistant surtout dans les moments où ces mouvements sont peu usuels, employant des qualités de patience et de persévérance plutôt que de la force, et surtout repoussant toute violence. La brutalité ne réussit jamais, même lorsquele rhumatisant, pour gagner du temps, réclame avec courage des procédés énergiques et résiste à la douleur. Si, après la série de séances, la mobilisation n’est plus entretenue avec soin, le travail de déformation s’accentue davantage, l’atrophie détruit plus vite la fibre musculaire. On peut dépasser la douleur, mais revenir ensuite et pendant quelques manœuvres aux mouvements indolores. Si des crampes ont empêché le malade de dormir, traduisons que des contractures ont été la conséquence des mouvements forcés.

De même les exercices ne sont pas poussés jusqu’à la fatigue : chaque jour a son progrès, la mobilisation active suivant à quelque dislance la passive, mais la rattrapant toujours à un moment donné. De même le malade est prévenu que l’excès d’exercices nuit encore plus que l’oubli de ceux qui lui ont été dictés.

Chaque jointure a ses mouvements particuliers à surveiller; en général le malade entretient malgré lui ses mouvements usuels mieux que les autres ; ce sont tous ceux qui correspondent aux nécessités de l’existence.

Technique particulière. — Les manœuvres de massage n’ont rien de particulier à chaque jointure ; la mobilisation varie suivant la classe de l’articulation ; chaque mouvement est exécuté et détaillé.

A l’épaule la propulsion et la rotation interne sont bien conservées. Ce sont les deux mouvements le plus utilisés, parce qu’ils sont absolument nécessaires; ils concourent à la préhension devant soi, à l’apport de la main à la face (action de manger, de se peigner, etc.).

fl6 DAGRO^i. — .^lASSAdK ET MOBILISATION.

l'Ài revanrlio, Ions aiih'es moiivcMiienLs, moins fré(|uenls, se [terdeni assez vite et (juediiiefois môme en dépit de leur utilité, parce (judls sont d'un j-are emj)loi, comme la l'étropulsion avec rotation interne et flexion de ravant-l)ras sur le bras (action de nouer un cordon dans le dos, main à la bretelle, etc.). Ce mouvement est très utib‘, mais on ne s’en sert chaque joui‘ qu’aux heures du lever et du coucher : notre mobilisation s’efforce de le restituer à l’iisai^e de Faidhritique et de le perfectionner, s’il devient insuflisant.

Ce mouvement complexe se regagne facilement, lorsque chacun des mouvements est repris en détail, rétropulsion, rotation interne et flexion de l’avant-hras en supination forcée sur le bras.

Au coude et au poignet, aucune })articularité n’est à signaler; tous mouvements sont amplifiés. A la main, chaque petite jointui'e du carpe, du métacarpe est reprise et exercée : nous recommandons les articulationsintermétacarpiennes, carc’esten recouvi‘antlasouplessi‘ entre les tètes des métai’capiens que l’on rétablit la grande dextérité de la main. Chez des virtuoses pianistes et violonistes, cette mobilisation des tètes desmétarcapiens et l’assouplissement des jointures interphalangiennes a permis de reprendre quehjues exécutions de morceaux de concert.

La hanche n’est pas une articulation de choix pour le rhumatisme chronique; ses raideurs, qui vont jusqu’à l’ankylose complète, trouvent assistance du coté du genou et du cou-de-pied, <juand ceux-ci sont indemnes. Mais il est rare qu’un rhumatisant chroniipie ait un genou absolument normal. Sans parler des simples ci‘a(|uements d'arthrite sèche qui gênent peu les mouvements, on y voit des synoviales épaissies, des hydarthroses, des défoi mations, tous accidents de rhumatisme chronique qui nécessitent des repos forcés et par conséquent peuvent faire assimiler un semblable état à une véritable infirmité. La compression, la révulsion surtout aident la massothérapie, mais aucune cure ne restitue la jointure ad integruïn, et le genou devient vite imi)otent pour des lésions relativement peu accentuées.

Nous })ailerons spécialement de l’hydarthrose ; raideurs aiticulaires et ati'ophies musculaires se traitent comme pour toute jointure, mais l’éducation musculaire prend ici la place la plus imj)orlante. Elle n’est commencée qu'aj)rès mobilisation ])assive et active dans le décubitus, puis progression lente, méthodique, sévère de marquage de pas, position déclive des jambes, etc...

Dans les accidents rhumatismaux chroni(pies du pied, dont le pronostic a moins de gravité au point de vue fonctionnel, on observe surtout la douleur ; le pied dévié en dedans ou en dehors

RHUMATISME DÉFORMANT

condamne le membre au repos. C’est contre cette position vicieuse ([ue lulte ia mobilisation passive, réussissant si les lésions ne sont pas trop anciennes, échouant dans le cas contraire. Si la déviation du pied est en adduction et rotation interne, une éducation de la marche en cette position est possible ; mais si le pied se présente en abduction et rotation externe surtout, la marche devient impossible et là, canne ou la béquille deviennent nécessaires. C’est assez dire, en cas de lésions peu accentuées, quel défaut de position du pied doit être combattu avant tout.

Ce ne saurait être en vingt jours que le traitement mobilisateur peut rétablir un rhumatisant chronique : après chaque période, le praticien abandonne le malade en lui recommandant l’hygiène alimentaire et la gymnastique nécessaires à la prolongation des soins, puis il conseille une nouvelle cure à trois mois de là, ou à la prochaine crise aiguë pour en calmer les symptômes et en modérer les effets. En dehors du traitement local, le massage agit sur l’état général et facilite les échanges nutritifs. Dans l’intervalle des séries, si le massage hygiénique n’est pas continué, des frictions généralisées, en ne s’adressant qu’aux régions des muscles atrophiés, en retardent la dégénérescence.

6. Rhumatisme avec déformation. — Les exostoses épiphysaires ont pris une importance assez accentuée pour agir sur la direction des surfaces articulaires, nuire aux mouvements normaux, même empêcher tout mouvement, et en arriver à l’ankylose complète dans une position plus ou moins difforme.

L’intervention massothérapique ou plutôt cinésique est alors bien variable. Le massage n’a d’effet que sur des régions voisines moins malades qui peuvent servir par suppléance. Si l’épaule est fixée, la main rejoint encore la face, grâce aux mouvements du coude que la gymnastique ne saurait entretenir dans de trop bonnes conditions.

Le mal ne se localise presque jamais à une seule jointure, et on glane au milieu de toutes ces infirmités, pour donner au rhumatisant quelques mouvements qui permettront les fonctions les plus nécessaires. Un malade est venu ainsi demander qu’on lui rendit l'abduction d’un bras, pour qu’il pût se servir d’une béquille : ce courageux rhumatisant avait les deux jambes impotentes; une main seule pouvait lui être utile; l’autre main toute déformée était incapable de la moindre fonction ; le membre correspondant était fixé à la béquille par un lien solide I

On peut donc assister de tels malades, quoique leurs lésions soient incurables. La mobilisation a encore son indication, mais à

DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION

condition (|iril existe un muscle au moins, qui aciioniu' la jointure mobilisée, sinon b* mouvement récupéré devient nuisil)le (*l mieux vaut l’ankylose comj)lètc.

Hydarthrose. — Pnthogénie. — Nous ne [)ari(M‘ons ici (|iu‘ de l'épanchement devenu clu-oni(iue, laissant de coté à la fois les cas aigus et les liydmpisies de la séreuse par li-oubles circulatoires du membre.

Depuis longtemps, les malades se plaignent de leur genou, les uns, indociles, n’ont pas observé les conseils de prudence qu’on leui‘ a donnés; les autres, j)lus soumis, ont suivi [)lusieurs fois des ti-aitements insuffisants.

C’est précisément parce qu’on considère l’hydartlu'ose exclusivement comme une affection articulaire, que la lliérapeuli(]ue est défectueuse. La sérosité est évacuée facilement, mais la cause de sa présence persiste, et elle s’épanche de nouveau. Le muscle ti-iceps est le véritable organe malade; en le soignant, laguéi’ison se maintiendra.

L’anatomie montre déjà que triceps et séreuse sous-tricipitale . forment un ensemble, quasi-indépendant de la jointure : c’est ce muscle et sa séreuse qui sont atteints, mais comme la séreuse communique avec la synoviale articulaire, répanchement paiaît intra-articulaire. D’ailleurs bien des malades, dont les accidents sont récents, présentent une atrophie musculaire fort avancée, aloi-s (pie l’épanchement articulaire date de quelques jours.

La résorption par compression de l’épanchement n’est donc qu’un premier temps du traitement et le moins important. Cette résorption survient quelquefois après simple repos ou révulsion répétée.

Technique cinésithérapique . — Après une ou deux séances de mas.sage du triceps, on applique un appareil ouaté compressif depuis les orteils jusqu’à mi-cuisse. On le surveille cimi à six jours, conseillant d’éviter de se lever, de remuer avec excès, alin que l’appareil ne s'ai tkule pas au genou. On le resserrait aloi’S de nouveau poui* être certain de la résorjition à la levée de l’appai'eil.

Le liquide a disparu : le traitement commence. Massage quotidien Exercices progressifs, passifs, actifs dans le lit, jniis contact du sol, jambes verticales, puis lever, marquage de pas cadencé jiendant deux minutes par heure, le lendemain trois minutes par heure, le surlendemain cinq minutes liai' heure ; le l’este du tem})s le malade est dans le décubitus. Le talent consiste à faire exécuter à c(^ muscle atrophié, malade, faible, tout ce qu’il peut faire, mais pas plus, sinon le liquide reparaît dans la jointure.

L’accident arrive-t-il à se pi'oduire? On retarde la progression et on fait une légère ompression le soir. Entin, après avoir permis au

ANKYLOSES.

malade 200 pas, SOO pas par heure, on espace les exercices en augmentant leur durée. Cependant les exercices d’assouplissement permettent aux deux membres de se contracter synergiquement. Auparavant remensurer la cuisse pour être à peu près certain que le traitement a rendu au membre malade la plus grande partie des fibres musculaires perdues.

Ankylosés. — En détaillant le traitement du rhumatisme chronique nous avons indiqué la méthode à employer pour tout état chronique des jointures : car nous avons déjà divisé le rhumatisme en deux catégories, suivant le degré des lésions. L'ankylose se présente à nous de même sous ses deux formes : elle est incomplète ou complète. Dans le premier cas il s’agit de raideurs, dans le second d’ankylose vraie.

Raideurs articulaires. — Beaucoup de raideurs articulaires sont la conséquence de soins insuffisants ou d’immobilisation prolongée, on les rencontre à la suite du rhumatisme aigu ou chronique. Le traitement prophylactique consiste à mobiliser de bonne heure toute affection aiguë ou traumatique et à éviter l’immobilisation.

Ces raideurs existent dans toute l’étendue du mouvement, ou seulement à certains moments de ce mouvement, surtout à ses limites. Les manœuvres de massage s'adressent d’abord aux exsudais des ligaments, en pratiquant des pressionsde moyenne intensité le long des tissus fibreux périarticulaires, puis en passant sur les muscles moteurs de la jointure. La mobilisation passive dépasse quelquefois la douleur, en gagnant sur l’étendue du mouvement et en maintenant le membre dans, la position regagnée. Les exercices actifs d’abord sans résistance, puis avec résistance, rendent peu à peu la force perdue; la vitalité musculaire met plus de temps à revenir à cause d’un début d’atrophie des corps charnus. Plus l’accident est ancien et plus la dégénérescence a fait de progrès.

Les exercices exécutés par l’enraidi ne doivent jamais aller jusqu’à la fatigue ; au lieu d’augmenter, les corps charnus s’atrophieraient davantage. La durée du traitement dépend de l’état des lésions. 11 est des articulations qui s’enraidissent avec une très grande facilité; le coude, par exemple, est une jointure d’élection pour l’ankylose : de même les phalanges sont difficiles à mobiliser après entorse.

Ankylosé vraie. — Elle est complète ou incomplète. Dans le premier cas, il n’existe comme secours à donner au malade que l’éducation des mouvements de suppléance des articulations voisines. Ainsi un genou absolument immobilisé nécessite la marche par la hanche et le bassin, aidés des articulations du pied. L’examen sous le chloroforme donne des indications précises. Enfin, on ne

DACxRON. — MASSAGE ET MOBILTS ATTOX.

sauiail toiiler- de i-endi*e (juelqiie inouvemeiil ]>ar violene(‘, s'il n'y a ]>as line musciilalure en état |)onr exécuter [>lus tard acti\einent ce mouvement. J^'ankylose complète est donc le pins souveid une l’aison de contre-indication.

11 n’en est pas de même de l’ankylose incomplète : on peut toujours améliorer une telle jointure, augmenter l’étendue des mouvements (jui [)ersistent, et même en reti’ouver d’autres <pii auront, dans les muscles moteurs des mouvements conservés, des agents utiles; car ce sont eux ([ui aideront les faisceaux musculaires voisins à se l égénérer en aidant leur rééducation.

Quelquefois un muscle dégénéi’é et rétracté gêne un mouvement en limitant son étendue; des manœuvres de traction donneront à ce corps cliai nu devenu tihreux la longueur nécessaire pour (ju’il ne s’oppose plus au mouvement utile qu’il limitait.

11 n’y a pas de règles pour de semblables affections: les indications découlent des symptômes ([ue l’on l’encontie et de ce que l’expérience a déjà appris. En tout cas, il n’y a j>as à désespérer de donner une amélioration sensible à un im])otent des suites (t’ankyloses. Quand les muscles sont dégénérés au point de condamner toute mobilisation, on doit encore tenter ce procédé qui consiste à obtenir dans les jointui'es voisines des mouvements très étendus, grâce à des exercices de mobilisation, afin de suppléer ainsi l'aiticulation absente. La rotation en dedans et en dehors de l’épaule, en cas d’immobilisation des radio-cubitales, place, à volonté, faces dorsale et palmaire de la main ainsi (jiie la pronation et la supination de l’avant-bras, sans faire oublier les avantages de ces dernières fonctions ; quand on reconnaît que, par ce moyen, une blessée du coude qui ne faisait |)lus de musicpie, parce qu’elle ne j)ouvait plus s’accompagner au [)iano en chantant, reprend son aid favori, on en saisit mieux toute l’importance.

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