RHUMATISME CHRONIQUE AVEC CRISES SUBAIGUES
Lorsque la^cicatrisation des téguments est terminée, à la mobilisation, alors mieux surveillée, on joint le massage des muscles moteurs, et de suite on éduque cette nouvelle articulation, ainsi que sa musculature, d’autant plus que les tissus fibreux périarticulaires qu’on a souvent sacrifiés au moment de l’opération sont à jamais perdus ; car ils ne se répareront pas ; ce sont les muscles voisins qui les suppléeront comme ligaments actifs avec l’aide de leurs tendons et gaines tendineuses.
Les résultats des résections sont alors bien différents, surtout si les opérés sont suivis pendant quelques semaines, et si on leur évite le surmenage et ses complications, aussi bien que la négligence des soins cinésiques et les paresses musculaires consécutives.
AFFECTIONS NON TRAUMATIQUES A. — Aiguës.
Rhumatisme articulaire suraigu. — Malgré la légèreté des pressions, les rhumatisants supportent mal tout contact au niveau des régions malades. Au lieu d’atténuer les phénomènes douloureux, ces manœuvres semblent les exaspérer ; elles ont une influence à peu près nulle sur les exsudats séreux. Le massage a été pratiqué dans des régions moins atteintes, dans le but de réveiller les sécrétions sudorales et l’élaboration rénale : les résultats sont insuffisants pour que la méthode cinésique soit conseillée dans le rhumatisme suraigu. Toutefois, tout médecin doit montrer au malade qu’il est de son intérêt que ses jointures ne soient pas immobilisées ; il lui enseigne à mouvoir ses doigts, autant que tuméfaction et douleur le permettent, à éviter de conserver longtemps les mêmes positions. Le malade exécute ces mouvements d’autant mieux que sa température a baissé et que les douleurs s’amendent. Dès que tout état aigu a cessé, le rhumatisant aigu est massé et mobilisé avec avantage, car il est de ceux que la raideur et l’atrophie guettent.
Rhumatisme dit chronique avec crises subaiguës. — Ces rhumatisants se plaignent de douleurs à peu près continuelles dans certaines jointures, douleurs variables d’intensité, de qualité, avec ou sans irradiation , en général se produisant à l’occasion de mouvements ordinairement sensibles, parce qu’ils sont exécutés par des muscles malades, en voie de dégénérescence et surtout par ceux qui sont en rapport avec la synoviale articulaire (biceps huméral) ou avec des bourses séreuses isolées (deltoïde) ; on trouve en outre des crises aiguës avec fièvre, mais la température est moins élevée que dans les
JDAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
cas suraigus. La tuinéfaclion est plus éfendue, elle envahit les tissus voisins de la jointure, surtout les séreuses et gaines fibreuses et la douleur, devenant inloléi‘al)le parfois, s’oppose aux mouvements du memhi e atteint. Les douleurs sont d'autres fois vagues mais continues. A chacun de ces symptômes douloureux il est difficile d’opposer le traitement cinésique, cependant chez certains malades des pressions douces le long des corps charnus et des ligaments calment les douleurs, alors que chez d’autres il y a exaspération de la sensibilité. Cette différence explique comment le traitement d’Aix bien supporté par les uns, ne peut être toléré par d’autres. En tout cas, nous rejetons toute idée de massage des exostoses qui apparaissent sur les épiphyses et qui sont parfois très sensibles. Mieux vaut agir sur tous tissus situés au-dessus et au-dessous delà région articulaire ; de la sorte le massage n’accélère pas ces proliférations du tissu osseux qui sont cause de la diminution d’étendue de certains mouvements, et la cii'culation n’en est que mieux activée dans l'intérêt de la disparition des exsudats périarticulaires ; en lin les corps cliarnus sont mieux en garde contre l’atrophie musculaire, que présentent tous ces rhumatisants chroniques.
Les malades se trouvent donc bien d’un massage quotidien ])endant la durée de chaque crise. Des exercices modérés suivent les manœuvres de pression très légère, car leur but est d'analgésier la région et la mobilisation trop forte réveillerait ou augmenterait les symptômes douloureux. Donnons aussi le conseil d'employer des applications de linge sec chaud, ou même des compresses chaudes, des ouataplasrnes : la chaleur, outre qu’elle est calmante, permet de mieux supporter toutes manœuvres.
Les malades que ce traitement améliore en connaissent vile les indications, et dès que la criseaiguë commence, ils viennent demander secours à la main de leur médecin ; celui-ci n’oubliera pas que c’e^t l’occasion d’appliquer la sévérité du régime qui l'éussitle mieux à son malade et surtout de réveiller les fonctions delà peau et des reins, c’est-à-dire de tous les émonctoires.
Rhumatisme blennorragique. — Cette variété ne mériterait pas d’indications spéciales, s'il n’existait pas au début des symptômes douloureux qui demandent quelque attention et une grande réserve. D’autre ]>art, ce sont là des formes d’arthrites qui s’organisent avec une rapidité désespérante et condamnent de bonne heure à l’ankylose, si on n’intervient pas. l
En dépit de ces douleurs qui rendent le blennorragique timoré, le masseur exerce lui-même quotidiennement une mobilisation des jointures voisines de celle qui est atteinte, montrant au malade à répéter ces
RHUMATISME DÉFORMANT
mouvements passifs d’heure en heure pendant deux ou trois minutes.
Au genou, l’hydarthrose complique souvent l’arthrite, mais elle se guérit assez vite spontanément ou après révulsion; si l’épanchement s’installait chroniquement, la compression aidée du massage donne entière satisfaction.
Le rhumatisme blennorragique n’abandonne la jointure qu’après un séjour prolongé; les soins ne cessent qu’avec le mal, afin d’être certain qu’aucun tissu pathologique ne s’organisera et ne causera d’adhérences.
Goutte. — Des soins cinésiques ont été conseillés dans la goutte aiguë, nous ne partageons pas cette manière de voir. Les douleurs sont telles dans les crises, que le moindre contact est mal supporté. En revanche, comme pour toute arthrite, dès que les phénomènes aigus s’amendent, la mobilisation lente et progressive avec le massage de l’articulation des muscles moteurs active la guérison. Ce massage a un effet général utile en excitant les centres sympathiques par réflexe ; les fonctions rénales et cutanées sont régularisées, comme lé démontre la diurèse, d’autant plus abondante que le massage a été plus étendu sur les régions bien portantes.
La mobilisation active et les exercices de marche permettent au goutteux de ne pas se servir de béquilles après sa crise.
Arthrites et périarthrites diverses. — Il est difficile de ne pas trouver quelque manifestation rhumatismale dans toutes ces arthrites qui ont une origine inconnue ; même dans les arthrites traumatiques, on a pris l’habitude d’admettre un terrain prédisposé, lorsqu’elles surviennent sans autre cause que la contusion articulaire, et alors arthrite et périarthrite deviennent à peu près synonymes de rhumatisme articulaire.
Toutefois en dehors des rhumatismes ou de certains autres états diathésiques, des agents infectieux ayant pénétré par les téguments ou par les voies circulatoires déterminent des inflammations aiguës de la synoviale ou des bourses séreuses voisines.
Toute arthrite aiguë suppurée est une contre-indication au massage, et d’ailleurs tout abcès articulaire ou périarticulaire est à respecter. Lorsque la résolution spontanée ou opératoire ne laissera que des lésions habituelles (raideurs, ankylosés, etc.), celles-ci seront traitées par le massage, quand toute inflammation aiguë aura cédé.
B. — Chroniques.
Rhumatisme dit déformant. — Traitement général. — Le malade qui applique avec sévérité les conseils d’hygiène antirhuma- Physiothérapie. III. 8