TORTICOLIS
fatigué se contracture davantage ; aussi après plusieurs tentatives, et tentatives qui cèdent vite, quelques minutes de repos sont nécessaires. Une nouvelle reprise permet de faire quelque nouveau progrès.
Ces exercices passifs, pratiqués pendant le massage, ne peuventêtre que des mouvements complexes, puisqu’il s’agit de constater si le sterno ou le trapèze qu’on masse se décontracture ; mais on doit après ces manœuvres chercher à faire des mouvements décomposés, réguliers, flexion, déflexion, etc. Si la mobilisation passive a obtenu un résultat sérieux, les exercices actifs peuvent être de suite entrepris, mais en évitant d’aller jusqu’aux limites de l’étendue du mouvement : se rappeler surtout que le mouvement actif d’un contracturé ne doit jamais demander d’effort. C’est pour cette raison que nous conseillons, au lieu d’obtenir un mouvement très étendu, de placer le malade dans des positions diverses, et de le prier de conserver sa position pendant une ou deux secondes.
La suggestion aide beaucoup l’opérateur, les enfants se laissent facilement influencer par quelques paroles d’encouragement, par des félicitations, par tout ce qui excite leur amour-propre : tel enfant qui apprend que tel autre a mieux fait, guérit plus vite, parce qu'il devient plus attentif, plus docile. La suggestion par injonction réussit mieux chez d’autres.
L’enfant jeune, indiscipliné, est soigné avec quelque difficulté : on peut surprendre sa volonté, en employant l’artifice qui consiste à se servir de sa vision binoculaire, comme direction de ses mouvements du cou. On montre à distance une légende de journal à l’enfant et on lui fait lire un titre ou une annonce, en plaçant la ligne parallèlement à celle de ses yeux. Pendant qu’il lit, on fait tourner légèrement le journal pour qu’il suive de son regard la ligne commencée, peu à peu la tête se redresse (bg. 62).
Ce procédé ne doit pas être employé trop tôt, sinon la contracture persiste et l’enfant tourne la tête, parce qu'il n’aime pas lire sur un texte oblique, mais il lève l’épaule qui suit le cou et c’est une autre déformation à guérir, sans aucun profit (fig. 63).
Le jeune malade atteint de torticolis idiopathique, guérit parfois spontanément, mais on voit des enfants qui conservent leur déformation plus longtemps; l’atfection est douloureuse en elle-même et mérite des soins qui l’amènent le plus tôt possible à résolution. On peut employer simultanément fébrifuge et antinerveux, et même un Uniment calmant local, mais l’enfant reconnaît bien que c’est le massage qui l’a le plus calmé, parce qu’il lui a donné du soulagement à ce symptôme si pénible de la contracture qui s’oppose au mouVeluent et le rend douloureux.
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MASSAGE ET MOBILISATION
Dès le lendemain de la première séance, les mouvements sont plus étendus, et au bout de quatre, six, huit jours, l’enfant est entièrement rétabli.
Nous ne voulons pas donner toutes les variétés de forme, de localisation, d’intensité : le plus communément, un seul muscle est très souffrant, mais pi’esque tous les muscles du cou sont quelque peu contracturés, d’oii difficulté au dél)ut d’un diagnostic précis du muscle
Fig. Gü. — .Mobil isalioiulu cou dans le torticolis par la lecture liinociilaire.
Lorsque les muscles ont commencé à abandonner leur état de contracture et que la mol)ilisation passive a déjà permis quelques mouvements du cou, le malade éjirouve quelque pusillanimité à faire de lui-même ces mouvements. 11 est j)référable de surprendre son muscle en l’obligeant à redresser la tête par la lecture binoculaire d'un petit texte à une certaine distance. La lecture est plus facile, quand la ligne des yeux est parallèle à la ligne du texte, .\ussi redresse-t-on peu à peu le texte et la tète suit le mouvement pour conserver le i)arallélisme.
Fig. 03. — .Mobilisation du cou dans le tortico lis. Inconvénient de la lecture binoculaire.
Dans ce procédé de mobilisation du torti colis, si on veut redresser trop tôt la tête, la contracture n’ayant pas cédé, le jeune malade suit avec atlenlion la lecture de la ligne qu'on lui présente, mais le muscle conservant sa dis|)OS’tion maladive, entraîne l’épaule qu'il surélève plus ou moins, communiquani ainsi une nouvelle déformation qui devient très difficile à corriger, car ré|>aule est maintenue dans cette nouvelle position irrégulière par la contracture encore plus accentuée des muscles du cou.
malade. Ce n’est qu’après un ou deii.x massages, quand la région cervicale n’est plus fout entière sous le régime de la contracture, (piand le muscle malade lesle seul encore contracturé jtlus ou moins, ((u’on ])eut localiser le mal avttc précision. Il imporle d’ailb*urs jk'u, el celle remartiue ramène à celle formub*, tjue, dans b; torticolis, il faut soigner toute la musculature de la région cervicale.
RUPTURES MUSCULAIRES
Nous avons donné ce principe parce que dans les torticolis anciens à dégénérescence fibreuse, on trouve plusieurs rnuscles malades, et que mieux vaut ici encore s’appliquer à retrouver la fonction plutôt que chercher à lutter contre une contracture reconnue. Nous pensons à un cas de contracture des scalènes, qui nous a tenu quelque temps en éveil: nous localisions nos manœuvres, nos effets; d’un jour à l’autre, la jeune fille, dont nous soignions avec opiniâtreté la région inférieure et antérieure du cou, reproduisait son torticolis à peu près généralisé. Tout cessa le jour où la région cervicale entière fut soignée, par massage des deux sterno et des deux ti’apèzes, avec mouvements progressifs et décomposés de la tête.
Ruptures musculaires.
Toute rupture musculaire suppose d’abord, tantôt un traumatisme qui agit sur un muscle en contraction, tantôt une contraction musculaire maladroite et brutale, d’autre part, un mauvais état de la fibre charnue.
Tous les muscles peuvent se rompre, mais quelques-uns sont plus fréquemment atteints de ruptures : les principales localisations sont relevées sur les muscles les plus exposés ou les plus malades, ainsi se rompt le biceps, qui est le muscle dont l’homme abuse le plus volontiers, quand on considère la somme de travail fournie par certains ouvriers ; ainsi le droit interne de la cuisse, le muscle le plus long et relativementle plus grêle de l’économie, qui subit parfois de grandes élongations (grandécart) et auquel on demande (cavaliers) une fonction au-dessus de ses moyens ; ainsi se déchire le triceps sural (coup de fouet) parce que sa texture s’altère singulièrement, quand le membre devient variqueux, car un muscle puissant, le soléaire, fait place à un réseau irrégulier de varices avec dilatations parfois énormes et la fibre charnue a presque complètement disparu. Les ruptures musculaires se placent souvent encore au carré lombaire (tours de rein), au couturier, au triceps crural, etc.
Si on recherchait une méthode préventive des ruptures musculaires, le massage aurait quelque chance d’être accrédité, puisqu’il conserverait aux corps charnus leurs propriétés vitales.
Quelle que soit la région malade, le muscle se déchire en partie ou complètement. Dans tous les cas, la douleur est intense, car la contracture consécutive de tout le muscle est de règle. On comprend alors que la plaie musculaire soit sollicitée par chaque partie du muscle déchiré, qu’elle se rompe encore secondairement et que la douleur ne se calme que si le corps charnu présente une complète
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MASSAGE ET MOBILISATION
solution de continuité ou si quelque artifice fait cesser la contracture.
Les ruptures complètes sont les moins fréquentes : c’est au biceps ou au droit interne qu’on les rencontre d’habitude. Le muscle est libre dans sa gaine aponévrolique et chaque fragment peut se ramasser vers l’extrémité correspondante, tandis qu’au soléaire, au carré lombaire, le corps charnu est tixé par ses inseilions multiples et, quand un faisceau se rompt, les fibres voisines tixent les deux segments musculaires.
En donnant les (jiielques caractères sym|)tomatiques de ces quatre variétés de ruptui-es et la techniipie du massage qui en découle, nous aurons indi([ué les divers moyens massotliérajiiques (]u’on peut employer contre toute ru[)ture musculaire.
1° Rupture du biceps. — Le manouvrier abuse de sa force musculaire; le biceps est le muscle le plus souvent sollicité, c’est lui (jui donne au membre supérieur sa puissance, et les mouvements sont exécutés fréijuemment av(‘c le maximum de force. Si la libre charnue est de bonne struduie, si l’influence nerveuse est irréprochable, faction s’opère normalement, mais si le muscle ne possède pas toute sa vitalité, si la direction esthésitante ou inattentive, la contraction se fait avec maladresse et l’organe se déchira au niveau de sa parli(‘ faible, le corps chainu. (’/est l’accident ([ui guette le charpentier frappant de son lourd marteau ; au moment où son outil commence à descendre, il lui donne une secousse (jui augmente le poids delà masse: mais le bice[)S n’é|)iouve (pi’une faible résistance, parce que le moment est bien choisi, et, avec l’habitude, la contraction s’o])ère presque sans fatigue ; mais, si la contraction du muscle se fait àun instant inaccoutumé, ])ar inattention, ou pour toute autre cause, le biceps ressent une résistance anormale, il se contracte avec violence poui‘ réagir contre cet obstacle impi'évu et se luise, surtout si ses fibres sont malades.
lly arupture complète ou incomplète; mais celle-ci intéresse assez de faisceaux pour qu'il se produise un écartement sensible et même visible sous la peau. Chaque fragment se contracture et devient douloureux; du sang s’épand parsuitede ruptui e de veines musculaires ou sous-cutanées : le coude se fléchit par contracture du brachial antérieur.
La suture serait le traitement de choix, si les fragments pouvaient être mis en rapport, mais les contractures s’y opposent et le tissu musculaire cède souvent aux sutures que l’on pose, à cause de sa friabilité au voisinage de la rujdure. La sutui'e est ])arfois tentée tardivement; le muscle est alois difficilement suturé à cause de la rétraction de ses fiagments. Ces opérations devraient être [)ioposées
RUPTURES MUSCULAIRES
le plus tôt possible, si la massolliérapie n’apportait une naéthode de traitement tout à fait suffisante.
Quotidiennement un massage est pratiqué sur chaque fragment, puis sur tout le membre. Les deux chefs sont rapprochés par pressions plus accentuées, et dès le premier jour la mobilisation passive entretient la souplesse articulaire. La mobilisation active est remise à quelques jours. Un pansement ouaté est appliqué sur le bras, avec tendance au rapprochement des fragments musculaires et le bras est placé dans une écharpe, le coude en flexion : il est recommandé au blessé de remuer la main et l’épaule. Ces quelques mouvements auront pour effet de donner confiance au biceps, sans le faire contracter.
L’écartement diminue de jour en jour; les exsudais se résorbent et quand le malade exécute des mouvements passifs assez étendus, sans douleur, on commence quelques exercices actifs, mais surtout sans résistance. La mobilisation spontanée avec quelque force devra attendre la quatrième semaine, lorsque la réunion des fragments a acquis quelque solidité. Ce n’est guère que vers le quarantième jour que le malade pourra compter sur son biceps, et ce n’est qu’au quatrième mois qu’il pourra tenter de nouveaux efforts ; un muscle digastrique très vigoureux a succédé à la première musculature et rend les mêmes services.
La suture peut s’imposer dans une opération complexe où il a fallu déjà intervenir pour des lésions osseuses, articulaires ou vasculaires : un massage préopératoire rendrait le service de préparer la résolution musculaire et d’aider le chloroforme à cet effet.
Dans les exercices actifs, les mouvements d’assouplissement simultanés, avec le membre du coté opposé, ajoutent à l’adresse du membre par l’éducation des actions synergiques.
2® Rupture du droit interne. — Les manœuvres du massage' sont à peu près semblables pour celte rupture musculaire, fréquente chez les cavaliers.
Mais si la rupture est complète, le fragment supérieur, au lieu de se remettre en rapport avec les quelques fibres qui sont situées au-dessus du centre de la patte d’oie, va se fixer au grand adducteur, et ajoute à son action. Dans ce cas, la réparation anatomique importe peu. La fonction seule nous intéresse.
Après deux ou trois semaines de massage de la masse des adducteurs, après rééducation de l’adduction, sans résistance d’abord, puis avec opposition aux mouvements, le blessé est exercé à la station debout, au marquage de pas et aux exercices d’assouplissement. Parmi ces derniers, le membre inférieur exécutera des mouvements
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d'abduction, puis d’adduction, des croisements de jambes, en position debout et assise. Il est alors apte à la marche sur tous terrains et s’entraînera de nouveau à l’équitation.
3“ Rupture du carré lombaire. — On a souvent confomlu avec le lumbago ou rhumatisme des loml)es ces douleurs si violentes qui arrivent soudainement à l’occasion d’une flexion du corps et d’un redressement de la colonne lombaire. Cette douleui’ arrache des ci is au malade, l’empêche de trouver une position indolore; le malade n’est bien ni couché, ni debout, ni assis : il n’ose plus remuer. Ce symptôme indique déjà qu’il y a contracture dans l’appareil musculaire ((ui préside à l’éijuilibre de notre station.
Le Tïiouvement de i‘edressement s’est fail avec maladresse et quel- (pies faisceaux musculaires se sont déchirés; ils appartiennent au grand dorsal, à la masse sacro-lombaire ou le [)lus souvent au carré lombaire ; ou bien à [)einele tnuscle est-il rompu, (jue toute la musculatui’e voisine se conti'acture pour immobiliser le faisceau déchiré et le moindre mouvement est horriblement douloureux.
Sans insister sur le diagnostic, remarcpions (jue le lumbago et la névralgie iléo-lombaire permettent des mouvements et des positions de repos ; certains j)oints sont plus douloureux, et en général un seul côté est atteint. Dans la ru|)ture, tout mouvem(;nt est pénible, tout muscle de la région dorso-lombaire est conti‘acturé et sensible.
Ces symptômes nous donnent l’indication du traitement; il suffira d’amener la résolution musculaire poiu‘ (jue les douleurs se calment. Malheureusement il est assez difticile déjà de trouver une position de repos pour masser les mu.scles déchirés. On ne saurait donner de règle pour placer le malade en décubitus latéral, abdominal, ou en station assise. Certains préfèrent garder la station debout et s'appuyei" des deux bras sur un meuble assez élevé (dossier de fauteuil).
La premièreséance est souvent défectueuse pour ce motif, et même les tentatives de déplacement ont amené une exacerbation des douleurs. 11 est de la plus haute importance <[ue le malade ne l edoute j)as l’heure du massage, au contraire, il doit le désirer. Aussi je conseille, si la douleur empêche de placer le malade dans une position de repos, de faire le premier jour une injection de morphine, caries liniments chloroformés sont insuffisants. Le massage achève la résolution musculaire et (pielques mouvements passifs du rachis donnent confiance à toute la région.
I^e muscle déchiré estdiflicile à reconnaître hî jiremier jour : aussi exerce-t-on des pressions légères sur tous les muscles d(*s lombes (grand dor.sal, masse communeet muscles des gouttières vertébrales,
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carré lombaire). Le lendemain on reconnaît que c’est un des deux carrés qui a été rompu. Le massage alors insiste davantage de ce côté.
Les mouvements passifs s’adressent au rachis, flexion, extension, torsion à gauche, à droite, inclinaison à gauche, à droite, et mouvements complexes; on termine par des mouvements du membre supérieur combinés avec ceux du rachis, et de même pour le membre inférieur, mais ce n’est guère qu’à la quatrième séance que ces derniers mouvements peuvent être exécutés régulièrement.
Les mouvements actifs sont conseillés dès le premier jour, à cause des contractions continuelles des muscles de la colonne vertébrale, qui sont toujours en éveil pour l’équilibre dans la station debout ou assise.
Ces ruptures doivent être soignées pendant trois semaines au moins, afin que l’on rende au malade des muscles en bon état. La dégénérescence occasionnerait de nouvelles ruptures, et c’est précisément de règle, qu’une rupture arrive rarement isolée : il y a des malades fréquemment atteints, comme les variqueux sont souvent victimes de coups de fouet.
4° Rupture des muscles de la jambe (coup de fouet). — Le variqueux a des mauvais muscles de la jambe, disséqués pardes veines dilatées et nombreuses ; aussi y a-t-il cercle vicieux, circulation mauvaise, parce que mauvaise musculature, et réciproquement : un jour il contracte maison soléaire, qui n’a pas la force de résister, ou résiste mal et se déchire.
Une douleur vive, brûlante, cingle comme un coup fouet les muscles du mollet, et le malade éprouve la sensation du manque, il se laisse tomber, mais se relève et se plaint de tension dans sa jambe. Couché, le malade reconnaît que cette jambe est tuméfiée, violacée, par suite du sang épanché ; il ressent des fourmillements, de la pesanteur. Le triceps de la jambe est contracturé.
Quelques pressions de massage aident la circulation, les muscles entrent facilement en résolution et celle-ci persiste, si le malade reste couché.
Les manœuvres sont renouvelées chaque jour; le pied, la jambe sont mobilisés, et dès que la tuméfaction a disparu, on commence la rééducation de la marche. La guérison arrive assez vite, au bout d'une, 'de deux semaines; mais si le malade n’est pas suivi quelque temps pour la reconstitution de ses muscles, de nouveaux coups de fouet menacent notre variqueux.
Autres ruptures musculaires. — Qu’il y ait rupture de tout autre muscle, il sera facile de se guider sur les conditions à
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tenir dans les quatre cas cités. Ainsi un couturier déchiré;/se soigne comme un droit interne ; toutefois, la fonction musculaire variant, d’autres mouvements seront conseillés et recherchés : toute rupture d’un muscle des gouttières vertébrales se soignera comipe nous l’avons indiqué pour les ruptures du carré lombaire. Enfin, on ne saurait oublier que la fibre musculaire doit être en excellent état pour résister à des contractions parfois maladroites et inatlentives et négliger de suivi’e le temps suffisant les dégénéi'és musculaires à la suite de fièvre grave, d’intoxication (diphtérie, saturnisme, etc.), afin de rendre la vitalité musculaire perdue, mais encore mieux, afin de leur éviter, par manœuvres pi()pbylacti(]ues, des accidents inévitables I)tus tard.