L'armée de Mayence a Tours
La première colonne de la garnison de Mayence arriva à Tours le 22 août. Ce même jour, vers les huit heures du soir, le général de brigade Vimeux, qui la commandait, me fît part qu'il venait de recevoir l'ordre du général Ronsin, adjoint du ministre de la guerre, de se mettre en marche avec ses troupes le jour suivant et de les conduire à Saumur. Le général Vimeux étant dans l'incertitude de ce qu'il devait faire, je me permis de lui représenter que je croyais qu'il ne devait pas obéir, parce que j'avais entendu dire au général Aubert-Dubayet, à Blois, que nous ne devions entrer dans la Vendée qu'après l'arrivée à Tours de tous les corps, auxquels on distribuerait des habits, souliers, armes, etc. Je proposai d'aller à Blois informer ce général et lui demander ses instructions. Ma proposition ayant été admise, je montai un cheval de poste et je courus sur la route de Blois. Après le premier relais, je rencontrai la voiture des représentants Merlin et Reubell qui furent surpris de me voir
1. Ce récit est emprunté à une Histoire de la garnison de Mayence... par le général comte Decaëii, dont le manuscrit existe parmi les papiers Merlin, de Thionville. Ce travail inachevé, et dont certaines parties ne sont que des copies presque littérales d'autres ouvrages, particulièrement de celui de Savary, n'a point été publié et ne semble pas pouvoir l'être utilement dans son entier, tel que Decaën Ta laissé. Plusieurs historiens lui ont, avant moi, fait différents emprunts ; notamment Jean Reynaud pour son Merlin de Thionville, M. Chuquet pour son Mayence, et M. Chassin pour sa Vendée patriote. Decaën a encore laissé, dans ses papiers légués à la bibliothèque de sa ville natale, divers fragments sous des titres divers : Mémoires, Journal, Mémorial. Ce sont des « brouillons successifs », suivant l'heureuse expression de M. H. Prentout {Révolution française du 14 novembre 1906, p. 4i3), qui ne pourraient pas plus être publiés dans leur entier que VHistoire de la garnison de Mayence, et pour les mêmes raisons. Certains morceaux personnels, ou mieux mis au point, présentent l'intérêt qui s'attache à tout récit émanant d'un témoin mêlé aux événements qu'il rapporte.
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galoper sur cette route. Leur ayant dit quelle en était la cause, ils me renvoyèrent annoncer au général Vimeux de ne pas exécuter l'ordre qu'il avait reçu et qu'ils en faisaient leur affaire.
Le général Dubayet, qui était retourné de Blois à Paris, arriva à Tours dans la journée du 24, et il annonça au ministre que la première division de Mayençais était arrivée à Tours la veille, et que la seconde et la troisième la suivaient à une journée de marche.
Pendant que la garnison de Mayence séjournait à Tours, on s'occupa de la pourvoir de ce dont elle avait besoin pour entrer incessamment en campagne. Mais la malveillance excita les troupes à faire des réclamations de solde, de décomptes, de répartitions des masses, etc. i.
Les représentants, qui avaient reçu diverses pétitions, étant disposés à faire droit aux réclamations, si elles étaient fondées, me chargèrent d'en classer les divers sujets et de donner un avis motivé sur chacune, énonçant s'il y avait lieu d'admettre ou de rejeter la demande. Il fut mis à l'ordre qu'on me remettrait directement les pétitions que l'on avait encore à présenter et que j'infor-
1. '< Ma dernière division vient de partir, mais comme je vous l'avais mandé dans ma dernière dépêche, ce n'a pas été sans l'intervention de mon autorité. Les soldats de bataille disaient à leurs généraux divisionnaires qu'ils voulaient être payés des différents objets qu'ils réclamaient, sinon qu'ils ne marcheraient pas. Instruit de ce désordre, je me transportai hier, comme aujourd'hui, à la tête des colonnes et, après une courte harangue, je fis rompre les lignes et j'ordonnai la marche... L'obéissance fut absolue. Mais, citoyen ministre, cette armée encore docile à ma voix, et que je ne mène en quelque sorte que par une magie de sentiments, n'est ainsi exaspérée pour un cupide intérêt, qu'en raison des promesses qui lui ont été faites dans sa route, et par différentes sommes qui furent allouées à une division, tandis qu'une autre en était privée. » (Auhert-Duhayet au Ministre de la guerre, Tours, 3o août 1793. Cf. Fazi du Bayet, Les généraux Aubert du Bayet, Carra Saint- Cyr et Charpentier, aoa-aoS).
nierais des décisions ; enfin, que mon bureau serait au quartier général des représentants.
Après l'examen des pétitions, qui ne contenaient que les mêmes sujets, hors quelques exceptions, et qui par conséquent comportaient les mêmes réponses à faire, d'ailleurs presque toutes négatives, je proposai aux représentants de donner leurs décisions en marge de l'exposé concernant chaque objet réclamé ; qu'on ferait imprimer le tout et que j'en remettrais des exemplaires aux réclamants, pour leur donner satisfaction. Cette mesure fut adoptée et elle mit fin aux pétitions, ainsi qu'à l'agitation qu'elles avaient occasionnée.
Les régiments de ligne portaient encore l'habit blanc; il fut jugé convenable de leur donner l'uniforme national I. La malveillance saisit encore cette occasion pour provoquer au murmure et même jusqu'au refus de s'en revêtir; mais le général Dubayet et les autres officiers des corps surent bientôt apaiser cette effervescence et faire endosser l'habit qui y servait de prétexte.
A un dîner chez les représentants Merlin et Reubell, j'y vis pour la première fois le fameux général Santerre, ainsi que le général Menou; celui-ci parla de l'affaire où il avait reçu une blessure grave 2; l'autre, de ce qui avait été la cause qu'on l'avait mandé à Paris pour se justifier; et je fus fort surpris de lui entendre dire : « On m'a fait général, mais on aurait beaucoup mieux fait de me laisser fabriquer ma bière. »
Santerre était d'une belle taille et de bonne mine ; il portait bien l'uniforme d'officier général ; il causait très bien et il était brave. Cependant on a fait de lui cette épigramnie :