Conseil de guerre tenu a Tours
26 août lygS.
Aujourd'hui, 26 août 1798, l'an II« de la République une et indivisible, a été convoqué en la ville de Tours un Conseil de guerre composé des ofliciers supérieurs des différentes divisions de l'armée des côtes de la Rochelle réunis à Tours, auquel ont assisté les citoyens :
Santerre , général divisionnaire , commandant par intérim l'armée des côtes de la Rochelle ;
Menou, général divisionnaire;
Aubert-Dubayet , général divisionnaire, commandant la garnison de Mayence ;
Joly, général de brigade, de l'armée de Saumur;
Vimeux, général de brigade, de l'armée de Mayence;
Kléber, général de brigade, de l'armée de Mayence ;
Montfort, chef de brigade, armée de Mayence ;
1. Kléber avait été nommé général de brigade lors de son passage à Paris ; je continuai auprès de lui mes fonctions d'adjoint aux adjudants généraux (Note du manuscrit de Decaèn).
2. « Après avoir donné un jour de séjour à l'armée à Saumur, pour l'apurement des comptes de chaque individu, je reprendrai ma marche sur Nantes. Cependant, je dois encore a^ous observer qu'il y a une extrême négligence dans la conduite des quartiers-maîtres, qui depuis longtemps n'ont fait aucun décompte à leurs troupes et se sont tenus à faire des acomptes ; et, de là, tous les désordres qui en sont découlés. » {Lettre précitée de Dubayet au Ministre, 3o août 1793.)
Beaupuy, chef de brigade, armée de Mayence; Boisgérard, officier du génie ; Haxo, général de brigade, armée de Mayence; Dusirat, chef de bataillon, armée de Mayence; Vérine, officier du génie, chef de bataillon, armée de Mayence;
Robert, adjudant général, de l'armée de Saumur ; César Faucher i, adjudant général, de l'armée de Niort; Richard ^, commissaire général des guerres ; Dujard 3, commissaire ordonnateur;
I. César Faucher, l'un des célèbres jumeaux de la Réole, né à la Réole, le 20 mars lySg; entré aux Chevau-légers du roi en 1774? avec son frère Constantin. Les deux frères vinrent en Vendée à la tête d'un corps franc qu'ils avaient formé sous le nom d'Enfants de la Réole. Ils se distinguèrent dans diverses rencontres, notamment dans les environs de Fontenay et dans les combats de Chatillon, et furent faits adjudants généraux le même jour. Condamnés à mort comme girondins, on les conduisait au supplice quand arriva l'ordre de surseoir à l'exécution. César Faucher fut nommé membre du Conseil général du département de la Gironde, le i5 mai 1800. Très opposé à la première Restauration, il fut décoré de la Légion d'honneur, et nommé général, pendant les Cent-Jours, et élu député de la Réole, le 14 mai i8i5. Lors de la seconde rentrée des Bourbons, les deux frères refusèrent de reconnaître le nouveau gouvernement, se barricadèrent dans leur maison et s'y défendirent avec acharnement. Traduits devant un conseil de guerre, ils furent condamnés à mort et fusillés à Bordeaux, le 27 septembre i8i5. Ce fut César qui commanda le feu.
a. Jean-Baptiste Richard, né à Paris, le 21 février 1744» engagé le 11 novembre ijSg, dans Colonel-général-dragons ; quartier-maître trésorier en 1790 ; commissaire des guerres à la Rochelle, le i" octobre 1791- Il fut chargé d'un important service d'approvisionnement des troupes républicaines, dès le début de l'insurrection Vendéenne et aida consciencieusement le général Boulard dans l'organisation des services de la petite armée de celui-ci et dans le ravitaillement de la place des Sables-d'Olonne. Il était commissaire ordonnateur attaché à la 22"= division militaire, en résidence à Tours, lorsqu'il fut destitué par le Directoire, le 22 novembre 1797. Il s'était lié avec Ronsin et Choudieu. Mort le 25 octobre 1798.
3. Dujard fut, en 1796, commissaire des guerres à l'armée des côtes de l'Océan, dans la région de Montaigu. On l'accusait alors de ne pas assez user de ménagements dans l'exercice des réquisitions qu'il faisait dans le pays pour le compte de l'armée. Dans une lettre du 27 juin 1796, le Ministre de la guerre l'engageait à ménager davantage les populations. Hoche et Hédouville reconnaissaient qu'il avait rendu de grands services à l'armée. (Cf. Chassin, Pacifications, II, 58i.)
A l'effet de délibérer sur les moyens à employer pour accélérer la marche de l'armée de Mayence et terminer promptement la guerre de la Vendée.
Ont été présents audit conseil, les citoyens Merlin (de Thionville), Reubell, Ghoudieu et Richard, représentants du peuple.
Le général Aubert-Dubayet a donné communication d'un arrêté du Comité de Salut public de la Convention nationale, en date du 23 de ce mois, portant que la garnison de Mayence se rendra à Nantes et, de là, près celle des côtes de Brest où elle agira de concert avec celleci, sous les ordres du général en chef de cette armée, pour attaquer les ennemis sur leurs derrières et leur interdire la communication avec les ennemis du dehors.
11 a également donné communication d'une lettre du Ministre de la guerre, en date du 24 de ce mois, par laquelle il donne ordre au commandant de la garnison de Mayence d'attaquer les Rebelles sur les derrières et de se concerter à cet effet avec l'armée de Brest et de prendre les ordres du général Canclaux.
Le général Dubayet a dit que, son devoir étant d'obéir, il n'avait point à délibérer sur les ordres qu'il avait reçus et que , se disposant à les exécuter, il avait tout préparé pour le départ de l'avant-garde , qui devait se mettre en route le 28, pour marcher sur Saumur; qu'elle serait suivie, le lendemain, par le corps d'armée, qui marcherait sur deux colonnes, dont l'une serait dirigée par Chinon et l'autre par la Chapelle-Blanche ; que son arrière-garde partirait le 3o, de manière que la totalité de son armée serait arrivée sous les murs de Saumur le i'^ septembre, et que, de là, il se conformerait aux ordres qui lui avaient été donnés, s'il n'en recevait pas de contraires ; que ne connaissant point encore la po-
sition de l'ennemi, il n'avait aucune réflexion à soumettre au Conseil.
Un membre a observé que le plan qui venait d'être adopté par le Comité de Salut public, d'après le rapport du citoyen Philippeaux , présentait de grands inconvénients ; que le moindre de tous était de retarder de plus de vingt jours des opérations qui devaient être commencées à l'instant même, et qui pourraient manquer entièrement si les pluies survenaient avant leur exécution ; que des renseignements certains annonçaient que le découragement était à son comble dans l'armée des Rebelles ; que, depuis plusieurs jours, le tocsin sonnait inutilement, et qu'en ne leur laissant pas le temps de se remettre de cette première frayeur, leur défaite était certaine. Il a ajouté que l'armée de Luçon, forte de dix mille hommes d'excellentes troupes, avait déjà fait une marche en avant, jusqu'à Chantonnay, et qu'elle serait compromise par ce mouvement, si elle n'était promptement soutenue ; et qu'à cet eff'et, l'armée de Saumur avait déjà porté son avantgarde jusqu'à Doué; que celle de Nantes, forte de près de huit mille hommes de troupes de ligne, était également partie de Nantes, le vingt-six de ce mois, pour se porter sur Port-Saint-Père, à l'effet de protéger le mouvement de l'armée de Luçon et pour opérer sa jonction avec l'armée stationnée aux Sables ; et, qu'ainsi, les armées de Niort et de Nantes allaient être exposées à voir tomber sur elles toutes les forces des Brigands, si on ne les attaquait pas vivement sur les autres points, et que, dans tous les cas, en dirigeant la marche de l'armée de Mayence sur Nantes, elle ne pourrait arriver qu'après la victoire ou la déroute de nos autres armées ; qu'il serait bien plus avantageux de la diriger de suite, par Saumur, sur Doué, Gholet, Châtillon et Mortagne, tandis que l'armée de Niort marcherait, de
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son côté, sur la Châtaigneraie, Pouzauges ^, Montaigu, Châtillon et Mortagne ; que pendant ce temps, l'armée de Nantes, marchant, par Machecoul, sur Montaigu et Mortagne, seconderait les autres attaques et que, se trouvant, par sa jonction avec l'armée des Sables, forte de plus de quinze mille hommes de troupes bien disciplinées et accoutumées à vaincre , elle était suffisante pour arrêter les Brigands, s'ils tentaient de se porter vers la mer; qu'enfin les armées de Saumur et de Mayence pourraient les attaquer avant huit jours et les pousser jusque dans leurs derniers repaires ; que le moyen le plus sûr de les anéantir était de concerter une attaque générale, mais que le moment ne pouvait être différé sans danger. Il a ajouté qu'il était également à craindre que l'ennemi ne se portât sur Saumur, pendant que s'opérerait le mouvement sur Nantes ; que cette armée ^ étant la moins forte et la moins aguerrie, il était à craindre que les Rebelles ne se portassent dans l'intérieur , où ils avaient de nombreux partisans ; que maîtres de la Loire, ils intercepteraient les communications, ce qui exposerait l'armée à manquer de subsistances et que rien alors ne pourrait les arrêter.
En conséquence, il a conclu à ce qu'il fût fait des représentations au Comité de Salut public sur le plan qu'il avait adopté.
Les membres du Conseil, qui étaient présents, ont été invités à donner tous les renseignements qu'ils pouvaient avoir et à faire connaître leur opinion.
I. Pouzauges, chef-lieu de canton alors du district de la Châtaigneraie, aujourd'hui de l'arrondissement de Fontenay-le-Comte (Vendée). Sur le versant d'un coteau, à 278 mètres d'altitude. A quarante kilomètres nord de Fontenay.
a. Celle de Saumur.
Un membre a déposé les observations dont la copie sera jointe à la délibération du Conseil et mise sous les yeux du Comité de Salut public i. Il a conclu comme le précédent.
Un membre a répondu que, sans connaître les localités et la position de l'ennemi, il croyait néanmoins devoir observer au/onseil que les motifs qui avaient déterminé le Comité de Salut public lui semblaient être la crainte d'une invasion de la part des Anglais; que la République serait exposée, s'ils pouvaient efl'ectuer une descente, et que le projet de prendre l'ennemi par les derrières paraissait fort sage, puisqu'il avait également l'avantage de l'envelopper et de mettre les côtes en sûreté.
Un autre membre dit que les craintes d'une descente des Anglais n'étaient que chimériques, pour deux raisons : lo parce que les côtes de la Rochelle n'étaient abordables que sur deux points et que ces points étaient dans un état respectable de défense ; i" parce qu'il n'était pas à présumer que l'Anglais voulût tenter une descente dans un moment où l'ennemi était aux abois, lorsqu'il ne l'avait pas tentée au moment où il marchait de succès en succès. Il a ajouté qu'en partant même de la possibilité de cette tentative, le projet de marcher sur Nantes serait toujours dangereux, parce que l'armée mettrait plus de temps à y arriver par la rive droite de la Loire, qu'il n'en fallait, en partant de Saumur, pour les anéantir sur la rive gauche ; et qu'elle arriverait toujours trop tard, même pour défendre la côte, si elle devait être attaquée; que, d'ailleurs, les armées de Niort, de Nantes et des Sables étaient plus que suffisantes pour défendre les côtes en cas d'attaque, si l'armée de Saumur et celle de Mayence poursuivaient