Troupe recrutée à Nantes parmi les hommes de couleur
Ions et régiments qui se battent bien, et je vous avoue que, du tout, j'ai la plus haute opinion.
Ce matin, je suis retourné voir le général Ganclaux et j'ai pris les nouveaux bulletins que je joins ici. Il allait faire la revue générale de tous les camps placés sur le terrain repris; j'ai profité de son offre pour l'accompagner.
A peine avons-nous été hors de la ville qu'il me dit : « Si vous êtes curieux d'aller voir le Port- Saint-Père, je vais vous donner un piquet pour vous y conduire. Et si, de là, vous pouvez trouver votre ami Hodanger ', vous verrez les prisons de Machecoul ; vous pourrez l'y trouver. » Je ne fis point de résistance, comme vous le croyez. Je partis en acceptant. Je ne voulais qu'un guide, mais il me donna une ordonnance de cinq cavaliers, qu'il chargea de ne me point quitter et de faire donner un cheval au
1. Hodanger, membre de Tadministration départementale de Seine-et- Oise, commissaire civil ayant accompagné en Vendée, au mois de mai, les II* et i3« bataillons (i" et 3« Révolutionnaires) de Seine-et-Oise. Lorsque les autorités nantaises laissèrent paraître leurs tendances fédéralistes, au commencement de juillet 1793, ces deux bataillons rédigèrent une délibération proclamant leur adhésion à la Constitution de 1793 et à la Convention. Hodanger, accompagné du sergent-major de la i'* compagnie du II* bataillon, nommé Grespin, alla, le i3 ou le i4 juillet, porter cette délibération aux représentants qui se trouvaient à Ancenis. En revenant, les deux hommes furent enlevés par une bande royaliste et transportés prisonniers à Saint-Juiien-de-Goncelles, de Fautre côté de la Loire, puis de là à Beaupréau, où Hodanger demeura jusqu'au 16 octobre, jour où on le transféra avec deux cent quarante et un autres prisonniers Républicains au château du Ponceau, dans la paroisse de Saint-Laurentdes-Autels, aussitôt après l'évacuation de Cholet par les Vendéens. Le 18, au moment où ceux-ci passaient la Loire à Saint-Florent, les gardiens des prisonniers voulurent les emmener avec eux, vers la rivière. Mais, en route, les prisonniers se jetèrent sur leur petite escorte, tuèrent le capitaine qui la commandait, et s'emparèrent de quelques fusils. Une soixantaine, au dire de Hodanger, parvinrent à s'échapper et regagnèrent Nantes, le ao octobre. Les autres furent tués par les Vendéens qui cherchaient à les reprendre. Quant à Crespin, ancien chanoine de Montpellier, c'est lui, d'après Hodanger, qui avait fait tomber celui-ci dans le guet-apens où il avait été pris. (Cf. Arch. de S.-et-O., Lu, carton i.)
citoyen, pour lequel j'en demanderais. Il donna l'ordre de nous ramener à l'heure que je voudrais revenir. Machecoul n'était point encore pris, et j'arrivai au moment où on se disposait à l'attaquer. L'attaque a été inutile. Machecoul était évacué et parfaitement libre, et les coquins avaient, dans le pays, fait comme au Port Saint-Père ; ils avaient emmené leurs prisonniers. Malgré tous les moyens que j'ai employés auprès des butors de ces pays, il ne m'a pas été possible de me procurer le plus léger renseignement I. Je retournai sur mes pas eu laissant l'armée, c'est-à-dire un détachement, nommé l' avant-poste 3, qui va d'un pas de géant et terrasse l'ennemi partout où il passe. Ne pouvant joindre mon collègue, j'employai mon temps à consulter les paysans sur la route que tiennent nos Brigands. Je les forçai de me répondre sans réflexions. Et, malgré leur dissimulation, j'en découvris assez pour croire que les gueux n'ont d'autres ambitions que de retourner en arrière, c'est-à-dire sur le côté gauche de notre position, et d'arriver dans la province de Bretagne. S'ils le font, il faut qu'ils passent par Ancenis ou par nos deux postes le long de la rivière. Je me suis empressé de venir rejoindre le général et lui rendre bon compte de mes découvertes , en lui disant qu'il ne devait point négliger de garnir Ancenis et les deux postes de nos deux bataillons, et surtout de nous donner du canon. Il me promit de s'en occuper, toujours en m'assurant qu'il n'y avait pas de danger, parce qu'il comptait sur la garnison d'Ancenis. Alors, je lui demandai de surveiller de près mes deux bataillons de Seine-et-Oise et d'ajouter de la force et des armes. Tout cela sera fait sous deux jours.
1. On vient de voir par la note précédente que Canclaux était mal renseigné; Hodanger ne fut jamais enfermé à Machecoul.