Le Turc ^ au département de Seine-et-Oise
Nantes 12 septembre iyg3.
Ily a du plaisir à présent, mes chers collègues, à s'entretenir avec vous, puisque vous répondez et que vos réponses me parviennent. Depuis une suspension dont j'ai fait menacer M. le directeur de la poste par les représentants du peuple, il est devenu exact, et tout ce qui se trouve dans les lettres arrive à sa destination.
Je conviens que j'ai le petit défaut de n'être point laconique, mais aussi, en entrant dans les plus légers détails, je vous informe de tout ce qui se passe ici, et aussitôt vous en savez autant que moi.
Toute l'armée de Mayence est passée ici; son nombre se porte à seize mille cinq cents hommes compris l'artillerie. Quelle belle contenance cette armée avait ! Quel malheur que de pareils hommes aient été trahis ! Nantes les a fêtés et reçus, comme autrefois le père fortuné et tendre recevait son fils arrivant des îles. Rien n'a été épargné. Ce n'a pas été par des fêtes, des bals, de la musique, mais en se les partageant, sur réquisitions. Celui ci, qui ne pouvait être tenu que de loger un officier, en demandait deux, trois, quatre. Celui-là, qui ne pouvait loger que deux sol-
I. Le Turc, membre de l'administration départementale de Versailles, commissaire civil du département de Seine-et-Oise, chargé d'accompagner dans rOuest le la* bataillon de volontaires de ce département.
dats, en demandait quatre, six, huit et dix. On a exigé, par un accord qui a fait le vœu général , qu'ils ne fussent logés que chez des personnes assez aisées pour les recevoir. Chacun chez son hôte était l'invité, le retenu, le désiré. Et, comme étant le motif du repas, il avait à la table la place de l'ami chéri, de celui qui flatte infiniment son hôte. Amitié sans gêne, déférence sans apprêt, simplicité sans épargne et liberté entière. Les Nantais ont demandé à les dispenser du service pendant les trois ou quatre jours que cette armée est restée dans leurs murs. Mais eux-mêmes sont allés au général porter leurs plaintes, et leur service s'est fait avec une exactitude qui m'a fait le plus grand plaisir.
Pour eux, quelqu'un a demandé la pièce de V Attaque de Nantes; les prix ont aussi été diminués. A la fin il a été ajouté un couplet sur l'armée, dont le sens était de la présenter à l'armée de Mayence, et des deux n'en faisant qu'une, on la rendait invincible. Le génie de l'auteur s'est épuisé à faire un charmant morceau et il a réussi. Les dames ou citoyennes ont crié : Bis ! bis !
Les Mayençais et toute la troupe a répondu : « Non, point de flagorneries ; vous chanterez ceux qui mourront à leur poste, et alors il sera temps. » Cette armée s'est dispersée dans le camp et portée sur divers points. Si celle-là est bonne, les chasseurs de la Charente, le n^ 109 S les grenadiers du Calvados, dont le capitaine est un vicaire épiscopal de Fauchet 2, et la légion américaine 3 ne sont pas moins bons. Il y a bien encore quelques autres batail-