I. Minute
Leur manière est de fuir et de se cacher. On les a rencontrés deux fois, et deux fois ils ont été battus et défaits. Il ne faut pas s'attendre, d'abord, à de grands résultats, parce qu'il est très difficile de les atteindre réunis et qu'on est obligé de se réduire à les détruire en détail. Ce qu'il était surtout essentiel de faire, c'était de placer les troupes avec intelligence, de mettre dans ce travail, dans la correspondance et dans les sorties, une grande méthode, un grand ensemble. Et c'est ce que le général Kléber a fait jusqu'ici.
A l'égard du massacre des voyageurs dans la diligence de Rennes, massacre qui a eu lieu deux jours après l'arrivée de Kléber, au moment où il traçait ses dispositions, il prouve précisément tout ce que je viens de dire. Et cette atrocité gratuite, très propre, sans doute, à alarmer l'opinion loin du triste théâtre de ce malheur, est pourtant plutôt l'ouvrage de Brigands, égarés parla rage, que de révoltés, s'essayant à conquérir, par la guerre civile, une iiiQuence inquiétante.
Cependant il n'y a pas un moment à perdre pour anéantir ces scélérats et le meilleur moyen, sans contredit, est de dépeupler les communes qui leur servent d'asile et qui subviennent à leurs besoins.
Il faudrait pour cela, sur les lieux, un représentant du peuple investi de grands pouvoirs. Il faudrait faire revivre et appliquer à ces communes le décret du i'"" août, relatif à la Vendée. Il faudrait renouveler ou stimuler des corps constitués qui, par incurie ou malveillance, ont laissé s'ouvrir et s'accroître une plaie qu'ils pouvaient fermer d'abord.
Aujourd'hui, dix mille hommes sont employés à cette expédition. Le général qui les commande a déjà fait la guerre de la Vendée et y a acquis, sur cette sorte de
guerre et sur la nature du pays, une expérience très utile. Tout le territoire infesté par ces coquins est divisé par arrondissements, chacun sous le commandement immédiat d'un adjudant général. Le service se fait avec exactitude, les patrouilles y sont fréquentes et les sorties s'y feront avec ensemble. Je veillerai très scrupuleusement à ce que rien n'échappe à la vigilance des chefs, et j'espère que la grande majorité de ces scélérats sera, dans peu, exterminée. Les rapports les plus exacts les font monter à huit cents ou mille combattants et non pas, comme on l'a dit au Ministre de la guerre, à huit ou dix mille. D'ailleurs je vais employer, pour les découvrir, l'espionnage, les moyens les plus propres à m'assurer de leur repaire, à les y détruire promptement, et je me rendrai sans délai partout où ma présence pourrait être nécessaire.
Tout ce que j'ai vu depuis que je suis à Vitré, citoyens représentants, est très propre à vous tranquilliser sur ce triste brigandage, sans cependant rien diminuer à l'efficacité des mesures que je soumets à votre sagesse, surtout sans retarder l'envoi d'un représentant du peuple qui puisse lever sur-le-champ tous les obstacles.
Salut et fraternité.
Rossignol.
(Guerre, Arch. Hist., V, i5.)