AU LECTEUR
Ces mémoires concernent la Vendée ; ils sont divisés en quatre livres : le premier indique l'origine de cette g-uerre intestine, les causes de ses progrès rapides et sommairement tous les événements qui ont eu lieu avant l'arrivée de l'armée de Mayence. C'est l'introduction de l'ouvrage.
Le second contient tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de l'armée de Mayence jusqu'au passage de la Loire par les Rebelles, après la bataille sanglante de Gholet.
Le troisième rend compte des marches et combats sur la rive droite de la Loire jusqu'à la bataille de Savenay.
Dans le quatrième, enfin, j'ai esquissé le tableau des
scènes tragiques qui ont désolé une grande partie des départements de rOuest depuis cette bataille jusqu'à la pacification.
J'ai eu part aux événements rapportés dans les deuxième et troisième livres, et j'atteste la vérité de tout ce que j'y avance. J'ai ajouté à mes propres observations les meilleurs renseignements pour écrire les premier et quatrième livres, sans lesquels cet ouvrage serait resté trop imparfait.
Un soldat doit avoir des droits à l'indulgence de ses lecteurs à l'égard de son style. S'il est çrai , on peut bien le dispenser d'être élégant, sans cela peu d'entre nous oseraient prendre la plume. Il n'appartenait jusqu'ici qu'aux Xénoplîon, aux César, aux Frédéric, d'être grands dans les combats, grands dans leurs écrits. Au reste, si, par ces mémoires, je contribue à donner une idée juste de la guerre de la Vendée à celui qui se proposera d'en faire l'histoire ; si je parviens à dissiper les nuages dont on a cherché à l'envelopper par tant d'écrits fallacieux ; si, en dirigeant les regards sur ces fertiles, mais malheureuses contrées, je puis provoquer en leur faveur quelques sollicitudes et déterminer un législateur philosophe à rechercher, à développer davantage les causes qui en firent le théâtre de nos guerres civiles ; si , par suite de ces recherches et des connaissances qui en seraient le résultat, on emploie les moyens les plus efficaces pour préserver à l'avenir cette terre arrosée de sang des maux que traînent à leur suite la superstition et le fanatisme , j'aurai rempli le but que je me suis proposé. Quel est, en effet, celui d'entre nous qui pourrait s'enorgueillir d'un laurier teint du sang français? Il faut des monuments pour les victoires étrangères, et pour les maux domestiques le deuil et le silence. (TAcriE, Ann., liv. III.)