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Sous les ordres de Beaupuy

2. Saint-Jacques-de-Pirmil, faubourg de Nantes, sur la rive gauche de la Loire, faisant autrefois partie de la paroisse de Saint-Sébastien. A la tête du pont de Pirmil, qui franchit le principal bras de la Loire et qui mettait seul la ville en communication avec le pays de Retz et la Vendée. Canclaux y avait établi un poste important couvert par une forte redoute. Dès le début de la guerre civile, les Vendéens en avaient établi un aussi dans le voisinage, afin de surveiller et de contenir si possible les Républicains.

3. Pierre-François-Marie Peste-Turenne dit Laval, né le 22 mars i:;69, marié avec une Nantaise, M"« Vigneron de la Jousselandière. Adjudant général nommé commaiidant de place à Nantes, le i" septembre i;}93, en remplacement de Beysser destitué comme fédéraliste ; chevalier de l'Empire par lettres patentes du 22 octobre 1810; retraité comme colonel; chevalier de la Légion d'honneur. Mort à Paris le 28 février i833.

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« Les gros équipages de la colonne de droite resteront à Montaigu, lorsque cette colonne marchera ; ceux de l'avant-garde resteront dans Clisson, ainsi que ceux du corps d'armée qui y viendront demain ; ceux de la deuxième division resteront à Clisson, ceux de la réserve les suivront sur l'ordre particulier de son commandant ^

« Ganclaux. »

Mon journal n'est jusqu'ici qu'une série de victoires ; mais je vais rendre compte d'un revers qui, heureusement, a été réparé sur-le-champ. Le i8, je reçus du général Caudaux l'ordre inséré dans le mémoire ci-dessus. Je le communiquai à Beaupuy, qui me fit la proposition de m'accompagner encore dans cette expédition. J'en fis la demande à Canclaux ; il ne put y consentir, ayant eu l'intention d'employer cette brigade, le même jour que j'iraisà Boussay, pour attaquer les derrières de la Croix-Moriceau et de la Louée, pendant que Grouchy attaquerait avec sa troupe les postes de front.

Je partis donc le lendemain sans pouvoir me procurer 19 septembre.

• 1 4 ^ • '1 -n !/-<'•- • Départ de Clis-

un guide. Apres avoir passe le village de Uetigne 2, je son : attaque de détachai des chasseurs à cheval sur la droite avec ordre ^^''°".' ^^^^^^°*'

garde éprouve un

de se porter dans des positions favorables, pour observer échec et se replie

sur Gétigné.

s'ils ne verraient pas filer une colonne parallèlement à la nôtre, sur la rive opposée de la Sèvre ; ce devait être celle de Beysser ; je leur recommandai de venir sur-le-champ

I. Savary, loc. cit., i54, raccourcit considérablement cet ordre. La manière dont il présente ce qu'il en publie semble donner raison à ceux qui l'accusent de tronquer les textes, sans vergogne. Pajol, Kiéber, 43-44» donne le texte ci-dessus, sauf le dernier paragraphe.

a. Gétigné, à quarante-cinq mètres, au-dessus de la rive droite de la Sèvre Nantaise, en face de l'embouchure de la Bouvraie. Commune du canton de Clisson (Loire-Inférieure). A trente kilomètres est-sud-est de Nantes; trois kilomètres sud-sud-est de Clisson ; six kilomètres nord-ouest de Boussay; onze kilomètres nord-ouest de Torfou.

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me rendre compte de ce qu'ils auraient découvert relativement à cet objet. Marigny, avec ses chasseurs à cheval et son infanterie légère, fut chargé d'éclairer la marche ; Ghevardin ^ commandait les flanqueurs et je demeurai à la tête de ma colonne. Après deux heures de marche, nous entendîmes une fusillade assez vive, qui nous fit présumer que l'avant-garde légère était arrivée à Boussay. J'engageai la troupe à accélérer le pas ; à l'instant, Marigny me fit dire, par une ordonnance, que les Brigands étaient en fuite ; qu'il les avait chassés de Boussay, où il les avait rencontrés au nombre de quatre cents, dont il en avait tué plusieurs ; enfin qu'il demandait mes ordres. Je chargeai l'ordonnance de lui dire de m' attendre.

Deux chemins se présentent à l'entrée de Boussay : l'un à droite, traversant le village, et l'autre à gauche. J'étais sans guide, comme je l'ai dit plus haut, et j'ignorais celui qu'il fallait prendre ; un chasseur à cheval m'amena, dans ce moment d'incertitude, un prisonnier, que je déterminai, par menaces et par promesses, à me dire que l'un et l'autre conduisaient à Torfou , que néanmoins celui de gauche était le plus praticable pour les voitures. Je fis passer Marigny, avec l'avant-garde légère, par le chemin de droite, afin d'être sans inquiétude pour mon flanc et mes derrières. Le reste de ma brigade suivit le chemin de gauche. Je pris le devant avec Merlin, mon aide de camp, les officiers de l'état-major et mes ordonnances. Le pays était singulièrement couvert ; le défilé par lequel nous de-

I. Antoine Chevardin, né à Saint-Maurîce-en-Rivière, le 18 septembre 1768, servait dans la garde nationale de Dijon depuis sa formation, lorsqu'il obtint d'être nommé sous-lieutenant au 5x régiment d'infanterie. Il s'était distingué pendant le siège de Mayence. Élu chef de bataillon des chasseurs de Saône-et-Loire, le i" septembre i^gS, il trouva, le 19, une mort glorieuse en défendant le pont de Boussay, sauvant ainsi d'un désastre complet la brigade de Kléber.

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vions passer se rétrécissait insensiblement. Je m'entretenais tranquillement avec Merlin, lorsque tout à coup l'adjoint Decaen, qui nous précédait de quelques pas, nous cria vivement : « Garde à vous, l'on vous ajuste. » En effet, nous vîmes un poste de cavalerie, qui nous lâcha quelques coups de carabine.

Quoique la colonne fût très en arrière, je fis quelques commandements, comme si elle avait été présente, pour ôter à l'ennemi l'envie de nous charger dans un terrain qui nous était si peu favorable. Je dépêchai une ordonnance pour faire avancer promptement une trentaine de chasseurs à cheval, qui formaient l'avant-garde. Dès qu'ils furent arrivés, je les mis aux trousses de cette grand'garde, avec ordre de gagner les hauteurs de Torfou et de tâcher de s'y maintenir, pour donner à l'infanterie le temps d'arriver. Ils remplirent mes intentions avec autant d'impétuosité que de bravoure ; ils furent néanmoins obligés de se replier, la troupe n'arrivant pas assez vite pour les soutenir ; le terrain leur était d'ailleurs peu propice et l'ennemi, revenu de son étonnement, les attaquait en face.

Enfin ma brigade arrive. Je fais aussitôt battre la charge ; ils foncent à la baïonnette, gravissent les hauteurs et débusquent l'ennemi de toutes ses positions. Le désespoir s'empare des Brigands, ils reviennent à la charge, les femmes se jettent dans les rangs et veulent, en aiguillonnant leurs maris, partager leur danger. Tout est inutile, rien n'arrête nos soldats Républicains ; ils franchissent tous les obstacles, déjà ils occupent la crête de la hauteur et Torfou est à nous. Pour me maintenir dans cette position, je fais avancer deux pièces de canon. J'en envoie une sur la gauche, dont j'avais prié Merlin de se charger, en lui recommandant de ne pas la perdre de vue ; j'avais donné à Marigny le commandement de la droite.

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Alors le combat s'engage ; le feu de lartillerie et de la mousqueterie cause de part et d'autre un carnage horrible. L'ennemi ne fuit point, comme il avait d'abord paru le faire. Il se rallie au delà d'un ravin, dans une position très avantageuse; il occupe le bois qui environne Torfou, et sa ligne est tellement étendue qu'on ne peut estimer ses forces à moins de vingt mille combattants contre deux mille hommes seulement, qui sont à mes ordres. On voit même cette quantité prodigieuse s'accroître à chaque instant du côté de Tiffauges, où elle appuyait sa gauche, tandis que sa droite se prolongeait au delà de Torfou '. Je

I. « Notre ligne (des Vendéens^ s'étendait sur la grande route de Tiffauges à Cholet; notre gauche, où étaient Lescure, Charettc, Joly, etc., appuyée à Tiffauges ; et notre droite s'étendait du côté de Cholet, ayant le bourg de Torl'ou en face, à environ un mille de distance. — On était ainsi vers les sept heures du matin, le 19 septembre, attendant le général Bonchamps, lequel n'étant jjas encore remis de sa dernière blessure, n'avait pas couché au camp. Il arrive, et à peine est-il descendu de sa voiture, qu'il demande si l'on a fait une reconnaissance exacte des chemins qui vont à Torfou et si on les garde? — On lui dit que oui. — Mais ily a un ancien chemin, répliqua-t-il; et il le montra sur sa carte, ajoutant que l'ennemi viendrait par là. — On va donc reconnaître ce chemin dont on ne s'était pas douté. — D'Elbée, Bonchamps, La Bouère, etc., y vont eux-mêmes; je fus de la partie. A peine avons-nous fait cinq cents pas, que les coups de fusil sifflent à nos oreilles; c'était l'ennemi qui venait nous attaquer et dont quelques gendarmes et des tirailleurs étaient déjà sur nous, protégés qu'ils étaient par un fourré de bois. — Ne voulant pas nous laisser attaquer, d'Elbée me donne l'ordre à l'instant de faire avancer l'armée.... Elle s'avance dans les meilleures dispositions possibles ; mais surprise de rencontrer les Républicains plus tôt qu'elle ne s'y était attendue, elle s'ébranle du côté de l'aile droite, de façon que beaucoup prennent la fuite.... — Comme cette bataille de Torfou était très importante en ce que c'était la dernière barrière de ce côté, toutes les femmes et filles des bourgs voisins avaient suivi de loin l'armée et, dès les premiers coups de fusil, s'étaient mises en prières. Leur désolation fut extrême, voj^ant une partie de nos gens courir en déroute; mais s'apercevant que le fort de l'armée tenait ferme, elles vont au-devant des fuyards et, soit parles reproches les plus sanglants, soit avec des pierres et des bâtons, elles les ramènent au combat et les conduisent jusqu'au milieu du feu, leur disant qu'elles valaient plus qu'eux, qu'elles n'avaient pas peur. Oculis vidi. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 118, 119, 120.)

« Nous étions (la troupe de Charette) en bataille sur le grand chemin ;

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m'aperçois alors combien il était facile à l'ennemi de nous tourner, en cas que Beysser ne l'attaquât pas par sa gauche, en se portant de TifFauges sur Boussay, la seule retraite que nous avions. Pour l'en empêcher, j'envoie ordre à Targe de rester en bataille sur le chemin et à Ghevardin de couronner un bois qui se trouvait sur ma gauche. Ces précautions prises^ j'hésite un instant si, malgré la supériorité de l'ennemi, je ne dois pas faire passer à ma troupe le ravin qui l'en sépare, pour l'attaquer de nouveau dans ses retranchements, la baïonnette au bout du fusil. Sur le point d'exécuter cette manœuvre, Merlin m'envoie dire que les deux bataillons de gauche ont lâché pied et que, sans l'intrépidité d'une poignée de braves soldats, qui luttent corps à corps avec l'ennemi, déjà la pièce nous aurait été enlevée. Pour remédier à ce désordre, j'ordonne à Boisgérard de prendre un des bataillons de la droite, pour le porter de ce côté. Il part; le reste de la droite augure de ce mouvement qu'on bat en retraite ; beaucoup de soldats allèguent ce spécieux prétexte pour excuser leur fuite et tous paraissent d'autant plus consternés qu'une fusillade venant à s'engager sur nos derrières, quelques voix s'écrient : « Nous sommes coupés ' ! »

on donne l'ordre de courir dessus, et le combat s'engagea au-dessus du bourg (de Torfou). Mais les plus braves étant trop prompts à attaquer et les autres trop longs à les secourir, la déroute s'ensuivit comme de coutume. En vain les chefs emploient la remontrance et la menace pour arrêter la fuite.... M. de Boncharaps se présente alors avec un corps de troupes en bon ordre, ses soldats tombent sur les fuyards à grands coups de crosse et leur reprochent leur lâcheté. On retourna à l'ennemi avec des cris affreux. » (Lucas de la Ctiampionnière, loc. cit., 47)

I. « Le général Dubayet déclare à ses frères d'armes qu'il les a trouvés hier dignes des journées de Kostheim et de Marienborn (pendant la défense de Mayence), mais qu'il désire en eux plus de docilité à la voix des chefs estimables qui les conduisent au combat et qui, seuls, peuvent les rallier dans les moments critiques. » (20 septembre l'jgo, ordre du jour du général Aubert-Dubayet à l'armée, cité par Savary, loc. cit., II, 17g.)

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Profondément ému de voir échapper de mes mains la victoire, que j'allais peut-être sceller par un second coup d'audace, je fais tous mes efforts pour retenir le soldat. Je réussis à l'arrêter un instant et le feu recommence de nouveau. x\lors je me porte à la gauche avec mon aide de camp Buquet et quelques ordonnances. Je trouve, en effet, l'ennemi maître du village ; mais nos soldats lui disputent le terrain pied à pied. On avance, on recule ; les baïonnettes et les piques sont seules mises en usage. On ne vit jamais un combat, un acharnement plus cruel ^. Satisfait de la résistance de la gauche, mes espérances renaissent. Je retourne à la droite pour essayer de la porter de nouveau en avant ; mais, déjà, l'on succombe sous le grand nombre des ennemis. La confusion s'accroît et Marigny me crie : « Nous sommes trop faibles pour nous porter en avant ! » et, dans cet instant, je reçois une balle à l'épaule; heureusement, elle ne me met pas hors d'état de commander.

J'ordonne la retraite, et mes principaux soins se dirigent sur l'artillerie ; car, quant à la troupe, je me proposais de lui faire prendre position à la hauteur de Boussay, que je n'aurais peut-être pas dû quitter, jusqu'à ce que j'eusse acquis la certitude que Beysser, d'après l'ordre qu'il en avait, se portait en effet sur ïiffauges. Je fais mettre la main à l'œuvre à tout ce qui m'environne, pour désobstruer le passage et faire avancer les pièces ; mais un caisson se brise dans le défilé et tous nos efforts deviennent inutiles. Quatre bouches à feu et autant de caissons tombent au pouvoir de l'ennemi =. J'envoyai une ordonnance à Gan-

1. « C'est à cette bataille que Kléber, voyant le feu des Vendéens et admirant le sang-froid et la valeur de nos soldats, s'écria dans son accent allemand : Tiaple! ces pricands se paitent pien! » (Boutillier de Saint- André, Mémoires d'un père à ses enfants, i6o.)

a. « Les chemins étroits et raboteux empêchaient l'usage de l'artillerie ;

claux et à Dubayet, pour leur demander quelques bataillons de renfort. Merlin, de son côté, en avait fait autant, et je m'occupai à mettre de l'ordre dans la retraite. Arrivé près de Gétigné, je rencontrai le secours que j'avais demandé. Dès que ma troupe se vit soutenue, elle sentit renaître son courage, que la grande supériorité de l'ennemi avait paralysé momentanément i. Je fis faire halte et je formai ma brigade en bataille entre les deux rivières de Sèvre et de Moine 2. Le général Ganclaux était à la tête des bataillons que j'avais demandés. Je lui rendis compte de ce qui venait de se passer, en me plaignant amèrement de Beysser, qui n'avait donné aucun signe de vie, pendant cinq heures qu'avait duré le combat le plus opiniâtre qu'on eût encore vu depuis le commencement de cette

la prise des premières pièces (de l'armée de Mayence), aui se trouvèrent des obusiers, redoubla l'ardeur des combattants; la nouvelle de ce premier avantage fut bientôt répandue d'un bout à l'autre de l'armée; tous les soldats alors se précipitèrent sans avoir besoin d'être excités. — L'ardeur d'un premier succès augmenta le courage et les forces; mais ce qui nous donna sûrement la victoire, ce fut notre manière de combattre qui, dans un pays coupé comme celui de Gétigné et de Torfou, valait infiniment mieux que la leur. Partout où ils trouvaient de l'espace, ils se mettaient en ligne et faisaient un feu direct sans s'apercevoir qu'ils ne pouvaient nous toucher, car marchant en colonne et les suivant toujours de droite et de gauche le long des fossés, nous tirions dans leurs pelotons et nous y faisions d'autant plus de ravages que nos braves n'étaient jamais à plus de vingt pas d'eux. Le butin immense laissé dans les champs, les morts qui couvraient la terre, les pièces d'artillerie qu'on avait soin de faire passer à la queue de l'armée sitôt qu'on s'en était emparé enflammaient les plus faibles du désir de participer à la victoire. » (Lucas de la Championnière, loc. cit.y 47» 48.)

1. « Il n'est pas possible de porter au combat plus d'intrépidité et de sang-froid que n'en eurent les Mayençais dans cette journée; ils ne reculaient jamais de plus de trente pas sans se remettre en bataille; des feux de file semblables à un roulement de tambour faisaient bien voir que nous n'avions plus affaire à des recrues. » (Lucas de la Championnière, Loc. cit., 48.)

2. La Moine, affluent de droite de la Sèvre, et non pas la Maine, affluent de gauche, très éloigné de la Sèvre, au point qui nous occupe. Pajol, qui suit pas à pas et copie même presque constamment le récit de Kléber, a confondu ces deux rivières.

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guerre, tandis qu'il eût pu si efficacement faire diversion sur la gauche de l'ennemi.

Vimeux, qui commandait le renfort qui venait de m'arriver, tomba vivement sur l'ennemi. Cette attaque imprévue le déconcerta ; il prit la fuite et, malgré la promptitude de sa retraite, beaucoup des siens tombèrent sous le feu de nos braves. Partie de mon avant-garde, enrageant de prendre sa revanche, suivit les troupes de Vimeux et, malgré l'excès de ses fatigues, elle montra une ardeur incroyable dans la poursuite de ces Brigands i.

Nous tuâmes, dans cette journée, beaucoup de monde à l'ennemi ; mais nous en perdîmes aussi un très grand nombre et surtout quantité de braves officiers ^. L'intrépide Chevardin, chef de bataillon des chasseurs de Saôneet-Loire, chargé de couvrir notre retraite, y perdit la vie ainsi que Rieffel, ami de Merlin, et qui le suivait en qualité de volontaire ; il était Mayençais ; l'amour de la liberté et l'estime qu'il avait pour la nation française l'avaient déterminé à suivre notre armée 3. Du nombre

1. « M. Charette avait déjà fait battre la retraite, mais fatigués d'un combat qui avait duré tout le jour, nous vidions des cruches de vin qui se trouvaient dans le village (de Gétigné). Dans ce moment, l'ennemi accourut le sabre à la main et nous y cerna presque de toute part; c'était un renfort arrivé de Clisson ; chacun fit usage de ses armes pour s'arracher des mains de son meurtrier; nous y perdîmes du monde et nous fûmes forcés d'abandonner notre dernière prise. » (Lucas de la Ghampionnière, loc. cit.,

2. « On estima le nombre des morts à douze cents parmi les républicains et à deux cents parmi nous. » (Lucas de la Ghampionnière, loc. cit., p. 5o).

3. Jacques-Ignace Rieffel tenait à Mayence l'hôtellerie du « Roi d'Angleterre ». G'était un jacobin de la première heure. Il avait fait partie du club des « Amis de l'Égalité », fondé par Bôhmer dès la fin d'octobre 1792. Lors du siège, les « clubistes », comme on les appelait, se formèrent en bataillon et Rieffel fut leur colonel. Le 21 mai 1793, il avait été nommé adjoint à l'état-major avec le grade de capitaine. Lors de la capitulation, il avait été réclamé par les Prussiens comme devant rester à Mayence. Merlin le fit sortir à ses côtés, revêtu du costume de chasseur à cheval. Reconnu

des blessés furent Gouy, chef du 3* bataillon de la Nièvre, le brave Patris i, commandant le bataillon des Chasseurs de Kastel, Laurent, commandant une pièce d'artillerie légère, et Métivier, adjoint à mon état-major ; enfin quantité d'autres excellents officiers , dont les noms ne sont pas parvenus à ma connaissance.

Le 2^ bataillon du Jura, les 'j^ et 8^ des Vosges, se sont bien conduits dans cette journée. Un détachement du 7® bataillon d'infanterie légère, commandé par le capitaine Allier ^, donna aussi des preuves d'une grande valeur. Les chasseurs ont, eux seuls, soutenu la gauche et repoussé un instant l'ennemi, qu'ils ont poursuivi jusque dans ses retranchements ; aussi, de quatre-vingts hommes qu'ils étaient avant le combat, quarante seuls en revinrent sains et saufs. Les chasseurs de Saône-et-Loire , aux ordres de Ghevardin, ont glorieusement favorisé notre retraite. Leur fermeté m'a donné le temps de l'effectuer lentement et avec moins de confusion. Merlin se battit comme un lion ; il eut plus d'une fois à soutenir des combats corps à corps. 11 fut très sensible à la perte de son ami 3, car il le chérissait autant qu'il en était aimé.

Je ne dois pas moins d'éloges au premier bataillon du 82^ régiment et au 4*, du Haut-Rhin, faisant partie de la colonne de Vimeux ; ils déployèrent, dans la poursuite qu'ils firent de l'ennemi, toute l'intrépidité qu'on pouvait en attendre.

cependant par les émigrés mayençais qui étaient dans les rangs des assiégeants, il aurait été assommé sans l'intervention du duc de Weimar. Grâce à l'énergique attitude de Merlin, de ThionvlUe, le roi de Prusse consentit enfin à lui reconnaître la qualité d'officier français compris dans la capitulation. (Cf. Ghuquet, Mayence, 19, n3, 218, 2^3, 274)

1. Patris fut tué à la bataille de Cholet, le 17 octobre 1793.

2. Allier était né à Ambierle (Loire), en 1732. On le retrouve, en avril 1795, capitaine de la première compagnie du 2« bataillon des Vosges.

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