‹ Kléber en VendéeChapitre 63 sur 170 · Rieffel, voir plus haut · texte numérisé non relu

Rieffel, voir plus haut

l6o KLÉBER EN VENDEE.

20 septembre. MoTi avant-ffarde bivouaqua cette nuit et le jour suivant

Séjour à Géti- '^ ^ •'

gné. dans la position où elle s'était ralliée. Je me retirai à Glis-

son pour me faire panser. Rewbell arrive le même jour, m'embrasse la larme à l'œil : « Ah ! mon ami, lui dis-je, que n'es-tu venu un jour plus tôt, tu m'aurais embrassé victorieux. »

Impatient de savoir ce qu'était devenu Beysser dans cette journée, je me transportai chez Ganclaux pour lui en demander encore des nouvelles ; il me communiqua une lettre qu'il venait de recevoir de lui, par laquelle il lui représentait, qu'à moins d'un second ordre, il n'avait pas cru devoir se porter sur Tiffauges, parce que des gens du pays lui avaient assuré que les chemins étaient impraticables et le poste inattaquable de ce côté. La suite fera voir que j'ai su vaincre ces faibles difficultés, et que Tiffauges ne pouvait être attaqué avec avantage que par où se trouvait Beysser, puisque, du côté de Torfou, on avait la Sèvre à passer, dont les bords sont très escarpés. On apprit aussi, quelque temps après, que les deux colonnes de l'armée de Saumur, qui devaient se diriger sur Mortagne et inquiéter l'ennemi sur ses derrières, n'avaient, non seulement pas fait un pas, mais qu'elles s'étaient encore retirées à une distance de plus de huit lieues ^ Ainsi, seul avec mon avant-garde de deux mille

I. Voici ce qu'écrivait à ce sujet Westermann à Robespierre :

« De Fontenay-ie-Peuple, le ig septembre ijgS, l'an 11 de La république.

t Hier l'armée (il parle de la division aux ordres du général Chalbos) a « rétrogradé sans être attaquée. Nous voilà de retour àFontenay; le soldat « est désolé, le peuple armé déconcerté, plus d'un tiers a déserté ; l'on n'a, « pour ainsi dire, ni brûlé, ni ôté aucune ressource à l'ennemi ; je ne sais « ce que tout cela veut dire, j'en suis bien désolé moi-même.

« Signé : Westermann. »

(Voyez les Papiers trouvés chez Robespierre.)

Cela ne voulait dire autre chose, sinon que le parti Ronsin, dont Rossignol était l'instrument passif, cherchait à prolonger cette guerre, et par

KLÉBER EN VENDEE. l6l

hommes, j'eus à combattre et à soutenir les efforts d'une armée de vingt mille hommes, que j'ai osé attaquer dans une position estimée inexpugnable.

Pendant que j'éprouvais ce petit revers avec mon avantgarde, Grouchy et Haxo battirent l'ennemi du côté de la Louée et lui enlevèrent deux pièces de canon ; ainsi, tout considéré, les armes de la République conservèrent ce jour-là leur supériorité, et l'armée de Mayence a fait connaître aux Rebelles que, dans ses retraites mêmes, elle savait leur porter des coups funestes.

Le lendemain, j'ai été étonné de voir, dans le Journal de l'armée des côtes de Brest, qu'on avait singulièrement altéré l'affaire de Torfou à mon détriment et au grand désavantage de ma brave avant-garde. Voici la lettre que j'adressai au général Ganclaux à ce sujet :

« Mon général, je viens de lire le supplément du 20 du Bulletin de l'armée des côtes de Brest ; il contient une espèce de relation de l'affaire de Torfou ; le rédacteur y dit : « Trop d'ardeur et de confiance avaient emporté r avant-garde plus loin qu'elle n'aurait dû aller. » Ce reproche ne peut tomber que sur moi, et comment ai-je pu le mériter, puisque je n'ai suivi que l'ordre qui m'avait été donné et dont voici la teneur : « Le 19 septembre, l'avant-garde se portera à la hauteur de Boussay, d'où

là même, perdre l'armée de Mayence, et particulièrement ses chefs. {Notes du manuscrit.)

On a longtemps contesté Texistence de l'ordre donné par Rossignol à ses divisionnaires d'avoir à se retirer en arrière, en vertu de la décision prise en conseil de guerre à Saumur, le 11 septembre, et allant à rencontre du plan de campagne arrêté le 3 du même mois. Choudieu va même jusqu'à nier formellement qu'il ait jamais été donné. (Cf. Pierre Choudieu à ses concitoyens et à ses collègues, p. i5.) Cet ordre, en effet, ne se retrouve nulle part, mais M. Ghassin {Vendée patriote, III, 58 et 79) a prouvé qu'il avait été donné. Plusieurs des documents publiés dans une autre partie du présent volume tendent également à l'établir.

l62 KLÉBER EN VENDÉE.

elle enverra en reconnaissance sur Torfou pour s'y porter ? » Vous m'avez dit, depuis, mon général, que votre intention avait été que je ne m'y portasse que le 20, et, vous ayant fait voir mon ordre, vous ajoutâtes que c'était une erreur du copiste.

« Le rédacteur dit ensuite : « Elle était (l' avant-garde) entre Boussay et Torfou, dans la plus grande et la plus trompeuse sécurité. Tout à coup, l'ennemi a paru avec des forces considérables ; le premier choc nous a été funeste par la perte de quelques hommes, etc. » Comment ai-je pu marcher dans une grande et parfaite sécurité, puisque, déjà à Boussay, l' avant-garde légère a rencontré quatre cents Brigands armés, qu'elle a chassés et poursuivis ; que, dès lors, Marigny, avec cinq cents hommes, me flanquait sur ma droite, et Chevardin, avec deux cent cinquante chasseurs à pied, sur ma gauche ; que j'ai été moimême plus d'un demi-quart de lieue en avant de la colonne avec Merlin, des ofliciers de l'état-major et quelques ordonnances, pour reconnaître, dans le plus grand détail, le poste que j'étais certain de devoir attaquer si je voulais m'en mettre en possession ? D'ailleurs, ne dirait-on pas, d'après le rédacteur du journal, que le combat s'est engagé entre Boussay et Torfou, tandis que j'ai attaqué Torfou même ; que j'en ai chassé l'ennemi ; que je me suis emparé de toutes les hauteurs, et que je n'ai, enfin, abandonné ce poste, qu'après un combat corps à corps qui a duré près de deux heures? Si quelqu'un a été surpris, c'a sans doute été l'ennemi, qui pouvait diflicilement calculer une attaque aussi vive qu'audacieuse ^

1. Après la prise de l'île de Noirmoutier, d'Elbée, qui y fut fusillé, parla avant sa mort des différents combats qu'il avait soutenus ou livrés, et notamment de celui de Torfou; il commandait en chef, et son corps était de vingt à vingt-deux mille hommes; il estimait celui aux ordres du général

KLÉBER EN VENDÉE. l63

« Enfin, mon général, j'ai fourni mon rapport, je l'ai dicté pendant que Ton pansait ma plaie, au sortir du combat. Il n'a point le mérite de l'éloquence, mais il a celui de la véracité, et tous les chefs de l'armée sont prêts à en attester les faits. Cependant, les rapports et le supplément du 20 septembre sont absolument contradictoires. J'attends de votre justice, mon général, que vous voudrez bien faire imprimer ma lettre, afin que ceux qui auraient pu concevoir quelque idée défavorable sur ma manière de faire dans cette journée soient détrompés. Tout général peut être battu, et il peut n'y avoir point de sa faute ; mais rien n'excuse une surprise, surtout dans un pays qui, par sa nature, indique si impérieusement combien il est nécessaire d'être éclairé dans sa marche. »

Je sollicitai Ganclaux de me fournir l'occasion de prendre ma revanche, ne demandant aucune artillerie jusqu'à ce que j'eusse repris à l'ennemi l'équivalent de ce que j'avais été contraint de lui abandonner. En conséquence de ma demande et pour donner suite au plan de campagne, je reçus le lendemain l'ordre suivant, daté de Glisson le 21 septembre i^gS : « La colonne de Beysser partira aujourd'hui de Montaigu après avoir fait filer ses pièces de canon et son bagage sur Glisson, d'où ils le rejoindront à Boussay, où la colonne se rendra en droiture de Montaigu, par le chemin de traverse, et s'établira en s'étendant par la droite jusqu'à la rivière de Sèvre.

« L'avant-garde du général Kléber se portera en avant,

Kléber à peu près de la même force: lorsqu'on lui dit qu'il n'avait été que de deux mille hommes, il feignit de ne pas vouloir le croire et ajouta : « Si j'avais eu à mes ordres dix mille hommes d'une pareille audace, je crois que nos affaires ne seraient pas aussi dérangées. » {Note du manuscrit,)

Cette phrase de d'Elbée et l'incident auquel il est fait allusion sont empruntés aux Mémoires du général Turreau, parus en l'an III,

l64 KLÉBER EN VENDÉE.

à la hauteur de Boussay, y appuyant sa droite, et prenant la position la plus avantageuse qui se présentera, sans passer le ruisseau qui se trouve en avant, et qui sépare Boussay et Torfou.

(( La première division de l'armée, après avoir mangé la soupe dans son camp actuel, se tiendra prête à marcher en avant pour aller prendre la position que Tavant-garde a occupée cette nuit, et y bivouaquera ». Le parc d'artillerie et l'ambulance attendront de nouveaux ordres; les chariots de petits ellets des bataillons suivront la colonne.

« La deuxième division aux ordres du général Beaupuy, qui est au Pallet, viendra à Glisson, sitôt cet ordre reçu, et en gardera les faubourgs.et Tintérieur, pour mettre en sûreté les établissements qui y sont, et qui s'y formeront, particulièrement ceux pour le pain, qui devront y être transportés de Nantes ^. »

Ganclaux me remit cet ordre à dix heures du matin ; je lui observai que Beysser ne devant recevoir le sien que vers midi, il ne pourrait se mettre en marche que vers les deux heures, et qu'il serait conséquemment nuit close quand il arriverait au pont de Boussay. « Quant à moi, ajoutai-je, je ne compte pas plus trouver Beysser au rendez-vous, cette fois-ci, |qu'il ne s'y trouva avant-hier. » Malgré mes réflexions, Ganclaux insista sur mon départ, 21 septembre, et je me mis en route à l'heure à laquelle je présumai que

Départ de Géti- . x i i •

gné; arrivée à Bcysscr pourrait y être, ayant à peu près la même dis-

oussay. taucc à parcourir. Il était en eflet nuit close quand je fus

rendu à Boussay. Avant de prendre position, je fis pous-

Page 1