Kokousai
La vie littéraire, en ses duretés, a parfois d’aimables surprises, mais au bout de bien des années.
Cet hiver, je recevais cette lettre du Japon :
Yokohama (Hôpital général).
Monsieur,
Voulez-vous permettre à un jeune Français, de vous exprimer tout le plaisir, que lui a causé Ouia mciro, mieux placé que tout autre pour le comprendre, puisque je suis au milieu des Japonais...
J’avais quinze ans, quand j’ai lu Sœur Philomène r
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et j’ai voulu être interne, et je suis médecin... La Maison d'un Artiste m’a fait venir au Japon. En un mot, comme cette étoile qui guide le marin, ignorante elle-même des destins qu’elle mène, vous avez eu une influence dominatrice sur toute ma vie,
Je vous le dis, pourquoi ne vous l’ai-je pas dit plus tôt, — cette timidité bête qui fait qu’on est muet devant la femme qu’on aime, fait aussi qu’on renferme en soi ses amours littéraires — c’est peut-être la raison qui fait, que je n’ai jamais osé aller vous rendre une seule visite, quand j’étais à Paris.
Permettez-moi de me mettre à votre disposition. Je suis au Japon, j’aime le Japon, je parle le japonais, et comme on dit dans les vieux drames : « Je vous suis dévoué corps et âme! » Profitez, usez de moi...
Docteur Michaut.
Cette lettre me faisait demander au docteur, sans grand espoir de réussite, la traduction de la biographie d’Hokousaï, tirée du livre manuscrit : Oukiyoyé Rouikô, par Kiôdén, complété successivement par Samba, Moumeiô, Guekkin, Kiôsan, Tanéhiko : tra-
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duction que je n’avais pu obtenir des Japonais habitant Paris, et je la reçois aujourd’hui, eette traduction, de l’aimable docteur, en collaboration avec le Japonais Ourakami.
Cette traduction, j’ai le projet de la faire entrer dans l’étude, annoncée en un volume sur* Hokousaï, mais à mon âge, on n’est jamais sûr du lendemain, et je veux que cette étude biographique des Yasari japonais, sur le grand artiste, qui préoccupe si vivement le monde de l’art européen, — et qui n’a encore été ni imprimée, ni traduite en française, paraisse dans Y Écho de Paris pour la première fois.
Hokousaï.
Né à Yédo, Hokousaï est, dit-on, le fils d'un fabricant de miroirs de la cour de Tokougawa.
Son nom d'enfance est Tokitaro ; plus tard, il le changea contre celui de Tétsoujiro.
Il entre d'aborcl comme élève chez Katsou-
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kaiva Shunshô, et pour nom d’artiste, il prend le nom de Katsoukawa Shunrô. Là, il peint des acteurs et des scènes de théâtre dans le style de Tsoutzoumi Tô-rin, et produit beaucoup de dessins sur des feuilles volantes, appelés Iviôka Sourimono.
Chassé de la maison de son maître, pour des raisons restées inconnues, il va prendre la succession du peintre Tawaraya-Sôri, et se fait reconnaître pour le successeur de ce peintre.
Depuis, il change son style, en crée un tout nouveau, qui lui est personnel. Alors il repasse son nom de Sôri à son élève Sôji, et rend à la famille Tawaraya, la signature qu'il avait reçue d'elle.
C’est seulement, à la dixième année de l'ère Kwansei (1789) que le public, pour la première fois, Ut, au bas des impressions du maître, le nomd’Hokousaï ( Hokousaï , Tokimasa Taïto) nom qu’il prit, dit-on, à cause de sa profonde vénération pour le dieu Hokoushin-Miôkén. Quant au nom de Taïto , il F abandonna plus tard à son gendre Shighénobou.
PRÉFACE
Le style appelé Hokousaï-riou est le style de la vraie peinture Oukiyoyé, la peinture naturiste, et Hokousaï est le vrai et le seul fondateur d'une peinture qui , prenant ses assises dans la peinture chinoise , est la peinture de l'école japonaise moderne.
Et son œuvre, lorsqu'il a paru , a eu la bonne fortune, non seulement d' exciter l' admiration de ses confrères les peintres , mais encore de séduire le gros public, tant il était une nouveauté particulière .
Durant les années de i' ère Kwanseï (1789- 1800) Hokousaï écrit de nombreux contes et romans , pour la lecture des femmes et des enfants : romans, dans lesquels il fit lui-même des illustrations : romans, où il signe comme écrivain Tokitaro-Kakô, et comme peintre Gwakiôj in- Hokousaï. Et ce fut grâce à ses pinceaux spirituels et précis, que les contes populaires et les romans commencèrent à se répandre dans le public.
Il fut aussi un excellent poète dans la poésie Haï-Kai ( poésie populaire).
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Dans ce temps, il habita Asakousa, où de nombreux élèves-peintres de Kiôto et d’Ohsaka vinrent le trouver, et entrèrent dans son atelier, et dans ce temps, où il y avait bien des peintres dans les villes de Nagoya, de Kiôto, d'Ohsaka, aucun ne put le surpasser.
C’est alors que sortent, de dessous ses pinceaux, des livres ou modèles de gravures, et des impressions, et des dessins innombrables .
Bientôt (c’est l’ habitude là-bas pour les peintres, de changer perpétuellement de noms), le maître léguait sa signature d’ Hokousaï à un de ses élèves, qui tenait un restaurant, clans le Yoshiwara, le quartier des maisons publiques, et qui peignait dans son établissement des peintures de 16 ken (32 mètres) chaque fois, que Hokousaï faisait l’ouverture de réunions d'artistes, pour l’adoption de nouvelles signatures.
A partir de ce temps , il signa ses impressions Sakino Hokousaï, Taïto( ancien Hokousaï Taito). Il changea encore une fois son nom propre, et s'appela Tamé Kazou ou I-itsou.
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N'ayant pas eu assez de temps pour donner les modèles de la peinture à ses élèves , il en fit graver des volumes, qui plus tard, obtinrent beaucoup de succès.
Il fut encore très habile dans la peinture, dite Kiokou yé, peinture de fantaisie, faite avec des objets ou des services de table, trempés dans l'encre de Chine, tels qu'une boite servant de mesure de capacité, des œufs, des bouteilles (1).
Il peignait encore admirablement bien avec sa main gauche, ou bien de bas en haut. Et sa peinture faite au moyen des ongles de ses doigts, était tout à fait étonnante, et quant à ce fait particulier , il fallait être témoin soimême du travail de l'artiste , sans quoi on eût pris ses peintures à l’ongle, pour des peintures faites avec des pinceaux.
« Après avoir étudié, dit-il quelque part ,
(1) Hokousaï affirmait par là, que l’exécution cfun beau dessin, ne tient pas aux instruments de la peinture, à d’excellents pinceaux, mais est tout entière dans l’art de dessiner du peintre.