XI Y
PRÉFACE
pendant de longues années, la peinture des diverses écoles j’ai pénétré leurs secrets , et j'en ai recueilli tout ce qu’il y a de meilleur. Rien n'est inconnu pour moi en peinture. J'ai essayé mon pinceau sur tout, et je suis parvenu à réussir tout. » En effet, Hokousaï a peint depuis les images les plus vulgaires , nommées Kamban (1), c’est-à-dire les images-réclames pour les théâtres ambulants , jusqu’aux compositions les plus élevées.
Ses productions furent même très recherchées par les étrangers, et il y eut une année, où l'on exporta ses dessins et ses gravures par centaines , mais presque aussitôt, cette exportation fut défendue par le gouvernement de Tokougawa.
Durant les années de l' ère Témpô (1830- 1843), Hokousaï publia, en nombre immense, des nishikiyé impressions en couleur et des dessins d’amour ou images obscènes, dites shungwa, d’une coloration admirable, qu'il
(1) Kamban, me dit Hayashi, n’est que l’enseigne ou l’affiche d'un marchand quelconque.
PKÉFACE.
signait toujours du pseudonyme de Goummatei.
Le plus grand honneur que cet artiste obtint, durant sa vie, fut que sa célébrité parvint jusqu’à la cour de Tohougawa, et (qu'il put étaler son talent sans rival, devant le grand prince. Une fois, pendant que le shogoun faisait sa promenade dans la ville de Yédo, Hokousaï fut invité par le prince à peindre devant lui. Et sur une immense feuille de paqjier, avec une brosse à colle, il commença d'abord à tracer des pattes de coq, puis transformant soudainement le dessin, par une couleur d'indigo mis sur les pattes , il en faisait un paysage du fleuve Tatsouta, qu’il présentait au prince étonné (1).
Hokousaï avait la manie de changer perpé-
(1) Hayashi s’indigne delà mauvaise traduction de ce passage, et me communique la note suivante : A la suite d’un retour de chasse aux faucons, le Shogoun sur sa route, prit plaisir à voir dessiner deux grands artistes du temps, Tani Bountchô et Hokousaï. Bountchô commença et Hokousaï lui succéda. Tout d’abord, il dessina des fleurs, des oiseaux, des paysages, puis désireux d’amu-
PRÉFACE
tuellement d’habitation, et ne demeura jamais plus d’un ou de deux mois , dans le même endroit.
Hofcousaï mourut le 13 avril de la deuxième année de Kayei (1849) (1), « l'âge de 90 ans. Il fut enterré au cimetière du Temple Seikiôji , dans le quartier de Hatchikendera-matchi à Asakousa, où se lit encore son épitaphe.
La poésie de la dernière heure , qu’il laissa en mourant , fut celle-ci , presque intraduisible en français :
« Oh! la liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d’été, pour y laisser son corps périssable » (2)!
ser le Shogoun, il couvrit le bas d’une immense bande de papier, d’une teinte d’indigo, se fit apporter par ses élèves, des coqs, dont il plongea les pattes dans de la couleur pourpre, les fit courir sur la teinte bleue, et le prince étonné eut l’illusion de voir la rivière Tatsouta, avec ses rapides, charriant des feuilles de momiji.
L/anecdote était racontée par Bountchô à Tanéhiko.
(1) Erreur. Hokousaï mourut le 10 mai 1849.
(2) Je donne une traduction plus littérale d’Hayaslii de « cette poésie de la dernière heure » au chapitre de la mort d’Hokousaï.
PRÉFACE
xm
Hokousaï eut trois filles, dont la plus jeune devint un peintre très habile. Elle épousa Minamisawa, mais divorça. Des nombreux élèves qu’eut Hokousaï, ceux dont les noms furent inscrits dans les chronologies , et connus dit public, montent à seize ou dix-sept.
En 1860, j’ai découvert, et publié d'après le manuscrit des Séances de l'Académie royale de Peinture, provenant de la bibliothèque d’un portier, ramassée sur les quais, la biographie inédite de Watteau, par le comte de Caylus : biographie qu’on croyait perdue, et qui manque aux Mémoires inédits sur les membres de cette Académie, éditée en 1854 . Aujourd’hui je donne pour la première fois, dans une langue de l’Europe, la biographie inconnue d’Hokousaï, le plus grand artiste de l’Extrême-Orient.
Pour la biographie de ce grand peintre de PExtrême-Orient, complètement inconnue en Europe, cette brève notice était quelque chose, mais ce n’était vraiment pas assez.
PRÉFACE
C’est alors, que dans la patrie d’Hokousaï, se publiait par le Japonais I-ijima Hanjùrô : Katsomliika Hokousdi dén, une biographie du peintre, illustrée de dessins et de portraits, contenant des renseignements du plus haut et du plus intime intérêt.
Or, la traduction de cette biographie japonaise, était-ce suffisant encore, pour faire connaître l’Homme et son Œuvre? Non ! Il fallait tenir entre ses mains cette œuvre presque complète, — et, soit au Japon soit en Europe, il n’existe cette œuvre, je crois, que chez Hayashi, qui, depuis nombre d’années, collectionne son peintre favori. C’est donc sur cette œuvre, contenant les impressions les plus belles, les petits livres les plus rarissimes, les illustrations des romans, en 90 volumes, les plus complètes, les dessins les plus authentiques, que j’ai pu écrire cette biographie, aidé de l’érudition de ce compagnon de travail, qui s’est mis obligeamment à ma disposition, et qui, dans de longues et laborieuses séances, où j’ai eu l’idée de lui
PRÉFACE
faire traduire les préfaces, que Hokousaï a jetées en tête de ses albums, m’a fourni toute la documentation, ne se trouvant pas dans le
Katsoushika Hokousaï dén , ou dans le Oukiyôyê Rouikô (1) de Iiiôdén.
Auteui], 20 décembre 1895.