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Hotoké, la maîtresse de Iviyomori, la plus belle et la meilleure danseuse de son temps. Deux sœurs ont sollicité de danser devant Kiyomori, et par bienveillance pour leur jeunesse et leur grâce, elle a fait accueillir leur demande par son amant. Mais le prince s'est épris d’elles, et a voulu en faire ses maîtresses. Elles ont refusé, et pour se soustraire à sa toute-puissance, elles se sont faites religieuses, et Hotoké, reconnaissante de cette délicate conduite à son égard, va les rejoindre dans leur couvent.
Plus loin encore, c’est le sensuel Iviyomori, en présence de la femme de Minamoto, une main sous la joue, tristement réfléchissante dans une pose d’accablement. Kiyomori a vaincu Minamoto et veut exterminer sa famille, dont il s’est emparé dans sa fuite, et qui est composée de sa femme et de ses trois enfants. Mais au moment d’ordonner leur mort, il a la curiosité de voir la femme de Minamoto, et, soudainement séduit par sa beauté, il lui demande de lui appartenir, ce à quoi elle se résigne, sur la promesse qui lui est faite, que ses enfants seront épargnés. C’est ce marché qui fait le sujet de l’estampe. Or, un jour, ces trois enfants vengeront leur père, anéantiront la famille Taira, et l’ainé des trois enfants sera
l’art japonais.
Yoritomo, le premier shogoun de Kamakoura.
Une autre composition : c’est Okané, femme, à la réputation d’une force herculéenne, qu’un musculeux guerrier a cru pouvoir arrêter dans sa marche, et qui, d’un bras tenant un barillet sur sa tête, continue à s’avancer tranquillement, entraînant, de l’autre bras, l’homme aux deux sabres,
Et ce sont encore des représentations de musiciennes japonaises; d’une année de bonne récolte, avec la joie et l’engraissement subit des paysans ; et on ne sait pourquoi, le portrait d’un astronome hollandais.
La même année 1819, paraît le dixième volume, avec une préface vantant la persévérance dépensée par Hokousaï, pour arriver à la publication de ces dix volumes.
Des saltimbanques, des faiseurs de tours, des prestidigitateurs, des équilibrâtes, des avaleurs de sabres, des vomisseurs d’essaims d’abeilles, des thaumaturges se rendant la tête invisible.
Mais je ne veux décrire dans ce volume, que deux compositions, deux compositions d’un fantastique macabre, dépassant tout ce que l’Europe a imaginé en ce genre, et méritant bien à Hokousaï l’appellation de maître dessinateur des fantômes . Ce sont deux apparitions de
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femmes mortes. L’une, c’est Kasané, la femme laide, assassinée par son mari, qu’il représente avec son front de fœtus hydrocéphale, sous la broussaille de ses cheveux, un œil fermé et l’autre grand ouvert, où est une prunelle de poisson cuit, le cartilage dénudé de son nez, ses mâchoires sans gencives, entr’ouvertes dans un hiatus allant jusqu’aux oreilles, ses deux mains de squelette rapprochées de sa tête dans le tressautement de la danse idiote d’un naturel de la Terre-de-Feu. Une apparition à faire peur, regardée le soir, à la lueur d’une lampe.
L’autre apparition a l’apparence, dans le ciel ténébreux, d’une longue et courbe et molle larve blanche, enveloppée d’une chevelure; c’est l’âme de la petite servante Okikou. Elle était dans une maison, où il y avait dix précieuses assiettes, et elle eut le malheur d’en casser une. Et le propriétaire des assiettes adressa des reproches si durs à la fillette, qu’elle se jeta dans un puits. Or, depuis ce jour, elle revient toutes les nuits au-dessus du puits, et de la maison où est le puits et des maisons voisines, on l’entend dire, l’une après l’autre, les légendes des assiettes, puis arrivée à la dixième, à celle qu’elle a cassée, on l’entend, cette fois, pousser un sanglot si déchirant, si déchirant, que le
voisinage a dû charger un prêtre de la faire monter au ciel par ses prières.
La Mangwa semble terminée en 1819, avec le dixième volume, et quinze ans se passent, sans qu’il y soit donné une suite, quand, en 1834, il parait un onzième volume avec une préface dans laquelle Tanehiko dit: « que la Mangwa a été terminée au dixième volume, mais que les éditeurs avides ont tellement pressé notre vieillard, qu’il a consenti à reprendre son pinceau, qu’il vient de dessiner ce volume, et qu’il se propose un jour d’arriver au vingtième volume.
Dans ce onzième volume, toujours la variété des premiers. Des poses, des attitudes de la vie intime , des croquetons de gens assis ou en marche , de gens dans la flâne ou l’effort du travail, de gens dans le calme des passions •ou les fièvres de la colère, des planches, des planches de gras lutteurs, et des petits coins de paysages, et des modèles de canons et de pistolets, et deux peintres peignant la jambe d’un Niô sculpté, d’une dimension telle qu’elle semble le tronc d’un vieux chêne, et une Japonaise disant la bonne aventure à un guerrier, en laissant, selon la méthode de là-bas, tomber son peigne à terre.
En la même année 1834, paraît le douzième volume.
Un volume très poussé à la caricature, où l’Olympe japonais est ridiculisé à outrance, un volume de chutes ridicules, de nez interminables de Téngous, sur lesquels se fait de la prestidigitation; de silhouettes, en ombres chinoises, d’épouvantables vieilles; de figures de femmes devenues monstrueuses, à travers une loupe posée sur leurs visages; d’allongements de cous pendant le sommeil, qui, selon une superstition du Japon et des îles Philippines, permettent aux têtes de ces possesseurs de cous, d’aller visiter des contrées et des planètes étrangères; de corps de naturels d’un pays, où les hommes ne sont possesseurs que d’un bras et d’une jambe, et où ils sont accotés, deux par deux.
Et même pour aider à l’antithèse des sujets qu’il offre au public; il arrive à Hokousaï de recourir parfois à la scatologie. Ainsi, dans le onzième volume, nous voyons une Japonaise^ retroussée jusqu’à la ceinture, jeter à terre un de ses compatriotes par la violence d'un pet, et dans ce douzième volume apparaît par la lucarne d’un étroit privé, le profil, péniblement contracté d’un samouraï , entre ses deux sabres remontés au-dessus de sa tête, et au dehors trois
Japonais se bouchant le nez avec leurs doigts et leurs robes.
Le treizième volume paraît seulement en automne 1849, après la mort d’Hokousaï, arrivée au printemps de cette année.
Dans le treizième volume : deux beaux dessins, la divinité Kwannon sur une de ces carpes monumentales, comme seul Hokousaï sait les dessiner, et un tigre traversant une cascade, au milieu de dessins représentant, dans la montagneuse province de Hida, la passe àu panier : un pont fait d'une corde, le long de laquelle on se fait glisser à la force des bras; de dessins représentant des modèles d'habitations rustiques ; de dessins représentant la préparation de ce melon qu’on dessèche et dont on fait des soupes ; de dessins représentant le décorticage du riz.
Le quatorzième volume, tout moderne, paraît seulement en 1875, et est fabriqué avec des dessins laissés par Hokousaï après sa mort.
En dehors de quelques dessins divers, il ne contient pour ainsi dire que des animaux, des animaux réels et des animaux fantastiques ; c’est un chat mangeant une souris, un chien aboyant à la lune, un renard dans la pluie, des lions de mer, des chèvres, un écureuil mâtiné
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de chauve-souris, un sanglier traversant une rivière, un ours dans la neige, des ânes, des chevaux, un lion de Corée, un conciliabule de rats.
Le quinzième et dernier volume paraît en 1 878 , avec un avertissement, où 1’ éditeur dit « que propriétaire de tous les bois de la Mangwa , il a été convenu avec Hokousaï, avant sa mort, qu’on poursuivraitjusqu’au quinzième volume, et qu’il a fait graver les dessins destinés à la publication, qui ne l’étaient pas ». Mais l’éditeur ment, car la plupart des dessins qui ont une valeur, sont repris au volume intitulé : Hokousaï Gwakio , Miroir des dessins d’Hokoüsaï.
Les dix premiers volumes, en leurs tirages primitifs, et lorsque les bois sont à Yédo, ont pour éditeurs trois éditeurs de cette ville et un éditeur de Nagoya; à partir du dixième volume les bois sont cédés à l’éditeur Yeirakouya de Nagoya.
Un seul volume, le douzième, porte le nom du graveur, et ce graveur est Yégawa Tomékiti.
En 1806, à la suite du bruit qu’avait fait l’improvisation en public d’une grande peinture
d’un Darma par Hokousaï, deux ans auparavant, il venait au shogoun de Tokougawa la curiosité de le voir travailler.
Donc un jour d’automne, au retour d’une chasse au faucon, le shogoun le faisait appeler devant lui, et s’amusait à lui voir exécuter des dessins. Puis tout à coup, Hokousaï couvrant la moitié d’une immense bande de papier d’une teinte d’indigo, faisait courir dessus des coqs, aux pattes plongées dans de la couleur pourpre, et le prince étonné avait l’illusion de voir la rivière Tatsouta, avec ses rapides, charriant dans leurs eaux, des feuilles pourpres de momiji.
L’intérêt de cette entrevue : c’est que sous les Tokougawa, jusqu’à ce jour, un homme du peuple .ne pouvait se présenter devant le shogoun.
En 18H Hokousaï publie, en collaboration avec Ilokousou qui dessine le premier volume, Jôdan Foutsouka Yehi , Ivresse de deux jours, une série de dessins comiques.
Dans .l'illustration du second volume, dont il s’est chargé, il nous montre des porteurs ivres que regardent des enfants, et vraiment il est impossible de rendre mieux l’hîlarité bête de ces visages, avec la demi-fermeture des yeux et l’égueulement de la bouche entr’ouverte de côté.
Une autre planche très amusante de ces scènes, qui se passent la veille, et le jour même du Jour de l’An : c’est l’entrée dans un intérieur, d’un vieux prêtre pochard, à la tète impossible, travesti en manzaï, escorté d’une espèce d’enfant de chœur , faisant du tapage avec un instrument pour appeler au service divin, et devant ces deux ivresses de la vieillesse et de l’enfance, le rire du bourgeois japonais, l’attention dédaigneuse de la femme, l’ahurissement d’un ami.
Enfin la dernière planche : dans une chambre décorée de feuilles de fougère et de branches de sapin, le décor des intérieurs de Jour do l’An, a lieu une terrible bataille à coups do balais, entre deux hommes, que trois autres ne peuvent séparer.
La même année, Hokousaï publie l’illustration de Hokou-yétsoii Kiclcin , les Légendes fantastiques de la province de Yétigo, édité en 6 volumes, avec un texte par Tanéhiko.
Un ouvrage, dans lequel se trouve reproduite par Hokousaï une carte de cette province où il neige beaucoup, au milieu d’un méli-mélo d’hommes-bêtes, de coraux, de plantes marines, de monnaies, d’objets usuels, de serpents d’une grandeur fabuleuse, enfin de choses réelles et de choses surnaturelles.
La même année, Hokousaï publie encore l'illustration de Tawara-Tôda Rôko dén , Conte d’un vieux renard et du guerrier Tawara Toda, pièce de théâtre par Tanéhiko, éditée en trois volumes, et gravée avec une écriture plus grande, plus facile à lire que l’écriture du roman, de l’histoire.
Cette pièce de théâtre a pour principal personnage, Hidésato, le guerrier, qui trouvant une femme pleurant aux bords du lac Biwa, lui demandait la cause de son chagrin. La femme qui était la reine du lac Biwa, lui répondait, que depuis des années, ses enfants étaient mangés par un scolopendre géant. Hidésato de s’informer où se trouvait ce monstre. Elle lui indiquait la montagne Ishiyama, où son corps, lui disait-elle, faisait sept fois et demie le tour de la montagne, et lui montrait, dans le moment, une masse brillante qui luisait au soleil, comme un bloc de diamant : c’était l’œil de l’insecte colos-
sal, dans lequel Hidésato mettait une flèche mortelle.
L’illustration de cette pièce par Hokousaïest intéressante. Dans le dessin de la reine de Biwa, de la femme d’Hidésato, de la fille d’Hidésato, l’amoureuse de Sadamori', le dessinateur a abandonné la mignonnesse un peu petite, un peu miniaturée de ses premières années; et tout en leur laissant leur première grâce, il arrive à leur donner de l’ampleur, de la grandeur, à les varier, et à ne plus toujours faire la même longuette petite femme de ses débuts. Dans l’œuvre d’Hokousaï, les femmes de ces années, ont une parenté avec les femmes de Hokouba.
En 1812, il n’illustre aucun livre.
En 1813, dans le Kcitsonshika Zoushi , Plan et traditions de Katsoushika, dans ce volume contenant un plan de cette partie de la ville de Yédo, de l’autre côté de la Soumida, de ce quartier maraîcher et plein de salines, aimé par le peintre, Hokousaï dessine, près de deux pêcheurs au jupon de roseaux, une femme puisant dans un petit tonnelet, emmanché à un grand bâton, l’eau d’une source célèbre.
l’art japonais.