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minuscules, décorées d’un éventail, d’une bouteille de saké, d’un vol de deux papillons, d’une écritoire, d’une branchette d’arbre, d’un chapeau de paille, d’un panier de légumes, etc.
Et encore un écran, où sont représentés deux esprits du saké, ces petits êtres fantastiques, aux cheveux rouges, dont l’un porte sur l’épaule le gobelet à queue, avec lequel on puise le saké dans la terrine, et l’autre qui joue de la flûte.
Trois curieuses impressions d’écrans en camaïeu bleu, avec les figures et le nu des corps, réservés en blanc, et dans le ciel, le rouge d’un soleil couchant, signées : Manji (vers 1834), font partie de la collection de M. Vever. L’un représente un établissement thermal dans la province de Kahi; l’autre, un lac sur la route de Kiso ; le dernier un rocher pittoresque dans la province de Jôshû. Deux autres impressions d’écrans faisant partie de la meme suite, sont tirées en couleur : l’une c’est la représentation de pêcheurs tirant leurs filets, l’autre, un parcours de voyageurs le long de la mer, par un temps de neige.
Des dessins d’écrans, M. Bing en possède aussi une intéressante suite. Un faisan et un serpent; une réunion de sept coqs, impression très ori-
ginale; une femme apportant une tasse de thé, — le tirage en noir de l’impression primitive; des teinturières; des pêcheuses de sel au bord de la mer qui moutonne, et se brise autour d’elles.
Un aigle volant au-dessus d’un nuage, est dans la collection Manzi.
On connaît aussi, publiées vers ce temps, un certain nombre d’impressions d’éventails, dont je ne veux citer que le plus remarquable, qui est dans la collection de M. Bing. C’est la tête d’un aigle tenant dans Ses serres un petit ourson, dont les ailes étendues remplissent, de la manière la plus heureuse, l’hémicycle de l’éventail.
Enfin, en l’année 1823, l’année où Hokousaï va publier ses plus belles feuilles séparées, va faire paraître ses premières planches des Trentesix Vues de Fougakou (Fouzi-yama), il met au jour une curieuse impression. C’est une très grande planche, du format de nos plans de ville : un paysage imaginaire, contenant cent ponts dans une seule vue, un paysage d’un pittoresque indescriptible. Et voilà ce que Hokousaï a écrit, comme légende de l’estampe : « Pendant l'automne dernier , f étais tristement rêveur , et soudain fai imaginé de me promener dans
un paysage pittoresgue, en passant un nombre innombrable de ponts, et je me suis trouvé tellement heureux de ma longue promenade dans ce paysage , gue j’ai pris de suite mon pinceau, et l’ai dessiné, ce paysage, avant qu’il ne se perdît dans mon imagination.
Cette note sur le Paysage à cent ponts, est un témoignage du tempérament poétique du peintre, et la biographie de Kiôdén affirme en effet, que Hokousaï fut un excellent poète dans la poésie Haï-kai (la poésie populaire).
A propos du goût d’Hokousaï pour la poésie, on raconte qu’il était membre d’une société de poètes, nommés les sociétaires de Kalsoushika, et en raison de sa supériorité sur ses confrères, y exerçant une sorte de présidence. Or dans cette société, il y avait des gens de service, ignorant que le peintre et le poète étaient le même homme, et il arriva qu’un soir, où l’on se retirait fort tard, on lui apporta une lanterne, dont le papier était blanc, sans aucune ornementation, Hokousaï demanda un pinceau,
et dessina des tiges de fougères, d’un trompel’œil si extraordinaire, que le domestique qui avait apporté la lanterne, ne put s’empêcher de s’écrier : « Oh! vraiment, monsieur Hokousaï, quelle disposition vous avez pour le dessin ! » On entend l’éclat de rire des sociétaires de Katsoushika , en train de regarder Hokousaï peindre.
De 1823 à 1829 paraît, sous le titre de : les Trente-six Vues de Fougakou (Fouzi-yama), une série d’impressions célèbres, qui dans le principe ne devait compter que 36 planches, et dont le nombre a été porté à 46 planches.
Celte série en largeur, aux couleurs un peu crues, mais ambitieuses de se rapprocher des colorations de la nature, sous tous les aspects de la lumière, est l’album inspirateur du paysage des impressionnistes de l’heure présente.