V. Paysage couvert de neige, avec une mon
tagne dans le fond, et au premier plan un sapin s’élevant au-dessus des habitations rustiques de Tsoukouba, dans la baie de Yédo (1).
VI. Une branche de prunier rose sur une pleine lune, indiquée seulement par un gaufrage presque invisible.
VII. Une branche de cerisier double, au cœur de la fleur jaune; une espèce, où les feuilles viennent en même temps que les fleurs, et qui est appelée au Japon Shiogama.
VIII. Une tige de navet à l’élégant déchiquetage lyré de la feuille, employée souvent au Japon comme motif décoratif, et vers laquelle vole une guêpe, qui est un vrai trompe-l’œil.
IX. Deux pivoines dans un panier, dessinées avec ce style que les Japonais mettent à la fleur ; un style parent du style, que nos vieilles écoles de peinture de l’Europe mettaient à la représentation de l’humanité.
X. Des tiges d’iris violacés, ces fleurs à la découpure héraldique.
XI. Un faucon sur une branche de chêne, une patte rebroussée contre lui, dans un mouvement de prise de vol, avec le regard d’un œil, qui semble percevoir une proie dans le ciel.
(1) M. Bing possède des épreuves, tirées à part de cette planche et de la suivante, tout à fait extraordinaires.
XII. CJn faisan qui s'épouille, au milieu des traces, que ses pattes ont laissées sur une terre rouge.
XIII. Deux canards mandarins, dans des mouvements de nage, où le dessin cartilagineux de leurs pattes semble exécuté par un dessinateur spécialiste du canard.
XIV. Un renard fuyant dans une fuite, où est exprimé le détalement sournois de la bête avec l’inquiétude du regard.
XV. Deux lapins, un lapin jaune à l’œil noir, un lapin blanc à l’œil rouge.
Une étude amusante de ces animaux, affectionnés par les Japonais qui, par des croisements, cherchent à en faire des animaux phénomènes, comme longueur des oreilles, comme couleur des yeux, si bien que le gouvernement a frappé ces animaux, il y a une dizaine d’années, de l’imposition d’un dollar. La peinture les représente d’habitude, sous un rayon de lune, comme dans le rayonnement d’une lumière natale : les taches qu’on y aperçoit étant formées, dans l’imagination japonaise, par deux lapins, et encore aujourd’hui, les gens du peuple croient que deux lapins, exposés la nuit dans une cage aux rayons de la lune, on ne les retrouve pas le lendemain, délivrés qu’ils sont par
l’art japonais.
l’intervention de leurs confrères de là-haut.
Citons du Shashin Gwafou , un exemplaire d’un tirage extraordinaire, rapporté en Europe par Siebold, et peut-être acheté à Hokousaï en personne. Siebold avait rapporté six exemplaires, dont quatre ont été donnés aux bibliothèques de Paris, de Vienne, et deux étaient conservés à La Haye. M. Gonse a été assez heureux de pouvoir en obtenir un, par suite d’un échange.
En 181 5, Hokousaï publie, avec la collaboration de Hokoutei Bokousén, le Jôrouri Zekkou , Morceaux de drames : une suite de scènes tirées des pièces les plus célèbres du xvne et du xvmc siècle, en cinquante-six impressions en noir, avec de très délicates demi-teintes, comme lavées.
Cette femme, la tête renversée, les deux mains s’étreignant au bout de ses bras tendus, dans un geste de désespoir : cette femme est la maîtresse d’un Japonais marié, que vient trouver le père de son amant, et qu’il décide à le quitter, en lui exposant qu’elle est la ruine de son mé-
nage : pauvre femme qui bientôt ayant à subir les scènes de l’homme qui se croit quitté pour un autre, se tue.
Une autre planche curieuse est la représentation de la scène d'une pièce du xvmc siècle intitulée Ohana-Hanshiti, où deux femmes, deux apparentes amies sont sommeillant Tune contre l’autre; l’une la femme d’un prince, l’autre sa maîtresse ; et il se trouve que l’ombre portée par les cheveux de la maîtresse dessine sur le châssis de papier, comme l’enlacement de deux serpents qui se battent. Et le prince, à la vue qu’il a de ces serpents à travers le châssis, pensant aux scènes que cette rivalité sourde a déjà amenées dans son intérieur, et des scènes qui suivront, abandonne son palais et se fait prêtre. Une pièce qui serait, au dire des Japonais, une étude psychologique de la femme très intéressante.
Une autre planche est la représentation d’une femme de la campagne parlant aune courtisane qui pleure à chaudes larmes. Or, voici le sujet. Une jeune fille dont le père a été tué par un malfaiteur, a été vendue au Yoshiwara,est deve* nue une grande courtisane, sans connaissance de son passé. Or, sa sœur cadette venue d’une province lointaine, apprend à l’aînée son his-
toire, et les deux sœurs se mettent à la recherche du malfaiteur, et comme autrefois existait au Japon le droit à la vengeance , le duel devant Dieu de l’ancienne Europe, les deux sœurs arrivent à tuer l’assassin de leur père.
Une autre planche vous montre un prêtre bouddhique, devant un kakémono représentant une femme, et sa tête aux cheveux rebroussés, et semblable à celle d’un diable, appuyée réfléchissante sur une main, est toute pleine d’une pensée fixe, soucieuse. Oui, ce prêtre de Bouddha, ce vertueux, ce savant, est devenu amoureux de l’image qui est devant lui, et indifférent au culte et ne remplissant plus ses devoirs religieux, est renvoyé de l’église et rencontre dans sa nouvelle vie une femme ressemblant à la femme du kakémono, qui dédaigne son amour et le rend le plus malheureux des hommes.
Cet album est vraiment l’album où les tristesses, les pleurs, les désolations, les crispations nerveuses, les affaissements, les désespoirs de la femme sont merveilleusement rendus avec toutes les grâces, les charmes, les coquetteries de la douleur féminine théâtrale.
La même année, paraît Odori hitori keiko , Leçons de danse par soi-même, un album repré-
H0K0USÀ1.
sentant le dessinateur Hokousaï, s’étirant les bras au réveil d’un rêve, qui s’éloigne derrière lui, et laisse entrevoir, dans l’effacement de sa vision, deux danseurs et une danseuse. Et c’est, après l’impression de chants pour accompagner les danses, une série de planches représentant chacune quatre ou cinq petites figurines de danseurs, avec à la droite ou à la gauche de leur bras ou de leur pied, une ligne droite ou courbe, indiquant le développement complet du geste, commencé par ce bras ou ce pied.
L’album débute par la Danse du Batelier , qui a 43 figures. Suit une danse comique, très gymnastiquement mouvementée. Puis une danse intitulée : la Danse du marchand d'eau fraîche . Mais la danse la plus originale, c’est la Danse du mauvais esprit , une danse diabolique avec des mouvements d’un disloquage anti-humain, et des expressions de têtes méphistophéliques, un moment sous des masques carrés aux caractères mystérieux, désignant les génies du mal, danse qui a 67 figures.
A la dernière page de l’album, Hokousaï, avec son ironie habituelle, dit : « Si clans l'exécution des mouvements et des mesures, il y a des erreurs, veuillez m'excuser . J'ai dessiné ainsi que j'ai rêvé, et comme le rêve d'un spectateur ne peut
pas exactement tout donner , si vous voulez bien danser ,apprenez-le , près d'un maître. Or, si mon rêve ne peut pas faire un vrai danseur , ça fait tout de même un album. Mais au fond , ce que je vous recommande quand vous voudrez danser , c est de mettre en sûreté le tabako-bon (fumoir) et les bols à thé , car même en les sauvant , vous aurez toujours dans vos nattes , un dégât bien suffisant.
Et Hokousaï signe : Katsoushika Oyaji (papa
En 1817, dans un album édité par Yeirakouya Tôshiro d’Owari et intitulé Yéhon Riôshitzu , Album de dessins par deux pinceaux, Hokousaï collabore avecRikkôsaï de Osaka, — lui se chargeant des personnages, animaux, oiseaux; — et Rikkosaï dessinant les paysages et les arbres.
Un album, où les personnages disparaissent dans le paysage, mais où peut-être, Hokousaï s’est représenté léchant son pinceau dans la dernière planche.
En 1817, pendant un voyage d’Hokousaï à Nagoya, le peintre recevait la commande de
nombreuses illustrations de livres, et comme ses élèves vantaient l'exactitude de la représentation des êtres et des choses dans les dessins du maître, dessins d’un format relativement très petit, les adversaires de la peinture vulgaire déclaraient que les petites choses que produisait le pinceau d’Hokousaï, étaient du métier, n'appartenaient pas à l’art. Propos qui blessaient Hokousaï, et qui lui faisaient dire, que si le talent du peintre consistait dans la grande dimension et les grosses touches d’une œuvre, il était prêt à étonner ses adversaires. Et c’est alors, que son élève Bokousén et ses amis lui vinrent en aide, pour exécuter en public une formidable peinture — un Darma d’une bien autre proportion, que celui déjà peint en 1804.
Ce fut le cinquième jour du dixième mois de l’année, que cette peinture eut lieu devant le temple de Nishighakéjo, et la biographie japonaise d’Hokousaï en donne la relation illustrée, d’après un récit avec dessins de Yénkô-an, un ami du peintre,
Au milieu de la cour du nord du temple, défendue par une palissade, avait été développé un papier fait exprès, et ayant plusieurs fois l’épaisseur du papier servant à couvrir les man-
teaux au Japon. Et ce morceau de papier sur lequel Hokousaï devait peindre, avait la superficie de 120 nattes. Or la natte japonaise mesure 90 centimètres de largeur, sur 180 de hauteur, ce qui faisait à l’artiste un champ de peinture de 194 mètres. Et pour que le papier pût rester tendu, il avait été fait dessous un lit de paillex de riz d’une grande épaisseur, et, de distance en distance, des morceaux de bois, servant de presse, empêchaient le vent de soulever le papier. Un échafaudage avait été monté contre la salle du conseil, et faisant face au public : échafaudage, au haut duquel des poulies étaient attachées à des cordes, pour soulever l’immense dessin, dont la tête était fixée à un madrier de bois gigantesque. Des pinceaux de grande dimension se voyaient tout prêts, des pinceaux dont le plus petit était de la grosseur d’un balai, et l’encre de Chine était préparée dans des cubes énormes, et transvasée dans un tonneau. Ces préparatifs occupaient toute la matinée, où, dès les premières lueurs du jour, se pressaient dans la cour du temple pour voir exécuter le dessin, une foule de nobles, de manants, de femmes de toutes sortes, de vieillards, d’enfants.
Dans l’après-midi, Hokousaï et ses élèves, dans
IIOKOUSAl .
une tenue demi-cérémonieuse, les jambes et les bras nus, se mettaient à l’œuvre, les élèves puisant l’encre dans le tonneau, et la mettant dans un bassin de bronze, avec lequel ils accompagnaient, là où il allait, le peintre peignant. Tout d’abord, llokousaï prit un pinceau de la grosseur d’une botte de foin, et après l’avoir trempé dans l’encre, dessina le nez, puis l’œil droit, puis l’œil gauche du Darma: alors il fit plusieurs enjambées, et dessina la bouche et l’oreille. Après il courut tracer la ligne de la configuration du crâne. Cela fait, il exécuta les cheveux et la barbe, prenant, pour les dégrader, un autre pinceau fait de filaments de coco, et qu’il trempa dans une encre de Chine plus claire. A ce moment, ses élèves apportèrent, sur un immense plateau, un pinceau fait de sacs de riz, tout imbibé d’encre. A ce pinceau était attachée une corde, et le pinceau posé à l’endroit que Hokousa'ï indiqua, il attacha la corde à son cou, et on le vit traîner le pinceau attaché à la corde, le traîner à petits pas, et faire ainsi les gros traits de la robe du Darma.
Quand les traits furent achevés, et qu’il fallut mettre le rouge à la robe, les élèves prirent dans des seaux, la couleur, la jetèrent avec des pelles, tandis que quelques-uns d’eux pom-
paient avec des linges mouillés les endroits, où il y avait trop de couleur.
Ce ne fut qu’à la tombée de la nuit que l’exécution complète du Darma fut terminée, et qu’on put soulever, au moyen des poulies, la grande machine peinte, et il y eut encore une partie du papier traînant au milieu de la foule, qui, selon l’expression japonaise, semblait une armée de fourmis autour d’un morceau de gâteau . Et ce ne fut que le lendemain, qu’on put surélever l’échafaudage, et accrocher complètement en l’air la peinture.
Cette séance fit éclater le nom d’Hokousaï, comme un coup de tonnerre , et pendant quelque temps, dans toute la ville, on ne vit dessiné sur les châssis, sur les paravents, sur les murs, et même sur le sable par des enfants, rien que des Darma, rien que l’image de ce saint, qui s’était imposé la privation du sommeil, et dont la légende raconte, qu’indigné de s’être endormi une nuit, il se coupa les paupières, les jeta loin de lui, comme de misérables pécheresses, et que par suite d’un miracle, ces paupières prirent racine où elles étaient tombées, et qu’un arbrisseau, qui est le thé, poussa donnant la boisson parfumée qui chasse le sommeil.
Ce ne fut pas la seule grandissime peinture
que peignit Hokousaï. Plus tard, il peignit à Honjô un cheval colossal, et plus tard encore à Itiogokou un Hoteï géant, Iloteï qu'il signa Kintaïsha Hokousaï , ce qui veut dire « Hokousaï de la maison au sac de brocart » par allusion au sac de toile qui est toujours l’accessoire de ce dieu. Le jour, où il peignit le cheval de la grandeur d'un éléphant, on raconte qu'il posa son pinceau sur un grain de riz, et quand on examina ce grain de riz à la loupe, on eut l'illusion de voir dans la tache microscopique du pinceau, l'envolée de deux moineaux.
En 1818, Hokousaï illustre Hokousaï Gwakiô , le Miroir des dessins d'Hokousaï, ou Dénshin Gwakiô , Miroir des dessins qui viennent de l'ame.
Ce livre qui contient cinquante pages de dessins, est avec le Shashin gwafou , l'album où Katsoushika Hokousaï se montre le plus magistral, le plus en possession de tout son talent.
La préface dit : « Les anciens ont dit que
pour faire un grand peintre, il fallait trois conditions :
L’élévation de l’esprit;
La liberté du pinceau (l’exécution);
La conception des choses.
Et généralement, il est difficile de trouver un artiste qui possède une de ces conditions? Eh bien! il y a un homme de Yédo, appelé Hokousaï, adonné depuis de longues années à la peinture, et qui remplit ces trois conditions. »
Et la préface n’exagère pas.
D’abord le titre dans un bel encadrement michelangesque, représentant des ont, des mauvais génies : — un encadrement qui a l’air de la première page d’un de nos beaux livres du xvie siècle.
Alors une série d’images du plus puissant dessin anatomique, où tous les muscles sont indiqués dans la chair, comme par une calligraphie savante, où se voit, dans le carré de leur forme, le rondissement des mollets, où dans les pieds? ' dans les mains, transperce l’ossature du squelette : du nu qui a quelque chose d’un Mantegna, animé par une lièvre de la vie. Et défilent, sous vos yeux, ces anatomies bossuées et ressautantes de Bénkéi, le représentant de la force, montant une cloche au haut de la montagne
HOKOUSAI.
Ishiyama; de Kintoki tuant à coups de facile un ours; de Momotaro, écrasant sous lui un diable; de ces deux aveugles se battant à coups de bâton, etc., etc.
Et le mouvement et la trépidation des muscles chez Hokousaï, s’étend aux vêtements, ainsi que, dans cette aérienne apparition d’un Darma au haut d’un rouleau de papier, et chez lequel, de la courbe de son corps sous sa tète rejetée en arrière, sous ses pieds en retraite, l’envolée derrière lui de sa robe, ressemble à des lanières de fouet.
Et à côté de ces représentations de la force, en sa tourmente musculaire, les jolies images de la grâce des enfants.de la gentillesse éveillée de ces petits Japonais, aux figures rondelettes, aux trois houppes de cheveux sur le front et les tempes. Il y a une charmante planche d’enfants faisant de la musique, une autre délicieuse planche d’enfants jouant à une espèce de jeu de dames; mais la planche qui est tout à fait un chef-d’œuvre, est la réunion de quatre gamins japonais faisant du trapèze après les traverses d’une barrière, et dont l’un, la tête en bas, a son petit derrière à l’air : un dessin qui est le vrai dessin de la grâce gymnastique.
Une autre composition intéressante, est un
l’art japonais.
gras Hoteï renversé sur le dos, et riant aux larmes, et qui fait danser au haut de ses pieds levés, ainsi que dans la Gimblette de Fragonard, un petit Japonais. Au milieu de ces dessins de l’humanité petite ou grande, des croquis d’animaux, comme ces deux grues penchées sur l’eau, comme ce groupe d’une poule et d’un coq, où le croquis n’a jamais été plus loin, par cette connaissance qu’a maintenant Hokousaï, de ce qu’on doit mettre, et de ce qu’on doit omettre dans un dessin, pour que ce dessin ait tout son effet. Et encore des planches de poissons de toutes les formes, au milieu desquels un cuisinier est renversé, cul sur tête, parla décharge d’un poisson électrique.
Et la grandeur et la puissance du dessin du maître, conservées dans des riens, comme une tige d’iris.
Hokousaï publie en 1819, avec la collaboration de ses élèves d’Osaka, Senkwkoutei, Hokouyô, Sekkwatei, Hokoujoû, Shungôtei, Hokkei (un autre que le Hokkei connu), publie
Hokousaï Gwashiki , Méthode de dessin par Hokousaï, un volume, aux dessins en noir, teintés d une coloration rose et bleuâtre.
A côte du gros et gras Yébis ou pêchant à la ligne, c’est une assemblée de Rakans, de prêtres bouddhiques, dont l'un fait sortir de sa coupe une vapeur, qui se change en un gigantesque dragon; c'est le malheureux prince Ohtô en sa noire prison, dans une anfractuosité de rocher; c'est l'hallucination de Yorimitsou devant cette gigantesque araignée, dont la toile ferme la sortie d'une pièce ; c’est la lutte corps à corps de Kawazou-no-Sabouro et de Matano-no-Gorô, ces deux formidables guerriers du xue siècle, c'est Bishamon tuant un diable. Et ce sont des pêcheurs de crabes, des laveurs d'ignames, des bûcherons, des portefaix, des humains, si vivants, si parlants, si gesticulants, qu’il y a chez eux, comme une ivresse de la vie, et une joie gaudriolante, non seulement desphysionomies, aux bouches fendues en tirelire, mais encore des torses, clés bras, de toute la musculature, qui semble remuée, agitée, secouée par un rire comique (1).
(1) En 1849, a paru un recueil en trois volumes de Hokousaï Gwashiki , avec les planches réduites, et teintées grossièrement de rose et de bleu : chaque volume précédé d’un prêtre du culte Kami.
Et de cette mimique du dessin, parfois un peu caricaturale, mais qui n’est pas absolument particulière àHokousaï, mais presque générale, chez tous les peintres japonais, il est une explication. Le Japon est le pays, où le masque d’Okamé, la déesse de la grosse joie, figure dans le vestibule de toutes les habitations; où le proverbe : « Le sourire est la source du bonheur et de la fortune » est à l’état d’axiome; où l’on n’entend jamais pleurer un enfant; où la femme, est la seule femme de l’Orient qui ait une nature rieuse; où la bataille de la vie n’est pas âpre ; où dans ce pays de gais paysages et de ciel bleu, la mélancolie, ne semble pas exister; enfin, où les atteintes prolongées des chagrins chez les peuples septentrionaux, ne sont que momentanées.
En 1822, paraissent Kiôka Moumazoukouski , Poésies sur les chevaux, poésies, où une seule planche double signée : Hokousal , fou de la Laue y représente trois de ces chevaux chevelus, à la crinière hirsute, dont l’un, les fers en
l’air, se roule à terre, en détachant de terribles ruades.
En 1826 dans Hankou Shirio, les vieux Papiers jetés, deux volumes de Tanéhiko, il existe un curieux fac-similé dHokousaï d’après Tori-i Kiyonobou, peintre du xvne siècle, représentant un fameux marchand de caramels de longévité pour les enfants, si populaire, que sa personnalité fut mise au théâtre par le fameux acteur Nakamoura Kitibei.
De 1800 à 1826, les feuilles séparées, publiées par Hokousaï, sont nombreuses et de toute nature. Un jour c'est une estampe industrielle», un autre jour une estampe de Partie plus pur.
Dans les années qui suivent 1800, ce sont deux séries de petites bandes, au nombre d’une vingtaine, contenant des sujets variés.
Vers le même temps, une suite d’impressions caricaturales, parmi lesquelles une assez drolatique : un garçon d’un marchand de saké remettant la facture à une bonne, qui prenant la facture pour une lettre d’amour, se sauve, et que
l’art JAPONAIS.
le garçon est obligé de rattraper par ses jupes : une série d’une dizaine de planches, presque entièrement consacrée, avec la série des Cent proverbes comiques, aux aventures amoureuses des bonnes, et à leur engrossement.
Dans cette série existe une autre planche, où un Japonais, dans un saut périlleux, passant pardessus une femme lavant du linge, la trousse. Les yeux émérillonnés, le nez en as de trèfle, la bouche entr’ouverte de poisson cuit de la laveuse, ça ne peut se dire !
Vers 1802, voici des images à composer pour enfants, faites de deux planches, au moyen de la découpure desquelles, les enfants doivent constituer une maison, avec les personnages du dedans et de l’extérieur. Et cette maison qu’ils doivent composer, est une « Maison Verte ». Une constitution plus compliquée, est un établissement de bains, qui se fabrique avec la découpure de cinq planches, et où vous avez tout le détail de l’établissement, avec les hommes et les femmes à l’état de nudité dans les deux bains.
Cette « Maison Verte» et ce bain sont publiés, en même temps que deux suites sur les rônins, une petite série à l’imitation des sourimonos, ^t une grande série datée de 1 806 ; puis une belle
suite de paysages, donnant dans une planche, pour ainsi dire, la gaîté d’une habitation de femme noble, en ces légères constructions h jour, toutes remplies de branches de cerisiers en lleurs dans de grandes potiches, et avec ces galeries courant sur un petit lac.
Vers 1810, c’est dans un grand format, les six impressions des six poètes qui sont :
Onono Komati (une femme de la cour) ;
Ariwara-no Narihira (un seigneur);
Sôjô Hénjô (un grand prêtre) ;
Kisén Hosshi (un prêtre) ;
Ohtomo-no Kouronoushi (un lettré noble) ;
Boun-ya-no Yasouhidé (un poète de la bourgeoisie).
Et les contours du corps des six poètes, par une chinoiserie fort à la mode dans ce pays, sont faits avec les lettres de leurs noms, et parmi ces poètes se trouve une Komati d’une très belle couleur, au milieu d’espèces de crêtes de vagues violettes et vertes, courant si joliment dans une de ses poésies.
Vers ce temps c’est une série de personnages, de paysages, d’oiseaux, de poissons tirés en bleu, contenant une dizaine de planches.
Dans les mêmes années, paraît la représenta
tation d’une « Maison Verte » avec tous ses détails en cinq planches.
Sous l’escalier, l’emmagasinement des barillets de saké; à gauche, le petit bâtiment contre l’incendie, vers lequel il y a une allée et une venue incessante, de porteuses de choses. Dans la première pièce, le patron et la patronne assis devant un chibatchi, et une théière de thé, et entourés d’un cercle de femmes accroupies. Derrière eux, une petite pagode, avec ses lions de Corée, ses petits Darma, et ses deux bouteilles de saké en laque, comme offrande, aux dieux, — et aussi, comme offrande, sur les marches du petit escalier, un moment déposé, l’argent reçu parles femmes, mais qu’elles reprennent bientôt après. Une galerie, où à travers le jardin, on entrevoit des femmes faisant leur toilette. Une pièce, où les femmes nettoient des plateaux de laque, et enferment dans des coffres des bols et des assiettes. Puis la cuisine, où un homme souffle le feu d’un grand fourneau, près d’une colossale marmite de riz, surmonté de quatre petites pyramides de riz et de deux petites bouteilles de saké, toujours comme offrande à Bouddha.
Maintenant un jeu de cartes, le jeu de cartes des poésies de Guénji, se composant de 110 cartes