POUR HOMMES
Un volume de poésies, où collaborent les dessinateurs Yékighi, Tôrin, Yeishi, Shighémasa, Outamaro, Hokousaï : chaque artiste apportant le dessin d'une planche.
Une impression très soignée ressemblant à de la vraie aquarelle, avec le marron comme couleur dominante dans les robes des femmes.
La même année, Hokousaï publie, sous la signature Kakô , LHistoire naturelle des Monstres, Wakérnono Yamato Honzô , dont le texte était donné par Kiôdén.
Un livre aux allusions ironiques, sans doute à propos de la publication d’un sérieux ouvrage sur l’histoire naturelle, et où l’imagination du dessinateur se donne toute liberté dans la création de ses monstres, les faisant, tour à tour, ridicules ou terribles. C’est dans l’effroi de femmes se cachant la figure, d’hommes
(1) Le titre est trompeur car le volume ne contient que des poésies qui ne peuvent pas se chanter.
couchés à terre, un monstre aux ailes de toile d’araignée, à la queue formée par le déroulement d'une lettre japonaise, à la tête faite par des besicles jouant l’appareil visuel de la libellule; c’est une tête de femme flottant sur l’eau, dont les épingles de la chevelure lui donnent l’aspect d’un crabe; c’est un arbre dont les feuilles sont des pièces d’or; c’est un oiseau à deux têtes, un dessin faisant revivre la légende des deux oiseaux, si amoureux l’un de l’autre, qu’ils semblaient ne faire qu’un oiseau.
En ces années, en cette fin du xvme siècle, le talent d’Hokousaï n’a pas seulement fait sa popularité chez ses compatriotes, ce talent commençait à être apprécié par les Hollandais, faisant leur visite d’office, tous les cinq ans, à Yédo et l’un d’eux, que l’on croit être le capitaine Isbert Hemmel, avait eu l'intelligente idée de rapporter en Europe , deux rouleaux dus au pinceau de l’illustre maître, représentant le premier, tous les épisodes de l’existence d’un Japonais depuis sa naissance jusqu’à sa mort,
HOKOUSA 1 .
le second, tous les épisodes de l’existence d’une Japonaise, également depuis sa naissance jusqu’à sa mort.
Le prix convenu de ce curieux historique de la vie japonaise était de 150 rios d’or (le rio d’or vaut une livre sterling). Et Hokousaï recevait du médecin hollandais attaché à l’expédition, une commande d’un double des deux rouleaux.
Hokousaï apporta tous ses soins et sa science à la confection des quatre rouleaux, terminés au moment du départ des Hollandais. Et quand Hokousaï livra ces rouleaux, le capitaine, très enchanté, lui remit l’argent convenu, mais le médecin, sous le prétexte qu’il avait un traitement inférieur à celui du capitaine, ne voulut payer que la moitié du prix. A quoi Hokousaï se refusa, aussi bien qu’à lui laisser un rouleau à 75 rios.
Mais la somme que le peintre devait toucher, était déjà escomptée pour payer des dettes, et la femme d’Hokousaï lui reprochant de n’avoir pas cédé un rouleau au médecin, dont les 75 rios auraient sauvé le ménage de la grande misère, Hokousaï laissant parler sa femme, après un long silence, lui disait qu’il ne se faisait aucune illusion sur la misère qui les
attendait, mais qu’il ne pouvait supporter le manque de parole d’un étranger, les traitant avec si peu d’égards, ajoutant : « J'ai préféré la misère à un piétinement (humiliation). »
Le capitaine mis au fait du procédé du médecin, envoyait son interprète avec l’argent, et faisait prendre les deux rouleaux commandés par le médecin.
Maintenant sont-ils arrivés en Europe, ces quatre rouleaux? Le capitaine Isbert Hemmel mourait en 1798, dans la traversée de Yédo à Nagasaki. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’ils ne sont pas au musée de la Haye, dont M. Gonse a fait une étude.
Hokousaï continua de vendre un certain nombre de dessins aux Hollandais, jusqu’au jour, où il lui fut interdit de livrer aux étrangers les détails de la vie intime des Japonais.
Si vraiment il a été versé 300 rios d’or à Hokousaï, par le capitaine hollandais, Isbert Hemmel, pour les quatre makimonos sur la vie japonaise, je crois bien que c’est la seule
HOKOUSAl.
fois, où sa peinture a été richement payée, car ses dessins pour l’illustration des livres — le revenu le plus clair de l’artiste — sont misérablement rétribués par les éditeurs, et au moment, où l’artiste jouit de toute sa célébrité. Je donnerais, comme preuve, ce fragment d’une lettre, adressée en 1836, d’Ouraga, à l’éditeur Kobayashi.
Je vous envoie trois feuilles et demie des Poésies de l'époque des Tliang. Sur 42 mommés (le mommé vaut 10 sous), que j ai à toucher , retranchez un mommé et demi que je vous dois ; et veuillez remetre le reste , 40 mommés et demi au porteur de la lettre .
D’après cette lettre : ça mettrait le payement des dessins d’Hokousaï, de six à huit francs.
Et il se conserverait au Japon, des billets, où Hokousaï empruntait de misérables sommes pour le payement des choses de la vie journalière,, près des fruitiers, des marchands de poissons, et c’est ainsi que j’entendais conter à M.Bing, que parmi les documents qu’il avait réunis sur Hokousaï, il existait la demande par le peintre à un éditeur, d’un emprunt d’un riô (23 francs), le priant de lui payer ces 23 francs, dans la plus i petite monnaie possible, afin de solder ses
l’art japonais.
infimes dettes criardes, près des fournisseurs de son quartier.
Oui, ainsi que le témoigne une autre lettre, où Hokousaï se plaint de n’avoir qu’une robe, pour défendre son vieux corps de 76 ans, contre le froid d’un hiver rigoureux, l’artiste a vécu, toute sa vie, dans une misère noire, par suite des bas prix payés au Japon par les éditeurs aux artistes, et l’effet d’une indépendance d’esprit qui lui faisait accepter seulement le travail qui lui plaisait, et aussi à l’occasion des dettes qu’il eut à payer pour son fils Tominosouké et son petitfils, né de sa fille Omiyo, — du reste tirant une espèce de vanité de cette pauvreté.
En 1799, Hokousaï publie Azouma Asobi, Promenade de l’Est (Promenade de la capitale de l’Est, qui est Yédo), un volume en noir, republié en trois volumes en couleur, l’année 1802.
Des intérieurs de ville et des paysages vilainement coupés de langues de nuages rouges, couleur de soleil couchant, dissimulant tout ce j
que l’artiste ne trouve pas d’intérêt à dessiner, procédé qu’abandonna plus tard Hokousaï.
Dans le premier volume : la vue intéressante du temple sinthoïste Shimméi, avec sa sobre architecture, et le pont de Nihon-bashi, avec la foule grouillante qui l’emplit tout le jour.
Dans le second volume : une boutique de nori , la plante marine comestible, dont il se fait au Japon une grande consommation ; une maison de thé où se tient sur la porte une giiésha; une rue du quartier marchand de Sourouga-tcbô ; une boutique de poupées à Jikkendana, avant la fête des filles, avec les pyramides des caisses, le petit monde de ses vendeuses, la queue interminable des acheteurs allant jusqu’au bout de la rue; une teinturerie, à la porte de laquelle un teinturier tend ses étoffes; une tuilerie; Dhôtel dés Hollandais, Nagasakiya, devant lequel, un rassemblement de curieux regarde trois habitants de l’holel à une fenêtre; la boutique du libraire Tsoutaya, l’éditeur d’Outamaro, avec sa marque faite d’une feuille de vigne vierge, surmontée du pic de Fouzi-yama, sur une lanterne, et ses piles d’images, et ses commis en train de faire des rangements, et l’annonce de ses albums nouveaux sur les planches de bois de la devanture.
Dans le troisième volume : la cour du temple Asakousa, emplie de la presse des acheteurs et des acheteuses devant les petites boutiques de la cour; un atelier d’armurier, ou un ouvrier martèle une pièce, et où sont suspendus une selle, des étriers, des gants pour l’escrime du sabre.
Avec les livres et les sourimonos mis au jour par Hokousaï, depuis 1778 jusqu’à la fin du siècle, il est de toute nécessité de cataloguer les planches publiées séparément, par l’artiste, pendant ces vingt années.
D’abord dans ces planches publiées séparément — quoique souvent réunies en albums — ce sont vers 1778, avons-nous déjà dit, des impressions d’acteurs, ressemblant tout à fait à des Shunshô, et tirées dans des tons jaunes avec un rien de coloration rosâtre, d’une harmonie un peu triste.
Et parmi les rarissimes estampes de ces années, il y a un Kintoki entre un singe et un chien portant son coffre; un petit Japonais riant d’un pêcheur, auquel une pieuvre s’èst attachée;
des têtes caricaturales, destinées à être découpées pour l’amusement des enfants ; des promenades de Japonaises dans des campagnes désagréablement coupées par ces nuages rouges,, qui sont des imitations malheureuses des bandes de poudre dorée des anciens rouleaux. Au fond des reproductions assez grossières de dessins, que ne recommande pas encore aux éditeurs, un nom connu.
Vers 1793, une belle planche représentant le corps à corps de deux lutteurs, aux anatomies éléphantines.
Dans les années suivantes, un bateau de bonheur sur lequel l’Olympe japonais pêche à h la ligne; deux diptyques, l’un représentant une procession d’enfants, l’autre, une réunion d’enfants dessinant d’après des images; un triptyque de l’attaque du château de Kôzouké par les ronins.
Parmi ces compositions, un dessin tout à fait capital, signé Shunrô , et où s’annonce la maîfrise future de l’artiste. Un dessin, où Kintoki est représenté une main autour du cou d’un ours, un aigle sur l’épaule, et où le corps couleur de brique de l’enfant herculéen, entre le noir de l’aigle et le fauve de l'ours, fait de la coloration toute-puissante.
l’art JAPONAIS.
Une autre impression d’un grand caractère, | représentant l’impératrice Dakki, qui d’après j une légende japonaise, serait un renard à neuf queues : cette impératrice ayant le goût du sang faisant ouvrir le ventre des femmes enceintes, ? et que l’on voit à une fenêtre, regardant un enfant, qu’un bourreau tient suspendu en l’air par le collet de sa robe, prêt à lui couper la tête avec son sabre.
Une autre impression vous montre la déesse | du Soleil, née du mariage de Isanagui et de I Izanami, les premières divinités mâles et fe- j ruelles créatrices du Japon, retirée dans la grotte fermée par un immense rocher, et laissant le ciel et la terre plongés dans les ténèbres, t au moment où le dieu Tatikara aux bras ' puissants , va la tirer, charmée qu’elle est par le chant d’Ousoumé, va la tirer hors de sa ; grotte.
En 1796, Hokousaï apprend la perspective { de Shiba Kôkan, qui la tenait des Hollandais, et cette étude amène, cette année, la publication d’une suite de douze paysages, qui ont, sous le pinceau du maître japonais, comme un senti* j ment hollandais, et où Hokousaï signe son nom horizontalement, ainsi que dans l’écriture de 1 l’Europe.
HOIvOUSA l .
Do cette série qui renferme la première idée de«laVague»,M.Mauzi possède un tirage extraordinaire, qui a l’air d’une suite d’aquarelles tirée sur papier torchon.
Vers cette époque, Hokousaï publie encore une série de huit feuilles, représentant huit vues du lac Biwa, dans une teinte de grisaille violacée, où bien certainement existe une influence européenne.
Ici, il faut .énumérer les séries de Tôkaïdô, la route principale reliant Yédo à Kiôto, et qui traverse les villes servant de stations. De là le nom des 53 stations qui, ajoutant celles de Yédo et de Kiôto, forme une suite de 55 planches.
On compte cinq séries, car cette route de Tôkaïdô a été un des sujets préférés par le pinceau d’Hokousaï, qui, d’après Hayashi, en aurait dessiné quatre, avant 1800.
Une première série est du format in-4, en largeur avec un médaillon :
De petits croquetons spirituels.
Une deuxième série également du format in-4 en largeur, tirée sur le papier des sourimonos, et où, comme ton, domine le bistre.
Une jolie impression : un enfant faisant du trapèze à la branche d’une ancre.
l’art japonais.
Une troisième série d’un petit format carré, et où Yédo et Iviôto font des diptyques.
Coloriage d’une publication à bon marché.
Une quatrième série in-12 en hauteur. De beaux dessins anatomiques.
Une cinquième série de format in-12, tirée *en sourimono, et qui a paru seulement en 1801.
Dans cette série il y a sept planches en format double, et en largeur. Série d’une grande finesse dans le trait et d’une remarquable dou- ] eeur de couleur.
Deux planches charmantes : une femme se 1 eoiffant accroupie à terre, et tenant d’une main ; derrière elle sa natte, quelle peigne de l’autre, |! tout en se regardant dans un miroir; et une 1 femme faisant du filet, qui se retourne dans sa i marche vers un petit enfant se traînant derrière elle, attaché par une corde à sa robe.
Il y a encore des séries de paysages.
La série des six Tamagawa, série de six paysages d’un faire un peu brutal.
Une seconde série des six Tamagawa, avec le médaillon.
Une série des trois Soirées, série de trois j petits paysages, animés par des promenades de | femmes.
Une grande vue panoramique des deux rives
de la Soumida (11. 25, L. 65), aux maisons et aux arbres minuscules, commençant à la fin d'un pont qui réunit les deux rives, et où se voit dans le haut du ciel un imperceptible cerf-volant.
Et sans doute il existe d’autres, bien d’autres de ces feuilles de paysages séparées, que peutêtre la publicité donnée au nom d’Hokousaï, fera retrouver au Japon ou ailleurs. Pour ma part, je possède seize de ces paysages en largeur, réunis en un album, qui porte sur la couverture, le titre écrit à la main : Tôto Meisho shu , Collection DES ENDROITS CÉLÈBRES DE YÉDO, ILLUSTRÉS
par des poésies : seize feuilles au tirage le plus rapproché des sourimonos, et qui ont dû être publiés à la fin du dernier siècle, ou au commencement de celui-ci.
1. Le coucher du soleil sur la mer à l’embouchure de la Soumida.
2. Dans la campagne, un grand cercle en paille entre deux bambous, un cercle sacré, où un prêtre fait passer les enfants, d’après la croyance que ce passage évite aux enfants les épidémies.
3. Un coup de vent forçant deux femmes à ramener sur elles leurs robes, enroulées dans un enveloppement plein de grâce.