CHAPITRE XXi
lioac Newton. Il adopte et consolide la théorie de Kopemik. L'attraction, ses propriétés. Les savants ne voulaient pas l'étudier, les autres l'ont méprisée et Font insultée.Grand mérite deVol taire et de Mad. du Chatelet.Principes mathématiques de la philosophie naturelle. Sentiment religieux de Newton. Témoignage de Voltaire. Newton donne l'explication à Faide de Tanalogie des quelques passages de l'Écriture. L'apocalypse de Saint-Jean. Prophéties de Daniel. 283, 285, 287
CHAPITRB XXll.
G>up d'œil sur le xviu siècle. Philosophie basée sur le doute. Le cartésianisme. Opinion de Voltaire et de Delambre. Tendance de notre époque. Efforts des novateurs modernes. Hoene Wronski. La nouvelle Jérusalem. Mission du cathoHcisme. Saint-Simon. Charles Fourier. U est injuste pour ses devanciers. 11 entre dans la voie tracée par Kopernik, Kepler et Newton. Ses idées sur Dieu. Attraction. Analogie. Citation. Conclusion. 290, 292, 294, 296, 300,
Notes. Liste des souscripteurs. 308, 310
IWTBODUCTIOll.
Le dix-huitième siècle s'est signalé par une lutte acharnée, que la raison humaine avait déclaré à la foi, la philosophie à la religion, le droit de Thomme au droit divin. L'Europe tout entière offrait à nos regards, le pénible tableau d'un camp ensanglanté où ces principes opposés se disputaient une triste victoire. La génération actuelle, nous apparaît sous des auspices moins afBigeants. Les adversaires fatigués par les combats, épuisés par les guerres et les révolutions, se reposent sur les ruines, cessent de se menacer réciproquement, s'observent avec défiance, mais tendent visiblement â un rapprochement salutaire.
Aujourd'hui, la religion ne condamne pas les recherches scientifiques, ne rejette pas les convictions approfondies par l'examen et l'analyse. La philosophie à son tour s'incline devant l'Être-Suprême, commence à ad-
^ KOPRRNIK.
mirer ses lois et appelle la science à Tappui de la foi.
Si quelquefois les cris de guerre s'élèvent des camps désarmés, ils sont impuissants, ils ne passionnent pas les masses, ils ne trouvent qu'un faible écho dans quelques contrées isolées, ils ressemblent aux sourds bourdonnements du tonnerre, qui s'éloigne lorsque Forage est passé.
Dans le siècle précèdent, on ne rougissait pas de nier l'existence de TEtre-Suprème. On divinisait la raison humaine, et on Tacceplait pour base et pivot de toutes les lois, de tous les codes , de toutes les chartes. L'homme, aveuglé dans son orgueil, s'arrogeait sur la création le pouvoir législatif. Il n'en est pas de môme aujourd'hui. Les plus profonds penseurs de notre époque reconnaissent que la souveraineté législative est l'attribut essentiel de la divinité. Dieu, sage et prévoyant, en créant l'univers devait avoir une pensée , un plan établi, un but déterminé; sans doute, tout être créé recevait une tâche à accomplir, chaque effet avait sa cause et sa destinée; on ne peut pas le nier sans nier l'existence de l'Être Suprême, à moins de refuser au Créateur ce jugement et ce discernement qu'on trouve dans tout homme raisonnable. Si un architecte veut bâtir un édifice, il en prépare les plans, fait les devis et réunit les matériaux nécessaires dont chacun a sa destination. Comment présumer que le grand architecte de l'univers pouvait agir au hasard, sans prévoyance, sans plan, sans conscience du but qu'il se proposait d'attaiadre?
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Non, cela n'est pas admissible. L'observation est venae i Tappui de cette Térité. On voit que tous les êtres créés, depuis Tinsecte le plus chétif jusqu'à Tastre le plus brillant, obéissent à des lois établies, éternelles et immuables.
Plus d'une école philosophique désigne aujourd'hui à rintelligence humaine sa mission véritable. Elle ne doit pas créer de systèmes arbitraires, proclamer des codes sans b&se certûne, fiiire des lois qui n'ont d'autres fondements que le bon plaisir de l'homme. Le pouvoir législatif n'est pas de sa compétence, de son ressort. La raison humaine doit étudier l'homme et la nature, en observer les effets et en chercher les causes, pour découvrir la pensée, la volonté, le plan et les lois du Créah teur. L'investigation et l'interprétation, voilà sa tâche essentielle. C'est un champ immense pour les recherches humaines. Il nous dévoile, dans la création variée à l'in* fini, un ensemble majestueux, une unité parfaite, une harmonie admirable. En étudiant, et en examinant le mécanisme du monde, on aperçoit une sage économie qui préside à l'emploi des ressorts, et une parfaite justice dans la distribution des destinées. Cette nouvelle route imprimée à la raison nous conduit à la connaissance de Dieu et de ses lois, elle relève notre esprit et nous rend religieux en même temps.
Dans ces derniers temps, un homme supérieur, connu plutôt par l'originalité et la hardiesse de ses conceptions que parle mérite de ses recherches, proclama la môme
vérité. Je veux parler de Charles Fourier, dont les investigations sur les attributsessentielsdeDieuet sur la mission de la raison humaine méritent la plus profonde attention.
« Si Dieu est seul maître de l'univers, dit-il, seul créateur et distributeur, c'est à lui de diriger toutes les parties de l'univers, entre autres, la plus noble, celle des relations sociales.
En conséquence, la législation des sociétés humaines doit être ouvrage de Dieu et non des hommes, et pour diriger nos sociétés au bien, il faut chercher le code social que Dieu a composé pour elles, (i) »
Fourier a donc la plus intime conviction que Dieu en créant Punivers agissait d'après un plan déterminé d'avance, et que par conséquent une unité parfaite doit régner dans toute la création. Il en tire cette inévitable conséquence que le même principe d'amour et d'attraction qui se manifeste dans l'harmonie sidérale, doit un jour présider aux relations du genre humain. Il recommande donc l'étude de l'attraction, baguette magique dont se sert le Créateur pour gouverner l'univers soumis à ses lois.
Ces paroles de Fourier trouvèrent un écho dans mon âme. Je m'arrêtai avec un charme infini sur ses spéculations religieuses, sur les attributs essentiels de Dieu, sur les lois éternelles du mouvement, sur l'harmonie
(I) Le Nouveau Monde industriel.
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universelle qui nous conduit à la découverte de nos destinées. Comme cette harmonie universelle est basée sur Vharmonie sidérale, je résolus de compléter me^ études» je voulus descendre à la source, je parcourus les travaux de Kepler, de Galilée, de Leibnitz, de Newton, et j'arrivai à Kopemik, le premier des hommes auquel le Créateur révéla ses secrets, le plan de la création, la pensée qui préside au mécanisme de Tunivers.
Il m'est impossible de donner une idée exacte de mon bonheur après avoir approfondi la vie et les travaux de cet homme incomparable, aussi hardi penseur que catholique pieux. Quand tout le monde s'incline devant le génie de Kopernik, quand chacun rend hommage à la justesse de son système, à la précision de ses calculs, quand les poètes divinisent sa raison, moi je me prosterne devant sa piété. Non, non, ce ne fut pas un hasard, un coup de fortune, un heureux élan d'esprit qui conduisit Kopernik à la découverte la plus précieuse. Il faut l'attribuer à sa confiance dans la sagesse de Dieu. Kopernik ne s'arrogeait pas la puissance législative, il n'a pas créé un système, il observait, il cherchait une combinaison digne de la prévoyance divine, et après trente ans de recherches laborieuses, il trouva le système du Créateur.
PendantquatorzesièclesrécoledePtolomée,s'appuyant sur des suppositions erronées, égarait les recherches des malhématiciens et des philosophes. Dans le mécanisme du monde sidéral, on remarquait une anarchie, un dés-
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ordre, un manque de plan et d'ensemble. C'était une oohue bohue qui faisait pitié. C'est ce qui fit dire à Al*pboDse> roi de Castille : «Si Dieu m'ayait demandé conseil sur l'œuvre de la création, j'aurais préparé un plan plus simple et plus raisonnable. »
Kopernik prit ces paroles pour un blasphème. Au lieu d*accuser le Créateur d'ineptie, il préféra condamner les recherches humaines. Il était convaincu que Dieu ne pouvait pas produire une œuvre discordante et monstrueuse. Cette conviction pieuse anima son courage, présida à ses recherches et après de pénibles efforts lui permit de voir dans les ténèbres, de rectifier les erreurs^ de découvrir l'ensemble, l'unité, l'ordre et la plus parfaite harmonie dans le plan du grand architecte de l'univers. Découverte précieuse, parce qu'elle nous dévoile la pensf^^ divine, parce qu'elle a mis sur la voie Kepler, Galilée, Leibnitz et Nev^rton, elle a inspiré Fourier, elle nous fera découvrir un jour le code du Créateur.
En examinant Tancien système ^ Kopernik s'étonne que les mathématiciens et les philosophes n'aient pu donner aucune forme harmonieuse au mécanisme de l'univers et que toutes ses parties manquent d'ensemble et de symétrie, a On peut, dit-il, comparer leur ouvrage à celui qui aurait ramassé, de différents endroits, les mains, les pieds, la tète et d'autres parties du corps qui n'ont aucun rapport les unes avec les autres, de sorte qu'il en composerait plutôt un monstre hideux qu'une créature humaine. » Voilà les traits sous lesquels ap«
paraissait & Kopernik l'édifice de l'astronomie ancienne, « Aussi, poursuit-il, dans Texplication du mouvement sidéral, tantôt ils omettaient arbitrairement des principes indispensables, tantôt ils inventaient des règles arbitraires qui n'avaient aucun rapport avec l'ensemble du mécanisme du monde, ce qui ne leur serait pas arrivé, s'ils avaient appuyé leurs recherches sur une base solide et certaine. Si leurs hypothèses ne s'étaient pas fondées sur des faits erronés, toutes les conséquences qu'ils en tirant porteraient le cachet de la vérité. En examinant cette monstruosité dans Le jQoécanisme sidèrrai et ce manque de précision dans les recherches des mathénoaticiensi mon âme souffrait de ce qu'on n'avait pas trouvé la raison certaine du mouvement sidéralqui, d'après notre avis» a été créé pajr le plus sage et le plus parfait des ouvriers, (i) »
VoiiÂIe vrai moiifde toutes les recherches de Kopernik, de son courage et de sa persévérance. Le mécanisme du monde, tel qu'il a été expliqué par les anciens» il. ne l'a pas trouvé digne de là sagesse divine, 9msi Vari4l r^eté et, plein de foi, il chercha une combinaison qui fût en laarmonie avec la perfection, attribut essentiel de l'Étre-Suprême.
- fiix-bu^ siècles se sont déjà écoulés depuis que iésttShCbrist a ])râdit plein succès à toute investigation piease : « C^imih&i, et vous trouverez... il n'y a rien de
(\) De Revolulionibus orbium cœlestium.
caché qui ne puisse être découvert, ni rien de secret qui ne vienne à être connu. StLuc. H, 9, XII, 2. » Jamais ces paroles prophétiques n'ont été confirmées avec plus d'éclat. Kopernik, savant laborieux et en même temps chrétien pieux, chercha avec confiance et Dieu lui permit de trouver Tharmonie sidérale.
Lorsque l'ancienne école, suivant l'exemple de Ptolomée, plaçait la terre au centre de l'univers, faisait tourner autour de notre petite et sombre globule toutes les étoiles et toutes les planètes, l'ensemble des corps célestes avec des milliers de mondes que l'imagination de l'homme ne peut embrasser, Kopernik donne la première place au soleil, un million de fois plus grand que la terre. Ce foyer de chaleur et de lumières, il le place au centre en le faisant respecter par les planètes d'une dimension plus petite et d'une clarté moins brillante. A l'instant l'œuvre harmonieuse de Dieu apparaît dans toute sa splendeur. Les planètes obéissant à des lois établies, roulent autour de ce foyer de lumières avec des satellites moins considérables qui, à leur tour, circulent autour d'elles. Ce n'est pas une marche vagabonde sans principes et sans but. Dans le mouvement sidéral, tout est calculé avec une précision mathématique. Le temps, l'espace, le nombre, la dimension concourent à Créer une parfaite unité dans -une immense variété et une céleste harmonie dans l'ensemble du mécanisme sidéral. L'œuvre est digne de son auguste Créateur.
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. «Sur la position la plus élevée, dit Kopernik , se trouve la sphère des étoiles fixes, sphère immobile qui embrasse l'ensemble de Tunivers. Parmi les planètes mobiles, la première est Saturne, qui a besoin de trente ans pour faire sa révolution. Après elle , Jupiter aocomplit son chemin dans Tespace de douze ans, suit Marsy qui a besoin de deux ans. Dans la quatrième ligne se trouvent la Terre et IsiLune qui, dans Tespace d'une année, arrivent au point de leur départ. La cinquième place est occupée par Vénus, qui a besoin de neuf mois pour faire sa route. Mercure occupe la sixième ligne; il a seulement besoin de quatre-vingts jours pour traverser son orbite. Au milieu de tous réside le Soleil Quel est rhomme qui, dans ce temple majestueux, pourrait choisir une autre et meilleure place pour cette lampe brillante qui illumine toutes les planètes avec leurs satellites. Ce n'est pas sans raison qu'on nomme le soleil la lanterne du monde, l'âme et la pensée de l'univers. En le plaçant au centre des planètes, comme sur un trône royal, on lui laisse le gouvernement de la grande famille des corps célestes. Ita profecto tanquam in solio regali sol residens drcum cigentem gubemat astrorum formiltatu.!» Dans cette disposition des corps célestes, en plaçant le soleil au centre, en faisant tourner autour de cet astre brillant la terre et les planètes avec leurs satellites, nous trouvons dans le mécanisme du monde une admirable symétrie et un lien harmonieux du mouvement en rapport avec la dimension des corps célestes,
iO KOPERNIK
ce qu'il est impossible de rencontrer dans toute autre combinaison (i).
Enfin Kopemik après avoir vérifié par le calcul et Tobservation la justesse de cette hypothèse, ne dit pas, tel est mon système, ils'éorie : «Voilà l'œuvre divine du plus grand et du plus parfait artisan. Tcmta wimirum est divinahœo optimi^ maœimi^ fabrica.rt
Aujourd'hui que trois siècles de découvertes nouvelles ont apporté des preuves irrécusables pour confirmer les vérités proclamées par Kopernik, il n'y a rien qui nous frappe dans cette simple et facile explication du mécanisme du monde. Mais en nous transportant par la pensée à l'époque de cette révélation scientifique, au moment où les hommes de la science aussi bien que les hommes du peuple croyaient au mouvement du soleil et à l'immobilité de la terre, nous devons admirer la persévérance c^i grand astronome qui avait à lutter contre les doctrjines erronées, contre les idées reçues et contre les apparences qui font croire au mouvement des étoiles qui restent en repos, et au repos de notre globe qui roule éternellement. La calomnie et le ridicule s'attachaient à la personne de Kopernik. Les fanatiques superstitieux l'accusaient d'impiété et d'hérésie. La masse le prenait pour un visionnaire, pour un fou. Les histrions amusaient la foule en tournant en ridicule le révélateur qui annonçait le mouvement de notre planète.
De quelle manière sublime l'homme religieux sup-
(1) 0e HévPtuHoMbUi.
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porta Toutrage du siècle qui ne le comprenait pas? Pour en imposer aux calomniateurs, il dédia son ouvrage au souverain pontife, au pape Paul III, comme au plus éminent protecteur des arts et des sciences, espérant que Tautorité du chef de Téglise lui servirait de bouclier contre les mordantes persécutions de ses détraoteurs injustes, a Ut facile tua autoritate et judicio in calomniandium morsus reprimere possis etsi in proverbio sit non esse remedium adversus syphocanta morsum. 9 Sijeneme trompe pas, ajoute Kopernik, je pense que mes travaux ne seront pas sans quelque utilité pour VÉglise.» En écrivant ces paroles il ne se doutait pas que quelques années plus tard on prendrait sa révélation nonnseulement pour une sottise, mais comme s'exprime rarchevèque de Pise, pour une opinion périUeme, seanddhtiêe, téméraire, hérétique et e<m-traire à VÉcritwre. Le jésuite Maurolyc ne craignit pas de dire, que Kopejf%ik méritait d'être fustigé plutôt que repris plus sévèrement. Le jugement du célèbre frère Paolo fut bien plus religieux et plus conforme à la vérité. En apprenant la persécution de Galilée, coupable d'avoirprisla défense de Kopernik: «L'hypothèse kopeiv* nicienne, dit-il, loin d'être contraire àla parole de Dieu, révélée dans tosSaintes^-Écritures, rend plutôt honneur à la toute puissance et à la sagesse infinie du Créateur. » Du jugement de sescontemporains Kopernik en appella à celui de la postérité, et au sarcasme de la foule, il répondit par une vie chrétienne remplie d'actions cha*