‹ Kopernik et ses travauxChapitre 23 sur 35 · kOPEILxMK · texte numérisé non relu

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ritâbles. Dans sa jeunesse il étudia la médecine et se distingua dans cette science. Il s'en servit pour venir au secours des pauvres; il préparait lui-même les médicaments et soulageait les malheureux qui avaient recours à ses conseils. Bientôt son nom fut béni. La renommée aux cent voix répandait partout son talent. Les pauvres le prenaient pour leur Providence. L'estime et la reconnaissance qu'on lui portait furent si grandes que les histrions, jadis applaudis pour s'être permis d'infâmes quolibets contre l'astronome, étaient forcés de se retirer, au milieu des huées et du mépris de la foule, tant on avait égard aux vertus de Thomme charitable.

Quelques écrivains, voyant que Kopernik mettait son œuvre sous le patronage du souverain pontife croyaient que l'astronome polonais le faisait plutôt par calcul que par un véritable respect pour le chef de l'Église. Il n'en est rien. Toute la vie de Kopernik est en parfaite harmonie avec sa croyance religieuse. Il embrassa à Cracovie l'état ecclésiastique par vocation , il en remplit tous les devoirs avec une exactitude exemplaire. Aux derniers moments de sa carrière terrestre , quand ses amis lui remirent le premier exemplaire de son ouvrage imprimé , il le prit dans ses mains , il le contempla un moment, mais bientôt, recevant le saint sacrement, il ne s'ocupa que du juge suprême, devant lequel il allait paraître. « Operis exemplum ad se destinatum, sibique oblatum et viderit quidem et contingerit : sederantjam tum alise ipsi

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cur8e,x>(i)(!( Il s'éteignit, dit M. Arago, en tenant dans ses mains défaillantes te premier exemplaire de Touvrage qui dvait répandre sur la Pologne une gloire si éclatante et si pure. Gassendiajoute : Ilestmortcommeilavécu.cÂtque hujusmodi quidem vita, hujus modimorsKopernici fuit. »

La congrégation qui a condamné Galilée et Touvrage de Kopemik n'a examiné ni sa vie, ni ses sentiments. Elle a rejeté l'œuvre qui devait servir l'Église. Ce jugement qui, d'après le Jésuite Riccioli, adversaire de Kopemik, n'a pas été confirmé ni par le pape, ni par le concile, fut annulé par Benoit XIV. L'Église rendra un jour pleine justice à la mémoire d'un homme pieux dont les recherches tendent à découvrir cette harmonie et cettetim^^ quetousles philosopheset tous les hommes religieux cherchent également et qu'il a résumées dans sa vie etdans ses travaux. «La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, deviendra la principale pierre de l'angle qui soutient tout l'édifice. »

Ce que je viens de dire jusqu'à ce moment suffit, je le pense, pour expliquer les motifs qui m'ont poussé à étudier les travaux et la vie de Nicolas Kopemik. Le sentiment religieux qui présidait à ses recherches et à ses actions n'a pas attiré l'attention de ses historiens et de ses biographes. Pas un n'a cherché sous ce rapport l'influence qu'il a produit sur les grands hommes qui l'ont suivi. Pas un n'a sondé jusqu'à quel point l'har-

(1) Gassendi.

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monie sidérale, découverte par lui, doit influer sur Tavenirdes sociétés humaines. Aussi si j'ai consacré une partie de ma vie à étudier les sentiments et les recherches de Kopernik, ce n'est pas comme savant antiquaire» comme laborieux scrutateur du passé, mais plutôt comme un ouvrier modeste qui veut apporter une petite pierre au grand édifice de l'avenir. Je rends grâce à la Providence puisqu'elle m'a permis de trouver des documents qui ont échappé aux recherches des savants, et de lire dans les œuvres de Kopernik des vérités qu'ils n'ont pas senties et qu'ils n'ont pas appréciées.

Si dans les travaux de Kopernik, dans les détails surtout, on trouve quelques erreurs qui n'ôtent rie» au mérite de sa grande découverte, il faut se rappeler qu'au milieu du quinzième siècle, c'est-à-dire au moment où Kopernik poursuivait ses recherches, les principes de mécanique et de physique générale étaient dans l'enfance. Le télescope n'était pas inventé, les horloges à pendules étaient inconnues. C'est avec un instrument composé de trois morceaux de bois que Dieu permit à un enfant de la Pologne de pénétrer les mystères de la création, d'interpréter le mouvement céleste et d'ouvrir une nouvelle roule aux recherches de la race humaine. Encore ces légères erreurs de Kopernik furent rachetées par la révélation des grandes vérités qui nous donnèrent la première idée de Yinfmi, des loU d'attrao^ îion eiieYanalogie.

Le monde avait ses limites. La nouvelle interpré-

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tationdeKopernik ^élargit Tespace. Notre soleil, avec ses planètes et leurs satellites, n'est qa*un point dans rimmensité de la création. D'autres soleils doivent régner sur d'autres tourbillons. Dieu tout-puissant étend ses lois éternelles sur l'espace sans limites, son pouvoir se prolonge à VwfifU.

Il Mait encore prévoir et répondre à une objection que les adversfiùresde Kopernik n'auraient pas manqué de produire. Il feliait expliquer pourquoi les corps placés sur la surfoce de la terre ne se ressentaient pas de son mouvement. Kopernik met en avant la propriété de la pesanteur et en dit assez pour réveiller le génie de K€ipler, pour inspirer les lois d'attraction de Newton.

t La pesanteur, dit-il, est une tendance que la divine Providence a imprimée à toutes les parties de la matière, pour que chacune d'elles puisse former une unité et un tout, en prenantune forme sphérique. Cette force afifective n'est point particulière à la terre, elle est "aussi l'attribut du soleil, de la lune et de toutes les planètes. « Equidem existimo, gravitatem non aliud esse quam appeiem^m quandam naturalem partibus inditam a divinaProvidentiaopiQoisuniversorum, ut in onitatem integritatemque suam sese conférant in formam globi coëuntes. Quaaad affectionem credibile est etiam soli, lunœ, caeteribuserrantiumfulgoribus inesse ut ejus ^IScaoia in ea qua se représentant rotunditate permaneant(l). » La révélation de cette force attractive, corn-

(1) De revolutionibus.

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mune à tous les corps célestes qui influent sur leur conservation et leur forme, ouvrit à Newton un champ de recherches qui lui valut Timmortalité.

Enfin du moment où Kopemik a xlécouvert Tunité dans le mécanisme du monde céleste, il était facile d'induire de la ressemblance des causes la ressemblance des effets et de l'uniformité des effets Fidentité des causes. La forme, le mouvement, les propriétés qu'on trouvait dans une planète, dans un satellite, on les cherchait, on les vérifiait dans d'autres. Le nombre, la vitesse et les distances obéissaient à des lois déterminées. Si l'œil n'apercevait pas des corps célestes là où, d'après les calculs, ils devraient se trouver, on n'accusait pas le Créateur d'une erreur, on soupçonnait l'insuflisance do la vue humaine, on espérait que plus tard les progrès des arts et la découverte de nouveaux instruments nous feraient voir ce qui doit exister, mais ce que nous ne voyons pas. Cette voie de l'analogie, frayée par Kopernik, a ouvert le chemin aux plus vastes découvertes des siècles suivants.

A peine soixante ans se sont-ils écoulés que Galilée découvre ou plutôt perfectionne le télescope et l'applique à l'observation du monde sidéral. Ce que Kopernik prévoyait par l'analogie, Galilée l'observe, le trouve et le vérifie. Il aperçoit que Jupiter a ses satellites qui, en tournant autour de lui, obéissent à la loi commune. Vénus a ses phases comme d'autres planètes. Cette découverte est conforme à la prévoyance de l'astronome

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polonais* et Galilée, en admiration pour son maître s'éorie : « 0, Nicolas Kopernik I qaelle eût été ta satisfaction s'il t*eût été donné de jouir de ces nouvelles expériences qui confirment si pleinement tes idées!

Mais Yunité, Vattraction, Vanalogte et toutes les conséquences qu'on a tirées de ces trois principes, seraient bien limitées si on les appliquait seulement au mouvement matériel des corps célestes. Pourquoi ne pas étendre la prévoyance divine observée dans le monde matériel au monde organique, à la vie, aux relations, à la destinée des sociétés humaines? Kopernik nous en a donné Texemple. Délégué par le collège des chanoines à une assemblée politique où Ton se plaignait des nombreux abus qui résultaient de i^inégalité de la valeur des différentes monnaies qui circulaient alors, il élabora un système de monnaie unitaire pour toutes les provinces soumises au gouvernement du Roi dePologne.

D'après ce système l'anarchie de la circulation disparaissait. Le môme principe d'unité qu'il trouva dans le monde sidéral, il voulait le faire adopter dans le système monétaire de sa patrie. « Ut Polonia, Prussia, Lithuania, cœterœque régi subditse provincise tantidem œstimarent, parive pretio seu valore haberent omnem seu cudendam, seu cusam pecuniam : Intérim canonem confacit sive abacum computandis omnibus monetarum generibus per omnes regni provincias elocabilibus, iisque reducendis in eundetncommunemque valorem, (4)»

(1) Gassendi. Mémoires de Varsovie,

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Le conseil que Kopernik donnait à sa patrie, les nations les plus éclairées Tont adopté. Pourquoi ne pas prévoir que le môme principe d'unité de la circulation qui règne dans certains pays régnera un jour dans FEurope, dans le monde tout entier? Pourquoi enfin ne pas étendre le principe d'unité d'attraction et d'analogie à toutes les recherches de la raison humaine? L'Évangile nous enseigne que Dieu a compté les cheveux de nos tètes. Si cette prévoyance illimitée a désigné avec une précision mathématique la place, le mouvement, le nombre aux corps célestes, pourquoi laisserait-elle au hasard le sort des êtres animés. Si Dieu, pour gouverner et faire rouler harmoniquement des milliards de mondes, ne se sert d'autre moteur que de l'amour et de l'attraction, pourquoi se servirait-il d'un autre principe pour la gestion des corps organiques, des relations sociales? enfin pourquoi ne pas étendre l'unité, l'attraction et l'analogie sidérale, en unité, en attraction et en analogie universelles ? Leibnitz entrait dans cette voie quand il préparait un gouvernement terrestre, analogue au règne céleste. Kepler trouvait d'autres nombreuses analogies. Voltaire pressentait un lien secret entre différentes lois de la nature. Fourier osa élargir le problème et l'étendre à des limites qui surprennent l'imagination. Il a trouvé des disciples passionnés et une foule de détracteurs, il n'a pas encore rencontré de juges. L'élude de la vie et des travaux de Kopernik nous aidera, je l'espère, à apprécier quelles sont les vérités prou-

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vées et quelles sont celles qui attendent encore la consécration du temps et des nouvelles recherches.

Si la Pologne s'honore d'être la patrie de Kopernik, si elle lui a ouvert TUniversité de Cracovie, s'il trouva dans sa terre natale les moyens de poursuivre ses scientifiques et pieuses recherches, il ne lui en reste pas moins un grand devoir à accomplir. Il faut que la Pologne, ou plutôt les hommes d'élite qui s'y livrent à l'étude et aux recherches scientifiques, poursuivent le chemin que Kopernik leur a tracé. Dans le labyrinthe du monde sidéral, il a trouvé le fil, il faut explorer en entier ce vaste temple de la création, il faut compléter l'édifice dont il a posé la première pierre, il faut prouver que Dieu a été aussi prévoyant dans tout ce qu'il a créé, qu'il l'était dans la direction du mouvement matériel du monde sidéral. Kopernik domine toute sa patrie. Sa foi et sa science ont jeté une lumière bienfaisante sur le globe , sur les générations futures. Il ne suffit pas de l'honorer par des hymnes et des monuments il faut lui prouver notre admiration par des travaux dignes de sa piété et de sa sagesse.

Je rends grâce à Dieu qu'il m'ait permis de consacrer mes veilles à l'étude sur Kopernik. Aucune vie ne résume mieux l'alliance de la religion et de la science. C'est dans cette union que résident Vmité et le nœud gordien de l'avenir.

Le plus humble ouvrier est heureux lorsqu'il travaille à une œuvre d'une telle importance.

2 août i845. JEAN CZYNSKI.

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