‹ Kopernik et ses travauxChapitre 24 sur 35 · VIE DE KOPERNIK; S PREMIER · texte numérisé non relu

VIE DE KOPERNIK; S PREMIER

Les hommes supérieurs qui par leur génie s'élèvent au-dessus de leurs contemporains traversent une carrière pénible, mènent une vie remplie d'amertume, bienheureux encore s'ils ne tombent pas victimes de leurs révélations, de leurs convictions. Hais à peine la tombe couvre-t-elle leurs restes mortels que la justice commence à se faire jour. Souvent ceux même qui les combattaient exaltent leurs mérites et leur rendent un tardif hommage. L'histoire de la vie deKopernik nous en offre un nouvel exemple. Tant qu'il vécut il ne trouva que quelques disciples de mérite, que quelques amis dévoués. Mais à peine a-t-il terminé sa carrière terrestre, que sa découverte se propage et excite une admiration générale. La persécution de ceux qui avaient adopté son système contribue à répandre ses travaux et à cou-

solider sa gloire. L'ordre teutonique, le même qui a posé les premières bases de la monarchie prussienne, inquiète Kopernik dans sa modeste retraite. L'astronome polonais fut forcé, aidé par le roi de Pologne, de leur disputer son pain quotidien ; ce fut encore sur leurs insinuations que les histrions tâchèrent de tourner en ridicule Thomme qui osa annoncer le mouvement de notre planète. Mais lorsqu'avec le temps la science en eût apporté des preuves irrécusables, on se disputa Torigine d'un homme qui honore le pays qui le vit naître. Ce fut alors que les descendants de Tordre teutonique essayèrent de ravir à la Pologne son plus illustre enfant et voulurent faire passer Kopernik pour leur compatriote, pour un Allemand.

Deux circonstances contribuèrent à propager cette erreur. D'abord les biographes de Kopernik ne connaissaient pas l'origine slave des provinces prussiennes qui faisaient partie ^intégrale de l'ancienne Pologne. Ensuite, les écrivains polonais imbus des préjugés aristocratiques tâchaient de trouver â Kopernik des ancêtres illustres, et s'ils découvraient son origine obscure et modeste ils préféraient garder le silence que de citer des faits et des preuves qui auraient pu faire connaître la vérité dans toute son évidence. Nous ne commettrons pas une telle faute, bien heureux de pouvoir montrer que la Providence distribue les germes du génie parmi les hommes de toutes les^conditions et qu'il ne fallait qu'une sage et bienveillante protection pour qu'un

homme supérieur sortit du sein de la bourgeoisie.

Au milieu du quatorzième siècle le trône de Pologne était occupé par un Prince supérieur. Casimir, que Thistoire ajustement surnommé le Grand, prit sous sa royale protection le sort des malheureux paysans, en même temps il releva la bourgeoisie, bâtit cent villes nouvelles, dota le pays d'un code, posa les premiers fonder ments de l'université de Cracovie et rendit la Pologne libre, riche et puissante. Il n'est pas étonnant que son règne glorieux excita l'admiration parmi les nations voisines. La Lithuanie voulait être gouvernée par les successeurs de Casimir. Bientôt l'union de la reine de Pologne avec Jagellon, prince héréditaire de la Lithua^ nie, réunit sous le même sceptre et sous les mêmes lois deux nations d'origine slave. Un demi-siècle plus tard les provinces prussiennes, pillées, dévastées par les chevaliers teutoniques, que les Allemands eux-mêmes, à cause dé leurs cruautés, appelaient kreutziger, ce qui veut dire bourreaux crucifiants, tendirent la main à la Pologne. Ils envoyèrent une dèputation à Casimir Jagellon, en lui demandant de réunir sous son sceptre la Prusse avec ses cinquante-six villes. Le 29 avril i4M, les députés de la noblesse, les délégués des villes et du clergé se réunirent dans la ville de Thorn, et prêtèrent serment d'obéissance et de fidélité au roi de Pologne. Cet acte par lequel les provinces prussiennes retbumèrent sous le gouvernement des princes polonais a été déposé dans les archives de Cracovie et se trouvt dsns

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la collection des lois sous le nom Je : Litterœ incorporationisrecuperatœacruciferis et ad corpus regni sponte reduentisPrussisB. (L'acte d'incorporation des provinces prussiennes au royaumede Pologne reprises à Tordre teutonique) (i). Les écrivains allemands, Schutz et Wernicke (2), ontconservé les termes du serment prêté par les représentants de tous les corps de l'État réunis. « Je jure librement de reconnaître le prince Casimir, roi de Pologne, ainsi que ses héritiers, pour maître et souverain des terres prussiennes et de ne jamais contracter ni alliance, ni union avec l'ordre teutonique, de ne lui donner aucune aide et de rester toujours fidèle au roi de Pologne et à ses successeurs, je jure de le servir par des actes et par des conseils, j'en prends pour témoin Dieu et ses saints. » Ces provinces, de nouveau réunies à la Pologne, portaient le nom de Prusse royale, ou de Prusse polonaise, pour les distinguer d'une petite portion de territoire que possédait, sous le nom de Prusse Ducale, le grand maître de Tordre teutonique, tributaire des rois de Pologne. Depuis cette époque la Pologne, la Lithuanie et la Prusse ne firent qu'une seule nation, gouvernée par les mêmes monarques. Cracovie, Dantzig, Thorn, Varsovie, Wilna jouissaient de grands privilèges, échangeaient leurs produits, s'enrichissaient et contribuaient à la défense de la patrie commune. Cet état de glorieuse prospérité dura sous les Jagellons.

()) Volumina legum, vol. I.

(5) GesMchte Thoms, JuljusEmU Wernicke. T. I, p. 209.

C'est sous leur règne que la famille de Kopeniik s'établit en Pologne, c'est sous leurs auspices que le grand astronome poursuivit ses études et élabora ses travaux immortels.

Son grand père, Nicolas Kopernik, était né en Bohème. La prospérité dont jouissaient les habitants des villes en Pologne, l'engagea à abandonner sa terre natale et à s'établir dans un pays où l'on respectait les croyances religieuses, les propriétés et les droits des habitants. Jouissant d'une certaine aisance, il arriva à Cracovie et se fit inscrire dans le livre de la bourgeoisie. Nous trouvons son nom dans les registres intitulés : Acta comularia Cracovensiay sous le règne de Ladislas Jagellon, en 1596. Le citoyen Dambrowa lui servit de témoin et garantit son origine de Bohème.

La promptitude avec laquelle l'industrie et le commerce enrichissaient les bourgeois probes et laborieux , la facilité d'étude qu'offraient les écoles et l'université de Cracovie décidèrent Taïeul de Kopernik à se fixer à jamais au sein d'une nation dont les villes avaient leurs lois, leurs tribunaux, leurs conseils municipaux et de nombreux privilèges. Il acheta une propriété à Cracovie, étendant ses relations commerciales avec d'autres villes polonaises, surtout avec Thorn. Ses enfants furent élevés à Cracovie, aimèrent leur nouvelle patrie, surent conquérir l'estime de leurs compatriotes ; admis dans différentes corporations, ils furent appelés à exercer des fonctions honorifiques qu'on n'accordait qu'aux

bourgeois notables. Un de ses enfants choisit pour état l'exploitation de la boulangerie. Polonais par naissance, par éducation, attaché au sol par la propriété et par l'industrie qu'il exerçait, il résolut de resserrer encore les liens qui l'unissaient à sa patrie en cherchant une alliance avec une ancienne famille polonaise. Il s'attacha à Barbe Wasselrode, sœur de l'évoque de Warmie, et l'épousa à Thorq en 1464, dix ans après la nouvelle incorporation de cette ville à la Pologne. Ilexiste encore aujourd'hui, dans la rue Ste-Anne, une maison qu'il reçut en dot. C'était le père de Kopernik. Il sut gagner à un tel point la confiance des notables de Thorn qu'ils le nommèrent l'année suivante membre de leur conseil municipal. Neuf ans après son mariage, le 12 février, à quatre heures quarante -huit minutes de l'après-midi en 1475, sa femme mit au monde Nicolas Kopernik, l'illustre astronome. Il naquit sous le règne de Casimir Jagellon. C'est à tort que quelques écrivains, et d'après eux l'estimable Delambre, le croyaient enfant d'un serf. Il n'était pas noble non plus comme le voulait prouver le prince Jablonowski, Fils d'un bourgeois honorable, d'un boulanger de Cracovie , Kopernik doit toute sa gloire à ses travaux et à son génie.

Par ce court récit historique, basé sur des preuves irrécusables, nous avons prouvé que l'aïeul de Kopernik arriva de la Bohème en Pologne, qu'il s'établit à Cracovie et que son petit-fils est né à Thorn, après que cette ville fût retournée sous la domination des rois de

Pologne. Cette belle ville commerciale, située au bord de la Vistule, faisait toujours partie de la province polonaise nommée Masovie. Envahie pendant quelque temps par Tordre teutonique, elle s'insurgea contre les oppresseurs dont la cruauté est devenue célèbre. Réunie de nouveau à la Pologne elle fut comptée au nombre des villes de la Prusse royale ou polonaise, que les historiens appelaient Borussia vel Prussia regalis.

Le premier biographe de Kopernik, Gassendi , rappela Thornœus, Borussus. Quelques autres, confondant la Prusse Polonaise, slave d'origine, avec la monarchie prussienne actuelle, ont pris Kopernik pour un Allemand. Nous prions les lecteurs de ne pas" attribuer ces quelques lignes à un sentiment d'orgueil national qui tâcherait de mettre la race slave au-dessus de la race germanique. Leïf pays qui ont donné au monde Kepler et Leibnitz ont assez de titres à la reconnaissance pour qu'un homme raisonnable ait la pensée de vouloir les abaisser. Mais il faut laisser la race slave et la Pologne s'honorer d'avoir fourni un génie tel que Kopernik, jqui est Slave par ses ancêtres, Polonais par sa naissance.tNous verrons par la suite que c'est dans ce pays qu'il continua ses études, ses travaux, sa carrière, et que toutes ses actions comme toutes ses pensées étaient pour le pays que son aïeul avait adopté et que son cœur, comme il le dit lui-même, chérissait le plus après l'Etre Suprême»

Si quelques biographes français, par une erreur in-

volontaire, et plusieurs savants allemands, par un esprit d'orgueil national, ont donnéà Tastronome polonais une origine germanique, il s'est trouvé cependant des historiens de l'Allemagne plus justes qui n'ont voulu ni avancer, ni accréditer un fait inexact. Louis Wachler, dans son précieux ouvrage historique sur la littérature, publié à Leipsick en 1824, n'hésite pas , au nom de tous les Allemands, à rendre un témoignage public à la vérité. « La Pologne, dit-il , peut être justement fière de son Kopernik, néàThorn, disciple d'Albert Brudzewski , professeur de l'université de Cracovie (1). Cinq ans plus tard, le savant Humbold, que l'Europe connaît autant par ses travaux scientifiques que par le crédit dont il jouit auprès du monarque de Prusse , adressait une lettre à la société des Amis de la Science de Varsovie, dans laquelle il reconnaît Kopernik pour Polonais et renonce, au nom de tous les Allemands, à la prétention de le faire passer pour un -fils de la Germanie.

(1) Uandbuch gechichte der Literatur. T. IV, p. 207.

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[Dès Tâge le plus tendre Kopernik semblait pfes-^ sentir sa destinée. A l'âge où Ton passe ses journées dans les amusements frivoles, où Ton ne vit que du jour au jour, sans s'occuper de l'avenir, il était studieux et réfléchi; non -seulement il apprenait avec ardeur ce qui lui était enseigné dans l'école de St-Jean à Thorn, mais à son retour chez son père il travaillait encore et se livrait à l'étude des langues latine et grecque. A l'âge de dix ans il eut le malheur de perdre son père. Orphelin, il écoutait et suivait les conseils de son oncle, Luc Wasseîrode, évoque de Warmie. Avide d'étudier, & dix-huit ans il se rendit à l'université de Cracovie où il fut inscrit au nombre des disciples en ces termes : Nicolaus Nicolai de Thorunia. ^

L'Université de Cracovie était dirigée alors par Mathieu de Kobylin. Parmi ses membres on remarquait Albert Brudzewski, professeur d'astronomie dont Touvrage : Commentaria utilissima in theoricis planetariim^ publié à Jfî7an, a été reconnu généralement comme la meilleure exposition du système planétaire à cette époque. La renommée de l'université de Cracovie était telle alors que les disciples y arrivaient de tous les pays de l'Europe et surtout de la Bohême, de la Bavière, de l'Allemagne, de la Suède, comme le

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prouve le livre d'inscription des étrangers qui fréquentaient les cours des professeurs polonais. Plusieurs savants de ritalie et de TAllemagne arrivaient dans la capitale de la Pologne dans le seul but d'entrer en relation avec Albert Brudzewski^ dont les cours et les travaux astronomiques jouissaient d'une réputation européenne.

Le jeune Kopernik, tout en étudiant la philosophie et la médecine, ne négligeait pas renseignement du savant astronome. 11 devint avec Jacques de KobyUn, Waposki, Szadecki, Ilkuski, le disciple le plus assidu aux cours de mathématiques. Le professeur distingua le jeune élève, le rendit témoin de ses expériences, et lui expliqua Tusage de Tastrolabe. Le goût qu'il avait pour les mathématiques, l'intérêt que lui portait son professeur, engagea Kopernik à se livrer avec une grande ardeur à l'astronomie. Il se créa un plan d'étude. D'abord, il résolut de terminer ses coursa Cracovie etensuitede visiter Rome et les universités d'Italie. Pour tirer tout le parti de ce voyage il fallait connaître la peinture afin de conserver le souvenir des beaux sites qu'il devait explorer et pour dresser les cartes et les plans qu'il jugerait nécessaires. Fidèle à cette résolution, tout le temps qui lui restait libre après ses études de médecine et d'astronomie, il le consacrait à la peinture. Bientôt il put, non-seulement reproduire les paysages, mais encore il se distingua à faire des portraits d'une parfaite ressemblance.

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^ Après quatre ans d'études dans l'université de Cracovie, il retourna pour quelque temps à Thorn^ prit congé de sa mère et de son oncle et se rendit en Italie à rage de 23 ans. Il s'arrêta à Padoue pour y suivre les cours de philosophie et de médecine. Après trois années d'études il fut couronné par le professeur Nicolas TerniaFeatinu9. Nous en trouvons la preuve dans l'histoire de runiversité de Padoue par Commenus Papadopoliy où nous lisons les paroles suivantes : « Le livre des insoriptions des Polonais prouve que Nicolas Kopernik étudiait la philosophie et la médecine sous les professeurs Nicolas Passerus , et Nicolas Vernia Teatiniu. » Dans les archives de la section médicale de cette université il est mentionné sous la date de 1499 que le professeur Teatinus mit sur la tête de Télève polonais les deux couronnes de philosophie et de médecine (1). La médecine et la philosophie n'occupaient pas exclusivement Kopernik. Il consacrait une grande partie de son temps à l'étude de l'astronomie. La renommée et le succès qu'obtint MuUer Regiomontanus qui sut conquérir l'admiration des mathématiciens et les faveurs des princes européens donnèrent au jeune Polonais un nouvel élan pour la culture d'une science qui offrait à son génie un vaste champ à expIoreri,„C'était aussi l'époque de la découverte de l'Amérique. Le nom de Christophe Golomb retentissait en Europe. On admirait le hardi na-

(1) Historia Gymnasii Patavini Venetiis, T. Il, p.. 195.

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vigaieur qui, par l'étude et robservatioti, s*est cotk vaincu de la sphéricité de la terre et qui, malgré mille obstacles, armé d'une persévérance à toute épreuve, obtint d'Isabelle d'Espagne un vaisseau et lui donna en échange un nouveau monde. Le triomphe de Colomb était un grand encouragement pour les génies investigateurs. Kopernik, guidé par sa vocation, par les conseils d'Albert Brudzewskt, stimulé par la renommée de Regiomentanus, encouragé par l'exemple de Christophe Colomb, poursuivait ses recherches astronomiques non pas en aveugle disciple qui adopte, sans examen , les doctrines de ses prédécesseurs, mais en juge sévère, capable de reconnaître Terreur, capable de se frayer une route nouvelle. ^

De Padoue, il faisait de fréquentes excursions à Bologne où, depuis douze ans, Dominique Maria de Ferrare enseignait l'astronomie avec le plus grand succès. Il ne fut pas difficile à Kopernik de gagner l'amitié de ce savant mathématicien. Le professeur était heureux de rencontrer un jeune astronome capable de le comprendre et de l'apprécier. Frappé de son génie, il l'admit dans son intimité. Souvent ils travaillaient ensemble. Le 7 des ides de mars, après le coucher du soleil, en l'an i496, ils observèrent tous deux une occultation à'Aldebaran, L'étoile parut toucher le bord austral de la lune et disparut à onze heures de la nuit, elle était alors plus voisine de la cerne australe de l^S du diamètre lunaire. Cette observation,

qui ressemble beaucoup à celle des astronomes grecs, servit plus tard Kopernik pour confirmer ses hypothèses de parallaxes.

Dominique Maria appréciait chaque jour de plus en plus les mérites du jeune Polonais et le jngea digne d'occuper la chaire d'astronomie dans la capitale de la chrétienté. Kopernik, nommé professeur de l'université à Rome, en 1499, attira par son éloquence un auditoire nombreux et choisi qui rappela les plus beaux succès de Regiomontanus. Les savants et les hommes de distinction applaudissaient le jeune professeur qui sut gagner leur admiration.

Si l'astronomie, exposée par Kopernik, satisfaisait son auditoire, il n'en était pas de même du jeune professeur qui trouvait que tous les systèmes anciens péchaient par leur base et manquaient d'ensemble et d'unité. Les planètes et les étoiles, d'après leur hypothèse, parcouraient l'espace infini avec une rapidité qui surpasse l'imagination. 11 était impossible de trouver un lien dans leur course vagabonde. Kopernik sentait Terreur mais son génie n'en avait pas encore trouvé la vérité. Aussi ne se borna-t-il pas à présenter à son auditoire l'exposé de l'astronomie antique et à étudier les œuvres de ses prédécesseurs ; il se livra aux observations et aux recherches qui devaient le mettre sur la voie de sa grande découverte.

C'est au milieu de ces préoccupations et de ces recherches qu'il observa à Rome en 1500 une éclipse de

une après les nones de novembre à dix heures du soir.

Cependant Rome, à cette époque, n'offrait pas une retraite paisible. Le siège apostolique était occupé par Roderic Lenzuoli, qui, sous le nom d'Alexandre VI porta l'oubli des mœurs jusqu'au scandale et la jalousie du pouvoir jusqu'à la plus odieuse sévérité. 11 lutta contre les barons romains, s'attira des ennemis puissants, fit pendre et brûler SamnaroUa^ prédicateur hardi, précurseur de Luther, qui se plaignait des abus et demandait une réforme dans la hiérarchie ecclésiastique. Les troubles intérieurs, les guerres et les inva* sions auxquelles Rome était exposée, décidèrent Kopernik à retourner dans sa patrie qui jouissait alors de la plus grande prospérité.

Il arriva à Cracovie en 1502. Si Kopernik eût ambitionné la fortune, il aurait pu facilement s'enrichir en exerçant la médecine, science qu'il avait étudiée avec le plus grand succès. S'il eût voulu se contenter des applaudissements passagers, il aurait hérité de la chaire à! Albert Brudzewski, mort depuis sept ans, et recueillir de nombreux lauriers aux bords de la Vistule, semblables à ceux dont ses auditeurs le couvrirent à Rome. Mais nous avons déjà pu remarquer que son ambition était plus grande. Il espérait trouver une route inconnue, découvrir le vrai mécanisme du monde et donner une nouvelle impulsion aux investigations de la pensée humaine. Pour atteindre ce but, il lui fallait une retraite paisible et une vie sans orages. L'état ecclésias-

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tique répondait le mieux à sa vocation intérieure et àsey projets d'avenir. Autant guidé par sa piété que par le désir de continuer ses recherches astronomiques, il renonça à la vie mondaine et se fit prêtre. Jacques Za remba suffragant, et Jean Konarski, évéque de Cracovie, lui conférèrent les ordres sacrés.

Pendant son second séjour à Cracovie, il renouvela des liens d'amitié avec ses camarades de l'université et resta avec eux en correspondance jusqu'aux derniers moments de sa vie. Tantôt il leur communiquait ses propres pensées, tantôt il recevait d'eux des détails sur les éclipses qu'ils observaient à Cracovie.

L'évêque de Warmie, oncle de Kopernik, était heureux de voir le succès de son neveu qui, à Cracovie, gagnait l'estime de tous ceux qui avaient le bonheur de le connaître. Les anciens amis de son père, Belza, Kromer, Kobylinski, témoignaient le plus vif intérêt au jeune astronome et le quittèrent avec le plus grand regret, quand, sur la recommandation de son oncle, il fut nommé en 1510, chanoine à Frauenburg, petite ville de la Prusse polonaise, située sur les bords de la Vistule etqui, d'après le traité de Thorn, depuis l'an 1454, restait sous la domination des rois de Pologne.

Une fois nommé chanoine, Kopernik se proposait de partager son temps entre trois occupations. D'abor il voulait remplir ses devoirs de prêtre, en donnant des preuves d'une grande piété et en apportant beaucoup d'exactitude dans l'accomplissement du service divin.

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Puis, comme il était médecin liabile, il mettait sa science à la disposition des pauvres de la ville et tout le temps qu'il lui restait, il le consacrait aux observations et aux recherches astronomiques. Mais cette paix et cette solitude qu'il ambitionnait, il ne les trouva pa». L'ordre teutonique, vivant de rapines et de brigandages, ambitieux etjaloux de la puissance de la Pologne, jetait un regard de convoitise sur les provinces de la Prusse polonaise. Il inquiétait systématiquement les villes les plus voisines de leur tyrannique domination. La retraite de Tastronome polonais n'était pas respectée, et s'il se plaignait on niait l'agression et on lui répondait par des calomnies. Après l'avoir attaqué dans ses droits de possession, les chevaliers teutoniques poussèrent l'hypocrisie et l'imposture jusqu'à l'accuser devant la diète de Posén, d'être l'agresseur, en outrageant dans un pamphlet son caractère et sa loyauté. Il lui fallut tout le bon droit et toute la protection de l'évêque de Warmie pour obtenir justice contre ses perfides adversaires.

Les chicanes que lui préparait l'ordre teutonique ne le détournaient pas de ses recherches astronomiques.

Peu satisfait des systèmes anciens, comme nous l'avons dit, il espérait découvrir une plus satisfaisante interprétation du mécanisme du monde. A peine Christophe Colomb a-t-il prouvé, par la découverte du Nouveau-Monde, la sphéricité de notre planète, que Kopernik conçoit d'autres analogies. Si la terre ne faisait pas exception par sa forme dans le système du monde, pour-»

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quoi seule devrait-elle rester immobile tandis que d'autres planètes parcourent l'espace! Pourquoi, n'étant le corps ni le plus grand , ni le plus brillant , devrait-elle occuper le centre de l'univers? Ce fut la première pensée, nous le croyons, qui conduisit Kopernik à sa sublime interprétation du monde céleste. Nous en puisons la preuve dans ses œuvres. Dans son Épître dédicaloire à Paul III, il rappelle Jactance, écrivain caustique qui tournait en ridicule les mathématiciens qui voulaient prouver la sphéricité de la terre, et le premier chapitre de son ouvrage de Revolutionibtis commence par apporter les preuves irrécusables de la rotondité de notre planète en rappelant la découverte de TAmérique. 11 fallait en effet être convaincu de la sphéricité de notre globe pour pouvoir le considérer comme une note harmonieuse du grand concert sidéral. L'analogie ouvrait de suite un vaste champ au génie investigateur. Les propriétés des autres planètes jusqu'aux preuves du contraire, il les admettait dans la terre, et les propriétés de la terre, il les cherchait dans d'autres corps célestes. De là, la supposition du mouvement de la terre, les proportions, les distances et enfin l'ensemble de la théorie sidérale, confirmé et prouvé plus tard par les observations et les calculs. C'est pendant son séjour à Cracovie que Kopernik découvrit le premier germe de son interprétation, il le poursuivit , il le développa dans Tcspace de cinq ans, entre lo02 et 4507.

Depuis ce moment il commença son grand ouvrage de Revolnlionibus.

Il ne s'agissait pas de mettre seulement par écrit sa vaste conception, il fallait refaire l'astronomie ancienne et remplacer les calculs et les observations des anciens par des calculs et des observations nouvelles. Souvent dans ce travail il fut aidé par Jacques Kobylinski^ Waposki, Szadecki et Ilkuski (1).

Quand ses devoirs rappelèrent dans le district de Warmie, il ne cessa de prendre pour base de ses calculs le méridien de Cracovie, d'abord parce que celte ville était la capitale de sa patrie, puis ses relations avec ses anciens camarades de collège lui permettaient de vérifier et compléter à Cracovie ses observations de Frauenburg.

Nous voyons dans les papiers de Tycho Brahe, trouvés après sa mort, la description de instrument parallaclique fait de la main deKopernik et dont il se servait dans ses observations. Nicolas Mulerius, dans des notes dont il accompagne l'ouvrage de Revolutionibus, donne le dessein que nous reproduisons ici. Cet instrument très simple se compose de trois morceaux de bois. Les divisions y sont marquées à l'encre. La ligne A B est égale à la ligne A D, La longueur de la ligne B C est

(1) Elcumet iisdem luoae, solisque defectibus Fruemburgi sl se, et Cracoviœ, abiUis olim suis condiscipulis, observatis, deprehendissct utrumque locum... idcirco et obscrvationes ctcalculos suos rctulit ad meridianum Cracoviensem » Gasicndiy Nicolai Copcroici vita, p. 13.

telle que Tangle A est droit chaque fois que les deux extrémités D et C se joignent dans le point G. La ligne B G est partagée en 1414 parties, A D en mille.

Voilà le seul instrument qu'avait à sa disposition le restaurateur de l'astronomie moderne. Plusieurs inconvénients se font apercevoir au premier examen. Les ouvertures ne sont pas assez fines, les divisions faites à la main manquent de précisions mathématiques, c'est pourquoi Tinstrument parallactique n'a aucune valeur et n'est plus en usage. Cependant Tycho ne se possédait

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pas de joie quand Jean Hanovius, évêque de Warmie, le lui envoya en cadeau. Il le plara dans son observatoire et le garda comme Tobjet le plus précieux. Le souvenir de Kopernik Texalte ; l'astronome se fait poëte et nous laisse cette chaleureuse improvisation, dont nous ne pouvonsdonnerqu'une bien pâle traduction, a La terre ne produit pas un pareil homme dans Tespace de plusieurs siècles. lia pu arrêter le soleil dans sa course autour des cieux et faire circuler la terre immobile , il a fait tourner autour d'elle la lune et transformé l'aspect de l'univers. Voilà ce que Kopernik a osé avec ces petits bâtons liés avec un art si facile. Il a donné des lois à FOlympe tout entier. A ces vils morceaux de bois il a su soumettre les étoiles élevées et les arrêter en pénétrant dans Tintérieur des voûtes célestes. 11 a exécuté ce qu'il n'est pas permis d'accomplir à aucun mortel depuis le commencement du monde. Qu'estce qui est supérieur au génie? Jadis les géants, voulant pénétrer dans les cieux, ramassèrent les montagnes, et les placèrent les unes sur les autres. Ils entassèrent Fcllion, Ossa, V Etna et tant d'autres, et cependant, puissants par la force, faibles par l'esprit, ils n'ont pu pénétrer dans les sphères célestes. Lui, célèbre, confiant dans la puissance du génie, faible de corps avec ces minces morceaux de bois il a surmonté les hauteurs de l'Olympe^Oh ! les souvenirs après un tel homme sont inappréciables, même lorsqu'ils sont de bois. L'or envierait leur valeur, s'il les pouvait apprécier. »

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Isqualem non terra virum persœcula multa Procréât...

111e is, qui cœlo genitus , cœlestia terris Progenuit...

Ille et qui caelo poterat dedacere Solem , Ac prohibere loco, Terrasquè involvere Olympo, Et lunara Terris, Mundique invertere formam... Ille, inquam, tantas olim Copernicus ausus, mis levibus baculis, facile licet arte paratis, Aggressus toti leges prsescribereOlyrfipo, Astraque celsaadeo vili subducere ligno^, Sustinuit, superûm ingressus penetralia, nulli Quam prope Mortali, concessum ab origine mundiesl. Quid non ingcnium superat? Sunt montibus olim Incassum montes congesti , Pellion , Ossa , ifitnaque testantur, simul his glomerasus Olympus Innumerique alii, necdum potuisse Gigantes Corpore prœnaiidos, sed mentis aoumine inerteis, In superas penetrare domos. Ille inclyetus, ille Viribus ingenii confisus, robore nuUo , Fustibus his parvis celsum superavit Olympum.

ïanti monnmenta viri ! Sint lignea quamvis Isis tamen idvideatfulvum (sinosceret) aurum.

Ces vers furent composés le jour môme où Tycho- Brahé reçut l'instrument de Kopernik; ils furent encadrés et placés auprès de ce précieux souvenir.

£st-il étonnant qu'en se servant de ces règles paralla6«

tiques dont les divisions sont faites à la main , que de légères inexactitudes se soient glissées dans les observations et, par suite, dans les calculs de Kopernik ? Nous possédons aujourd'hui le télescope, les horloges et les instruments qui se signalentpar une précision mathématique. Aussi pour juger de la valeur des calculs de l'astronome polonais, il fautse transporter par la pensée à l'époque où il vivait, il est certain que ses indications furent plus exactes que celles de tous ses devancier». Il faut s'étonner au contraire qu'avec Taide de si faibles auxiliaires, il ait pu arriver à de si grands résultats. Kopernik ressemble à un architecte qui trace en grand le plan d'un nouvel édifice, laissant à d'autres de calculer le nombre de pierres qu'il faut pour le construire.

Une fois le mouvement de la terre admis, il devait rejeter toutes les hypothèses des anciens, présenter un nouveau plan de l'univers et exphquer les mouvements des corps célestes en les accompagnant de preuves irrécusables. Kopernik l'a fait . Il indique les places des planètes, explique le mouvement de la terre et de la lune et, en suivant pas à pas Ptolomée, il résolut de préparer une exposition nouvelle de l'astronomie tout entière. Que d'observations et de calculs il fallait faire pour y arriver ! En 1509 et 1511, il observa les écHpses de la lune. En 1512, à deux reprises, il indiqua la position de Mars, deux années plus tard, il signala la place de Saturne. En 1515, il observa la position de VÉpi et Téquinoxe d'automne, et Tannée suivante réquinoxede prin-

temps. En 1518, il désigna encore une fois la place de Mars, en 1520, celle de Jupiter et de Saturne. En d522 et 1523 il observa les éclipses de la lune et la place de Mars, et en i^^bVÉpi et la conjonction de Vénus avec la lune. On peut s'étonner que dans la série de ses recherches, il n'est pas question de Mercure. Kopernik s'explique en nous faisant connaître que les vapeurs de la Vistule le rendaient invisible à ses yeux. Il profitait à cet égard des observations de Bernard Walther faites en 1491 et de Jean Schonerenl504..

A Taide de ses longues études, profitant des recherches de ses amis de Cracovie, après vingt-trois ans de travaux persévérants, il termina en d530 son grand ivre de Orbium Cœlestium revolutionibus^ qui n'a paru que treize ans plus tard dans les derniers moments de sa vie.

wfc'AVTTlïl^

Les travaux scientifiquesdeKopernik ne l'empêchaient pas de remplir ses devoirs de prêtre etde citoyen. Son caractère, ses vertus, son talent furent récompensés par l'estime et la confiance des évêques et du collège des chanoines. Dans toutes les affaires importantes on faisait appel à ses lumières et à son jugement. Lorsque la Diète fut convoquée dans la ville de Grudzionz, il fut choisi à l'unanimité pour représenter le collège des chanoines, et les Évoques lui confièrent Tadministration des biens du diocèse.

Kopernik aimait la vie contemplative, aussi ne se mêlait-il des affaires administratives que lorsqu'il y était invité. Mais une fois chargé de veiller sur les droits de ses commettants, il ne négligeait rien pour se montrer digne de la confiance qu'on lui accordait. Après lamort de Fdbian de Lusianis, évoque, Kopernik, nommé en 1515 administrateur du diocèse, s'aperçut que l'ordre teutonique avait usurpé les biens de l'Église. Inquiété jadis dans sa propre possession, il savait par expérience qu'il avait pour adversaires des hommes actifs, puissants et perfides. Cela ne Tempôcha pas de lutter contre eux avec fermeté et persévérance. Il exposa le titre de proriété à SigisraonJ ^^ roi de Pologne, et obtint Tauto*

risation de poursuivre Tordre teuloniquc. Après une longue lutte, il sortit encore une fois victorieux en restituant à rÉglise les terres que voulaient lui ravir ses chevaliers turbulents. En donnant ainsi la preuve, conime le dit Gassendi, que sa vie studieuse ne Tempôchait pas d'être un homme d'action. Mais on ne dompte pas inipunément de tels adversaires. La proie était échappée aux chevaliers, ils résolurent de venger sur Thomme Téchec qu'ils avaient éprouvé. Ils lui suscitèrent mille tracasseries, qui le forcèrent à renoncer à la direction des biens de TÉglise.

Voyons à présent comment il remplit son mandat de député à la Diète.

La Diète de Grudzionz devait résoudre une question importante. De tous les côtés on se plaignait des abus nombreux qui résultaient de la circulation des monnaies sans valeur. Il faut ici rappeler qu'à cette époque, en Pologne, plusieurs villes avaient le privilège de frapper des monnaies. L'ordre teutonique, situé sur les frontières de la Pologne, profitant de cette anarchie, mettait en circulation une monnaie dans laquelle il y avait plus de cuivre que d'argent, ce qui déconsidérait celle de la Pologne tout entière. Les commerçants étrangers ne voulaient échanger leurs produits que contre de l'or ou de l'argent. Tout le monde voyait le mal, peu de personnes savaient indiquer le remède. Kopernik prend la parole, présente l'origine du mal, démontre le danger qui menace la Prusse en particulier

•iO KOPBRNIK

et la Pologne en général. En môme temps, il signale le seul moyen de rétablir la confiance, le crédit, et de sauver le commerce et l'industrie nationale de calamités incalculables.

Le projet de Kopernik était simple. Il voulait abolir les privilèges aceordés à Thorn, Elbling, Leipsick pour établir un seul endroit où la monnaie serait frappée d'après un principe unitaire sous la sauvegarde du roi de Pologne. La vieille monnaie devait être retirée et remplacée par une nouvelle. La Lithuanie, la Pologne et la Prusse, ainsi que tous les États soumis au roi ne devaient se servir dans leurs relations que de la monnaie nationale offrant des garanties qui pouvaient rétablir la confiance et répondre aux besoins de TÉtat et des particuliers.

Le discours de Kopernik était basé sur les faits historiques, appuyé par des investigations savantes. Le plan de réforme qu'il proposait frappait par sa siinplicité et par l'évidence. Mais l'intérêt privé prévalut sur l'intérêt général. Les villes ne voulurent pas renoncer à leurs privilèges, ceux qui spéculaient sur la dépréciation de la monnaie combattaient la mesure, et le projet de Kopernik ne fut pas adopté. Cependant les sénateurs, frappés de la justesse de ses observations, de la profondeur de ses vues, le prièrent de déposer son plan dans les archives, dans le but d'en profiter plus tard. Kopernik revit son travail et le déposa à Grudzionz. Pendant les guerres avec la Suède, il fut emportée

ET SES TKAVAUX. 47

Slockolm. En 480d, le roi de Prusse le réclama et renvoya à Kœnigsberg. Il se trouve dans les archives secrètes de cette ville, Partie /, N. IX. La copie officielle de cette dissertation, que chercha en vain Lei6ntïz, se trouve dans la bibliothèque du Lycée à Varsovie (1).

Comme ce travail n'est pas connu en France, nous en donnerons un résumé.

La dissertation de Kopernik est écrite en latin avec cette inscription : Monete cudende ratio per Nicolaum, (L'organisation de la monnaie par Nicolas.) Elle contient une vingtaine de pages.

Ce travail se partage en trois parties distinctes. Dans la première, il parle de la monnaie en général. Dans la seconde, il parcourt les phases de sa décadence dans les États prussiens, dans la troisième, il présente le plan de réforme.

Une sage organisation de la monnaie, il la regarde comme une mesure indispensable à la prospérité d'une nation, et parmi les causes qui entraînent la ruine d'un État, il cite la dépréciation de la monnaie, calamité d'autant plus digne d'attention, que son action pernicieuse n'est pas rapide et évidente, mais lente et ténébreuse; «quia non unoimpetusimul, sed paulatim occulta quadam ratione respublicas evertit. »

(( La monnaie, dit-il, c'est l'or ou l'argent marqué d'un timbre d'après lequel on estime la valeur des ob-

(\)Mémoires de Varsovie. Août 1816. Schutzen. Braun Dayid.

•iS KOPERNIK

jets, solon les institutions des gouvernements ou des princes. La monnaie donc est la mesure générale de la valeur. Cette mesure, d'après sa nature même , doit être constante et invariable, sous peine d'ébranler Tordre public et d'amener de grandes perturbations et lésions dans les relations commerciales. Le désordre serait le môme si Taune, le litre ou n'importe quelle mesure variait à volonté. Par constante mesure, j'entends la valeur nominale de la monnaie, qui dépend de la valeur réelle de la matière dont elle se compose. Or, la monnaie peut avoir un prix bien plus élevé ou bien plus inférieur de sa valeur intrinsèque.

L'existence de la monnaie est indispensable, bien que réchange des objets pourrait se faire selon le poids de For ou de l'argent. Cependant il serait bien incommode d'avoir toujours des mesures pour les peser et puis il serait très difficile d'en apprécier la pureté. Voilà pourquoi dans tous les pays, on a résolu de marquer la monnaie d'un timbre public qui indique sa valeur intérieure et offre des garanties à la foi publique.

Il est d'usage d'ajouter à la monnaie d'argent du cuivre, par deux motifs, du moins je le crois, d'abord pour qu'elle ne soit pas exposée au rachat et à la refonte ce qui arriverait sans doute sans ce mélange, puis pour que l'argent partagé en petites portions avec l'aide du cuivre puisse avoir une assez grande dimension pour constituer une monnaie d'une petite valeur. Je pourrais encore ajouter un troisième motif, c'est qu'à l'aide de ce

ET SKS TRAVAUX. 49

mélange la monnaie résiste plus longtemps à Taltératioa occasionnée par le frottement de la circulation. La monnaie est alors juste et équitable quand elle contient la quantité d'or ou d'argent un peu plus petite seulement de la valeur nominale qu'elle indique. Cette différence doit être motivée par les frais nécessaires à la fa- Jbrication. Le timbre de FÉtat aussi doit ajouter quelque chose à la valeur. »

Après cette courte exposition Kopernik arrive à énumérer les causes de la dépréciation de la monnaie et il en indique trois principales. D'abord, quand on ajoute le cuivre outre mesure, quand la monnaie n'a pas de poids, ni assez d'argent.

Il en déduit cette conséquence que la refonte de la monnaie à certaines époques est indispensable parce que Tusage même, le frottement Taltëre sans que la malveillance ou la fraude y contribue.

Ici, Kopernik arrive à une exposition historique de la monnaie prussienne, en parcourant toutes les phases de sa dépréciation, depuis 14i0, jusqu'à 1452. Au temps de Conrad de Jungingen, on mêlait à trois parties d'argent un quart de cuivre et alors la valeur nominale était en rapport ratiouel avec la valeur réelle. Cette proportion se maintenait au temps de Vinryc, Ulric et Conrad. A dater de cette époque la monnaie tomba. Henri pour faire les pièces de même valeur nominale se servait seulement de S^o d'argent en ajoutant le reste en cuivre. On avança tellement dans cette route qu*à la fin on

50 KOPBRNIK

ajoutait aux trois parties de cuivre un quart seule^ ment d'argent, de sorte qu'on pouvait appeler cette monnaie, monnaie de cuivre.

Tant que Tancienne monnaie répond aux besoins de rÉtaf, il est dangereux d*en mettre une nouvelle en circulation, même quand elle est bonne. Il est d'autant plus imprudent de battre une monnaie mauvaise, avant d'avoir retiré Fancienne. La mauvaise déprécierait la bonne, et les spéculateurs seuls en tireraient profit au grand détriment de tous les habitants.

Quand les provinces prussiennes retournèrent sous le gouvernement des rois de Pologne, les villes de Thom, Dantzig, Eibinget Kœnigsberg obtinrent le privilège de battre monnaie.

Depuis cette époque, le nombre des monnaies augmentait mais non pas sa valeur. On a commencé à ajouter aux quatre portions de cuivre un cinquième seulement d'argent. Les relations commerciales cessèrent. Tout le monde se plaignait de l'altération de la monnaie.

Les mesures qu'on prenait pour remédier à ce malheur ne servaient qu'à empirer le mal. On donnait à la monnaie une valeur nominale arbitraire qui ne correspondait en rien à la valeur réelle. « Malheur à toi, terre prussienne, s'écrie Kopernik, tu expies par ta ruine les imprudentes mesures des États qui te gouvernent. »

Au moment où Kopernik prit la parole , les abus étaient arrivés au plus haut degré. Jadis deux marcs

BT SES TBAVAUX. 51

contenaient une livre d'argent et de son temps on en trouvait à jfeine une dans trente marcs. Les étrangers ne voulaient pas échanger leurs marchandises contre une pareille monnaie. « Et cependant, dit Kopemik, ceux qui doivent y porter remède contemplent Jette calamité publique des terres prussiennes avec indifSIirence. Ils consentent à la ruine de la patrie qui nous est si chère. Après Dieu, c'est envers elle que nous avons les devoirs les plus sacrés à remplir, celui même de lui faire le sacrifice de notre vie. Eh bien, par une oisive insouciance, on la laisse &'avilir et on lui prépare sa ruine. »

Kopemik poursuit ses observations économiques et financières et démontre que cet état de choses ne pnv fite qu'à un petit nombre de spéculateurs et de faussaires. Il parle encore avec une grande érudition des rap- T[K)rts de la monnaie en or avec la monnaie en argent.

Voyons à présent le remède qu'il propose.

Il veut avant tout que pour les États soumis au gou* vernement du roi de Pologne, il n'y ait qu'un seul endroit où Ton puisse battre monnaie. La variété et la multiplicité nuisent à Vordre et à Yunité. Cependant, prévoyant que le prince de la Prusse ducale ne voudra pas renoncer à son privilège bien qu'il soit tributaire de la Pologne, il consent par nécessité à établir deux centres, Tun en Pologne, l'autre dans un endroit désigné par le prince de la Prusse ducale, t Dans le premier lieu qu'on frappe la monnaie d'un côté avec les armes du roi de Pologne, de l'autre, avec celles des

terres prussiennes. Quant à la Prusse ducale, pour concilier les esprits, que d'un côté se trouvent les armes du roi, de l'autre, celles du prince. »

Hais il pose comme base et condition de succès que les deux monnaies, celles du roi et du prince, aient le même poids, la même valeur, a Opère precium autem erit quod he due monete (1) unius sunt gradi, valoris etestimationis. »

Il demande que la loi intervienne pour assurer à perpétuité la valeur de la monnaie une fois établie. Il désire que les princes, loin d'y chercher leur profit ne considèrent que rintérèt public en gardant une juste proportion entre la valeur réelle et nominale de la monnaie.

Enfin pour que la circulation des anciennes monnaies ne nuise pas à la nouvelle, Kopernik propose de la retirer après un remboursement préalable. »

Pour faire adopter son plan, Kopernik, comme nous le voyons, exposait tous les malheurs qui résultalentdu manque d'une organisation unitaire de la monnaie. Il faisait appel aux sentiments patriotiques, comparait la Prusse avec d'autres États et prédisait la ruine de la patrie si le gouvernement ne relevait pas le crédit public par une sage réforme.

Sa voix éloquente et patriotique ne fut pas écoutée. Les villes ne voulurent pas renoncer à leur privilège.

(1) Mous conservons Torthographe du manuscrit.

Les particuliers qui s'enrichissaient aux dépens de la fortune publique combattirent la proposition. L'intérêt privé prévalut. La mesure proposée par Kopernik fut rejetée. Mais les hommes intègres composant la minorité firent part de ce travail au sage Sigismond qui tenait alors le sceptre de la Pologne. Ce monarque supérieur, étonné de la justesse des observations de Kopernik se servit de toute son autorité pour faire adopter dans la Diète générale les mesures salutaires proposées par le chanoine de Warmie et qui furent rejetées à la Diète de Grudzionz. Enfin Tédit de Sigismond, publié en 1526, donne une nouvelle organisation monétaire et on y trouve des pensées et même des expressions de Kopernik. Le roi de Pologne, frappé de ses mérites, de> ses vertus et de ses talents , le plaça au nombre des quatre candidats parmi lesquels le chapitre devait choisir unévêque.

Ce qui nous étonne le plus dans la dissertation de Kopernik, c'est surtout cette tendance vers l'unité, cet amour de l'ordre, cette énergique protestation contre les abus qui résultaient d'une anarchie sans garantie. Le même principe qu'il cherchait dans le mécanisme du monde céleste, il l'appliquait aux relations sociales en général, à l'organisation et à la circulation de la monnaie en particulier. Il ne veut pas que chaque ville ait ses poids el mesures, ses privilèges et ses abus; désordre et chaos qui entraînent le discrédit et la ruine Cet état de choses, il ne le trouve pas digne d'un gou-

54 KOPfiRNIK

vernement sage et paternel ; comme la marche vaga* bonde des corps célestes, il ne la croyait pas conforme à la perfection du Créateur. Analogie^ rapport sublime qui, un siècle plus tard, conduisit Leibnitz à nous donner Tidéal d'un gouvernement calqué sur le tableau du mécanisme céleste et déduit des attributs de la divinité. Problême qui préoccupe les plus profonds penseurs de notre siècle et dont la solution embrasse Tavenir des sociétés humaines.

Nous ne pouvons pas non plus laisser passer inaperçue la conduite de Kopernik. Elle renferme Texemple que devrait suivre le clergé de tous les pays. Son caraotère de prêtre ne lui fit point oublier ses devoirs de citoyen. Chrétien charitablij, savant pieux, il ne travailla que pour honorer TÈtre Suprême en démontrant la beauté de la création, l'harmonie et l'unité là où les autres ne voyaient que désordre et chaos. Mais lorsque ses concitoyens l'appellent pour les représenter dans la Diète, alors il appartient à son pays, il met à son ser vice son savoir et son éloquence et proclame qu'après Dieu nous appartenons à la pairie, et qu'en cas de besoin, nous lui devons le sacrifice de nos biens et même de notre existence. Du reste, toute la vie de Kopernik, tous ses travaux et toutes ses actions sont en parfaite harmonie avec ces sentiments et cette conviction.

Il est peut-être digne de remanjuer que plusieurs hommes supérieurs s'occupaient du même sujet que Kopernik. Nous citerons le philosophe anglais Lock

ET SES TAAVAUX. S5

qui a fait un plan de Torganisation de la monnaie en Angleterre, et Newton que le ministre de \à Grande- Bretagne appela à la refonte générale des pièces d'or.

SB KOPERMK

Nous avons déjà dit que Kopernik termina son manuscrit en 1550 mais ne voulait pas le publier encore. Cependant les plus illustres mathématiciens avaient connaissance de ses recherches et de la pensée fondamentale de sa nouvelle théorie. Erasme Reinhold, dans son discours sur le système de Ptolomée, sans prononcer le nom de Kopernik, s'exprime dans les termes les plus flatteurs pour lui ; il l'appelle le maître illustre dont Touvrage, destiné à restaurer l'astronomie, est attendu avec la plus vive impatience. En parlant de certains mouvements célestes dont la raison n'a pas encore été trouvée, il ajoute que ces questions attendent un nouveau Ptolomée et il espère que cet homme supérieur sortira de la Prusse, car là existe un homme dont le génie divin sera béni par toutç la postérité.

Quant au concile de Latran, on traitait la question de la réforme du calendrier, une commission fut choisie à cet égard sous la présidence de l'évêque Paul de Middelburg qui écrivit une lettre à Kopernik en faisant appel à ses conseils et à son savoir. D'un côté l'astronome polonais n'avait pas voulu encore donner la publicité à son œuvre, de l'autre il ne pouvait pas rester indifférent à une invitation qui lui venait de Rome. Il

ET SKS^TRAVAUX. 57

devait faire part du fruit de ses recherches à la congrégation qui s'occupait de la réforme du calendrier, convaincu qu'il était que ses observations pouvaient être utiles à TEglis'^ Il expédia à Rome ses Tables, connues généralement sous le nom de TabtUœ Prutenicœ^ ainsi que les calculs et les observations nécessaires. Clavius en parle avec admiration dans son ouvrage : Itomani Calendarii A Gregorio XIII. P. M. Explicatio.

« Le seul, dit-il, depuis mémoire d'hommes, Nico' las Kopemik, Tillustre mathématicien de notre siècle, ayant réuni avec soin ses observations à celles ffHipparch, de Ptolomée, d' Albategnius i'Alphons, a donné preuve d'une incroyable habileté, en admettant de nouvelles hypothèses. Il a démontré Taocroissement et le décroissement de Tannée solaire, et il a su donner une raison à ces inégalités. Il a trouvé la longueur d'année un peu plus grande de celle que nous a indiqué Ptolomée, un peu plus petite de celle trouvée par Albategnius. D'après ses calculs l'année solaire se compose de 365 jours, 5 heures, 55 minutes, 57 secondes, tierces 40. » Socro Bosco, en reproduisant les mêmes paroles de Flavius, dans ses Commentaires sur la sphère y donne à Kopernik le titre de restaurateur de l'astronomie, et fait la prédiction que la postérité l'honorera à régal de Ptolomée.

Pour donner une idée de l'intérêt qu'excitaient les travaux de Kopernik, et avec quelle impatience on attendait la publication de son œuvre, nous donnerons la

58 KOPKRNUL

traduction d'une lettre que lui adressait Nicolas Schomberg, cardinal de Capoue. Voici ce qu'il lui écrivait le 1" novembre 1536 ; « Comme tout le monde maintenant me parle, depuis quelques années, de tes mérites, j'ai commencé à examiner attentivement tes pensées et je me range à côté des hommes de notre pays auprès desquels tu jouis d'une si haute renommée. Je me suis aperçu que non-seulement tu scrutais d'une manière supérieure les travaux des anciens mathématiciens, mais que tu as trouvé une nouvelle interprétation du mécanisme céleste; tu annonces le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil qui occupe le centre de l'univers. La lune, placée entre Mars et Vénus, dans l'espace d'une année accomplit sa révolution autour du soleil. Je viens aussi d'apprendre que tu as élaboré des commentaires qui donnent la raison de cette astronomie nouvelle et que tu as formé des tables dans lesquelles les mouvements des étoiles sont calculés avec l'admiration de tous ceux qui les ont examinés. Voilà pourquoi je te prie, homme illustre, de m'envoyer ces commentaires, ces tables, ainsi que tout ce qui a rapport à ce travail. J'ai chargé Théodore de Reden d'en prendre les copies à mes frais et de me les expédier. Si tu satisfais à ma demande entends- toi avec cet homme qui désire vivement prendre le plus tôt possible connaissance d'un ouvrage d'un si grand mérite. »

Si les hommes éminents par leur position, illustres par leur savoir et par leur» mérites, parlaient de Koi

pernikayec la plus grande estime et cherchaient à connaître l'ensemble deses travaux, il ne manquait pas d'envieux et de superstitieux qui dénigraient d'avance son œuvre. La seule pensée de la rotation de la terre suffisait pour tourner en ridicule la plus ingénieuse concep-tion. L'immobilité du soleil semblait aux docteurs une assertion contraire à l'Ecriture. Voilà pourquoi Kopernik préférait communiquer son travail à des mathématiciens et à des hommes d'une piété éclairée. Il ne voulait pas le livrer à la risée du vulgaire et de moines qui lui gardaient rancune. Il devait être bien pénible pour un homme qui possédait un trésor d'une telle importance de le dérober aux yeux de ses contemporains. Mais la Providence, juste dans ses décrets, si elle expose les hommes supérieurs au dédain des envieux, des superstitieux, au sarcasme de la foule qui suit le plus souvent Timpulsion des idées reçues quoique erronées, il se rencontre des hommes aux sentiments généreux, dont tout le mérite consiste à apprécier le vrai génie, et à lui dévouer toute leur existence. Ces hommes cœur noble n'ont pas le génie d'invention, mais un jugement droit un talent qui sait l'apprécier. Ils s'ou-^ blient, ils s'effacent, leur vie se passe à faire valoir le mérite de leur maître. Ils meurent heureux quoique inconnus et oubUés, pourvu que l'homme auquel ils ont voué tous les moments de leur existence soit apprécié; pourvu que les vérités qu'il a annoncées soient adoptées. L'homme qui a joué ce rôle et rempli

60 KOPERMK.

cette lâche auprès de Kopernikesl George Joachim Bheticus. C'est le Clarke de Newton^ c'est le Juste Muiron de Charles Fourier.

Jeune encore, il était professeur de mathématiques à Wirtemberg. A peine la renommée de Tastronome polonais est-elle arrivée jusqu'à lui, qu'il abandonne sa chaire et se rend en 1539 auprès du restaurateur de Tastronomie, préférant, comme il le dit lui-même, étudier sous un tel maître, que d'enseigner d'après les systèmes des anciens. Avant de se rendre en Pologne il en fait part à Schoner, professeur de mathématiques à Norim^ berg, ami qu'il vénérait à l'égal de son père. Celui-ci pria Rheticus de lui faire savoir le plus tôt possible si les travaux de i'opemiAî répondaient à sa renommée et h. l'idée qu'il s'en faisait lui-même. A peine deux mois se sont-ils écoulés depuis le séjour de ce jeune professeur auprès de son nouveau maître qu'il écrit une lettre à Schoner, lettre pleine de vénération pour l'illustre astronome. Cet écrit, où une partie de la théorie de Kopernik est exposée, a été publié à plusieurs reprises, il est placé comme supplément à l'ouvrage de Revolutionibus, il se trouve aussi dans les œuvres de Kepler, sous le titre de Naratio prima.

Voici comment cet écrit commence : a Avant tout je veux que tu saches, illustre docteur Schoner, que Kopernik, dont j'étudie les œuvres dans toutes les sciences, et particulièrement en astronomie, n'est pas inférieur à Régiommtanus. Je le compare cependant plus volon-

tiers à Ptoîomée^ non parce que j'estime Regiomentamiê moins que l'astronome grec, mais mon maître a ce commun bonheur avec ce dernier, qu'avec Taide de la Providence il a pu développer sa théorie, tandis que Regiomentanas, malheureusement a terminé sa carrière avant de poser les colonnes de Tédifice qu'il a élaboré. »

Les termes dont se sert Meticus dans cette exposition sont empreints du plus profond respect que désormais il voua à l'astronome polonais, en même temps il y règne le même caractère religieux que nous apercevons dans toute la vie et dans tous les travaux de son maître. «Le sceptre de l'astronomie, dit-il, Dieu l'acon^ Qé à jamais à Kopemik. Le Seigneur l'a jugé digne de restaurer cette science, de l'expliquer et de la développer. »

Frappé de l'immensité des travaux qu'il fallaitaccomplir pour arriver aux résultats que Kopernik a obtenus il en parle en ces termes dans la même exposition : a Quand, il y a un an, je jetais chez toi un coup-d'œil sur les travaux de Regiomentanus^ de son maître Peurhachjtu, sur tes recherches, ainsi que sur les investigations des autres illustres mathématiciens, je me suis fait une idée de l'énormité des études qu'il faudrait accomplir pour que l'astronomie, cette reine des sciences mathématiques, devint digne de son sceptre et de son empire. Mais à présent, quand Dieu me fait témoin des labeurs de mon maître et précepteur, je le reconnais, ses travaux sont bien au-dessus de l'idée que je m'en

6î KOPERNIK.

étais faite. II faut qu'il soit muni d'une singulière grâce de la Providence pour avoir pu restaurer l'astronomie tout entière et lui rendre toute sa dignité. »

Si le disciple parlait avec enthousiasme de son maître, celui-ci se signalait par une rare modestie. Il s'exprimait sur les anciens avec respect. Il appelait Ptolomée le premier des mathématiciens, et s'il apportait une théorie qui renversait de fond en comble ses hypothèses il l'attribuait au progrès des connaissances humaines. Il ne courait après les innovations et il n'abandonnait les vieux principes qu'après un mûr examen et alors seulement quand Terreur était bien prouvée. Il ne cherchait que la vérité. « Voilà pourquoi, ditRhéticus, non-seulement il ne reculait pas devant le jugement des mathématiciens, mais au contraire il le sollicitait. »

Cette narration, qui contient le résumé du troisième livre de l'ouvrage de Kopernik, Rhéticus l'envoya le 9 octobre 1539 à Schoner, en y ajoutant la description louangeuse de la Prusse , province polonaise, heureuse d'avoir produit un tel homme. Il en garda un autre exemplaire qu'il expédia à un savant mathématicien nommé Achille Gassarus, qui les publia tous les deux en précédant le travail de Rhéticus d'une courte et singulière dédicace, adressée à George Vogelinus, philosophe et médecin célèbre. « Ami, dit-il, aime-moi, et moque-toi du jugement du vulgaire sur le livre que je t'envoie. Il est certain que cette nouveauté sera bien

. ET SES IKAVAUX. 03 .

accueillie par les hommes instruits et deviendra utile ^ un jour. » Vogelinus sut apprécier le travail de Koper- Tiik et lui envoya les vers suivants qui ont été mis en tête de ce petit ouvrage :

et Cet opuscule, inconnu aux anciens, est admiré par les hommes supérieurs de notre époque.Voilà un nouvel ordre et une nouvelle raison du mécanisme du monde. La terre, que Ton croyait immobile, parcourt l'espace. L'antiquité est justement célèbre par les arts qu'elle a inventés, il ne faut pas pour cela refuser la gloire aux modernes. Que cette opinion n'effarouche pas les hommes de la science- L'envie seule peut la combattre. Mais l'envip a-t-elle quelque valeur? Pourvu que la vérité soit prouvée à quelques hommes d'élite et qu'elle plaise aux hommes studieux cela suffit. »

Rheticus, en quittant Kopernik emporta aussi avec lui sa dissertation sur les triangles, et s'adressa à George$ Herman, citoyen de Nuremberg, ami du frère de Kofernik, en l'engageant à la publier. )k Ceux, dit-il, qui tâchent d'expliquer Ptolomée, s'occupent beaucoup des triangles. Parmi les anciens Menelaus et Theodosius nous en ont laissé des traces. Tout récemment parut l'ouvrage de Regiomentanus; mais bien auparavant l'illustre Kopernik élabora un travail précieux à cet égard. Je suis convaincu que tu seras pénétré d'admiration quand tu verras avec quelle science et quel génie il le développa. Je t'envoie cet ouvrage pour que tu le fasses publier. D'abord je sais que tu étais ami du frère de

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Kopernik que tu as connu à Rome, puis tu aimeras Fauteur lui-même dont le génie dans toutes les sciences et surtout dans Tastronomie égale les hommes les plus célèbres de Tantiquité. Notre siècle doit se féliciter d'avoir produit un homme qui fait briller les sciences d'un nouvel éclat. Je ne connais rien de plus précieux que le commerce avec un tel homme. Aussi si jamais mes travaux dans ce genre deviennent utiles, je les attribuerai aux conseils et aux préceptes de mon maître. Et comme je sais que ce travail est traité supérieurement, j'ai voulu te faire plaisir en t'offrant une œuvre d'un si grand mérite, p I

Ce petit opuscule parut en d552 à Wittemberg, sous le titre : a De lateribus et angulis triangulorum tum planorum rectilineorum, tum sphœricorum , libellus eruditissimus et utilissimus, cum ad plerosque Ptolom$i demonstrationes intelligendas, tum vero ad alia multa scriptus Clarissimo et doctissimo viro D. Nico^ lao Copernico Torunensi. » Arrêtons-nous un moment sur ce livre qui a précédé de plusieurs années la publication du grand ouvrage De Revolutionibus. L'attentive lecture de ce travail donne une preuve irrécusable que la trigonométrie sphérique doit à Kopernik son plus vaste développement. 11 a fait deux découvertes importantes en nous apprenant à résoudre les problèmes les plus difficiles de cette science, savoir : étant donné dans un triangle sphérique quelconque, trois côtés, trouver les angles; et réciproquement, trois angles étant con-

ET SES THAVALX. 65 ^

nus, quand même parmi les angles il n'y aurait aucun angle droit, trouver les côtés: » Comme tout un système de trigonométrie, ainsi que la solution de ces deux problèmes ont été publiés à la un du premier livre dans l'ouvrage de Kopernik, on a cru que ce travail a été pris dans les œuvres de Regiomentanus qui aussi s'occupait des triangles. Mais Kopernik n'en avait aucune connaissance. La publication du livre de Regiomentanus fut retardée par la mort de Waltherus, citoyen de Nuremberg, dépositaire de ses manuscrits. Il ne parut qu'en 1555, tandis que Kopernik termina ses investigations et son œuvre en 1515. Du reste , cela est prouvé par la lettre de Rheticus, adressée à Hartman. Il y affirme, comme nous l'avons vu, que son maître termina son traité sur les triangles bien avant la publication de Regiomentanus. Du reste celui-ci, pour résoudre les deux problêmes mentionnés, se sert de méthodes difiérentes de celles de Kopernikl Ainsi Delambre se trompe quand il affirme dans son Histoire de V Astronomie moderne^ que l'astronome polonais emprunta à Regiotnentanus l'idée des triangles complémentaires.! Cette trigonométrie, publiée par Rheticus, offre les premières tables de sinus calculées de mmuteen minute, sur un rayon de 10,()00,000 tandis que celui de /îe^iommfani** n'étaient faites que pour un rayon de 60,000. Le même disciple, en suivant les conseils et les encouragements de son maître, poussa les calculs de ces tables de dix en dix secondes jusqu'à un rayon de 1,000,000,000,000,000. Si ce travail immense, publié

66 KOPSBNIK

après la mort de Rheticus par Otto sous le titre : Opus p^atinum de trianguliê, rendit un service immense aux mathématiciens, c'est encore à l'exemple, aux encouragements et aux travaux préliminaires de Kopernik qu'il faut l'attribuer.

ET m$ TRAVAUX. 67

Si la déèôâterto de Kopemik n'était connae dftns $dii engeiffible que par wn nombre restreint d'initiés, sa pétts* sar la rotation de la terre se répandait et bieiMMft tont le mondesavaitqu^nn astronome polonais avait consacré une partie de sa vie à pronver le mouvement de notre planète. Les uns, et b'était le nombre le mollfts considérable; attendaient la démonstration et les preuves. D'autres riaient et prenaient en pitié le visronnàîrè qui employait son temps à une conception aussi bizarre qu'invraisemblable. C'était aussi une bonne fortufie pour les moines de l'ordre teutonique. Its n'avaient pas pardonné à ifopmiifrleurs" mécomptes, ilà résolurent dte se venger de la manière la plus ignoble sur rhommfe qui s'était permis de défendre sa propriété et les bienfs de I*ÉgIise. Ils payèrent les histrions et les 'comédietis ambulants en les chargeant de le parodier et de le Xtfëtner en ridicule. Il était facile d'amuser lel puWic eii extravagant sur une conception nouvelle, contraire âTap- T}arence et aux idées reçues. La foule accrfhfait pour rire et applaudir. Les baladins faisaient de bonnes' i!*ecettes et répétaient ce spectacle de vîUe en ville, en s'approchant môme du séjôiir de rastrohoftofe.

t>8 KOPERNIK

Les amis de Kopernik indignés rengageaient à mettre obstacle à ces représentations, d'autant plus que la foule accourait en masse et applaudissait cette indigne parodie. « Laissez-les faire, répondait Kopernik, jamais je n'ambitionnai les applaudissements de la foule, car ce que je sais le peuple ne le trouve pas bon et ce qu'il approuve je ne saurais le faire. » « Nunquam volui populo placere; nam quaeego scio, non probat populus, quœ probat populus, ego nescio : » Il ne faut pas prendre ces paroles pour l'expression d'une orgueilleuse supériorité. Kopernik donna assez de preuves et de sa modestie et de son amour du peuple pour qu'on ne puisse l'accuser de cette faiblesse. Il ne faisait qu'interjeter appel des juges incompétents aux juges capables de le comprendre. Du reste ce n'est que dans les temps primitifs que l'instinct seul suffisait aux masses pour apprécier le beau et le vrai. Les fausses connaissances ouïes connaissances incomplètes n'avaient pas encore faussé le sentiment naturel. Alors, souvent le jugement de la foule pouvait être considéré comme un jugement suprême. Alors le peuple pouvait reconnaître les prophètes et les législateurs. Mais avec le progrès des sciences, l'instinct naturel se feussa. Les prophètes furent méconnus, les révélateurs devinrent martyrs. Aussi dans les pays sortis de l'état priciitif l'instinct naturel et le sentiment inné ne suffisent plus pour apprécier le beau et le vrai, il faut encore posséder la science nécessaire. C'est à ce prix seulement que la voix du peuple deviendra la voix de Dieu.

Cependant la modeste retraite de Kopernik se remplîssait.chaque jour de malades pauvres. Non-seulement il leur donnait des conseils, mais, habile dans Fart de préparer les remèdes , il leur offrait des médicaments. Ses curespresque miraculeuses lui firent une si grande renommée que les malades des contrées éloignées, délaissés par d'autres médecins, arrivaient auprès de lui. Les docteurs les plus distingués, dans les cas difficiles, écrivaient à Kopemik en faisant appel à son savoir et à son expérience.

On peut se faire une idée de l'effet que devait produire cette conduite charitable sur Tesprit des habitants de sa commune. Si les soins qu'il prodiguait aux pauvres suffisaient pour gagner leur admiration, Kopémîk n'en était pas satisfait encore et résolut de rendre à la commune un service efficace et durable. Frauenburg est situé sur une montagne. Les habitants manquaient d'eau et pour s'en procurer il leur fallait aller en puiser dans la rivière Bauda, éloignée à une demi-lieue de la ville.

Obtenir par l'art ce que la nature a refusé aux habitants de la petite ville, voilà le problème que Kopernik résolut de résoudre et de mettre à exécution. Il élève les eaux de la rivière à l'aide d'une écluse et les conduit au pied de la montagne. Leur course est assez rapide, leur force assez importante pour pouvoir tourner un moulin que Kopernik y fit construire ; là un mécanisme aussi simple qu'ingénieux fait monter l'eau à la

1i KOPERNIK

vail seulement à quelques amis intimes et aux hommes de la science. « J'hésitai longtemps , dit-il dans son épître au pape Paul III, si je ferais publier mes commentaires sur les mouvements des corps célestes, ou s'il ne serait pas mieux de suivre l'exemple de certains PUhagorieiens qui ne laissaient pas par écrit, mais oralement d'homme à homme communiquaient aux adeptes et aux amis les mystères de la philosophie, comme le prouve la lettre de liside$ à Hipppareh. II ne le faisait pas comhle quelques-uns le pensent, par un esprit d'une excessive jalousie, mais afin que les questions les plus graves, étudiées avec le plus grand soin par les honn mes illustres, ne fussent pas dénigrées par des fainéants qui n'aiment pas à se livrer aux travaux sérieux, à l'exœption des études lucratives, ou par des hommes bornés qui, tout en se livrant aux sciences, par l'indolence de leur esprit se faufilent parmi les philosophes comme les bourdons parmi les abeilles.

« Quand j'hésitais, et que je résistais, mes amis me stimulaient. Le premier était Nicolas Schonberg, cardinal de Capoue, homme d'une grande érudition. L'autre, mon meilleur ami, Tideman Gysius, évéque de Culm> autant Yersé dans les Saintes Ecritures, qu'expert dans les autres sciences. Ce dernier m'engageait souvent et me pressait tellement qu'il me décida enfin à hvrer au public l'œurre que je gardais depuis plus de vingt-sept ans. Plusieurs autres hommes illustres m'exhoitèrent^ dans rhitérftt des sciences mafthématiciues^ de iFétm^re

ET SES TBAVAUX. 75

ma répugnance et de livrer au grand"jour les fruits de mes travaux. Ils me prédisaient que plus ma théorie sur le mouvement de la terre paraissait absurde, plus elle serait admirée, quand la publication de mes commentaires auront dissipé les doutes par les démonstrations les plus claires. Cédant à ces instances et me berçant du même espoir, je consentis à Tédition de mon ouvrage. JD

En effet, vaincu par ses amis et surtout par Tévèque de Culm, il lui remit le manuscrit en y ajoutant comme préface Tépltre à Paul IIÏ.

Gysius, heureux enfin d'avoir en sa possession le travail de Kopernik, songeait à qui confier un trésor d'une si haute importance. Il connaissait les mérites de Rhetieus, et savait quel attachement voua ce disciple à son maître. Il ne croyait pas pouvoir faire un meilleur choix, il lui expédia donc le manuscrit enSaœe en l'engageant à mettre tous les soins qu'exigeait une publication d'un tel ouvrage. Rheticus ne perdit pas de temps, c'est à Nuremberg qu'il fit imprimer ce manuscrit sous le titre : Nicolai Cap^mici TorinensU^ de Revolutionibus orbium ceBlestium libri VI, in quibus stellarum et flxarum et erraticarum motus ex veteribus atque recentibus observationibus, réstituit hic aûtor. Prœteria tabulas expeditas luculentasque addidit, ex quibus eosdem motus ad quodvis tempus Mathematum studiosus facillimé calculare poterit.

Rheticus choisit la title de Nuremberg ^o\xt h typo-

examiné cette démarche ; ponr en apprécier toute la portée il ♦ut se rappeler à quelle époque Kopernik se servit de cette manifestation. Nous verrons que ce fàft avait une haute signification, et était en parfaite harmonie avec sa théorie et avec toutes les actions de sa Tie.

Kopernik était contemporain de Luther, le premier quittait Rome lorsque le second y arrivait, rastroncwiûc polonais travaillait pour donner à l'Église un noutel éclat, l'autre lui déclara une guerre à mort, appjHe Rome la grande prostituée, brûle le brevet du palpé et propose de le jeter avec ses cardinaux dans la fosse da mur de Toscan, déclarant qu'il préférait être Turc que papiste. La réforme, protégée par les princes, se répand en Allemagne et touche lés frontières de Polc^ne. Lés chevaliers teutoniques, ces moines qui vivaient de ra^ pinesetde brigandages, queles Allemandseux-mftmes, comme nous Tavons déjà dit, appelaient chevalière crueifiants, étaient heureux de pouvoir s'afifranchîr du contrôle de Rome. Ils étaient fatigués des continuelles remontrances que Rome leur adressait. Us abjurèrent letir foi, abandonnèrent le chef de TÉglise. Leur grand maître se maria, la Prusse ducalô devint luthérienne. La Prusse royale, (Prusse polonaise) tout en regrettant les grands abus dont le clergé se rendait coupable, resta fidèle à TÉglise, espérant que le temps et les malheurs ramèneraient les pasteurs de la chrétienté aux sentiments et aux préceptes de TÉvangile. C'était à Té-

ET »S TMVAUX. 79

poqueoù Rome était hd plus attaquée, où l'Allemagne presque, tout entière divinisait Luther,^ le grand ^naître deTordreteutonique célébrait ses noces et tem*pétait contre le souverain pontife que le restaurateur de Tastronomie, Finterprôte de Tharmonie sidérale, le premier mathématicien qui a posé la basedoTunité, dédiait son Ouvrage au chef de TEgUse.

On jse trompe et nous regrettons que Brimnkr^^ éori vain consciencieux, tombe dans la même erreur* en eroyant que Kopernik adressait son travail au souve*rain pontife par une sorte de diplomatie» pour éviter ia pei^écution. Kopernik était Polonais, il vivait sous le règne de Sigismond, prince aussi sage que tolérant^ au sein d'une nation libre, àTépoque où rautorité du pape était ébranlée et à Tâge où Thomme ne redoujte plus le pouvoir des hommes. Aussi c'est avec la plus fcurte conviction que nous avançons que Kopernik, ea dédiant son livre i^RwolutioMmwi souverain ponliSB» n^était guidé que par ce sentiment d'uml^ qn'il a découiasit dans tbarmonie sidérale, et qu'il a pris pour basft de sa viejfiilflque comme de sa vie religieuse.

La préface adressée au saint père respire la franchiSB, la dignité, la conviction. On y voit l'homme supérieur qui, en parlant au chef de la chrétienté^ sait qu'il sera lu par les hommes d'élite de son époque et des siècles à venir. «Je déiiiemon ouvrage à votre Sainteté, dit-il, pour que tout le monde, les savants et les ignorants, puissent voir que je ne fuis point lejugemennt et rexanen.

80 KOFKRNIK >

Ton autorité et ton amour pour les sciences en général et pour^es mathématiques en particulier, me serviront de bouclier contre les méchants et perfides détracteurs, malgré le proverbe qui dit qu'il n'y a pas de remède pour la morsure d'un calomniateur. »

Kopernik, en môme temps, dans la mêmeépitre, rend compte des raisons qui le décident à rejeter les systèmes des anciens. « Les mouvements du soleil et de la lune, d'après leurs hypothèses, sont indiqués avec si peu de précision, qu'ils ne peuvent pas désigner la constante et éternelle longueur de l'année. Ils ne se servent pas des mêmes principes pour expliquer les révolutions des corps célestes. Tantôt ils admettent des cercles excentriques, tantôt des épicycles dont l'application ne se conforme pas avec l'ensemble du système. Ils n'ont aucune base certaine. Le problême le plus important, la forme^lu monde, et la symétrie des corps célestes, ils n*ont paa su les inventer ou démontrer. » C'est ici qu'il lait cette ingénieuse comparaison de leur système. avec le corps d'un monstre composé de membresi-MiBàssés au hasard, dont nous avons parlé dansnntrochi6tiQO,et il ajoute que son âme souffrait qu'on n'ait pas trouvé la raison certaine dumouvementet l'interprôtationdu mécanisme sidéral, digne de son auguste auteur. Il donne après une légère idée de sa théorie, basée sur le mouvement de la terre et sur l'immobilité du soleil, etajoute : a En observant les mouvements des planètes, en rapport avec la rotation de la terre, non-seulement nous

ET SES TRAVAUX. 8i

rencontrons une parfaite analogie et concordance mais encore nous trouvons dans Tensemble des corps célestes un ordre et une symétrie; le monde entier forme un tout harmonieux dont les parties sont si bien liées entre elles qu'on n'en peut pas déplacer une seule sans introduire le désordre et la confusion. Je suis certain que les savants et profonds mathématiciens applaudiront à mes recherches, si, comme il convient aux vrais philosophes, ils examinent à fond les preuves que j'apporte dans cet ouvrage. Si des hommes légers ou ignorants voulaient abuser de quelques passages de FÉcriture dont ils détournent le âens, je ne m'y arrêterais pas, je méprise d'avance leurs attaques téméraires. Est-ce que Lactance, d'ailleurs écrivain célèbre, mais faible mathématicien, n'a pas voulu tourner en ridicule les hommes qui croyaient à la sphéricité de la terre. Il n'a§t donc pas étonnant que le même sort me soit réserver Les vérités matfiematiques ne doivent être jugées que par des ^ mathémHtioiens. (Mathemata mathematicis scribuntur,) j\ Si moQ Ofbiion ne me trompe pas» mes travaux ne seront pas Mm quelque utilité pour Téglise dont Ta Sainteté tiei^ dans œ moment le gouvernail. »

Voilà des paroles pleines de force et de conviction, peut-on les comparer ou confondre avec le préambule timide d'Ossiander?

Rappelons-nous à présent quelle était la pensée intime des travaux de Kopernik , la boussole de ses recherches, r&me de sa découverte, et voyons si, sous ce

82 KOPUNIK

point de vue, œ n'est pas encore au chef de TÉglise qu'il devait dédier son ouvrage.

La découverte de la symétrie des corps célestes , de rharmonie sidérale et de l'unité, apportait une nouvelle preuve de la prévoyance du grand Architeote de Tuaivers. En effet, si la révélation qui nous apprend la mobilité de notre planète étonne Timagination, elle nous frappe en même temps par la précision arec la* quelle l'Être suprême dirige le mouvement du monde sidéral. Jugeons par analogie. Nous admirons le taleât, du mécanicien, qui construit une locomotive, un bateau à vapeur. Nous présumons de son habileté par la précision avec laquelle les différentes parties du m^anisme s'harmonisent entre elles* Plus le mouvement, dans ces puissants moyens de transport est régutitr, certain, précis, plus nous rendons justice au savoir et à l'adresse de rouvrier qui l'a exécuté. Qt^le haute idée alors ne devons-nous pas concevoir de cet auguste Maître qui fait mouvoir notre planète, dont la surface contient vingt-six millions de lieues carrée*, et qui , dans une minute, parcourt quatre cent douze Urnes. La course si rapide d'un corps si énorme se feit avec une telle précision que dans l'espace de milliers d'années, pas une goutte d'eau, ni un grain de sable, n'ont rÊ^ senti le plus léger dérangement. Hommes etanimaux, êtres vivants et inanimés, tout ce qui se trouve sur la surface de la terre suit cette- marche rapide, saïis rencontrer le moindre obstacle, sans éprouver le plus petit

BT SES TBATAUX. i)5

braillement De la terre, éleTons nos regards vers les cieux. Nous apercevons d^autres planètes circuler avec leurs satellites autour du soleil, et d*autres tourbillons, accomplir leur mouvement autour d*autres sdeils, avec la même rapidité et la même précision. Dans ce cortège de milliards de corps, dont Kopernik nous a expliqué le principe harmonieux, que! ost Thomme qui , ne s'inclinera pas devant la puissance et la sagesse de oe«* lui qui imprime et dirige ce mouvement.

(Test la preuve la plus évidente de T^xistence de rÉtre suprême, dit ImômïzpOHr ceux qui peuvent coih cevoir et comprendre ces vérités. S*il en est ainsi, & qui Kopernik devait-il offrir les fruits de ses scientifiques investigations, si ce n'est au suprême pontife, au chefspirituel de TÉglise, au seul représentant de Tunité sur Ir terre : que nous importe que quelques papes isolés n'aient pas reB|pIi leurs devoirs, Xopemik, en dédiant ses travaux â Paul ni, ne s'adressait pas à Thomme, à Tindividu, mais au chef qui tenait le gouvernail de la chrè^ tienté, protecteur des sciences, dont Tautorité devait donner im nouvel appui et un nouvel éclat à sa théorie.

Il prévoyait que son œuvre deviendrait utile à TÉ-» glise .universelle, et il la mettait sous le patronage de son chef. C'est ainsi que nous expliquons la dédicacedu chanoine astronome» du prêtre- citoyen, du catholi^e philosophe, du savant pieux dont les travaux et Texemple rendirent religieux Kepler, Leibnitz et Nev^rton.

Si un demi*8ièctoplus tard, la congrégation de rindex

HA KOPERMK

condamna l'œuvre de Kopemik aussi bien que son disciple 6ra/t7^,cela n'ôte rien à la valeur religieuse de ses travaux. Aujourd'hui tout le monde est d'accord que la ongrégation a commis une grande injustice et une grande faute. Le temps de la réhabilitation ne s'est pas fait attendre. Déjà la science a assigné à Kopemik une des premières places, bientôt la religion amenée à sa plus haute expression, le comptera aussi au nombre de ses plus fermes soutiens.

A peine le livre de Revolutionibus orbium cœlestium fiit-il imprimé que Rhêticus en envoie le premier exemplaire à son auteur. Il en était temps. L*&ge avancé, les fatigues, les adversités avaient brisé le corps de l'illustre mathématicien. Un écoulement du sang joint à la parralysie du côté droit le mirent au lit, et le rendûent incapable de tout travail intellectuel. Sa mémoire s*affaiblissait visiblement, bientôt ses forces l'abandonnèrent entièrement. Quand ses amis lui apportèrent rexemplaire de son ouvrage imprimé, ses derniers moments approchaient. Le philosophe le vit d'un œil satisfait, le toucha de ses mains afTaiblies, mais bientôt l'homme pieux se rappela qu'il fallait paraître devant le juge suprême, il abandonna le livre et ne s'occupa que du salut de son âme.

Il rendit le dernier soupir le 25 mai de Tan 1845. Gassendi, le plus Adèle de ses biographes, en racontant les derniers moments de la vie de Kopernik, fixe son attention sur sa piété et ajoute : « Atque hujus modi qui-

BT SES traVaitx. 88

dem yita, hujus modi mors Copernici fuit. » Il est mort comme il a vécu. Le biographe voulait dire que dans ses derniers moments , aussi bien que dans toute sa carrière, Kopernik se signala par une piété exemplaire. Il termina sa vie à T&ge de soixante-treize ans, pleuré par les habitants de la commune qu'il avait comblés de bienfaits, regretté par ses amis, peu apprécié par ses contemporains. Un petit nombre seulement d'hommes supérieurs reconnaissaient dans Kopernik le révélateur de rharmonie sidérale. Les guerres continuelles que la Pologne fut forcée de soutenir ne lui laissèrent pas le temps de rendre à Kopernik un hommage digne de lui. L'Europe, occupée des luttes religieuses provoquées par la révolte de Luther^ ne fit pas attention à la fin de rbomme dont le génie a imprimé une nouvelle impulsion à rintelligence humaine.

Le corps de Kopernik fut déposé dans l'église de Warmie. Une pierre modeste, avec une inscription analogue, indiquait aux passants que dans eet endroit reposait plutôt un humble pécheur qu'un sage qui illustra sa patrie et honora la science.

Non parem Paulo veniam requiro Gratîam Pétri neque posco sed quam In cruels ligne dederis latroni.

Sedulus oro»

« Je ne demande pas la grâce accordée à Paul, ni celle donnée à Pierre. Je sollicite seulement la faveur

M KOPERNIK

que vous avez faite au larron attaché à la croix. »

Cette inscription sur la tombe de Kopernik peint avec éloquence Thumilité d'un catholique pieux qui a beaucoup souffert et qui rejette au loin toute prétention vaniteuse. Après avoir rempli sa vie par des actes charitables, après avoir rendu des services immenses à la science, il ne sollicite que la faveur du pécheur pardonné.

Trente ans après la mort de Kopernik, Martin Kromer. historien polonais, fut appelé à remplacer révéque de Warmie, cardinal Hosius. Il ne voulut pas prendre possession du chapitre sans rendre un solennel hommage à la mémoire de l'illustre astronome. Il fit remplacer Tancienne pierre par un marbre sur lequel on trouvait celte inscription :

R. D. NICOLAO COPKRNICO

Torminensi , artxum

Et medicinœ^

Doctori,

Canonico Warmiensie

Prœstanti astrologo

Instauratori

Martinus Cromerus

Episcopus Warmiensis

Honoris et ad posteritatem

MemoriaD causa posuit.

MDLXXI.

ET SBS TRAVAUX. 87

Nous poursuivrons dans le cours de cet ouvrage Tinfluence que la découverte de Kopernik a exercé ainsi que la marche de Topinioii du public à son égard. Nous verrons dans ces derniers temps quels efforts la Pologne a faits pour conserver lesouvenir et honorer la mémoire de Fastronome que rAIIemagne voulait lui disputer. Ici nous reproduisons Textrait d'une lettre que deux Polonais ont adressée à TAcadémie des Sciences de Varsovie. Elle contient des détails intéressants sur Kopernik, recueillis sur les lieux dans lesquels il passa une grande partie de sa vie.

Un illustre Polonais, Tkadée Czacki, homme d*État aussi distingué qu'historien célèbre, ainsi que le poëta Mo^^ibi, faisant une tournée dans la Prusse polonaise^ s'arrêtèrent à Warmie, pour recueillir tous les souvenirs qui se rattachaient à la mémoire de Kopernik; ils en rendirent compte dans une lettre du 121 août 1803.

a Dans le cours de notre voyage, ce sont leurs propres paroles, qui avait pour objet de recueillir les souvenirs de la patrie éteinte, nous n'avons pas perdu de vue ceux ie Kopernik...

« Nicolas Kopernik était chanoine de Warmie et administrateur des biens du chapitre AUenstein. Passant alternativement son temps dans ces deux endroits il avait son observatoire dans l'un et dans l'autre. Dans la maison qu'il habitait et qu'occupe aujourd'hui un pasteur Luthérien, étaient collés, au-dessus d'une cheminée, des vers écrits de sa propre main, et il n'y a que

8H KOPERIflK

quinze ans qu'un des pasteurs a emporté ce souvenir ; on dit, (nous citons les paroles de la lettre) que ses armes étaient gravées en couleur sur le carreau d'une fenêtre. Ce n'est également que depuis peu d*années qu'on a laissé effacer, par insouciance, un vestige intéressant de ses travaux, qui avait subsisté pendant deux siècles et demi : on montre au-dessus de la porte l'endroit où était pratiquée une ouverture ovale pour faire entrer le soleil, qui aboutissait à un point marqué dans la seconde chambre. II y a six ans que le locataire actuel a fait boucher cette ouverture, »

Quant aux armes gravées sur le carreau d'une fenêtre, cette supposition est tout-à-fait erronée. Nous avons prouvé que Kopemik était enfant d'un honorable bourgeois et sa modestie parait trop à chaque ligne de son ouvrage pour que nous puissions croire à une vanité pareille. II signait simplement Nicolas, et ajoutait presque toujours Torunensis, ce qu'il n'aurait pas fait s'il avait voulu être fier d'un blason. L'homme à qui la Providence a permis de lire dans le livre de la création, avait à chaque instant devant ses yeux la puissance du Créateur et ce spectacle majestueux devait effacer de son esprit supérieur toute pensée mesquine et indigne d'un si vaste génie. Quant à l'ouverture ovale par laquelle entraient les rayons du soleil, Jean Sntadelki, savant professeur de mathématiques et d'astronomie à Cracovie, pense que c'était certainement le gnomon astronomique, que f ojpemifts'étaitménagé chez lui, pour

ET SES TRAVAUX. g9

observer Theuredu midi, la hauteur méridienne du soleil, les solstices» les équinoxes; et pour déterminer Tobliquité de Técliptique.

c La tour voisine, (nous lisons dans la môme lettre) où montait Kopemih^ et où il passait des nuits, est mal entretenue. Le bruit des chaînes avertit désagréablement qu'on a transformé en prison le bas de cette tour. »

Nous ne pouvons reproduire ces lignes sans ex< primer la douloureuse impression dont nous sommes pénétré à la seule idée que Fendroit où le plus grand astronome élabora son œuvre immortelle s'est changé en cachot, où les malheureux expient leurs crimes. Rien ne peut prouver avec plus d'éloquence que la terre où travaillait le restaurateur de Tastronomie est tombée sous le régne de l'étranger. Quel est le Polonais à son aise qui n'aufait pas déposé quelques oboles pour conserver intact le monument au sein duquel le plus grand astronome étudiait Iharmonie dans Tœuvre du Créateur. Si un Allemand voulait encore faire croire que Kopernik appartient à la race germanique, nous lui montrerions le cachot de Fraumbourg , et nous lui demanderions si c'est ainsi qu'on respecte la mémoire des génies qui honorent la race humaine?

a Nous arrivâmes à Frauenboiîrg en nous rendant à réglise, où reposaient les cendres de Kopernik, nous avions son nom à la bouche. Les vieillards et les jeunes gens , accoutumés dès Tenfance, & prononcer ce nom

90 KOPBRNIC

avec attendrissement laissant à Tadmiration des savants les productions sublimes du génie de Kopernik, rappelaient son souvenir à la vue de ce qui les intéresse de plus près. Frauenbourg situé sur une montagne, où se trouve l'église, manquait d'eau et toute la banlieue n'avait pas de moulin. A une demi-lieue de la ville, coule une rivière nommée Bauda, Kopernik en élève les eaux moyennant une écluse qui avait quinze aunes et .demie de pente et les conduit aux pieds de la montagne. Là il construit un moulin, et à côté un rouage dont le jet pousse Teau avec une force qui la fait monter à la hauteur de la tour de Téglise. Cette eau , conduite par des tuyaux au haut de la montagne, fournissait aux besoins de ses habitants, et tous les chanoines en étaient pourvus abondamment chez eux, parle moyen des communications qui ramenaient jusque dans la cour de leurs maisons. Cette construction intéressante porte rinscription suivante pour perpétuer la mémoire des bienfaits de Kopernik.

Hinc patiuntur aquae ; sursum properare coactœ Me careat sitiens incola montis ope.

Quod natura negat , tribuit Copemicus arte Unum , prœ cunctis , fama loquatur opus.

a Ici les eaux sont domptées. Elles sont forcées de monter sur les hauteurs, pour que Thabitant puisse étancher sa soif. Ce que la nature a refusé, Kopernik l'a

ET SES TRAVAtX. 91

obtenu par l'art. Ce seul fait, parmi tant d'autres, répandra sa gloire. i>

La machine se trouve, aujourd'hui, en partie détruite. Le chapitre, restreint dans ses revenus par les événements de 1772, se propose de la rétablir avec le moins de frais possible. Il se conserve une tradition parmi les personnes les plus instruites, que sous Louis XIV, on en avait demandé un modèle.

« Nous entrâmes dans l'église ; près de l'autel affecté au canonicat de Kopernik, était une pierre sépulcrale enfermée en partie dans une balustrade en marbre, qui entoure le grand autel. Des sphères, grossièrement gravées, et les lettres NicoL... cop . . eus; et dans la seconde ligne OBiiD AN. M..., lo reste des lettres était effacé. La pierre étant levée, on fouilla à l'entrée; car avant le dix-huitième siècle, les chanoines de Warmie n'avaient point de tombeaux particuliers. Nous avons été présent à l'ouverture... On ne découvrit que quelques ossements déjà à demi pourris. Le chapitre a retenu un sixième de la dépouille mortelle de Kopernik, et nous emportâmes les restes, avec un certificat enferme, muni de la signature des premiers prélats du chapitre : nous envoyons à l'église de Pulawy (propriété des princes Czartoryski en Pologne) un tiers de ces restes précieux, et nous gardons les deux tiers pour la société. (Société des Amis des Sciences à Varsovie.) ^

« Nous n'avons rien épargné pour découvrir quelques écritures de Kopernik... On trouve de ses signa-

92 KOFBRNIK

tares sur les actes du chapitre. Nous y avons vu, non sans intérêt, que le chapitre ne regrettait point les dépenses, pour fournir aux frais de son voyage en Italie 9 où peut-être, il avait déjà préparé le premier canevas de son nouveau système. »

Le savant professeur Sniadecki^ dont nous avons déjà parlé, croit, et nous partageons son opinion, que le secours du chapitre était plutôt destiné au frère de JBTo*pemik qui resta quelque temps à Rome comme cela est évident dans la lettre de Rhetieus k Hartmann. Quant à la phrase qui a rapport au premier canevas de sa théorie, nous avons déjà fait connaître Tépoque de sa découverte et Tendroit où il a commencé son premier développement. C'est en Pologne qu*il étudia les mathématiques, c'est à Cracovie qu'il posa la pierre angulaire du vrai mécanisme céleste.

« Les habitants de Frauenbourg nous assuraient qu'on avait longtemps conservé quelques instruments travaillés par Kopernik. On sait que Tycho en avait longtemps gardé quelques-uns faits par Kopernik lui-même. C'étaient (comme nous l'avons dit plus haut,] des règles parallactiques faites en bois, par cet homme, comme il l'appelle^ incomparable. Il les avait reçues en présent de Hanovius, chanoine de Warmie. Tous ces souvenirs ont péri. Les personnes mêmes qui nous disaient avoir encore vu quelques-uns de ces instruments, ne s'accordaient point dans leurs récits, ni sur leur nombre, ni sur leur nature

ni leur forme. Les écrits de Kopernik, que. nous cherchions en vain, auront probablement suivi le même sort. Un de ses manuscrits sur la matière monétaire, sur laquelle, comme Newton, il avait été appelé à travailler, doit se trouver dans une ville de la Prusse polonaise.*

Les auteurs de cette lettre en récrivant à Kœnigiberg ne se doutaient pas que ce manuscrit se trouve dans la même ville.

a Nous avons recueilli quelques-unes de ses lettres familières et nous en envoyons une pour servir au be« soin à vérifier ses manuscrits, en cas que le hasard en fasse rencontrer quelques-uns.

« Nous avons visité Tappartement qu'il occupait, il n'était composé que d'une pièce à Tétage supérieur; elle était flanquée d'une galerie, qui communiquait avec son observatoire. On voit encore, en bas, un bout de l'escalier qui y conduisait. Cette chambre avait vue de trois côtés, sur un bras de mer ; le quatrième donnait sur une plaine masquée aujourd'hui par une tour bâtie depuis. »

La lettre que nous venons de citer, confirme les détails que nous avons donnés dans notre récit. L'attachement et le respectueux souvenir que les habitants de Frauenhourg ont conservé pour Kopernik après trois siècles écoulés, apportent une nouvelle preuve des nombreux bienfaits dont le charitable médecin et le savant mathématicien dota sa commune. Les simples habitants de Warmie ne s'inclinaient pas devant le génie du restaurateur de l'astronomie, mais devant un homme qui

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se signalait par sa charité et par ses travaux utiles.

En lisant la même lettre, quel est le lecteur qui ne sera pas frappé du contraste de la conduite des Polonais et des Prussiens à Tégard des souvenirs de Kopernik. Les Polonais recueillent avec un respect religieux tout ce qui leur rappelle les détails de la vie de leur illustre compatriote. Ils font un pieux pèlerinage sur sa tombe, emportent ses lettres, sa signature, ses restes mortels. Ses cendres, ils les déposent à Pulawy, dans le séjour des descendants des rois de Pologne; tandis que les Prussiens laissent tomber en ruines le séjour du^grand homme, permettent d'enlever ses manuscrits, son corps, changent en cachot Tobservatoire du premier mathématicien du globe, et dans le laboratoire du savant pieux, on entend les gémissements des victimes qui y expient leurs crimes.

N'oublions pas encore que la Pologne a été partagée, que la ville natale de Kopemiky ainsi que la cité au seiti de laquelle il passa une grande partie de son existence, est tombée soùs la domination de la Prusse. Ce sont les maîtres qui changent Tobservatoire de Kopernik en cachot, ce sont les Polonais sans patrie qui leur enlèvent en plein jour tous les souvenirs du grand homme ainsi que ses restes mortels. Oh Prussiens! ne dites pas que Kopernik est votre compatriote. L'Europe et Thistoire vous prendraient pour les hommes les plus ingrats de l'univers.

ET SMS TEÀYAVX. 9S

vn.

n nous reste encore à tracer les traits caractéristiques de la vie intérieure de Kopernik. Malheureusement on nous a laissé peu de souvenirs à cet égard. Il faut les recueillir dans les phrases isolées de ses disciples ainsi que dans les écrits de ses biographes.

Le chanoine de Warmie habitait un logement commode. Son mobilier était modeste et conforme à Thomme qui se dévoue 'entièrement à Tétude. Il avait un laboratoire dans lequel il préparait les médicaments pour les malades pauvres. Les instruments astronomiques peu compliqués furent faits de sa propre main. Peintre habile, il a conservé les traces de tout ce qui a frappé son imagination pendant son voyage en Italie. Il faisait les portraits avec une grande ressemblance, à en juger par la joie qu'a éprouvé Tycho-Brahé en recevant l'image de Kopernik faite par lui-même. Il se levait de bonne heure bien qu'il travaillât pendant la nuit. L'é-

90 KOPERNI&

vèque Gisius assure qu'il était versé dans toutes les scienœs. Il ajoute que dans Tart de guérir il était si heureux et si habile, qu'on le prenait pour un nouvel Esculape. Il préparait certains médicaments avec tant de soin et de bonheur, il les appliquait si heureusement, que les pauvres, soulagés par ses soins, le vénéraient comme une divine providence. « Addidit vero Gisius eum fuisse quasi alterum iEsculapum in medicina habitum : id inter pretari sic decet quod singularia qusodam remédia et probe calevet, et ipse paravet et faeliciter adhibevet, ea ereganda in pauperes qui ipsum id circo ut numen quoddam venevarentur. d II n'aimait pas à Uvrer ses travaux à l'impression , convaincu que les produits scientifiques des hommes occupés de sérieuses études, sont sujets à la critique de détracteurs ignorants et envieux, il ne voulait pas exposer à leurs morsures les vérités qu'il avait découvertes. Mais il n'en était pas de même à l'égard des hommes dont il estimait le jugement. Il leur communiquait ses manuscrits, répondait volontiers aux demandes qu'il recevait, ne refusait pas des explications, réfutait les objections, donnaitdes conseils, selon le caractère et les désirs de ses correspondants. Jean Brosius possédait de nombreuses copies de ses lettres ainsi qu'une correspondance suivie. Il faut regretter que l'ami etle confident de l'illustre mathématicien n'ait pas livré à la publicité C6S précieux documents. Dans une de ses lettres adressée à son ami et ancien camarade de collège WaposH, il lui copimu-

ET SBS nAVAIJX. 97

nique son travail sous le titre de JUotu O^avm Spha^ rœ, sar le mouvement de lai huitième sphère. Gassendi fait mention de ce travail, sans en donner aucune idée. Malgré toutes nos recherches nous n'avons pu trouver I^ traces de cette production.

Il n'aiûiait pas à perdre son temps précieux tout consacré à l'Mude, dans des convetssations stériles et ne cherchait pas de nombreuses connaissances. Il ne pro^ diguait pas facilement le nom d'ami. Aussi quelques personnes disaient quMl affectait des mœurs austères. La vérité est qu'il recherchait avec ardeur le commerce des hommes de la science et évitait les discussions a^ec des individus incapables de le comprendre et del'appré* cier : L'évéque de Culm, le Polonais Gysius, si souvent mentionné, possédait toute sa confiance et toute son affection. Dantiscus, évéque de Warmie, un des successeurs de son oncle Watzelrodê^ aussi illustre par son saTok* que par ses vertus chrétiennea, était son ami. Rheticus, témoin plus particulier des travaux de Ko-> pemik, pénétré d'admiration pour cet homme de génie, lui voua toute son existence. Aussi l'astronome polo« nais l'aima comme son fils, lui donna la clé de ses recherches et des conseils dont l'auteur des Tàbl$$ pruêemquei a su profiter.

La parole et les engagements pris par Kopernik étaient sacrés. Il n'ambitionnait pas d'avoir la gestion du chapitre, ni l'administration des biens de Véglise ; mais quand cette t&cbe lui fut confiée il s^en acquitta

avec fètef laiaal et courage. Il ne m laissa pas déieiirmrébîm devoirs ni par les prières, ni par lesoeiiacee* Di par les cbieanes des pervers, ni par la Yiolenoe. U senit vainqueur de la lutte que la mauvaise foi al la convoitise de Tordre teutonique lui suggérèrent. Autant il oietlait d'aotiTitô à défendre les droits de la commine, de rÉglise» de la patrie* autant il était indifiérent aux iqures qui lui étaient personnelles. Il laissait ùàtt. comme nous avons vu, les histrions, qui amusaient la foule à ses dépens. Dans la conversation il s'animtft, mais jamais ne manquait d'égards pour ceux qu'il ta pouvait û(m vaincre. Si quelqu'un ne comprenait pasM qu'il prenait pour une vérité, il n'en accusait pas soa intelligence, il supposait que Thomme pouvait saisir de grandes vérités, et n'avoir pas assez de talent 4rt de patience pour les £BÛre comprendre.

L'orgueil n'a jamais régné dans son coeur. Rheticus donne témoignage de sa modestie, t Suasexquisitimes mediocreisy non nimias esse volult. » Il n'exagérail pas la valeur de ses recherches, il ne les apprédait piutétpasassea.

Nous avons bit voir que Kopernik, tout en s'ooou* pant principalmnent des recherches mathématiques, lie négligea pas de remplir ses devoirs de citoyen. Appelé par la confiance du chapitre à le représenter & If diète de Grudzionz^ il embrassa la question qui iitféreswt le plus sa patrie. Prévoyant la ruine du commerce et de l'industrie nationale, par la licence et le d^^ordrf . ^im

ET SBt TKAVAUX. 99

lesquels un battait moiuiaie sans valeur et sans garantie, il ^bora le plan de réforme dont nous avons donné on abrégé. Dans i'assemblée des députés il prit la parole à plusieurs reprises ; s'il froissait les intérêts privés, il bisait appel aux sentiments les plus élevés, & l'amour et à la prospérité du pays. Si Tintérét général ne fut pas assez paissant pour vaincre l'opposition des d4jégttte des villes, Sigiaooiond, cet illustre nkmarque sut apprécier le travail du sn^nd citoyen, et le fit adopter quelqi]^ années plus tard. Ici fojMmiiia donné enoore une preuve que le bien public était son premier mcdiile, et que souvent il &ut savoir faire des conces^ sions pour obtenir un bon résultat. D'après son premier projet/d'accord avec ses principes, il demandait que pour la Prusse polonaise, ainsi que pour la Prusse ducale et poUr toutes les provinces soumises au roi de Pologne, il n'y eût qu'une seule monnaie, frappée dans un seul endroit, d'après le même principe, et garantie par le timbre royal. Il s'aperçut que le grand maître de Tordre téutonique, duc delà Prusse depuis son mariage, ne voudrait jamais, renoncer à un privilège qu'il regardait comme son droit. Alors Kopemik modifiason premier projet, il consentit à conserver au duc, vassal du roi de Pologne sesprérogatives, maïs à la condition que la . monnaie prussienne aurait la même valeur que la monnaie polonaise etque pour lagarantie, d'un côté on frap«« perait les armes de la Prusse vassale, de l'autre celles du roi son iouveraifl. Il est vrai que le proj^ perdit de sa

100 KOPBBNm.

simplicité. L'unité fut sacrifiée, mais l'anarchie dans la circulation de la monnaie disparut, le bien-être et le ccUli prirent consistance. Sans cette concessibn le projet de Kopemik serait resté sans application. Son éloquence , son énergie, les luttes qu'il eût à soutenir contre Tordre teutonique, le talent avec lequel il défendit son plan de réforme à la diète de Grudzionz fit dira à Gauemdi que Kop^rmk se distinguait dans Taccom* plissement de ses devoirs civiques autant qu'il surpassait les autres dans sa vie studieuse et contemplative.

Les hommes de mérite arrivaient auprès de Kopemik attirés par sa renommée , avides de connaître d'avance la nouvelle interprétation du mécanisme céleste. L'astronome polonais les recevait avec l'hospitalité qui est proverbiale en Pologne, leur donnait toutes les explications et tous les renseignements qu'ils désiraient. Si quelqu'un lui faisait des objections et combattait sa théorie, il la défendait avec une force qui dénotait une profonde conviction. Sa voix agréable ne manquait pas d'énergie , sa figure et ses ^eux s'animaient dans la chaleur de la discussion. La tradition nous a conservé quelques phrases dont il se servit en défendant ses principes. Dans les temps moins éclairés on les aurait prises pour les prophéties d'un être supérieur.

Quidques-uns soutenaient que sa théorie était fausse parce qu*on ne voyait pas des phases de Vénus et de ttercure. «Si Vénus et Mercure, lui disait-on, tour* naient autour du soleil et que nous tournions ctoiDs un

ET 8ÊS TRATAUX. lOi

plus grand œrcle, nous devons le voir tantdt plein, tantôt en m^oissant, mais o'est ce que nous n*apercevoTte jainrâ. — Cest pourtant ce qui arrive , répondait Kojimiift, et c'est ee que vous verrez si vous trouvez un moyen de perfectiobner votre vue. » Cinquante ans plus tard, rinvention du télescope, en conflritaant ces paroles, apporta une preuve Irrécusable des vérités révélées par rastronome polonais.

Kq^ernik écrivait en latin. Son style rappelait les auteurs anciens dont la tecture Tinspirait. Il est clair et précis comme les vérités mathématiques qu'il apportait. Pas de phrases inutiles, pas de vaines déclamations. Du reste, les calculs et les preuves géométrfques ne se prêtent pas à de poétiques descriptions. Cependant quand le sujet s'y prête le style de Kopemik s'anime, et ne manque ni de feu, ni de poétiques inspirations. En parlant du soleil il s'étonne qu'on fait tournoyer cet astre brillant autour de la terre un million de fois plus petite. Il lui désigne une tâche plus con^ forme à sa grandeur et à sa lumière. Il le place au centre de notre univers, et de là l'astre brillant, assis comme sur un trône royal , illumine de sa clarté sublime la grande famille des planètes et de leurs satellites. Cette pensée, aussi siinpleque grandiose, a inspiré plus d'un poète, maià ils n'ont jamais produit rien qui puisse égaler cette expression.

« Eitantium primus Satumus, qui 50 anno snum complet circuitum. Post hune Jupiter duodecennali re-

MU. IWBANIK

IpdilîoM.piobUis. Deioda Mmrê qui bieniid eîroiiit Qnartumin ordine aoiuia revolutto looum obtioel, ûi QMO unam oum orbe IJnnm tasquam epiayc ly< w i ' tioeiri dizimus. .Quiota loco Fmiit dodo meoi» ledudtur. Sextum deoique looum Merourius tenet, ooUiar l^nta dierum spacio oircum ourreos. In medb i^ero ooiDium residelâW, Qais eniia in boo pulcherisio Vmtplo lampadem banc in alio vel meliori loco ponerat., quam unde totum possit iUuminare? Siquidem non inepte quidam lucernam mundi, alii mentem, al\i reotorem vocant. Trimêpitui visibilem Deum, Sapkoclû electra intuenta omnia. Ita profecto tanquam in solk) regali Sol residens ciroum agentem gubernat astronûD &miiiam.

Ainsi d'après Kopermk notre univers est ud tem^e magnifique éclairé par le sdeil placé au milieu. Il demande, comme nous Tavonsdéjà mentionné, où peut se trouver un autre endroit dans lequel on aurait pu mettre cette lanterne magique; de quel autre point l'astre du jour aurait pu mieux distribuer ses bienfaisantes lu^ mières. Si on prend le soleil pour le flambeau de Tuair vers, pour son&me, pour son guide, si TrimegisUl^ nomme un Dieu visible, si SiyphoeU le croit une puisr sance électrique qui anime et contemple Tensemble de la création, s'il ea est ainsi, le centre de notre univers est le iiol endroit qui convient & sa grande mission. De là, assis comme sur un trône royal, il règne sur la tamille céleste qui tourne autour de lui.

BT sm nA^ux." 40t

En parlant du {NNirait ids MugfêrmknMê i pas oublier rimpru^ioii qy» «pu ini^B prodtiml sur nilo^f» Ty«lb-ArdU. VasIriMMiM daaois oiiMe^pm Kapemik était m riva^ <l>i^ knn ^[>taieâtdillfftiilit, qu'il était ioia d'admetHa ie nonToment de Botre pift>* nète, son admiration poar Tliomme de giiîe rtmpérte sur toute iMitre ooBsidérMira^ ii pliii le portrailiV grand homme dans la pièoe prineipaie de saa dimn*^ toiie^^ay ajwiaiit woé InscripiieR poétique dâmta^ quelle il rend hommage à l'faomme qui anéta le éoleil, qui lança la terre et qui reidit la coarse des cotfi célestes plus régulière et plus feoiM. Cette poésie de Tycho-Brakif ainsi que orile que nous airous déji npto^ duite plus hautnoes fmt croire que si Tyobon'aAttettait pas ie moufMpent de la tcrre^ il est possible que ii crainte des perséestions imposa âleiiee à ses intime conviction.

On ne pourrait eq>liqiier autreoient ie contraste de ses opinions personneUes avse son enthousiasme pour son adversajps, surtout quand on se rappela que ees poétiques inspirations n'ont été connues qu'après la mort de leur auteur, alors seulement lorsque Thomme;' dégagé des iufluences terrestires^ n*a {dus rien à redeuter de rinjustice de ce monde.

Voici cette poésie que nons reprodms(ms oonum la preuve du plus édatanl hommage rendu à AJlirfitt par son rival et eonteroporain.

4M KOiOUfflK

iBHiara ssblimi terram, oomitaote Diana,

Currer». ne Pbcebus post-modo pellat equos.

Ipse sei in, mundi mndio, solioqua quiescens

R6gaii, iabeat qaomodo Olympus eat, Nil tamen, nt terras habitantibus inde nouetur,

Annus eat paribus, noxqae diesque rôtis.

Nanc yaga commodius volnantur sidéra in orbem ; Multos is, et vasius nil EfHcyclus agat.

QiK)d8tent, quod repedent, tardèque, citoque recurrant :

Vnica nam cuttctis terra ^volttta dabit.

lUe, vel inuit») taatos Ck>pOTnious ausus

Qui tribuit terrœ, corpore talis erat.

Cur non ingeniam poUusilepingitur, inquisT

Parte aliqua CaBlo pingitur ingenium.

Parte aliqua terris, quamuis Gœiumque, solumque

Tarn magno ingeni par, nec votrumque siet.

At corpus, dices, spectatur imagine solum

Dimidia, baud tanto sutBoiente viro :

SkHlicet is, totam qui gessitin iGthera terram,

Tota nec hune toium terra vel ipsa capit

Si robusta adeo fuit ingens turba gigantum , MoDtibus ut monteis imposuisse queat;

Risque velut gradibus celsum affectant Olympum, Quamvis in prcBoeps fulmine tacta ruit;

Onmibos fais unos quanto Copernicus ingens, Robustusque magis, prosperiorque fuit?

Qui totam terram, cunctis cum montibus, astris

n 9m ittAVAux. ^ Mb

Intuiit, et oallo ftilmine Icesus MX.

Clorpombisedenimlemerariabena indooébaot

Viribas ; id^potorat displicoisse ioui :

b placidus» cflolumpeiie^auitaoomiiie mentis,

IfeQti) euœ mens sit, JoiHter tpse fiioet.

C'est ainsi qmXyehfHBnAé eiprima la sopérimlé de Kopernik sur les géants jqai ont déclaré la guerre i Jupiter. D'un seul coup de foudre, le Dieu de TOIympe renverse leurs eflbrts iimensés, tandis que Xapêmik lance la terre avec ses montagnes et ses mers au milieu du tourbillon de Tunivers sans exciter le courroux de rÉtemel. Jupiter a dû repousser les prqets téméraires des géants qui voulaient r^^r par la force, et a dû se montrer favorable à Thomme qui n'avait d'autres armes que son génie.

A oété de Tenthousiasme. qui règne dans les poésies de TyckopBrahé tout autre hommage rendu à la mé* moire de Kopernik paraîtrait p&le et faible. Nous ne pouvons pas cependant passer sous silence que Flavius Fricblinus, Gassarus, Gy^us, Herbenstreitus, Tillustre Kepler, OssiandruS) Ramus,Beinhold, Rheticus, Schom* b«rg, Scrobcovicins,Seideljus, Stadjus, Zorawski payé* ren^ en vers le tribut de leur reconnaissance HJLofermkà Si la Pologne, absorbée par des discordes intérieures et des guerres étrangères n*a pAs élevé de suite un monument digne de son plus noble en&nt, si FEurope déchirée par des luttes religieuses n'a pas apprécié le rêvé*

lateur de l'barmoaie $idérale« m moins quelqMtlioinmes d'élite eotoonèrant uqo hymne d'adminiUrael de reconnaissanoe à la gloire du chaBoioe maibémitiaien quiasu dooner les preuves de la préToyance etde U sagesse divine dans Tadmirable mécanifime du moBde céleste.

Kopemik ae pronooça cpM très Mrement le nom de râternet, mais cbaque bis qu'il le fit^ il ajouta quelfMk sots qui oaraiiMriseDt sa puissance et sa sagesse* (Test ladivine Providence qui imprime aux corps Tai^ traction. C'est 1& suprême économe qui dirige le mou* vemenl des corps célestes. Enfin il aima sa théorie, son interprétation» et le mécanisme du monde sidéral y tel qu'il est, parce qu'il présente un ordre, une symétrie» une harmonie dignes de son auguste Créateur.

Il ne poussait pas ses calculs jusqu'à la minutie la plus subtile ccHnme le faisaient quelques savants (fax , tout en comptant par minutes» secondes, tiere, quart et quinte, se trompaient d'heures-et de jours entiers* Kopemik aimait & cet égard à répéter la &ble d'Ésq^, de ce pasteur qui, en courant après les oiseaux^ non^ seulement ne les attn^ pas mais perdit la vache qtù ie nourrissait. « Si je parviens, disait-il, i représenter les observations à 10 près, je me réjimiraîsautant que Ff^ iha§ore quand il trouva le csffré de l'Hypoténuse. • Sans cette licence y dit fq^ler, nous û^auriens pas la^ntaxe de Ptolémée, ni le livre A Mttidutimtbm^ ni les tables pmlemqueâ»:

Hiie&Mil#M^ifm«Me i^T^miiftoe visait pM 4 lit pt^Giém et a'^iMyéoi^it pas to tra?ail das oakmia» Sa)iv«nt4) prastaît ^toa aea braa JtM«««« at Taidioi^ til^ 4p(Mtf8pvmlatrayaUddstables^pieodiiHaî élarbor^k at pidrtiaau |toi grand saryioa de iamanoe. U rapr/ooha au|L aaeieQs « qua leura obserfations ne iumis sont pas données telles qu'elles ont été fiâtes» maisqQa chaque autour ies aooammodait & sas liypothèsas art)itraifea.A

Il regretta beaucoup qu^oaae possédât pas un ca^r taU^ue aufit de$ posîtiQUsdesét^iles fixesatil angagia soa disciple à jr porter toute sou atleutioo et toutes ses reahercli^&

Kopermk reQvar$a4e fond an combla les sfstéiues des ancieos» il parlait cependant avec le plusgraudraapect des savants de Tantiquité. Loin de se croire leur supérieur et d'en tirer ^oire, il attribuait ses découvertes aux progrès des sciences» aux changements des croyances, des mœurs et des études. U oroyait qu'en général resi»rit était plus élevé at r&me (dus gmnde. Il le répétait souvent: a Alia estsetas, alia morum gravitas» doctrinaeque exeeleotia, alia dépiqua ingenii celsitudo, ammique maguitudo , quam ut tàle quid in eum cadere quaad* > Su eSàU les croyances paymnes, en admettant la pluralité des divinités, rendaient plus ditfioiles la découverte de l'unité* L'anarehie et |Fincobéreuce parmi les dieux payens, qui ae disputaient TiB^i^ flueuea et la pouvoir, étaient eo analogia avec tes^ys^

MB KOMDUf»

lèmes astronomiques où régnaient le désordre et ht eonfosion. La croyanoeen un seul maître deTamT^e, oondaisait nécessairement à la recherche d'une théorie conforme à sa puissance et & sa sagesse. Kopemik aTatt donc raison d*attribuer sa découverte aux changements des mœurs, des croyances, ainsi qu'à Télévatioii de Tàine et de Tesprit.

La figure de Kopereik exprimât la bonté et la dontemplation. Ses joues colorées dénotaient la paix intérieure et la tranquillité de la conscience. Ses yeux, beaux et vifs, s'animaient selon les impressions de -son Ame. Ses cheveux tombaient en boucles sur ses épaules, et sa taille était celle d'un homme fort et vigoureux. iVtcMfémeFrischlinus, en voyant son portrait d'une parikite ressemblance, a fait lés vers suivants :

Quem cernis , viuo retinet Gopernicus ore , Cui decus eximium formœ par fécit imago , Osrubeum, pulcrique oculi, pulcrique capilli, Gultaque Apellœas imitantia membra figuras, Ulum scrutanti similem, similemque docenti Aspiceres , qualis fuerat, cum sidéra iussit. Et cœlum constare loco, Terramque rotari Finxit, et in medio mundiTitana locauit.

« Voiii te portrait de Kopernik qui rend parfaitement la rare beauté de sa figure. Sesjoues colorées, ses beaux yeuXf sa belle chevdure et ses membres bien propor-

lionnes rappellent les peintures d' Appelles. Livré aax recherches et à la méditation il semble oommanderaux astres, arrêter le firmament, fkire mouvoir la terre et placer le soleil au centre de Tunivers. >»

Le portait que nous mettons à la tête de cet ouvrage, rend les traits de Tastronome polonais avec le plus de ressemblance. Nous Pavons tiré de Touvrage de Gassendi, et nous Tavons comparé avec toutes les médailles et gravures qui cmt paru. Nous pouvons assurer que tous les portraits qui s'éloignent de celui conservé par Gassendi ne mérite aucune attention (4).

Gette gravure a été faite avec un grand soin diaprés le portrait qui se trouve dans la cathédrale de Strasbourg, a été comparée aux traits conservés par Bemeg" gerui placés à la tête des dialogues de Galilée. Ber* neggerus^ pourofiVir aux lecteurs un portrait historique, se procura Tirnage de Tillustre astronome dans la

(1) Ilm*«slpéoible de dire que Af. Oltsxezymkifiwassu précieuse collection des souvenirs historiques de la Pologne nous représente Kopertiik sous les traits qui ne sont pas conformes à l'original. Il est très probable que quelqu'un a induit en erreuir l'habile graveur, en lui offrant les traits de Stofler conservé dans les portraits des hommes illustres, recueillis par Boissarde^pour eeuiderastronome polonais.

Le beau médanion que nous avons vu à l'exposition de 1844, fail par un jeune statuaire, H. Adam Salomon, s'approche plus de la vérité. Dans la collection de Boissarde nous trouvons aussi un portrait de Kopernik et je m*étonne qu'il n'ait pas fixé l'attention de M» OleêzetynÀi.

110 I^OiUlflK

Prusse polonaise , à Tendroit où il passa une gtaade partie de sa vie.

Ceet ici que nous deTons foire mention d'un méeiH nisme merveilleux queplusdeùrs luiteurs attriboefit à Kap^mik. Nous voulons parler de Thorloge astroQomiqQe de la qatbédrale de Strasbourg. Notre livre était prea* qœ terminé lorsque nous avons reçu une importante communication & cet égard, de M. Maliszewski » eooUh siastique polonais. Après les plus minutieuses rechei^ cbee qu'il a bites kSira$b(mrg^ il s'est convaincu qu8 la mécanisme représentant le mouvement des corpa 06lesles est MX d'après le plan de Koparnik. Au moment où la congrégation condamnait son disciple GaUU^^ lea savants de Stra^urg protestaient contre cet arrêt en plaçant dans la cathédrale de leur ville, un ptanétairs d'après la théorie de l'astronome polonais et om^ d» son portrait.

Du reste, il suffit de lire la description de cette horloge qui a été comptée au nombre des merveillei^ pour se convaincre de ce que nous avançons. En voici quelques extraits :

<x L'étage au-dessus de la galerie aux Lions est en majeure partie occupé par un pkuiétaire construit d'après le système de Kopercik.

^ Les révolutions des planètes visibles à rœil mi, sont reproduites sur un grand cadran dont le fond és^i^^Ja^l^ la couleur du ciel, prise à une très grande hàutçiji^^l^n disque doré, représentant le soleil, occupe la pairUeceii-»

ET Sl^ TRAVAUX. (il

traie du planétaire ; ce disque n'est soutenu par aucun support; de son centre partent douze rayons qui aboutissent aux signes 4n zodiaque, peint3 sur la conférence du cadran. Sept petites sphères dorées, ayant diSérentes nuances, imitant celles des planètes et ayant des diamètres en rapport avec les dimensions apparentes de ces corps célestes, sç meuvent dans Tordre de leurs positions autour du soleil, qui reste immobile à sa place.

« tout proche de cet astre Ton voit Mercure parcourir son orbite en environ 88 jours; immédiatement aprë^ vient Yénus, Vétoile du matin, pour Téclat la plus belle des planètes, dont une révolution entière s'accomplit en 225 jours.

a La terre, qui occupe la troisième place > achève sa course en 365 jours, 5 heures» 48 minutes et 48 secondes.

« Au delà de notre globe ce sont Mars, la première des planètes dites supérieures par opposition aux deux précédentesi qui sont appelées inférieures, comme se trouvant entre le Soleil et la Terre ; Mars, à la couleur rougeàtre, accomplit sa révolution en environ 687 jours. Jupiter, qui vient après, effectue la sienne à peu près en 4350 jours. Enfin Saturne, la dernière des planètes, visibles à l'œil nu, ne met pas moins de 10747 jours à. son voyage autour du soleil,

a Fidèle interprète des mouvements que chacune des planètes a dans le système céleste, le planétaire reproduit en outre la révolution du satellite de laTerre,.et

ni KOPEENA

Ton voit ainsi notre globe continuer à parcourir son orbite, pendant que la Lune tourne en même temps autour de lui, en faisant une rëvoliition entière dans Tespaee du mois lunaire.

Aux quatre angles du planétaire sont peintes , d^iine manière bien expressive, les saisons de Tannée, figurées par les quatre ftges de Thomme.

« Au-dessus du planétaire Ton voit, sur un ciel étoile un globe spécialement destiné à rendre visibles les j»k«êti delà lune. En tournant sur son axe , ce globe qui est incliné, s'éclaire et s'obscurcit suivant les différentes apparences^ qu'il doit montrer pendant la durée d'une lunaison.

« La tourelle aux poids, dont la coupole est surmontée du coq, offre à nos regards plusieurs peintures provenant de l'ancienne horloge. La première, en descendant, représente Uranie , celle des neuf muses qui préside à l'astronomie; on la voit sous les traits d'une jeune Slle Têtue d'une robe couleur d'azur et couronnée d'étoiles, tenant d'une main un globe et de l'autre un compas.

a La seconde est le colosse allégorique des quatre monarchie^, mentionné dans Je chapitre VU du prophète Daniel ; il est représenté sous la figure d'un guerrier à tête couronnée et portant d'une main un sceptre. Enfin îa troisième nous fait voir h portrait de Nicolas Kopemik. auquel plusieurs auteurs ont attribué la con- ^rmtimie Vhorloge du 16* sOde, quoique ce célèbre ae-

trùnome naît jamais été à Siratjbourg^ tt que cette œuvré ait été commencée 50 ans seulernent aprèesa mort (i )• »

Ainsi le planétaire de la cathédrale de Sttasbowrg représente le mécanisme céleste tel qu'il a été expliqué par Kopemik. Le soleil immobile estplacé an centre en éclairant de ses rayons notre tourbillon. Autour de cet astre brinant tournent les planètes avec la vitesse désirée par ràstronoihe polonais. Le ^lécanisme ingénieux placé danè réglisé et exposé à la vue du peuple, explique clairement quelle était la pensée de ses fondateurs. Hais pour que personne ne puisse en douter, on y a mis le portrait de Kopemik avec cette inscription : mcOLAi

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