CHAPITRE VIII
La Pologne, absorbée par les luttes de la noblesse contre la royauté, occupée par des guerres extérieures, n^a pas, comme nous Pavons déjà dit, fait une grande attention à la vie et à la mort du sage qui a imprimé un nouveau mouvement à Tintelligence humaine. On honorait plutôt dans Kopernik un chanoine charitable, un citoyen intègre, qu'un homme du plus grand génie. L'université de Cracovie ne fit aucune manifesta-^ tion et laissa à Warmie les restes mortels du disciple qui fut sa plus grande gloire. Pas une voix n'est sortie de son sein pour faire recueillir les détails de sa vie, pour apprécier ses œuvres et ses travaux. Ainsi, quand la Pologne partagée recherchait avec soin ses souvenirs historiques; quand elle ramassait tout ce qui pouvait lui rappeler son ancienne puissance et son ancienne splendeur, elle ne put recueillir sur la vie de £6pemik que des détails très restreints, souvent erronés. l)e là tant d'inexactitudes dans les récits biographi-
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ques, une grande variété dans ses portraits et médaillons. Quelques nobles voulaient foire passer le bourgeois de I%om et de Crocovte pour un gentilbomme, et prenaient les traces de signes astronomioues laissées dans sa retraite pour des armoiries. D'autres, oubliant que la Prusse faisait partie intégrale de Tancienne Pologne, changeaient un enfant de la Pologne en fils de la Germanie. De là vint le prétexte qui a permis à quelques écrivains de TAUemagne de représenter le disciple de Tuniversité de Cracovie pour un élève des écoles allemandes.
Il faut ajouter aussi que le décret de la congrégation de rindex, décret qui condamnait Touvrage de Kopernik, intimida les auteurs qui auraient voulu rendre iiii hommage public au grand astronome. Le procès de Galilée ainsi que sa condamnation faisaient pressentir quel sort attendait le téméraire qui aurait voulu rendre hoihmage à la vérité. Gela nous explique pourquoi, dans le premier siècle qui suivit la mort de Kopermk^ nous ne trouvons, ni en Pologne ni dans aucun autre pays, une consciencieuse appréciation de sa vie et de ses oeuvres.
Cent ans après sa mort, un savant français, en faisant les biographies des illustres mathématiciensy a cru de son^ devoir de recueillir les notes sur la vie de K(h fêmUc. Nous voulons parler de ffomnilî, qui par ce travail a ajouté un nouveau titre à la reconnaissanoe pu- Uiqiie. Haïs idors la gloire de Mapêmik vfiAêii pas en**
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core assez établie, ni sa découverte assez appréciée. L'arrêt de la congrégation de Tindex n'était pas encore levé il et Cowendi n'accorde dans son œuvre qu'une place secondaire au restaurateur de l'astronomie ; l'bi^toire de s^r^ie se glisse comme un supplément dans la via de Tycho-Brahé parmi les biographies de Peurbach et RejjiomerUanus. C'est pourquoi cette notice biographique, si peu connue en Europe, est entièrement igno^ rée en Pologne. Le titre de son ouvrage porte en gvo&^ ses lettres JycAom> BraMi equUù Dani a$tronomomm coryphœi vita. Après ce titre principal, suit en petit caractère : JccesHt Nicolaï Copernici^ Georgii PeurbockU et J^nnnU Begiomentani a$tronomorum cdebrium ttta. J^'histoire de la vie de Tycho était donc l'œuvre principale; la biographie de KopemUi n'était qu'un slqgq^ soire, qu'un /?o*^«cr^J:7lfl*m inaperçu.
Pas un Polonais avant moi ne s'est arrêté sur ce travail de Gassendi. L'illustre Sniadecki, dans son di^ÇQuyrs sur Epfemik.^wue qu'il ne connaît pas l'ouvrage de Qa$iendùh^ savant Krzyrz€mow»ki, qui a consacré sa vie à recueillir tous les souvenirs de la vie 4e l'astronome polonais, ignorait l'existence de cetta précieuse potice^ écrite ^ latin et qui renferme de curie^Xiet intéressants.détaite. .
^Mb contient quati^^vingtrune pages in quarto, et m tête 9e tcouvQ le portrait de t^aper^, avec cette insoriptiaii :
ET Sfii^ iiuyÀvx. 14^
nat. amo 1473« ob 1543. M bas on trouve ces d^Kt vers :
« Non docet instahilis Copernicm œtheris otbes, ' « Sed terrœ instàbîles arguit tlle viceê, »
Depuis rinstant de la naissance de Mopermk jusqu'à sa dernière heure, tous les événements les plus impor*^. tants de sa vie y sont racontés avec la plus précieuse exactitude. Kopemih est né à Ihom, U est élève de Vuniversité de Cracovie. Il part pour VltaUe» professe te cours de mathématiques à Rome, et revientdans sa pa^ trie. Nommé chanoine de Warmie, il y élabore son immortelle œuvre de Ritoluiionibuê. Appelé à représenter le chapitre, il le défend contre les attaques des cheva* liers teutoniques. A lar Diète de Grudzionx^ il tâohe^to relever le commerce et Findustrie par la refonte et là réforme de la monnaie. Charitable, généreux, il aide les pauvres de sa bourse et de ses conseils. Enfin, il. meurt estimé par quelques amis» et -tourné en ridicule par les binions. Tous ces détails, ainsi qu'une courte aoiUyse de son livre, se trouvent dansiGoiietidH.âe mème^ que plusieurs poésies de Tytho et d'autres auteurs, le suis heureux d'avoir trouvé ce trésor que je puis moïy^ trer aux admirateurs de KopmUk.
c Je n'ai point laGiusmdi sur Kapmiiki. dit Snkh» dêeki (i), mais si on fait attenUoa au sièole où il a. véoi
0) A^<H^tti)| S1U? Mk^las KopfrfUkf par J«ui SitMtcki.
IflO KOPBRMK
et a ses opinions sur la physique, on jugera aisément qu'il ne pouvait être juge compétent de ce grand homme. »
On peut ici adresser deux graves reproches au savant profëltour de l'université de Cracovie. D'abord, il fallait lire Gauendi, le seul biographe de Kofemik. Le.soin qu'il mit à recueillir tous les détails de la vie àb Tyeko Brahé devait faire bien augurer de son tra^vail sur Kopernik. Ce fut une grande négligence et une grande injustice. Il ne fallait pas condamner un ouvrage avant de le connaître.
Aussi Smckiedb' a-t-il été bien puni en laisswtde côté la notice de Gassendi ; D'abord, il a privé son discours des plus précieux renseignements ; et en condamnant le travail de Gassendi^ il s'est trompé sur sa nature et sur sa valeur.
Il est vrai qu'au temps de Gassendi la gloire de JCb* pernik n^était pas encore affermie et sa découverte assez appréciée. Les travaux de Newton ne lui avaient pas encore donné le cachet de h vérUé inconiesMU. Cela n'a pas empêché le savant français de payer un juste tribut d'admiration à Kopernik, ei de recueillir tous les renseignements qui pouvaient nous mettre sur la voie de sa découverte. Il n'a pas omis un seul fait qui pût contribua* h, faire apprécier l'homme; il n'a négligé aucnne manifestation qui pût faire rendre justice à l'élévation de son génie. Quand il cite la poésie de Tycho, dans laquelle Tastronome danois appelle Kàpemik un
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homme ineomparabh^ un génie supérieur comme il ne s'en rencontre pas dans Tespace de plusieurs siècles, on le voit partager ce sentiment et cet enthousiasme, bien que son caractère d'ecclésiastique lui command&t des ménagements à cause de la cour de Rome.
Sniadecki, privé des renseignements recueillis par Gassendi, se borne à quelques lignes bi<^rapbiques qu'on pourrait dire plus qu'insignifiantes.
« Dans la 26* année du règne de Casimir Jagellon, dit-il, Kopemik naquit à Thom, le 19 février 1473, de Nicolas Kopernik et de Barbe de Wasselrode, sœur de révoque de Warmie. Envoyé à l'université de Gracovie pour y faire ses études, et inscrit au nombre de ses élèves Tan 149S, il s'appliqua à cultiver les littératures grecque et latine, et particulièrement les mafbématiques. L'école de Cracovie, alors uniqàe en Pologne, était devenue très célèbre et très florissante par ces trois genres de connaissances. Jacques de Kobylin , Nicolas Szadek, Martin d'Olkusz, depuis célèbres professeurs (te mathématiques, furent condisciples de Kopemik, tous quatre pour l'astronomie et les mathémati(|ues, élèves d'Albert Brudzewski. Lorsqu'ensuite, sur les sollicitations pressantes du prince cardinal Frédéric de Jagellon, Brudzewski passa en Lithuanie pour remplir lô poste de secrétaire auprès du grand-duc Alexandre, depuis roi de Pologne, Kopernik quitta sa patrie et se rendit en 1497 à Bologne, où il travailla aux observation» astronetniques^ non comme apprenti, maist, #a^
lââ KOPEBNIK
prè^e témoignage de Rhëticus, comme aide et speo tateur des travaux de Dominique Marie de Ferrare. Il était donc déjà instruit dans l'astronomie et les mathématiques en partant de Pologne sa patrie. Ces connaissances lui méritèrent une si haute renommée en Italie, qu'étant appelé à Rome à Tâge de 27 ans pour y pcofesser les mathématiques, ses leçons publiques lui avaient attiré de tous côtés un concours nombreux de disciples. L'enseignement public n'absorbait pourtant pas toute son activité, et continuant de suivre les travaux astronomiques, il y observa Téclipse de lune en iSOO» A son retour en Pologne, il passa par Padoue, où il soutint un examen public de ses connaissances anatomiques et mérita d'être, reçu docteur en mëdQcine. £a 1504, il fut inscrit comme membre de l'université de Gracovie, et il parait que son dessein était de s'y ûxec si son oncle ne l'eût appelé à YarmiCi en 1^ faisant char noine danç sa cathédrale.
« Mais p6r nous engageons pas davantage dans les petits détails, Qt dans les événements passagers de ^ vie. L'histoire d;un homme qui po^a les fondements so^ lides d'une science et devint poui* ainsi dire l'iostitutear des nations et des siècles, doit être celle de ses pensées. Au lieu de fouiller, & l'exemple de quelques*uns, dans les titres d^ sa famille, pour lui composer une origioQ i^ustre9 suivons plutôt lagénéalogie des idées grandes et des découverte!^ importantes sur le système du monde, P(H)r m^ (xmmiat^ qu'HypparquePhitolaiiiai Apol-*
loniasét d'autres grands honudes de TantiqttHé avaient été les aaoètres ^lignes da Kopemikv ,de lotaie que Galilée, Keppler et NèwUm see descendants ii);p
C'est vrai et beao, mais il n'en est pas moine utile de oonnattre toute la série des ficissitudee contre lesqueHes un homme supérieur a sauvent &. lutter- Son courage, sa persév^ancô peuvent servir d'exemple à quelques hommes de talent dont les^efEDrts se brisent quelquefois au premier obstacle. Quel homme osera se plaindre de^L- ingratitude et 4e rinjustioe^ quand il verra Kopernik exposé par les histrions à la risée poUique? Mais dans un pays comme la Pologne, où la noblesse était toute-puissante» seule estimée et honorée* Tbistoire de la vie de Kopernik offrait un précieux rensei* gnement. Le sage dont les travaux ont influé sur le ^moovemeilt intelleetdel delâraoehomaine» qui aàlui seul constitué la gloire du pays qui ie vit naître^ était fils d'un simple bourgeois» n'avait ni ob&teaux, ni blason; ses titres» son influence, sa gloire, il m lesdoit qu'à Dieu et 4 ltti<*màme; il les a achetés par ses trairaux et ses lt>uffrances. U.semble qna l'Iltte^préw, en élevant si haut le Ûls d'un boulanger de 4]moavie , voulait faire chérir et apprécier six miltoas^. d'hommes qui habitent les villes/ et que les uùbkmrH/oùt pas voulu traiter ni en frères ni en concitoyens. >
« Presque tous les écrivains anglais les plus avancés.
(4) Discours sur I^icolas Kopemiky par Jetm
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ajOQle SmêdêcH (i), s'accordent à désigner Kopérwik soos te nom de fhUoêofhe polonais; comprenant sons la qualification de jpMofopke tous ceux qui s'occupent de ravemr des sciences physiques, dont Tastronomie fait partie. Les mêmes écrivains donnent les détails et les informations les plus justes sur la vie de K^f^mik et sur celle d* Albert BrudzewM^ son instituteur. Leurs notices à cet égard sont parbitmnent d*accord avec les mémoiM historiques de l'université de Cracam. Plusieurs écrits anglais, entre autres le grand ouvrage intitulé : CffiiopêHa or am umvertal dictionary afêurU mid$eiènce$. Lomhn, 1786, attestent cette conformité.— Je ne sais ce qui a bit commettre aux écrivains allemands et à quelques auteurs flranoais une erreur gros* sière dans la géographie politique, lorsqa^ib se sont avisés de trantformer Kopvmik en un Allemand. Il est notoire que Thom, lieu de sa naissance, n'a cessé d*étre jusqu'à ces derniers temps une ville polonaise du palatinat de Culin; que Craeùei$, où il a Eut ses études, a toujours été la capitale du royaume , et au temps de Coperaîk la résidence des rois ; que la Warmiey enfin, oA il vaquait à ses travaux et faisait ses observations, était également une province polonaise. »
ki AiûHbdkilui-mèroe, oomme nousle voyons, contre son opinion primitive, sent la nécessité d'entrer dans qaelques détails de la vie privée du grand homme.
(l)IIAn«4ita>tir«.
ET 8BS TâAVAUX. 1%
Pourquoi donc ne pas épuiser ces renseignements et jeter tontes tes lumières sur Porigine et la vie de Kopeirttft? Craignait-il de révéler au mdnde que le prédécesseur de Keppler et de Newton était fils d*un bourgeois? ' S'il en est autrement, pourquoi ne pas publier les mémoires historiques de Tuniver^té de GracovieT Pourquoi glisser sur Torigine et la naissance d*un homme dont il retraçait la vie et jugeait les travaux?
Il est facile d'indiquer Torigine de Terreur reprochée aux écrivains allemands et français par Sniadecki. Il faut Tattribuer, d'un côté, à la néglig^oe de l'université de Cracovie, et, de l'autre, à la faixsse interprétation de la biographie de Gassenii.
L'université de Cracovie devait publier tous tes détails de la vie du disciple qui fait sa gloire. Ayant manqué à ce devoir, laissant aux autres et surtout aux étrangers le soin de recueillir les souvenirs de l'astron(Hne polonais, elle a fourni un vaste champ aux erreurs. Restait donc Ganenii^ le seul biographe sérieux. Gomme il désignait Kopemik sous le nom de Thormuê BùruiêHs^ sans ajouter que Thom était une vilte polonaise, que la Prusse était alors province polonaise, gouvernée par les Jagellons, rois de Pologne, il n'est pas étonnant que les biogn^hes, peu éclairés sur les révolutions dans te nord-est de TEurope, aient pris Thorn pour une ville allemande, et la Prusse polonaise pour une province Germanique. Mais celui qui conserve le moindre doute à cet égard n'a qu' jt se rappeler que la
i^ KOPUNIK
Prusse a changé robsenratoire de Kopernik en cachot, au moment où les habitants de la Pologne appeUûent Thgrwaldsen pour loi élever à Varsovie un monument étemel.
ET SIS TBAYAUX. itf