‹ Kopernik et ses travauxChapitre 27 sur 35 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Si la Pologne pendaot soq indépendailoe n'a pas |Mtyé & Kopérnik un tribut digue de sa mémoire, il B'en est pas de même depuis qu'elle a été partagée paries eabinètsdu Nord. L'aDéantissement de la patrie de Ga-simir-le-Grand réveilla dans les eœars de tou^ ses ea-* buts la mémoire de son antique puissance et de sa mille gloire. La littérature eherohait son alimenl dans les sûènes dramatiques du passé; la peinture reproduis saH les faits d'armes des rois et des noblep. Toote la aar tîoa ne vivait que de souvetiirs. 11 semblait qne cbaqua bit glorieux raconté de nouveau exoiterait rimitatton et enfouterait des héros. Chaque souvenir devmiait un trésor, tout homme illustre une gloire de phisqul) fallait admirer. DaoscetraVail de la régénération future à Taide du passé, oane pouvait pas oublier Mopamik.

En 1801 , la société littéraire de Varsovie proposa aaequ^ion conçue dans les termes suivwtsi :

tlB KOFEINIK

« En payant un juste tribut d'éloges à la mémoire de c Kopernik , montrer ce que lui durent les sciences ma* c thématiques, nommément l'astronomie au siècle où ft il vécut; quel parti il a tiré des travaux de ses préc décesseurs; comment il en a proGté; dans quelles c sources il a puisé. Apprécier enfin rinfluence de sa c doctrine sur Tétat actuel de ces sciences en Europe.»

Jean Sniadecki, professeur de mathématiques et d'astronomie à Cracovie, savant dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, résolut de répondre à cet appel. Son talent, ses études, sa renommée le rendaient digne de cette tâche diflBcile. En 1802, il prononça et publia son discours sur Kopernik, qui a été traduit dans plusieurs langues» et que M. Tegoborski publia en français^iSSO» sous le titre :lKicoiir# fur Afcofai fiqMr» mkf far /mm Sniaieeki.

Si le savant professeur ne donne pas de détails sur Torigine et la vie de Kopemik, s'il se trompe sur le oonqite de Gassendi, son travail n'en occupe pas moins une première (rface parmi les travaux publiés sur JTofemik. Il trace d'abord l'état de l'astronomie avant £»« femik, afin de faire mieux apprécier l'importance de sagrandedecouverte.il prouve que le mécao^one du monde fondé sur le mouvement de la terre est une coor^ œption neuve et originale de Eapemik.

c Pour y parvenir, dit Sniadecki, quels secours pouvaient lui o&ir les travaux et les connaissances des anciens ; quelles sont ses idées vraiment originales , et

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qu'à-t-îl emprunté de ses devanciiBfs ? Ni Thistoire de * l*astronomie, ni la plus sévère critique, ne sauraient répondre àcette question d'une manière plus préciseque ne le fait Kopernik lui-même. Presque chaque chapitre dé son ouvrage des Révolutions des Orbes eélesêes présente à la fois et lé précis historique et le développement des idées qui en sont Tobjet., Juge impartial de ses prédé- <»sse\irs, tantôt il en explique et étaie les idées, tantôt il y substitue les siennes. Les droits de propriété aux conceptions de son génie ne sont nulle part flétris par la plagiat, ni sa gloire ternie par les prétentions de la vanité. Dominé impérieusement par l'amour de la vé^ rite et de la science, il dédaigne les petites jouisssuices de Pamourpropre. Loin de vanter sa doctrine, et de la présenter comme une découverte il cherche à en déguiser la nouveauté, pour ne pas effaroucher son siècle par un système hardi. On croirait à Tattention qu'il a apportée à recueillir, à alléguer toutes les notions de Timtiquitë 3ur le mouvement de la terre, qu'il ait prisa tâche de dépouiller ses propres idées de leur caractère d'originalité. Hais l'examen impartial de son ouvrage soiBt pour n6us convaincre que tout ce système , considéré dans son ensemble et dans son déveloi^ment, n'est pas un édiflce composé des débris de Tancienne . doctrine, mais une création bien caractérisée.

Il est certain, à la vérité, que d'après le témoignage de Cicéron, plusieurs savants de l'école de Pythagore, nommément HiracUde^ Eephante et Nicitas de Syroeuse^

avaient déjà énoncé Topinion du mouvement de rotar tlon de la terre ; que, d'après Plutarque, PHUoIoUb- oé* lèbre par ses connaissances en mathématiques, et dont la réputation avait engagé Platon à faire un voyage en Italie pour le visiter, avait même attribué à la terre un mouvemement périodique autour du soleil; qu'enfin Arisiarque de Samos, qui avait précédé Ptolémée de quatre siècles dans l'école d'Alexandrie, avait eu également, comme l'atteste Archimède, une notion de ce mouvement annuel.

Que prouvent cependant ces témoignages réunis sur les opinions de l'antiquité, opinions que Kopernik rapporte fidèlement dans son ouvrage, sinon que parmi les sages de la Grèce, nommément ceux de l'école de Pythagore , il se trouvait des philosophes qui avaient avancé Tidée, ou plutôt le soupçon du mouvement annuel et diurne de notre globe, mais qu'on nY trouve aucun passage qui nous présente cette opinion appuyée de quelques preuves, développée dans ses conséquences et éclaircie par son application aux phénomènes? Ce n'était donc qu'une idée vague jetée par hasard, approfondie par personne, et noyée dans une foale d'opinions absurdes dont l'école de Pythagore s'était souillée. Cette idée n'était point inconnue à Ptolémée, elle ne l'était pas non plus à ses commentateurs arabes et européens, puisque le premier, dans son il?mtt^*^e,lesdernlérs dans leurs commentaires, posant pour baéede leur doctrine Timmobilité de la terre, s'attachent h ré-

ET 9f» TAAYAUX. VU^

fut«r ropinioQ contraire, et & la pré^aaler comme in^ admiasibla. S*il eût existé dans les écrits dia aQoiaoa ie moindre vestige de cette hypothèse éolaiFcie et fiiée dana ses rapports avec les mouvements céleatas, Ptolémée et ses successeurs n'auraient pas manqué d'en discitfer le développement, tandis que pour la combats tve ils ne s'appuient que sur des principes métaphysiques vagues, et la plupart erronés : o'est ce que Maf$mik fait bien remarquer dans les 7* et d* chapitines du premier livre de son ouvrage. »

Nous partageons entièrement ropinion de Sni^ecki, naos ajouterons seulement que pour nous la seule dé«eouverte du mouvement de notre planète n'aurait pas une grande importance, si en même temps Tharmonie sidérale qui en résulte ne donnait une parfaite h^ terppétafion; du mécanisme céleste: C'est cette interprétation, que personne n'a pas même tentée avant Ki^fiPmik, qui fait son m^te et son éternelle gloire.

N<ras ferons encore observer que Soiadeeki, philosophe et mathématicien, n'a considéré ftipMfiîib que du point purement scientifique' sans se rendre compte de l'influence morale qu'il a exercée. On nerencontre pas dans le discours de Sniadecki le nom de l'Être suprême : cela dérive sans doute de ses sentiments personnels. C'est la nature qui bit mouvoir le corps, c'est elle sans doute qui a révélé ses secrets & l'astronome polonais.

• k Quand on se place en idée au siède où Ropemik

Aii KOFERIIIK

véCQt, dit encore Sniadecki, ou même à une époqae plus reculée» on -ne peut suivre sans admiration et sans une sorte de volupté son eicposition du mouvement annuel de la terre, où , après avoir établi le parallélisme de son axe, il en déduit avec tant d'ordre et de clarté les vicissitudes et le retour périodique des saisons. En lisant ce di6f-d*œuvre, à la perfection duquel les écrits des anciens n'avaient été d'aucun secours, comme les lumières nouvelles n'ont rien pu y ajouter, il semble que la Mture lui ait dévoilé elle-même les merveilles de sa simplicité. Les principes de mécanique ou de science du mouvement étaient encore à naître : ils attendaient Galilée, Keppler^ Huyghem, Newton pour être conçus et dévoilés; ils attendaient Euler, Clairaut, d'Âlemberi» Lagrange et laplofie, pour être appliqués, développés et étendus. » C'est en vain que dans le discours de Sniadecki on cherche Thistoire du mouvement religieux produit par Kopemik. Pas un mot des rapports de la création avec le Créateur, de Toeuvre avec l'ouvrier qui Ta accomplie. La comparaison de Tancien cahos avec la précision mathématique de Tharmonie sidérale ne lui arrache aucune expression en Thonneur de Tauguste mécanicien qui a accompli cette oeuvre immense. Sniadecki vojt que sans Kopemik nous n'aurions eu ni Keppler, ni Leibnitz, ni Newton, mais il ne s'aperçoit pas que les sentiments religieux de ces hommes supérieurs sont dûs à Kopernik^ qui mariait la science avec lareligion, et qui,^ dans Texamen de Tœuvre de la créa-

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tion, voyait la perfection du Créateur. Aussi, ni la réforme, ni le procès de Galilée, ni la condamnation du iivredefapemiftne trouvent place dans son discours. Le philosophe évitait avec soin tout contact avec Téglise et la religion. Aujourd'hui ce silence n'est plus permis. La philosophie et la religion ne se combattent plus; chaque jour la séparation s'affaiblit. Il faut au contraire unir la foi avec la conviction, et préparer le triomphe de l'anité en prouvant àl'aide de la science la perfection de la divinité. "

Cette partie religieuse est, d'après nous, la lacune la plus importante du discours de Sniadecki. Cependant l'appréciation de l'ouvrage <fe J{0to/ti/t6»i6ii# démontre dans Sniadecki un jugement profond et une grande éru? dition, Tout en donnant un court abrégé de l'œuvre de Kopemik, il signale tout ce qui mérite le plus d'attenti<Mi, indique leserreurs des mathématiciens, qui se sout trompés en examinant ses œuvres et rend hommage aux autres découvertes de Kopemik qui ont échappé à l'attention des savants. Sous ce point de vue» Sniadecki a rendu un grand service à la science. Son travail a servi de guideaux mathématiciens qui ont profité de son dis* cours, et si nous devons compter Delambre au nombre de ceux qui ont rendu le mieux la pensée du restaura-* teur de l'astronomie, il faut l'attribuer ail discours de Smadecki.

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