REûBNSBtRG, commis et greffier de Tjaringin
12. M""*^ ScHV^ALM (décédée le 2 Septembre à l'hôpital de Sérang, à Id suite de blessures etc. reçues lors de la catastrophe).
13 et 14. Deux enfants de M^® Schwalm.
Les autres Européens , au nombre de 16, échappèrent au danger, en prenant a temps la fuite, ainsi que nous Tavons vu ci-dessus.
Au «Sud du phare de Java*s 4^ Puni la cdte basse devient bientdl plus étroite, pour ne s'élargir de nouveaux qu'aux environs de Tjaringin. Entre ces deux points, il y avait au bord de la mer plusieurs villages , tels que Sirih , Pasaoeran , Tadjoer , Tjerita , qui furent tous détruits.
De la localité populeuse de Tjaringin même, il n'est rien resté non plus; elle était située dans une grande plaine, de ISOO mètres de largeur, derrièrre laquelle s'élevaient des collines hautes de 20 à 30 mètres, où se sont sauvées les quelques personnes qui en eurent le temps.
Pour Tjaringin, nous possédons la relation du conducteur des ponts et chaussées, Gaston (8!i). D'après lui, quelques maisons de cet endroit, dans la dessa Tjaringin-lor , avaient déjà été emportées le Dimanche soir à 7 heures; le résident de Bantam rapporte que pareille chose avait également eu lieu, de même qu'à Anjer, à ^^ \ ou 6 heures , et qu'alors s'étaient écroulés les kampoengs de pécheurs les plus populeux, ainsi que le grand mesigit; il dit, en outre, que pendant presque toute la journée du Dimanche on observa une pluie de cendres, non seulement au chef-lieu, mais à peu près dans tout le district de Tjaringin (88).
Plus tard dans la soirée, entre 7 et 9 heures, les vagues culbutèrent de nouveau plusieurs maisons sur la plage , et les débris , prenant feu par les palitas (petites lampes) renversées, occasionnèrent jusqu'à trois fois un incendie. Déjà alors, quelques dames et enfants se réfugièrent dans la maison du contrôleur, située plus haut et plus loin de la mer, au kampoeng Siroeng, tandis qu'à Tjaringin même les Européens aidèrent, jusqu'à 2 heures de la nuit, à éteindre les incendies.
Le matin , à 6^ \ , les dames qui avaient passé la nuit dans la maison du contrôleur revinrent à Tjaringin, où heureusement elles ne restèrent pas longtemps.
Un peu après, ft. Gaston se rendit à cheval à Tjerita, situé sur
ia côte, à 4 kilomètres Vs ^u nord de Tjaringin, et là il constata qu'un pont en fer avait été emporté , probablement aussi dans la soirée du Dimanche. Voulant aller rendre compte de cet accident dljaringin, il en avait repris le chemin , lorsque, environ à mi-distance entre ces deux points^ il entendit une détonation formidable, venant de Krakatàu. Quelques instants plus tard (il devait être déjà bien près de Tjaringin Vbrb.) il remarqua à la surface de la mer une agitation inaccoutumée et vit, très au loin, arriver une énorme vague. A bride abattue il courut à Thabitation du contrôleur, et de là, avec les personnes qui s'y trouvaient, vers une hauteur voisine, où heureusement on fut en sûreté. Sur le penchant et en partie autour de cette colline, située sur la route de Menés, à environ 1600 mètres de la plage, Teau s'est encore élevée à 15 mètres, ainsi que je m'en suis assuré plus tard, par des mesures directes. Aux premiers arrivants étaient venus se joindre, sur la colline, environ 150 indigènes; l'obscurité était profonde et il tombait une épaisse pluie de boue; quand la journée fut plus avancée on chercha à tâtons, donc toujours dans l'obscurité, le chemin vers Pandeglang, endroit qu'on atteignit heureusement.
Ont trouvé la mort dans l'inondation: l'Assistant-Résidént Jh'« J. A. 0. VAif DUf Bosch, le lieutenant du service topographique A. F. DBSSAuvAonss, le contrôleur P. Schalk, l'arpenteur militaire Hoffmann , M"^ Bbrlauwt (nommée aussi V^' Stralendorff) , toute la famille du Régent, composée de 66 membres, le Patih, dont le cadavre fut retrouvé sans tète, le wedana et sa famille, le sous^coUecteur , qui refusa de prendre la fuite et resta assis sur la caisse dont pendant 48 ans il avait eu la gestion; enfin un grand nombre d'indigènes, nombre qui pour Tjaringin seul est estimé à 1880, et pour le district entier à plus de 12000.
L'heure à laquelle eut lieu la grande dévastation n'est pas indiquée dans* cette relation de M. Gaston; d'après une communication orale de l'auteur, il doit avoir été environ 10 heures lorsqu'éclata la violante détonation; la vague suivit de près, et ensuite survint l'obscurité. La vague , ou les vagues , qui déjà à 6** Va ®^ '^ Va
avaient occasionné tant de dégâts à Anjer, paraissent ne pas avoir été observées à Tjaringin, ou n'y avoir atteint , en tout cas, qu'une faible hauteur.
Au Sud de Tjaringin commence une large plaine alluviale, qui s'étend jusqu'à Panimbang, chef-lieu du district de ce nom, situé à 9 kilomètres de la côte ; la bande plate se rétrécit alors jusqu'à Java's 5de Punty où une chaîne de hautes colUnes s'avance dans la mer. Cette plaine a eu beaucoup à souffrir, à cause de sa situation très basse; l'eau y a fait irruption jusqu'à Panimbang, à exercé de grands ravages et a noyé une foule d'hommes. D'après le récit d'un Panghoeloe, qui s'était réfugié à Menés, la plage doit déjà avoir été submergée le Dimanche soir, à 6 heures, jusqu'à une hauteur de 2 mètres; il faisait déjà obscur à ce moment. Dans la matinée du Lundi , une faible clarté régna jusqu'à 9 heures, puis tout fut enveloppé d'épaisses ténèbres jusqu'au Mardi matin. Le Lundi matin il commença à tomber de la cendre, à laquelle plus tard se joignit de la boue. Environ à 8 heures (f) arriva la grande vague, qui inonda toute la plaine; 9 villages, tant grands que petits, furent détruits, et environ 700 habitants des sous-districts de Tjiseureuhum et de Perdana perdirent la vie. Un très p<!tit nombre seulement parvmrent à se sauver (84). Les indications des heures sont probablement très inexactes»
Au Sud de Java* s 3^° Punt^ jusqu*à Java's 2^^ Puni, les rivages de la Welkomstbaai ont également été inondés; heureusement cette côte ne comptait, comme toute la partie sud-ouest du Bantam, qu'une population très clair-semée. Suivant une communication du contrôleur VAN Heutz, de Menés, la vague doit avoir passé sur les terres très basses au sud de la Welkomstbaai , en se dirigeant vers le kampoeng Kaledjitan, situé sur la côte sud.
De Java's 2*« Punt jusqu'à Java's 1»^ Punt , où se trouve un phare en pierres, il n'y a eu de ravagée qu'une étroite bande de terre, avec deux petits kampoengs, sur les rivages de la Meeuwenbaai;
Le surveillant du phare, M. van Mbns, m'a communiqué les inter* ressauts détails qui suivent , tirés du journal :
Dimanche 26 Août. Vers 2^^ 30™ de Taprès-midi , ciel très couvert
au nord.
Vers 6 heures du soir, ciel partout sombre , sauf une éclaircie au S. 0.
A ff» 10", pluie de cendres sèches, mêlées de petits fragments de ponce.
A T'*, vent tourné à Test.
A 7^ 30"^, pluie de fine cendre, sans ponce.
A 1^ 50" fartes secousses de tremblement de terre, tout oscillait.
A 10 heures, gros temps, avec tonnerre et éclairs, jusqu'à Lundi matin 4 heures.
Lundi 27 Août. A 1*» 30", 3^ et 4**, fortes secousses de trem-
blement de terre (?)
A 4^ 30" , pluie de cendres humides, accompagnée de pluie; vent S. 0.
A B*» 30", vent d'Ouest, petit frais.
A 6^. Le jour n'arrivait pas ; le feu du phare resta allumé.
A 7^, vent au Nord, bourrasque.
A 7^ 30", ciel un peu éclairci.
A 7^ 4B", éteint un instant le feu pour changer les mèches; pluie de cendre humide, vent au Nord.
A 8^, rallumé le feu. Orage violent, ciel entièrement couvert.
A 9^^, temps encore plus mauvais; obscurité complète; vers 11 heures (peut-être un peu plus tôt) de fortes détonations furent entendues , des portes et des fenêtres s'ouvrirent violemment ; en même temps la foudre tomba sur les bâtiments.
A 11*» 10", la foudre frappa le conducteur, qui fut brisé; elle se jeta alors, par l'entrée du phare, à l'intérieur, y blessa 4 des 10 forçats [uniquement ceux qui portaient un collier en
EfeAlATAU i ^
fer; ils furent roussis depuis ce collier jusqu'en bas (84*)] , fit un trou au pavé du phare , puis monta par l'escalier en fer jusqu'à la chambre de service.
A midi 40°" , orage violent et tremblement de terre (?)
A 1^ 30"", temps un peu amélioré; obscurité persistante 9 vent très faible.
A 4** de l'après-midi , vent au S. E. Toujours une fine pluie de cendre, jusqu'au Mardi 28 Août, k 1^ 30" du matin.
Mardi 28 Août. A 6 heures le jour parut, et alors seulement
on s'aperçut que la bande littorale était dévastée.
Du phare construit sur un roc haut de 40 mètres,
on n'avait, par suite de l'obscurité, rien vu de
la grande vague ; à en juger par la violence des
bruits, elle doit y être arrivée vers 11 heures.
(Voir la petite carte fig. 26).
A proximité du phare se trouvaient le long de la baie trois petits
kampoengs, Tjikoejah, Roemah tiga et Oedjoeng-koelon , appelé aussi
vulgairement Djoengkoelan (le phare même se nomme Tandjoeng
Lajaran); 12 hommes y ont péri, et plus tard, parmi les 120 personnes qui
s'étaient réfugiées dans le phare, 2 ont encore succombé par épuisement.
Au côté nord de l'ile inhabitée Meeuwen-eiland , une étroite bande
de terre a été inondée.
Les rivages nord et est de l'ile montagneuse Prinsen-eiland furent également dévastés; un hadjie de Tjaringin, qui possédait le droit d'y couper du bois, et avec lui 55 autres personnes, habitant un kampoeng au côté nord de l'ile , ont péri ; nulle part on n'a trouvé de cadavres dans l'ile. La hauteurdela vague y a été d'environ 15 mètres. La secousse de 7^ 50°", dans la soirée du Dimanche, était sans aucun doute, d'après M. van Mens, un tremblement de terre; les autres trépidations peuvent en partie avoir été produites par de fortes vibrations de l'air.
Kl
Le litioral Sud du Banlam n'a pas beaucoup souffert; il était protégé par la saillie que forme à Touest le cap de Java's 1^ Punt et par Tile Prinsen-eiland. Cependant une vague de 1 à 2 mètres a encore été vue à Binoeangan, où plusieurs prauwen (bâtiments indigènes) furent brisés (8ft). Plus à l'est , dans le sud de Lebak, on ne remarqua pas de vagues , mais dans tout ce district il tomba de la cendre; il en fut de même pour le district de Pandeglang.
Retournons maintenant à Merak et suivons la côte jusqu'à la limite de Tangerang.
De Merak jusqu*à la St. Nikolaaspunê les collines se prolongent jusque tout près de la mer , la zone dévastée est en conséquence très étroite, et les quelques kampoengs qu'on y rencontre ont été préservés par leur situation élevée.
A FEsl de la Si. Nilwlaaspunt , jusqu'au kampoeng Baniam, le littoral a été peu éprouvé, bien abrité qu'il était contre la vague arrivant de l'ouest. Les rapports indiquent que la mer n'y a monté que de deux mètres au plus , tandis que de l'autre côté de la St. Nikolaaspunt , elle s'est élevée à plus de 30 mètres.
A VEst du kampoeng Banlam, par Lonlar jusqu^à Tanara, situé au bord du Tji Doerian, rivière qui marque la limite du Bantam et du Tangerang, de grands ravages ont eu lieu, les vagues ayant inondé les terres à une distance de plus de 1 kilomètre ^i» ^t s'étant
même avancées en quelques points jusqu'à 2 kilomètres: Karang Antoe, le lieu de débarquement au nord de Sérang dans la baie de Bantam, puis, plus à l'est, dans le district de Tanara, les kampoengs Lontar, Tangkoerak, Pasir-Pandjang et Pegadoengan furent totalement dévastés; un grand nombre d'hommes perdirent la vie. Ici également, l'eau parait ne s'être élevée qu'à 2, ou tout au plus à 3 mètres, mais la vague avait bien plus de forcé qu'aux points précédents et exerça, par suite, une action plus destructive.
Sur la côte Sud de Java , au-delà de Binoeangan , dans le Bantam , la vague a encore été observée à la Wynkoopsbaai {résidence de Preanger), où toutefois elle n'a pas occasionné de dégâts, la crue de l'eau ayant été insignifiante (85*) ; plus loin , on l'a remarquée dans les districts
de Sœkapoera-Kollot et de Soekapoera ; pour la hauteur , on a donné de 1 à 2 mètres, pour le temps, le 27 entre 3 et 4 heures de Taprès-midi, indications très vagues, comme on le voit (8tt).
A Tjilatjap, résidence de Banjoemas, une vague qui fit chasser •sur leurs ancres une dizaine de prauwen, parait être arrivée le 27 Août, le matin de bonne heure; pendant toute la journée Teau présenta des mouvements considérables, et à 5 heures de l'après-midi, elle dépassa de 2 mètres le niveau habituel de marée haute; tous les prauwen ancrés en rade démarrèrent, et une partie de la localité fut submergée à une hauteur de Y, à ^/j de mètre. Dans la Kinderzee il n*y eut pas de dégâts (89 et 88).
En pensée nous traversons maintenant le détroit, pour suivre la trace des dévastations le long du littoral des districts des Lampongs, dont l'aspect, après l'éruption, n'était pas moins désolant que celui du Bantam. Sumatra, comioe on sait, finit au sud en trois grandes pointes : l'occidentale porte le nom de Vlakken Hoek, l'orientale, en face de Merak, celui de Varkenshoek, tandis que la pointe du milieu, qui s'avance en mer vis-à-vis de l'ile Lagoendi, n'a pas de dénomination spéciale. Ces trois langues de terre renferment entre elles deux baies, dont l'orientale est connue sous le nom de Lampongbaai, et l'occidentale sous celui de Semangkabaai. La grande vague venant de Krakatau a inondé, depuis le Vlakken Hoek jusqu'au Varkenshoek, tout le littoral des baies de Semangka et de Lampong et, en même temps, nombre de kampoengs situés dans les parties basses. Nous commençons la description du côté de l'est, près de Ketimbang.
Sur cette localité j'ai reçu des communications orales détaillées du contrôleur Beteringr, qui voulut bien me raconter tout ce dont il put se ressouvenir. Lui-même reconnaît que ses indications de temps peuvent être en partie inexactes, car la série d'événements du 26 et du 27 Août lui fait l'effet d'un mauvais rêve. On le comprendra aisément lorsqu'on saura dans quelle triste situation il s'est trouvé, avec sa femme et trois enfants, pendant ces deux journées et celles qui les suivirent.
D'après lui, on doit avoir observé à Tjanti dans la soiréee du
Dimanche vers &^ V4 ^ ^^"^^ 4^*^ Kelimbang à 6*" Vs » ^ mouvement extraordinaire de l'eau , mouvement qui à Tjanti jeta un prauw contre le rivage et le fit sombrer. Le soir, entre 9f et 10? heures, il arriva de nouveau des vagues, mais plus hautes cette fois, et qui atteignirent même les dépendances de l'habitation du contrôleur. Celui-ci se décida alors à prendre la fuite , avec sa famille et le commis-greiBer ToKAYA , vers un petit kampoeng , nommé Oemboel Balaq , situé audelà de Tjanti, sur le penchant du Radja Bassa. Un des serviteurs resta dans la maison à Ketimbang, mais au milieu de la nuit il dut l'abandonner à son tour, parce que, vers 2 heures, à son dire, elle avait été soulevée par une vague et arrachée de son soubassement. Le matin du 27 Août, vers 6 heures, le contrôleur envoya quelques indigènes en reconnaissance ; il revinrent bientôt , apportant la nouvelle que Ketimbang avait entièrement disparu. Ce lieu étant situé très près de la mer et très bas, la même onde, qui à e^Vs ^^ matin dévasta Anjer, parait donc avoir inondé aussi Ketimbang. Pendant toute la nuit il tomba déjà de petites pierres et de la cendre, et jusqu'au Dimanche soir à 1 1 heures il était aussi tombé une pluie torrentielle; le Lundi matin, vers 9? ou 10? heures, conuoaença une grêle de fragments de ponce, dont quelques-uns de la grosseur de la tète (?). Depuis le Dimanche soir on entendait continuellement des détonations, et le Lundi, dès 6 heures du matin, une odeur de soufre se fit sentir; les détonations acquirent le plus de violence vers 10 heures, et bientôt après il devint obscur; vers midi, par une obscurité profonde, conunença à tomber de la cendre brûlante, qui occasionnait à la peau une sensation très douloureuse ; pendant cette chute , dont la durée plus ou moins incertame a peut-être été d'un quart d'heure, on percevait une odeur sulfureuse étouffante. A la cendre brûlante succéda de la fange froide , qui , toute désagréable qu'elle fut , restant attachée aux mains et au visage, semblait déjà un soulagement ^rès les brûlures produites par la cendre. La pluie de boue et de cendre continua pendant toute la journée du Lundi, jusqu'à la nuit, peutêtre même jusqu'au Mardi matin; la lumière ne reparut pas de tout le Lundi. De fortes décharges électriques furent entendues dans la
direction de Krakatau ainsi que, plus tard, à moindre distance. Le contrôleur, sa femme et deux enfants, passèrent misérablement B jours entiers sous un petit hangar, environnés d'une foule d'indigènes blessés , qui s'étaient réfugiés en ce lieu. Les brûlures , non soignées, leur causaient $l tous de vives souffrances, et le plus jeune enfant du contrôleur y avait déjà succombé. Enfin ils furent tirés de cette terrible situation par le hopperbarge RediriCy qui le Samedi matin, V^ Septembre , jeta l'ancre dans la rade de Kalianda. Le commandant •tH»« et quelques autres pemnnes descendirent à tem,. et ayant appris que le contrôleur et sa famille se trouvaient à Oemboel Balaq, se dirigèrent immédiatement vers cet endroit. A l'aide de tandoes (chaises à porteurs en bambou ou en bois) on transporta nos pauvres compatriotes au rivage, et le même jour le Kedirie appareilla pour Batavia, où, le lendemain, la famille BEVEtuNCK entra à l'hôpital. Je suis heureux de pouvoir ajouter que toute la famille est heureusement rétablie (80 et 90).
n résulte de rapports postérieurs que tout le littoral, depuis le Varkenshoek jusqu'à Teloeq Betoeng, a été dévasté par une vague, haute en moyenne de 24 mètres; le nombre des victimes, pour le seul district Ketimbang ou IV Marga's (sans les iles), est porté à environ 4900. La largeur d^ la partie inondée est minime , vu que partout le sol s'élève bientôt.
Sur la côte Est de Sumatra, au nord du Varkenshoek, la vague a été , comme on pouvait le présumer , beaucoup moins haute, à cause de la situation couverte de cette côte; les kampoengs Laboean-Maringai et Tjabang, à l'embouchure de la rivière Sepoeti, éprouvèrent des donunages matériels, mais on n'eut pas à y déplorer la perte d'hommes; en mer, toutefois, un prauw chavira, et B personnes ée noyèrent (91). A l'embouchure de la rivière Toelang Bawang, près de Teladas, l'eau doit s'être élevée de 1™,60: les données d'heure et de hauteur sont vagues. Pour Laboean-Maringai on indique l'heure de midi, 27 Août, et la hauteur de l'' 7a siu-dessus du niveau maximum ordinaire. A Tjabang on a compté, entre 3 heures de l'après-midi (le 27) et 6 heures du matin (le 28) 1 1 vagues , d'une
hauteur moyenne de O'^^TB. A Teladas on doit avoir observé unô vague à 7 heures du soir, le 27 (c'est probablement par erreur que le rapport dit le 26) (0!i).
La localité de Kalianda, au nord de Ketimbang, est totalement dévastée; l'onde y a fait irruption jusqu'au kampoeng Kebang Teloeq, en s'élevant à 24 mètres au-dessus du niveau de la mer (voir la carte fig. 28).
Teloeq Betoeng, chef-lieu des Lampongs, a été presque entièrement détruit par la vague; pour comparer ce que cette localité était autrefois 9 à ce qu'elle est aujourd'hui^ on peut consulter les petites cartes fig. 27 et fig. 28; la première est un plan levé en Décembre 1877 par le conducteur des mines J. F. de Cortb, et déjà publié dans le Jaarboek van hei Mijnwezeny 1881, tome I; la seconde petite carte, dressée au mois d'Octobre 1883, représente le Teloeq Betoeng dévasté. Toute la plaine , teintée en brun , a été inondée et totalement ravagée ; la Résidence et le fort , bâtis sur une colline , et où heureusement tous les Européens et beaucoup d'indigènes de la plaine s'étaient réfugiés, la prison et le cimetière ont seuls été épargnés. Encore s'en eut-il peu fallu que ces édifices eux-mêmes n'eussent été emportés , car ils ne se trouvaient qu'à 24 mètres au-dessus du niveau de la mer; or, la vague a envahi la colline jusqu'à une hauteur de 22 mètres , et ne s'est arrêtée , comme je l'ai reconnu sur les lieux aux morceaux de bois qu'elle avait charriés, qu'à une distance de 30 mètres de la Résidence. Cela n'a été vu, toutefois, d'aucun de ceux qui y avaient cherché un abri , car , de même qu'en tant d'autres endroits, il régnait ici une obscurité profonde, lorsqu'arriva l'onde la plus ibrte.
Sur Teloeq Betoeng nous possédons un rapport officiel du résident N. Altheer (98) , ainsi qu'une relation du contrôleur J. F. Wynvsldt (94). En outre , des détails m'ont été donnés de vive voix, à Teloeq Betoeng même , par deux personnes qui avaient assisté à la catastrophe (Oft et 9%). Ces quatre récits difiTèrent notablement en ce qui concerne les indications d'heures; selon deux d'entre eux, la violente détonation eut lieu à 8^ % ou 9 heures; selon les deux autres à 10
heures. Il ne peut Atre question ici de deux détonations différentes, car y au dire de tous les témoins , on n'a entendu en ce lieu, à part les bruits sourds, qu'une seule explosion très violente. Gomme l'obscurité survint très rapidement après cette détonation, il ne peut, à mon avis, avoir été moins de 10 heures lorsque celle-ci éclata, et les autres indications de temps doivent donc reposer sur une erreur.
A ces diverses communications j'emprunte ce qui suit.
Dans la soirée du 26 on entendit, à 4 heures, une forte explosion; un des rapports parle aussi de secousses du sol, mais il s'agissait sans doute de vibrations de l'air et d'ébranlements des maisons. A 6 heures arriva la première vague, qui inonda la jetée du port, de sorte que les promeneurs qui s'y trouvaient, durent fuir en toute hâte. Une partie de la jetée, sur une longueur d'environ 125 mètres, fut déjà emportée à ce moment, ou, selon d'autres, plus tard dans la soirée, vers 11 heures. Quelques petits bâtiments échouèrent au rivage, des maisons situées au bord de la mer, dans le kampoeng Kankoeng, furent renversées, et le pont sur la rivière Koeripan ou Teloeq Betoeng fut endommagé par des prauwen , qui vinrent le heurter. La pluie de cendre, qui avait déjà commencé à tomber dans la soirée du 25, augmenta à 6^ 30™ (le soir du 26), et à la cendre se mêlaient des fragments de ponce , de la grosseur d'une fève; il y a incertitude quant à l'apparition de nouvellQs vagues importantes pendant la nuit : un des récits parle de hautes eaux au kampoeng Kankoeng, le 27, à 1^ 30"^ du matin. Le vapeur Gùuioemeur Generaal Laudan était arrivé en rade le Dimanche soir à 7^ 30"^, mais l'état houleux de la mer l'avait empêché de communiquer avec la terre.
Le matin du 27, à environ 6^ 30"^, arriva une forte lame, qui renversa, sur la digue du port, le fanal, le hangar au charbon et le magasin, et, soulevant le steamer Barouw du cdté oriental de la digue, le porte, par-dessus la crête, dans le quartier Chinois. L'entrepôt du sel fut endommagé, et la vague rasa le kandpoeng Kankoeng ainsi que les autres kamppengs situés au bord de la mer. La Marie f bâtiment servant au transport du sel, et mouillé en rade» fut jetée sur le côté, mais se releva. La dévastation eut pour témoins
les passagers du G. G. Loudm (voir plus loin); vers 7 heures on vit partir ce steamer.
Une des relations mentionne encore une vague à 7^ 45"^; dans un gardoe (maisonnette de garde) Teau se serait élevée à la hauteur de 1 mètre, ainsi qu'on le reconnut lorsque, après le retrait de cette vague, on se risqua de nouveau dans la plaine. Les autres récits ne parlent pas de cette seconde lame ; la fuite générale vers les hauteurs avait déjà commencé après 6 heures, mais il y avait encore continuellement des personnes qui retournaient dans la plaine pour y sauver ce qu'elles pouvaient, et il est très possible que ces personnes aient remarqué des vagues , qui échappaient aux fugitifs plus éloignés de la mer. D'après des communications orales, plusieurs Européens seraient encore descendus des hauteurs après 9 heures, peut-être même à 9^ 30"^, pour reconnaître l'état des choses.
Le ciel était de couleur cuivrée, dans la direction de Krakatau apparaissaient incessamment des éclairs , la chute de cendre continuait, mais, après 8 heures, la mer était redevenue assez cahne.
A 10 heures (un autre rapport parle de 9^ '/^ , d'autres encore de 9^ ou 8^ 'Z^, un même de 8^ Va) ^^^^ soudain une détonation pareille à une décharge d'artillerie entendue de très près, qui glaça tout le monde de terreur. En même temps, une lueur et des éclairs continuels se voyaient dan la direction de Krakatau. Bientôt après cette explosion, le jour s'assombrit beaucoup, et, outre la cendre, il se remit à tomber de petits fragments de ponce. A 10^ Va ^^ ^^^ *l\ ^ faisait déjà complètement obscur, et là pluie de cendre fut alors remplacée par une forte pluie de boue, qui dura environ 1^ Va- Ensuite recommença la pluie de cendre , qui continua jusqu'à 3 heures de la nuit (le 28), moment où pour la première fois la lune éclaira faiblement le théâtre de la dévastation. Ce qui eut lieu après 10^ Va ^^ matin, personne n'a pu l'observer, tout étant caché dans une obscurité profonde, qu'on a décrite, comme »plus noire que la plus noire nuit." Les fugitifs rassemblés dans la Résidence entendirent seulement un fracas épouvantable, occasionné surtout par un vent violent, qui brisait arbres et branches et lançait avec force la boue contre les
portes et les fenêtres. Le mugissement du vent dominait presque tous les autres bruits; pourtant quelques personnes croient avoir entendu le grondement des flots qui battaient impétueusement la colline. Il est certain 9 en tout cas, qu'aucun des assistants n'a aperçu la grande vague, dont ils n'étaient éloignés que de 30 mètres, et qui est restée de 2 mètres à peine au^iessous de la maison où ils s'étaient réfugiés. Rien ne prouve mieux combien les ténèbres qui régnaient à ce moment, probablement entre 10^ 30" et 11 heures, doivent avoir été profondes.
Ce n'est que le Mardi matin, vers 6 heures, qu'on put mesurer toute l'étendue du désastre. Jetons un coup^'oeil sur la petite carte fîg. 28. La plaine entière, jusqu'au pied de la colline, était jonchée de débris de maisons , d'arbres , de bois flottants, de barques fracassées, de cadavres d'hommes et d'animaux; pas une seule habitation, pas un seul arbre n'était demeuré debout. Au mois d'Octobre je pus me convaincre de la réalité de ces faits: tout avait été balayé, il ne restait que les susdites épaves, dispersées dans la couche de cendre humide, épaisse d'environ ^/^ de mètre. Le vapeur Barouw avait disparu, et fut retrouvé plus tard assez haut dans la vallée de la rivière Koeripan, derrière un repli de cette vallée, à 3300 mètres de distance de son mouillage en rade, et à 2600 mètres du point du quartier Chinois où il avait été lancé le matin. De nombreux petits prauwen étaient échoués sur les bords de la vallée, une balise flottante fut retrouvée sur le penchant de la colline, à Touest du cimetière. (Voir la petite carte flg. 28). Seul le transport à sel, la Marie y avait été préservé, et, à Tétonnement général, se balançait paisiblement en eau profonde.
Conmie on l'apprit plus tard, l'entrée de la baie de Lampong avait été, dans les premiers jours après l'éruption, obstruée par de grandes masses de ponce flottante , et celle-ci , pénétrant dans la baie, ne tarda pas à couvrir toute la nappe liquide depuis Teloeq Betoeng jusqu'à Gebang au côté Ouest, et jusqu'aux îles Tjondong au côté Est de la baie. Il en résulta que pendant plusieurs mois le chef-lieu du district resta inaccessible par mer, et que le transport de vivres
et autres articles, venant de Batavia, dut, à partir de la baie de Ratai, se faire par la voie de terre. Ce n*est qu'au mois de Décembre, et grâce aux vents du N. et du N. 0., que la baie redevint libre (••*). A la fin d'Octobre je la trouvai encore, devant Teloeq Betoeng entièrement recouverte d'une couche de ponce gris-jaunâtre, qui faisait songer à de la glace salie. Cette mer à surface pétrifiée et d'un aspect si étrange, la plaine nue et morne de Teloeq Betoeng, le feuillage flétri des arbres restés debout sur les collines et les montagnes, tout cet ensemble produisit sur moi, qui en 1877 avais connu ces lieux dans un état très florissant, une impression indescriptible.
A Teloeq Betoeng trois Européens seulement ont péri: le 1^ lieutenant au long cours Amt et le machiniste Stolk, tous deux du vapeur Barouw, et un fusilier Européen. Le nomlire des indigènes disparus sera donné plus tard.
La côte Ouest de la baie de Lampang a aussi été inondée, et plusieurs kampoengs y ont été rasés complètement. Seuls, Menanga, au bord de la baie de Ratai, et Hoeroen eurent, par suite de leur situation abritée, moins à souffrir.
Baie de Semangka. Tous les kampoengs assis au bas du rivage ont été dévastés; c'est dans la plaine du delta, à l'embouchure de la rivière Semangka, que l'inondation s'est propagée le plus loin. La destruction de Beneawang , chef-lieu du district, situé à l'extrémité nord de la baie, nous a été décrite par le contrôleur P. L. C. Lb SuKUR (99). Déjà le Dimanche 26 Août, vers le soir entre B et 6 heures , arriva une première vague, qui inonda une partie du kampoeng, sans causer d'ailleurs dé graves dégâts; elle fut suivie d'une pluie de cendre grossière (sable). La nuit, entre 4 et B heures, une grande étendue du ciel présentait une clarté rougeâtre. Le Lundi matin (27) , après 6 heures , la mer était très basse , de sorte que beaucoup de récifs devinrent visibles. Quelque temps après 7 heures (l'indication exacte fait défaut) l'eau remonta de nouveau, mais parait s'être retirée, sans avoir occasionné d'inondation importante. Bientôt, toutefois, survint une vague beaucoup plus forte, qui balaya la maison du contrôleur et plus de 300 indigènes qui s'y étaient réfugiés. Le
contrôleur fut entraîné par le courant, mais reprit pied lorsque Teau se retira. Il se couvrit la tête de ses vêtements pour se garantir de la pluie de boue; à ce moment, il faisait déjà obscur, parait-il:^ quant à l'heure où cette obscurité avait commencé, on ne la mentionne pas. Plus tard arriva une nouvelle vague; d'après la relation écrite de M. Le Sueur, ce fut peu de temps après la première; toutefois, au mois d'Octobre, il me communiqua de vive voix, à Batavia, que l'intervalle entre les deux ondes pourrait bien avoir été plus considérable: il lui était impossible de préciser les heures. Lors de cette nouvelle irruption de Teau , il fut soulevé violemment , tourné en rond et lancé au loin; heureusement il se cramponna à un tronc d'arbre, avec lequel il flotta jusqu'à ce que, l'eau baissant, il sentit pour la seconde fois la terre sous ses pieds. (Eu égard aux observations faites au Vlakken Hoek, dont il sera parlé plus loin, je présume qu'il était déjà passé 10 heures, lorsque cette dernière vague inonda Beneawang). Après qu'il fut resté pendant une grande heure, croit-il, dans la pluie de boue et dans les ténèbres, quelques indigènes passèrent à l'endroit où il était assis; il se joignit à eux et ils continuèrent leur marche dans l'obscurité , à travers la fange par-dessus les arbres renversés et les broussailles; à la fin ils rencontrèrent un homme portant un obor (torche), qui les conduisit à travers la foret au kampoeng Kasoegihan, et de là à Penanggoengan , où ils n'arrivèrent que le soir vers 8 heures. Mais, là non plus on ne s'estima en sûreté, et, après une heure environ de repos, on se rendit au viUage de Pajoeng , situé sur le versant du Keizerspiek (Goenoeng Tangkamoes), à environ 2 lieues de Beneawang.
A Beneav^ang périrent approximativement 250 indigènes, et presque tous les chefs du district, assemblés en ce lieu pour la réception du résident, qui devait y arriver le 27; le commis-greffier van Zutlen, le seul Européen, outre le contrôleur ^ qui se trouvât à Beneawang, y perdit également la vie.
D'après le rapport du contrôleur Le Sueur, tous les kampoengs situés le long de la plage, au côté Oriental et au côté Occidenial de la baie ju$qu*au Vlakken Uœk, sont dévastés, la plupart totalement.
quelques-iins en partie; rien qu'à Tandjoengan et dans le kampoeng voisin Tandjoeng Bringin, 327 personnes ont disparu, à Betoeng, non loin de Tandjoengan, 244. A Tampang, sur la baie de Tampang, village que je visitai en Octobre, il n'y avait plus une seule maison; un petit groupe de cocotiers , à branches brisées et à feuilles flétries, indiquait seul la place qu'avait occupée le kampoeng.
La grande île de Taboean, à l'entrée de la baie de Semangka, Tut également visitée à cette occasion; l'eau s'est élevée à une grande hauteur contre les parties Est et Sud de Tile, mais dans le kampoeng, situé très près de l'extrémité nord-ouest, elle n'a heureusement produit que peu de dégâts, parce que la force et la hauteur des vagues étaient ici notablement moindres qu'à l'extrémité sud. Des informations postérieures ont appris que dans toute la résidence des Lampongs il est tombé de la cendre , mais de la boue , seulement dans les districts méridionaux; sur la grande route qui mène de Teloeq Betoeng à Mengala, la pluie de boue a été observée jusqu'à Tegi Nenang, kampoeng situé au bord de la rivière Sekampong; les ténèbres se répandirent, entre 10 et 11 heures du matin (le 27), sur la province entière (•$).
Continuant notre route le long de la côte, vers le Vlakken Hoek, nous entrons sur le territoire de la résidence Benkoden.
Le beau phare en fer a résisté à la violence des vagues, quoique l'eau l'ait envahi jusqu'à la hauteur de IB mètres ; mais les bâtiments en fer et en pierres avoisinants ont tous disparu ; l'onde s'est précipitée par les terres plates qui s'étendent près du phare vers les kampoengs Laboean-Blimbing et Blimbiny, sur la baie de Blimbing, et les a dévastés en partie , catastrophe qui coûta la vie à 34 personnes ( W). La forêt, telle que je la vis au mois d'Octobre, était un vrai chaos d'arbres renversés et enchevêtrés l'un dans l'autre; on y retrouva, à une distance considérable du phare, des morceaux de fer de l'éta^ blissement et des cadavres de forçats (condamnés qui travaillaient près du phare).
Le surveillant du feu, F. Haitwtk, grièvement blessé, avait déjà été transporté à Batavia , le 4 Septembre ; étant allé l'y voir je reçus
de lui les communications suivantes, presque entièrement d'accord avec les détails qui m*ont été donnés au mois d'Octobre , au phare ,mème, par un mandoer garde^feu. Le journal du phare s'est perdu lors de l'inondation.
Dans la nuit du Dimanche au Lundi, à 1 heure du matin, il y avait eu haute eau, mais pas d'inondation; le mandoer garde-feu croit même que la mer avait déjà été haute le Dimanche soir. Le 27, à 6 heures du matin, un faible crépuscule se montra; le feu fut éteint, mais on ne tarda pas à le rallumer, vu que l'obscurité revenait. A 10 heures la foudre s'abbattit sur le phare, des détonations furent entendues ce matin-là depuis 8^^ jusqu'à midi.* A 10^ 30^ survint la grande vague , qui emporta tout , sauf le phare. M. Ham wtk se trouva pris sous les débris de la cuisine, qui s'était écroulée, ne se dégagea qu'après de longs efforts, et se réfugia dans le phare. L'eau monta et se retira jusqu'à trois reprises , et il croit se rappeler que ce fut dans l'espace d'une demi-heure. De la cendre commença à tomber le Dimanche soir à 6^ ^/^ , et cette chute continua jusqu'au Lundi soir, 10^ Va» l'obscurité ne se dissipa pas de toute la journée; il n'était pas tombé de boue, suivant M. Hamwtr.
Du personnel du phare ont péri: 1 mandoer et 10 forçats; 2 des tt garde*feu indigènes et 4 forçats reçurent des blessures et furent transportés le 4 Septembre, avec M. Haitwtk, à Batavia.
Au Nord de Blimhing, la vague n'a plus occasionné que quelques légers dommages au kampoeng Benkoenat, où une couple de maisons s^effiôndrèrent ; au-delà de ce point on n'a pas signalé de dégâts.
A Kroë et à Pile voisine Pisang la vague n'a pas été aperçue, on y a seulement remarqué que la mer refluait plus loin qu'à l'ordinaire. L*Ile^ aussi bien que Kroô, est protégée par la pointé saillante de Textrémité sud de la baie, ce qui peut expliquer pourquoi la vague, très nettement accusée plus au nord, n'a pas iait irruption en ces Meux.
Du contrôleur de Kroë, le D'. D. W. Horst, nous possédons encore les notes suivantes sur les phénomènes qu'on y a observés le 27 Août (ISO).
Kroé, le 26 Août 1883. Depuis cette après-midi 3 heures on entend continuellement dans la direction S. E. des bruits pareils à des coups de canon, alternant avec des roulements tels que ceux du tonnerre. Les bruits s'accompagnent de vibrations et de secousses, qui font branler les portes.
27 Août. La nuit, à 3 heures (le S7 au matin), il tombe une pluie serrée de cendre; les bruits, qui avaient diminué après le coucher du soleil, ont repris de Tintensité.
6 heures du matin. Une couche de cendre gris-jaunàtre de 4 millimètres d'épaisseur, recouvre tout. On sent une odeur de soufre. Le ciel est grisflti*e et le soleil obscurci, n tombe une pluie de cendre finement divisée.
8 — 10 heures. Chute de cendre fine. On ne perçoit aucun bruit.
10 heures. Le thermomètre marque 73^ Fahr. Le ciel est complètement obscurci. A l'intérieur on ne voit plus pour écrire. L'air est partout sillonné d'éclairs, accompagnés de grondements de tonnerre continuels. L'obscurité augmente de plus en plus.
10^ 30». n fait nuit complète. Le grondement de tonnerre continue.
11 heures. L'obscurité devient plus profonde que celle de la nuit. Il tombe une pluie serrée de cendre grossière. On ferme portes et fenêtres. On bouche toutes les ouvertures pour empêcher l'entrée de la fine cendre.
Midi. D'épaisses ténèbres nous enveloppent. La cendre devient plus fine et fait moins de bruit en tombant; roulement de tonnerre continuel , entrecoupé de détonations crépitantes. On se pourvoit à l'intérieur du nécessaire, afin de pouvoir tenir le plus longtemps possible. Thermomètre à 75^ Fahr. Le vent a faibli. Il fait moins froid. La pluie de cendre diminue, le vent a tourné à l'Ouest
Midi iO\ Ténèbres épaisses. La chute de cendre a
presque entièrement cessé. Un éclair Tormidable, suivi d'un coup de tonnerre, sillonne le ciel.
I heure. Le vent est à l'Ouest. La cendre est chassée de l'Ouest.
3 heures. Les intervalles entre les grondements de tonnerre se prolmgent. La pluie de cendre diminue.
4^ 50". Ténèbre épaisses. Une détonation violente fait tout vibrer.
6 heures. Ténèbres épaisses. Thennomètre à 73° Pahr. Depuis le 27, à 6 heures du soir, jusqu'au 28 à 6 heures du matin, les bruits diminuât.
28 Août. 6 heures du matin. Il tombe toujours de la cendre fine, çà et là scHit tombées ai grand nombre des mouches lumineuses. La clarté revint, et il fera bientAt grand jour; le ciel est gris de cendre; tout est recouvert d'une couche de cendre d'un blanc grisâtre, épaisse de 5 centimètres et qui, à dislance, ressemble à de la neige. Qeulques toits moiacent de s'affaisser sous le poids.
8 hewet. Partout on débarrasse les toits de la cendre; le soleil est iaiblemenl visible.
9 heures. Il arrive de nouveau de la cendre fine du S. E. Thermomètre à 81° Fahr.
II heures. La pluie de cendre fine continue. Thermomètre à 87° Fahr.
Si une aussi belle série d'observations, notées à VmsUmt même, avait été faite en tous les points de Sumatra et de /ava, où se trouvaimt des Européens, nous n'aurions pas reçu tant d'informations embrouillées et inexactes sur les phénomènes eux-mêmes et sur les temps des principaux événements. Tout ce qui, plus tard, a dû être écrit de mémoire, n'a q'une valeur très relative.
Sur foute la côte de Benkoelen, à l'exception de Kroft, dont il vient
'être question, on a observé des vagues, savoir: à l'embouchure de
ivière Sanibat, non loin de fiintoeban, district de Kauer; entre
ig-Gnelji el Kedoerang, vague haute de 2 mètres au moins.
puisque la route a été inondée; à Manna (11 4ienresP) et une seconde vague à midi , le 27 ; la mer ne se retira que vers lO^^ 7^ , elle avait monté, dit-on, de 1 mètre au-dessus du niveau de marée haute; à Pino, hauteur 2 à 3 mètres, les sav^ah's (rizières) aux bords de la rivière Pino furent inondées jusqu'à 2 kilomètres de son embouchure; les 4 dernières localités se trouvent toutes dans le district Manna; à Seloema, district Seloema; à la baie de Poe^oe et près de Taba-Badjau, district Ommelanden de Benkoelen; au chef-lieu Benkoelen même, où, dit-on, Teau à monté de 1 mètre au-dessus du niveau de marée haute , et baissé de 1 mètre au-dessous du niveau de marée basse; à Laîs et environs, district Laîs; à Seblat et à Mokko-Mokko, district Mokko-Mokko, hauteur de Teau, l'^ à l"' 7a au-dessus du niveau de marée haute. Les indications de temps , fournies probablement en majeure partie par des indigènes $ sont manifestement si inexactes et si vagues (par ex. entre 10 et S heures I), qu'elles ne valent pas la peine d'être mentionnées ici; les données de hauteut ne méritent pas non plus beaucoup de confiance (flOfl). Dans un autre rapport il est dit qu'à J9eftAoe/efi, à 1 1 heures, la mer commença par ^ se retirer, de sorte que la plage, sur une largeur de 50 mètres, fut mise complètement à sec. Beaucoup de poissons et de tortues, ainsi que deux lamantins (vache marine, en malais: doe/oeng, Halicore indica, Desmarest), restèrent sur le sable et furent pris par la population. Ensuite l'eau revint (quand f) et ce flux et reflux se répéta plusieurs fois jusque dans la nuit du 27 au 28 Août. Après 10 heures le jour s'assombrit à Benkoelen, à 11 heures il faisait obscur, à midi il commença à tomber de la cendre, ce qui continua jusqu'au 28, à 11 heures .du matin (flOli). Dans la résidence entière il tomba de -la cendre, le plus abondamment dans le district de Kroê, et de là, vers le nord, en quantité décroissante, de sorte qu'aux confins du district de Mokko-Mokko et de celui d'Indrapoera (Côte Ouest de Sumatra) on n'observa presque pas de cendre. Comme, d'après une conununication du Gouverneur de la Côte Ouest de Sumatra, il n'est nulle part tombé de cendre dans cette province (lOS) , la limite des cendres s'infléchit près de Mokko-
IftAIATAU I- • . 5
Mokbo au nord» et traverse Sumatra, en se dirigeant vers Bengkalis * (voir ci-après).
A Painan {Bésidence des bas-districts de Padang) des vagues ont été
observées le 27: la première parait avoir atteint sa plus grande élévation, d'environ 3 mètres au-dessus du niveau de marée haute, vers 1^ 15™ ou 1*» 30"* de l'après-midi, après que, vers 1 heure, Teau' eut d'abord subi une dépression; à li*30"* l'eau était de nouveau très basse , à environ 2 mètres au-dessous du niveau de la marée basse ordinaire; vers 2 heures il arriva une seconde vague, qui, d'après le rapport, dépassa de 4 métrés le niveau maximum du flux ordinaire. Ces oscillations furent observées jusqu'à 7 heures du soir. Les indications d'heure et de hauteur me paraissent incertaines (fl04).
De Padang nous possédons une série d'excellentes observations sur l'arrivée et le retrait des vagues, observations faites par le maître du port E. RoELOFs (fl.Oft). La première vague atteignit son niveau maximum à 1^ 25", la deuxième à 2*» 20"*, la troisième à 3*» 12"*celle-ci fut la plus haute de toutes, l'eau s'élevajusqu'à 4 centimètres au-dessous de la crête du mur de quai devant le bureau du port; i cette ascension succéda aussi la plus forte dépression : la différence entre le niveau maximum et le niveau minimum fut de l'",74. Il est digne de remarque qu'on a observé ici le même phénomène qu'en des lieux bien plus éloignés (voir ci-après) , savoir , que ce n'était pas la première vague , mais l'une des suivantes , qui s'élevait le plus haut. En tout on a noté à Padang, jusqu'à 7^ 30™ du matin du 28 Août, 13 ondes, qui diminuèrent graduellement en hauteur. Elles accusent une période assez régulière de 1 heure, tant pour la haute eau que pour la basse eau.
A Ajer Bangies parait s'être produit , le 27 Août , un soulèvement assez considérable de la mer , car une partie de cet endroit fut submergée. Des renseignements plus précis font défaut (104I).
Des localités situées plus au nord, le long de la côte Ouest de Sumatra, aucune communication n'a été reçue, que je sache, au sujet d'une vague extraordinaire.
Retournons donc vers le Détroit de la Sonde, et arrêtons nous un instant aux iles Sebesi et Seboekoe.
Impossible de savoir au juste ce qui s'est passé ici, car pas un seul des habitants de ces îles n*est resté en vie. La grande vague d'environ 10 heures a du y atteindre une hauteur de plus de 30 mètres , en balayant , avec tous leurs habitants , quatre kampoengs florissants, situés dans la plaine de Sebesi, ainsi qu'un kampoeng situé à la pointe septentrionale de Seboekoe ketjiel (Beschutters-eiland). (Voir les petites cartes flg. 23 et flg. 23). Le nombre des victimes est évalué pour Sebesi à 3000» et pour Seboekoe ketjiel à 150; la grande ile Seboekoe n'était pas habitée.
Dans la résidence de Sumaira*s Oostkusi on n'a pas remarqué la grande vague; il y est seulement tombé un peu de cendre , jusqu'audelà du chef-lieu Bengkalis (lOV).
Sur la côte de la résidence de Palembang, les ondes ont également passé inaperçues; dans toute cette province il tomba de la cendre: l'obscurité qui, le 27, survint à Moeara Doea vers 10 heures, à Batoe Radja vers 11 heures, et à Palembang vers 1 heure, permet de conclure que l'épaisseur du nuage de cendre était encore très considérable (108 et lO*).
Aux lies de la résidence de Riouw la mer n'accusa pas de mouvements extraordinaires; à l'ile Lingga seule il est tombé un peu de cendre (UO).
Dans la résidence de Banka la vague n'a été observée qu'a Toboali et aux iles Lépar. A Muntok on n'en vit rien. L'ile resta presque entièrement exempte de cendre: au chef-lieu, Muntok, on découvrit seulement, au matin du 27, une très fine couche de poussière sur les meubles des habitations, et, au dehors, sur les feuilles des arbres (lit, IM, lis et 114).
Un rapport postérieur nous apprend que le 27, à 4^ 74 ^^ ^^> la mer atteignit à Toboali son niveau maximum (lift), et que, ce même soir, à IS^ Y4 elle inonda en partie les kampoengs Tandjoeng- Laboe, Goenoeng et Penoetoek, dans l'île Lépar , et endommagea légèrement quelques ponts (UB).
A l'ile Billikm la grande vague a été observée à Tandjoeng Pandan sur la côte ouest et à Dendang sur la côte sud de l'ile ; en ces deux
endmts la mer atteignit son niveau maximum â S'' '/i du soir, le 27 Août (UV)- A Deudang cette première vague s'éleva à 1",50 au-dessus du niveau des vives eaux; elle fut suivie, ce m£me soir et le teudemain matin, par 8 ondes moins hautes. Les eaux, toutefois, ne firent pas de grands d^ts (U8).
A Ondiepwater-eilaïui , au S. 0. de Biltiton, une seule onde, qui atteignit son niveau maximum le 27 à 4 heures de l'après-midi , fut remarquée par le surveillant du feu G. Hoedt (US)- ,
Les renseignements relatifs à l'île Noordwœkler (au N. N. 0. de Batavia], donnés par le surveillant du feu H. vah dbr Miolkn, sont UD peu incertains, vu que, aidé d.es garde-feu, il était justement occupé à porter dans le phare des vivres et de l'eau, au moment oil la mer atteignit son niveau le plus élevé; il dit que cela eut Heu à ll'> 30" du matin, le 27, mais il pourrait bien avoir été un peu plus tard. (Probablmient midi Vkm.). L'eau submergea toute l'île el envahit même l'établissement du phare ; elle avait monté de 2'',K0. 11 «Humoiça à tomber de la cendre entre 10 et 11 heures. A cause de l'obscurité, qui, commencée à 11 heures, se prolongea jusqu'à 4 heures, on dut, à midi, allumer le feu (!!§#}■
Les Duisend^landen , au sud de lioordwachter, furent toutes submergées et les vagues emportèrent la plupart des maisons. Les liabitants des îles Klappa et Panggang, au nombre de SOO environs, se sauvèrent eu grimpant aux arbres. Il n'y eut qu'une femme de noyée. Les îles doivent avoir été recouvertes de 2 mètres d'eau (flM)-
A l'ile Edam, située au nord de Tandjong Priok, on a observé, suivant le rapport du surveillant du feu G. Gbbla, deux vagues, qui atleipiircnt leur niveau maximum à l"* '/» et à S"" */* de l'après-midi •lu 27. Ces indications ne s'accordent pas exactemoit avec celles enregislrt-es, non loin de là, par le marégraphe de Tandjong Priok. M. GeHi.A indique:
A tiii'ii eau très basse; à !>■ '/i de l'après-midi, eau très haute, s'avan<,'i)iit' jusqu'à 4 mètres de l'habitation du surveillant du feu ; à 2 \\t\iYKs eau basse; à î** 7* eau haute; à S** '/i eau basse; après 4 licuri-îi niveau ordinaire (!••).
Du surveillant du feu L. van RoovEif, à Boampjes'eiland , au nord de Gheribon , on apprit seulement qu'à 4^ 30°^ du soir , lë 26 Août , et dans la nuit suivante , il avait entendu des détonations, qui faisaient trembler les portes et les fenêtres. On ne parait pas avoir (d^rvé de vague extraordinaire (M9*).
Aux autres îles de l'Archipel Indien, à Bornéo, Célèbes, etc., la vague de Krakatau n'a pas été remarquée. Aux Moluques, il est vrai, la mer éprouva ce jour là un ébranlement; celui-ci étkai toutefois imputable, non pas à l'éruption de Krakatau, mais à d'autres causes, il en sera traité au Chapitre VI.
Les détonations ont été entendues dans toutes les iles de l'Archipel.
OBSEBVÂTIONS FAITES A BORD DE NAYIBE&
Pendant l'éruption, 10 navires se sont trouvés dans le Détroit de la Sonde ou à proximité, circonstance à laquelle nous sommes redevables de plusieurs communications importantes.
1. La barque Norvégienne Borjild était mouillée, le 27 Août, près de Kombuis-eiland ; la cendre tombée à bord a été, plus tard, examinée au microscope par M. J. Jolt, à Dublin (fl.1M^j.
2. La Medea, capitaine Thomson, à été du 22 au 26 Août dans les parages du Détroit de la Sonde; de la note succincte parue dans la revue scientifique anglaise «Nature" (IIM*) on ne saurait induire au juste où le navire se trouvait pendant ces cinq jours. Le capitaine Thomson entendit la première détonation le 26 Août, à 2 heures de l'après-midi, puis successivement plusieurs autres, à intervalles réguliers de 10 minutes. Après la première explosion s'éleva une colonne de fumée, qui aurait atteint une hauteur de 17 mUes (27 kilomètres) et même, d'après une autre mesure, mais celle-ci effectuée 3 heures après la détonation, une hauteur de 21 miles (33 kilomètres Va)» ^ dernier chiffre est jugé moins sûr.
Cest là, à ma connaissance , la seule déterminaticm qu'on ait fidte de la hantenr du nuage de cendre, lors de réniption du mois d'Août.
3. ne Bay of Naflei^ Gapt. Tedxargh. Le 1^ lieutenant W. Williams rapporta, le 2 Septembre, à Toboali, qu'à 120 milles au sud de Ja^a's l"*^ Punt, on avait déjà entendu, à bord, des détonations dans la nuit du Samedi au Dimanche, 2B/26 Août. Le 26, fl tomba de la cendre sur le navire, le ciel était extrèmem^t couvert; le 27, on rencontra une quantité de cadavres flottants d^'honunes et d'animaux et de gros troncs d'arbres (fl./iS).
4. Le steamer Anerley, Gapt. Strachaii , passa , le Dimanche 26 Août, par le Détroit de Banka , et mouilla près de Noordwachter pendant les ténèbres du Lundi. La pluie de cendre continua jusqu'à minuit, 27/28 Août. Trois baromètres anéroïdes avancèrent et reculèr^t d'un pouce anglais (rinch = 2B,4 millimètres) à de courts intervalles; l'heure exacte de ces osciUations n'est pas donnée. Lorsque, plus tard (28 Août?}, VAnerley passa près d'Anjer, le phare avait disparu (t/i4).
5. Le steamer Batavia, du Lloyd de Rotterdam, commandant Boon, partit de Pàdang, le 2B (Samedi) à 4 heures de l'après-midi, et arriva le 27 au soir près du Vlakken Hœk, Déjà à 30 miUes aUemands du rivage (F) (il faut lire probablement à 30 milles aUemands du Vlakken Hoek, ou bien, à 30 milles marins du rivage) on vit une grande quantité de troncs d'arbres , de bois et de ponce, et le soir, après avoir dépassé le Vlakken Hoek, on rencontra aussi beaucoup de cadavres flottants. La nuit, le vapeur n'aUa pas plus loin; le lendemain matin Krakatau se voyait distinctement, et l'on reconnut que la pointe septentrionale de l'ile avait disparu (Mft).
6. Le steamer Prins Frederik, en route vers la Néerlande, passa près de Krakatau le 25 Août. Le 27, à plus de 150 milles géographiques (600 milles marins) de l'ile , les détonations furent distinctement entendues. Du 27 au 29 Août de la cendre fine tomba sur le pont (MB).
7. Le trois-mâts Américain W. B. Basse, Capt. Baker, venant de Manille et en destination de Boston, donna, le 24 Juin, près des Duizend-eilanden, sur un récif madréporique, fut remorqué le 26 par le vapeur Generaal Pel jusqu'à Batavia, et y resta en réparation pendant 2 ipois. Le 26 Août le navire remit à la voile, et arriva la nuit dans le Détroit; on entendit continuellement de violentes détonations. Le 27, à 9^^ 30"^ du matin, le pilote quitta le bâtiment, qui se trouvait entre Krakatau et Anjer, au S. E. de Sebesi. Dés la pointe du jour on avait vu à l'ouest un nuage noir foncé, qui, s'élevant lentement, obscurcit le soleil et colora le ciel en noir. Le capitaine Baker résolut de mouiller en cet endroit, et fit serrer toutes les voiles. A peine cette manoeuvre exécutée, une rafale frappa le navire en flanc avec une force' terrible; l'ancre de tribord fut emportée avec 80 brasses de chaîne. Entre-temps les ténèbres étaient devenues plus épaisses que celles de la nuit la plus noire, la rafale avait amené une forte pluie de sable et de cendre, le vent dégénéra bientôt en tempête, et l'eau présentait un mouvement effrayant. Un grand fracas, mêlé de détonations, se faisait continuellement entendre, et l'épouvantable obscurité était rendue encore plus sinistre par la coruscation des éclairs. . Le capitaine décrit cette obscurité comme la plus profonde dont il ait jamais été témoin; quoiqu'il fit jour, on ne voyait goutte. Une suffocante odeur de soufre remplissait l'atmosphère et rendait la respiration pénible. Pendant toute cette journée se succédèrent des bruits et des tableaux plus effroyables que n'en pourrait concevoir l'imagination la plus hardie : les vents mugissants, l'onde écumante et bouillonnante, le voile épais et impénétrable dont on était enveloppé, la cendre, la ponce et les morceaux de terre (de la boue probablement, Verb.) qui menaçaient de couler bas le navire, tout se réunis^it pour faire perdre la tête à l'équipage. L'après-midi, à 3 heures, l'air s'éclaircit un peu, quoique la chute de cendre persistât. Le baromètre monta et baissa rapidement, puis resta stationnaire. Tout le navire était couvert de plusieurs pouces (anglais) de sable et de cendre (MV)-
8. Le navire Anglais Charles Bd, capt. W. J. Watson, traversa le Détroit de la Sonde pendant l'éruption du 26 et du 27 Août, et, chose remarquable, sans recevoir d'avaries. Le récit de son voyage parut dans une gazette de Hongkong, et un résumé de cet article fut donné par les journaux de Batavia (MS et fl./i9). Le Liverpool Daily Post inséra également, sur ce voyage, une lettre du capitaine Watson, lettre qui à été reproduite dans la revue Anglaise «Nature" (ISO).
Le 26 Août, le capitaine Watson passa, à 9 heures du matin, le Prinséfheikmd ; de Tile de Krakatau une petite partie seulement était visible, le reste était caché dans de sombres nuages. De 2^ 30™ à 4^ 15"^ de Taprès-midi, il vit de la fumée sortir de la montagne, et il entendit un bruit crépitant, semblable à celui d'un feu d'artillerie ; le navire se trouvait alors environ au sud de Krakatau, à une distance de 10 milles marins. A 5 heures du soir le bruit augmenta d'intensité; vent au S. S. 0.; le ciel s'd)scurcit et il tomba une grêle de ponce, en gros fragments encore chauds ; on dut se garantir pieds et tête au moyen de bottes et de bousingots. La chute de gros morceaux de ponce s'arrêta à 6 heures ; il commença à tomber de la cendre plus fine, qui bientôt eut recouvert le pont d'une couche de 3 à 4 pouces anglais; de profondes ténèbres se répandirent. Quoique n'y voyant pas, on continua à marcher jusqu'à ce qu'on crut apercevoir le feu de Java's 4'® Punt, après quoi on s'éloigna de la côte. Le soir, à 11 heures, Krakatau redevint visible dans la direction de l'ouest, à une distance d'environ 11 milles; des traînées de feu semblaient monter et descendre continuellement entre le ciel et l'ile, le vent était chaud , suffocant , ^et avait une odeur de soufre. La sonde remonta toute chaude d'une profondeur de 30 brasses. (N'était-elle pas restée quelque temps sur le pont dans la cendre chaude, dont
elle aurait eu la température quand on la descendit P Verb.).
Depuis minuit jusqu'à 4 heures du matin (du 27 Août) vent violent, variant entre l'O. S. 0. et le S. S. 0. ; la même obscurité impénétrable, souvent entrecoupée d'éclairs éblouiissants ; les bruits
de Krakatau moins continus, mais plus intenses; les flèches des mats chargées de feux St. Elme. A 8 heures on dépassa le phare de Java's 4^* Punt; les lettres-signaux furent hissées, mais on n'ohtint pas de réponse. Anjer fut dépassé à 8^ 30"^; le navire rangeait la côte de si près , qu'on distinguait les maisons, mais nulle part, à terre, on û'aperçut le moindre mouvement^ A 10^ 15"^ on passa devant Toppershoedje (Button-island) ; la pluie de cendre avait cessé, vent au S. E. A 11^ 15™ on entendit une donation formidahle , le capitaine Wàisoii vit hientôt arriver une vague, qui se dirigeait droit sur Toppershoedje, et qui alla se hriser sur cette ile , ainsi que contre la côte de Java ; à cette onde en succédèrent encore deux autres. Après Texplosion, Tohscurite envahit rapidement l'horizon , et déjà à 11^ 30™ (P) il faisait nuit complète ; en même temps tombait une pluie de cendre et de boue, qui persista jusqu'à 1^30™, accompagnée des mugissements furieux du volcan et de violents éclairs. De 2 à 5 heures quelque clarté reparut, et Ton put relever Tile West-eiland (l'une des Duizend-eilanden , au sud de Noordwachter).
A cette relation je dois joindre immédiatement les remarques suivantes. Par les ^rapports sur Anjer nous savons que la première vague de 6^ 30™ avait encore laissé debout le fort, la prison, les habitations du patih et du wedaua , ainsi que le phare de Java's 4d€r pmi(^ ç^ édifices peuvent donc parfaitement avoir été vus par M. Watson à 8^^ 30™ (flSfl). Mais les données d'heures qui suivent ne sauraient être exactes, vu que partout, aux environs, l'obscurité commença dès 10^ 30™. A 11 heures les ténèbres étaient déjà profondes à Sérang, point plus éloigné de Krakatau, de sorte que l'indication de 1 1^ 30™ , pour l'obscurité et la grande onde, est probablement «n avance d'environ 1 heure. Quant à celle de 11^ 15™, relative à la détonation, il est impossible de décider si elle se rapporte à l'explosion de 10 heures, car vers 11 heures il y eut encore une forte éruption, qui a été notée à Batavia (voir ci-après) et dont on a aussi eu connaissance à Riouw, notamment à Tandjoeng-Pinang , dans l'île de Bintang. Là, en
effet, on a entendu une forte détonation à lli> 38° (AM), et GOQune le son a besoin tout' juste de 38 minutes pour aller de Krakatau à Riouw (Ia différence de temps est insi^ifiante), cette ^plositm doit avoir eu lieu à environ 11 heures, et avoir été entendue 2 ou 3 minutes plus tard à bord du Charles Bal. Dans ce cas, toutefois, la vague n'est pas arrivée aprèt mais avant la détonation. Il est assez surprenant que les vagues, qui se sont élevées si haut contre Toppershoedje , n'aient produit aucun effet sensible à bord; cela ne peut tenir qu'à la grande longueur des Jjndeij, grâce à laquelle le navire s'est trouvé soulevé très graduellement.
Le Berbice, commandant Logaw, venant de New- York, avec ime charge de pétrole, en destination de Batavia, se trouvait, le 26 Août, à S heures de l'après-midi, à 20 milles marins droit au sud du Vlakken Hoek- Le soir, à 6 heures, on eut une pluie de cendre, à laquelle, vers minuit, se mêlèrent de petits fragments de ponce. Pendant la nuit on observa des phénomènes électriques d'une grande intensité: plusieurs personnes reçurent des chocs et la garniture en cuivre du gouvernail s'échauffa. La cendre était si chaude, que les grains les plue gros brûlaient de petits trous aux habits et aux voiles. Au matin du Lundi, le jour ne parut pas; la pluie de cendre allait toujours en augmentant, et à 11 heures s'éleva du S. E. un vent violent, qui Gt fortement pencher le navire.
A 3 heures de l'après-midi survint une grosse lame, qui couvrit le navire et le secoua avec tant de force que les chronomètres s'arrêtèrent. Le mercure et les aiguilles des baromètres ne restaient pas un instant stationnaires, mais oscillaient sans discontinuer entre 28 et 30 pouces (anglais). Ensuite les éléments se calmèrent, mais on ne revit la clarté du jour que le Hardi matin à 8 heures. Le pont du navire était couvert d'une couche de cendres d'environ 8 pouces anglais. Lorsque, dans l'après-midi de ce même jour (S>^ Août), le navire passa près de Krakatau, le capitaine vit t|ue l'île était divisée en trois parties ( Verlaten-eiland , Lang-eiland
et la partie restante de Krakataumème, séparées par la mer Verb.). n est à noter qu'à bord du Bnrbice non plus on n'a aperçu la haute et longue vague de 10 heures. La lame, qui à 3 heures secoua le bâtiment, me parait n'avoir été qu'un coup de mer, sans rapport direct avec Krakàtau. Nulle part ailleurs, du moins, il n'a été fait mention de cette lame
10. Le 10^^^ et dernier navire, témoin de la catastrophe, est le Gouverneur Gmeraal Loudon, commandant Lindeman, steamer de la Compagnie des paquebots Indo-Néerlandais, en route de Batavia, par Teloeq Betoeng, Kroê et Benkoelen, vers Padang. Sur ce voyage je possède les documents suivants: 1® Le rapport du G. G. Laudon, présenté, à l'arrivée à Padang, le 31 Août, à 1 heure de l'après-midi, au maître du port (i.84); 2® un télégranune du commandant LiNDEiuff à la Compagnie des paquebots à Batavia, expédié le 28 Août, en rade de Bantam (flSft); 3® un télégramme du résident de ^Santam à la Compagnie, du 29 Août (flSS); 4® le rapport du commandant Lindemàn à la Compagnie, reproduit par les journaux de Batavia (flSV et fl88); 6^ une relation adressée par l'un des passagers, l'ingénieur van Sandigk, au Nieuwe Rotterdamsche Courant (fl89); 6^ un mémoire du même, en français, avec une petite carte de la route suivie par le Laudon (fl40).
Le Loudan. partit de Batavia le 26, à 8 heures du matin, fit escale à Anjer, pour y embarquer quelques ouvriers en destination de Padang , se remit en route à 3^ 30°^ , passa devant Dwars in den Weg et le Varkenshoek , eut de la pluie de cendre dans la baie des Lanqpongs et arriva le soir, à 7^ 2K"^, en rade de Teloeq Betoeng. Une chaloupe fut envoyée à terre, maiâ, à cause des violents remous de la mer, elle dut revenir au steamer, sans avoir pu aborder. La nuit on renouvela cette tentative, sans plus de succès, la houle étant toujours trop grosse et le courant trop fort. Il se passait évidemment quelque chose d'extraordinaire, car les navires qui se trouvaient sur la
rade faisaient entendre des signaux de détresse; malheureusement, il était impossible de leur porter secours. Le Lundi > environ à 7 heures du matin, 4 hautes vagues envahirent successivement la plage; on vit disparaître le fanal, et jeter à la côte le vapeur Barouw, le croiseur et quelques prauv^en. Au dire des habitants de Teloeq Betoeng, ainsi que de l'ingénieur VAN Sandigk (dans la brochure française) la catastrophe n'eut pas lieu à 7. heures, mais, déjà à 6^ 30"^.
Vers 7 heures, le commandant Lindbman, qui jugeait dangereux de rester plus longtemps, quitta la rade à toute vapeur, avec l'intention de retourner immédiatement à Anjer , pour y annoncer la destruction de Teloeq Betoeng. Mais la pluie de cendre et de ponce, qui allait augmentant, et l'obscurité, de plus en plus profonde, le forcèrent. de jeter l'ancre près de l'ilôt Tegal, par 15 brasses d'eau.
Les heures qui suivirent furent vraiment épouvantables. Déjà à^lO^ 30°^ il régnait une obscurité complète, accompagné d'une forte pluie de cendre et de boue, de tonnerre et d'éclairs, et d'un vent très violent , presque un ouragan , qui enleva du pont la tente et tous les objets non solidement fixés. Sur les mâts et les vergues on voyait des flammes bleuâtres mouvantes, le feu St. Elme. De très hautes lames ballottaient tellement le navire, que le commandant craignait qu'il ne chavirât; pour ne pas démarrer, il faisait lentement avancer sous vapeur derrière les deux ancres. A 1 heure le temps s'apaisa, mais l'obscurité persista toute la journée. Ce n'est que le Mardi matin, à 4 heures , qu'il devint un peu clair, et que le commandant s'apprêta à continuer sa route. Lorsqu'on fut arrivé près de Poeloe Tiga, il sembla que les iles Seboekoe et Poeloe Tiga étaient reliées entre elles et à la terre ferme de Sumatra, près de Ketimbang, de sorte qu'on résolut de passer par le Détroit de Lagoendi , et de contourner ensuite Krakatau par le sud. Au débouché du Détroit de Lagoendi , on arriva dans un vaste champ de ponce flottante, qui au milieu avait fyès de 2 mètres d'épaisseur.
Après avoir traversé ce champ, on trouva la mer libre, et à 4 heures de l'après-midi ou atteignit Anjer, dont l'emplacement n'était plus reconnaissable qu'au tronçon , resté debout , du phare de Java's 4^* Punt; tous les autres bâtiments, sans une seule exception, avaient disparu. A l'est de Krakatau, entre cette île et Sebesi, on avait vu un grand écueil, d'où sortait de la vapeur. A Anjer, M. Lindeman se rendit en chaloupe à terre, où il rencontra le résident Spaan; il conduisit celui-ci, à bord du Loudon, dans la rade de Bantam, puis reprit directement sa route vers Kroê , afin de prévenir le paquebot Graaf van Byhndl, venant de Padang, des changements survenus dans le Détroit de la Sonde.
Tels sont les renseignements les plus importants sur l'éruption du mois d'Août, en tant qu'ils se rapportent à notre archipel. Quant aux observations faites en dehors de cet archipel, elles seront communiquées dans un des chapitres suivants.
La simple comparaison des récits qu'on vient de lire montre déjà qu'ils contiennent beaucoup d'inexactitudes, d'idées exagérées et de données d'heures fautives; néanmoins j'ai cru devoir rendre la pluprt de ces relations dans leur forme primitive, surtout pour peindre l'impression que la catastrophe produisit sur lés témoins oculaires.
De l'ensemble des informations se dégagent les points essentiels
suivants:
1 . L'éruption du mois d'Août n'a été ni précédée , ni accompagnée de violents tremblements de terre. En quelques points seulement on a signalé des secousses, et celles-ci étaient assez faibles.
2. Les éruptions du volcan de Krakatau ont augmenté en intensité le Dimanche, 26 Août, vers midi et surtout vçrs K heures du, soir; elles ont atteint leur maximum le Lundi, 27 Août, à environ 10 heures du matin, puis elles sont entrées en décroissance rapide^ pour cesser complètement dans la inatinée du Mardi, 28 Août. .
5. De la cendre et de petits fragments de ponce ont été éjaculés presque tout le temps, de la boue n'a été rejetée qu'après 10 heures du matin, le 27 Août.
4. La mer a présenté à plusieurs reprises des perturbations violentes, et notamment le Dimanche soir vers 6 heures, le Lundi matin à 6^ 50^ et a 10*^ 50^ environ. La dernière vague était de beaucoup la plus forte, et bien que les ravages causés par la première onde du Lundi matin fussent loin d'être insignifiants, la grande dévastation de Tjaringin et de Teloeq Betoeng doit pourtant être attribuée surtout à la vague de 10^ 30"^. Cette dernière vague seule s'est propagée sur toute l'étendue de la côte nord de Java; de la précédente, on n'aperçut presque rien à Batavia. Sur la côte Sud de Java cette vague a été remarquée jusqu'à Tjilatjjip, sur la côte Est de Sumatra jusqu'à l'embouchure de la. rivière Toelang-BaMrang , sur la côte ouest de Sumatra jusqu'à Ajer Bangies.