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ÉRUPTION DU 26 AU 28 AOÛT 1883 ET ÉRUPTIONS POSTÉRIEURES

Tout comme au mois de Mai, ce fut de nouveau un Dimanche que le volcan de Krakatau choisit pour annoncer à haute voix, aux habitants de TArchipel, que, bien qu'un nain parmis les nombreux colosses volcaniques des Indes, il ne le cédait à nul d'eux sous le rapport de la puissance.

Après le mois de Mai , ainsi que nous l'avons vu , des bruits venant de Krakatau avaient été entendus de temps en temps, mais pas audelà du littoral du détroit de la Sonde.

Le 26 Août, à 1 heure de l'après-midi, commença à Buitenzorg un grondement, que je pris d'abord pour celui du tonnerre dans le lointain; mais déjà à i^ y^ ^ ^^^^ ^^^^ accompagné d'explosions faibles et brèves, de sorte que je fus convaincu, quoique n'ayant • pas assisté au phénomène du mois de Mai, que les détonations devaient provenir de l'ile de Krakatau, située justement dans la direction d'où partait le bruit, savoir à l'O.-N.-O. A Batavia, ainsi qu'à Anjer, les bruits furent perçus quelques instants plus tard, tandis qu'à Sérang et à Bandoeng ou les entendit à trois heures.

Bientôt les détonations augmentèrent en intensité, surtout vers S heures du soir, et les nouvelles reçues postérieurement nous ont appris que ces détonations avaient été entendues dans toute l'ile de Java.

Les grondements continuèrent toute la nuit, interrompus de temps

en temps par une violente explosion ^ donnant lieu à des ébranlements et à des vibrations. Au chapitre V il sera traité en détail de ces mouvements de Tair, ici je me borne à noter que durant cette éruption, pas plus que dans celle du mois de Mai, on n'a observé des tremblements de terre tant soit peu importants. Dans les quelques rapports où il est question de tremblements de terre, on dit presque toujours que les secousses étaient faibles et le mouvement vertical. La méprise parait avoir eu lieu surtout lorsque les bruits étaient faibles, les ébranlements, au contraire, très distinctement appréciables. La plupart des relations ne parlent que de vibrations de Tair, et quelques-unes mentionnent même expressément qu'U n*a pas été observé de tremblements de terre. En une couple de points seulement on parait avoir réellement senti quelques secousses insignifiantes de la croûte terrestre (voir plus loin).

Dans la nuit du Dimanche au Lundi les détonations devinrent si violentes, que presque personne, dans l'Ouest de Java, ne put dormir en repos. Non seulement on était à tout moment réveillé en sursaut par Téclat des explosions, mais Tétrangeté du phénomène ne laissait pas que de causer des inquiétudes assez vives. Quiconque n'en a été témoin ne saurait se faire une idée de l'impression qu'on éprouve, lorsqu'une montagne située à 180 kilomètres de distance produit un fracas aussi terrible que celui de décharges d'artillerie entendues de très près. C'est là quelque chose de si insolite et extraordinaire, que beaucoup de personnes doutaient que Krakatau fût la cause de ces violentes détonations, et supposaient que quelque volcan plus rapproché était entré en action.

A cela s'ajoutait que dans les maisons tous les objets plus ou moins mobiles, et surtout les objets suspendus, étaient agités de courtes vibrations, d'où résultaient des bruits divers, cliquetis, grincements et craquements, qui contribuaient à faire naître chez les habitants un sentiment de malaise.

Le matin, à sept heures moins le quart, éclata un coup si formidable, que les derniers de ceux qui essayaient encore de retrouver le sommeil perdu, s'élancèrent de leur lit. A Buîtenzorg, dans 4

HARATAV I ^

maisons, la mienne entre autres , qui ont leur façade tournée à l'Ouest, des lampes sortirent de leurs suspensions, la chaux tomba partout des murs, des portes et des fenêtres, mal ou non fermées, s'ouvrirent, bref, ce fut un vrai tintamarre. Cette détonation a été, à Buitenzorg, la plus forte de toutes ; après 8^ Vi ^^ matin on n'entendit presque plus rien, jusque vers 7 heures du soir, moment où le bruit redevint très distinct; il s'y joignit aussi des détonations, qui, entre 10 et 11 heures du soir, ne le cédaient pas beaucoup en intensité à celles du matin ; quelques heures plus tard , le Mardi , à 2^ Va du matin, le bruit cessa complètement.

Après la violente explosion du Lundi matin, à 7 heures moins le quart, le ciel était partout serein, sauf à l'Ouest, légèrement voilé; de 7 à 10 heures l'obscurité survint lentement, après 10 heures elle augmenta avec rapidité, à 10^ \ on dut avoir recours aux lampes, et les voitures commencèrent à circuler lanternes allumées. A ce moment, le ciel entier était couvert et de teinte livide-jaunâtre. A 10^ Va j^ ^*s au bout de ma propriété descendre jusqu'à terre un épais nuage gris-jaunâtre, qui, comme le fait parfois la fumée ordinaire des cheminées, tranchait nettement sur l'air ambiant. J'y courus immédiatement, dans l'espoir de recueillir des particules de cendre, mais, à -ma grande surprise, je ne trouvai que de la vapeur d'eau dépourvue de toute odeur. Probablement qu'en d'autres lieux encore le nuage de cendre a été précédé d'un nuage de vapeur; mais la seule observation de ce genre qui soit venue à ma connaissance est celle de M. van Hasselt , contrôleur à Sekampong (Lampongs), qui le 27 Août, entre 10 et 11 heures du matin, remarqua, à Çoekadana, un nuage reposant sur le sol (ft8). Son interprétation du phénomène diffère toutefois un peu de la mienne, car il attribue le nuage à une condensation de l'humidité de l'air opérée sur la place même; pourtant il mentionne qu'on percevait une forte odeur d'acide sulfu'^ reux, ce qui prouve bien que cette vapeur provenait également du cratère, et était descendue des couches atmosphériques supérieures, soit par une pression d'en haut, soit par son propre poids. D'après lui, on éprouvait aussi une sensation de surdité, effet de la forte pression de l'air.

Le nuage de vapeur, à Buitenzorg, ne fut pas immédiatement suivi d'une chule de cendres; il s'écoula au contraire encore plus d'une % heure avant que les premiers grains de cendre fussent visibles, et ce n'est qu'à 11^ 20"^ que conunença la pluie de cendre proprement dite. Celle-ci resta assez abondante jusqu'à 1 heure , puis continua plus faible jusqu'à 3 heures. La cendre tombait en petits grains ronds , qui s'écrasaient entre les doigts, en une poudre farineuse gris clair; elle était très humide et ne contenait pas moins de 10% de son poids en eau.

Après 3 heures il . flottait partout une. vapeur ou un brouillard froid et humide , à légère odeur d'acide sulfureux; pendant l'obscurité, et aussi lorsqu'elle fui dissipée» l'air était notablement plus froid que les autres jours. Les ténèbres n'ont pas été complètes à Buitenzorg; néanmoins, depuis 11^ 30™ jusqu'à midi, il a fait assez obscur pour que, à la distance de 2B mètres, on ne pût distinguer les objets» tels qu'arbres ou maisons; passé 1 heure, la clarté augmenta sensi* blement et les coqs se mirent à chanter (ftfl).

Plus à l'Est , à Sindang Laja , à Tjandjoer et à Bandoeng l'obscurité n'a pas été complète non plus, et elle a duré d'autant moins longtemps que la situation de la localité était plus orientale. On approche ici de la limite des cendres, qui se trouve encore à l'ouest de Bandoeng.

A Batavia, la nuit du Dimanche au Lundi ne se passa pas d'une manière moins troublée. Beaucoup d'habitants, n'osant aller se coucher, restèrent à se promener au Koningsplein. Environ à 1^ 7s ^^ niatin (probablement à 1^ BB** Verb.) plusieurs becs de gaz s'éteignirent toutà-coup , tant dans les rues que dans les habitations , et cela ce répéta encore avant 3 heures (SO) (probablement à la suite de l'explosion de 2^ 38'* Verb.); lors de la détonation de 1^ 55"» des vitres se * brisèrent dans quelques magasins à Ryswyk (au centre de Batavia), et à Gang Ghaulan le globe d'une lampe non allumée éclata en morceaux (SI).

Dans la soirée du 26, à 11^ 32™ 18"^ temps moyen de Batavia, rhorloge astronomique de l'appareil aux signaux horaires s'arrêta (••), par suite des vibrations continues. Le matin, à 6 heures,

Se

il y avait une couche extrêmement mince de cendre; quant à lliéure à laquelle avait eu lieu cette chute très peu importante , je n'en ai trouvé nulle part l'indication précise. On avait en outre, pendant la nuit, distinctement senti une odeur de soufre, et le Dimanche soir on avait vu une lueur rouge dans la direction de Krakatau.

Le matin, à 8^ iO^ (®8) (selon d'autres un peu plus tard, à S^ i^^ ou 8^ 30"^), fut entendue a Batavia la détonation la plus violente, qui produisit aussi de fortes vibrations et détermina des craquements dans beaucoup d'édifices. Ensuite on n'entendit presque plus rien, jusqu'au soir après 8 heures, moment où le bruit recommença, pour se continuer jusqu'à une heure avancée (€13*). Entre 10 et 11 heures du matin survint une obscurité, qui alla toujours en augmentant; à 11 heures il commença à tomber de la cendre; jusqu'à midi il fit à peu près nuit, ensuite le jour revint peu à peu, et à 2 heures la pluie de cendre cessa. D'après le calcul de l'usine à gaz, 1500 becs ont brûlé ce matin-là à Batavia. Ici également on a observé, à partir de 10 heures du matin, un notable abaissement de température; à midi et à 1 heure la différence était de 7^ Gels, (plus de W]^^ Fahr.) par rapport aux températures notées aux mêmes heures, la veille et le lendemain (S4).

Un peu après-midi, pendant que l'obscurité régnait encore, la mer remonta soudainement vers Batavia, de sorte qu'en un instant une partie de la ville basse, jusqu'au Marché aux poissons, se vit .inondée. Dans le canal du port, l'eau atteignit à midi 10™ son niveau le plus élevé , qui était à environ 2 mètres au-dessus de B. P. {Boiavia-Peil , zéro de l'échelle de Batavia), tandis que la veille la cote maximum de la marée montante, à 4 heures, n'avait été que de O"' , 67 au-dessus de B. P. Quelques barques et bateaux à rames furent refoulés dan la rivière jusqu'au Heemradenplein ; l'eau s'arrêta alors un instant, mais revint ensuite avec beaucoup de force; car, à midi 30™, la vague avait aussi atteint Tandjong Priok, et l'eau arrivait au Heemradenplein par le canal de Priok. Le pont près de cette place fut endommagé par les bateaux qui vinrent le heurter violemment. L'échelle de la rivière Tjiliv^rong, près de cette même

place, marquait à midi 0^,86 au-dessus de B. P., à midi 45°^ l'°,48, à 1^ l^'.dS et à 2 heures O'^.SS. Lors du reflux de l'eau dans le canal du port, près du Kleine Boom et du Marché aux poissons, reflux qui à cet endroit eut déjà lieu dans la première demi-heure après l'arrivée du flot de midi SO'', le canal se vida presque entièrement; laissant des barques et des bateaux à rames échoués sur la rive et sur le quai; des poissons purent être pris en quantité à la main, par les Chinois et les Indigènes. Après 2 heures, et de nouveau après 4 heures de l'après-midi, l'eau revint, mais en s'élevant moins haut que la première fois; l'heure exacte des niveaux maximum ne parait pas avoir été notée.

De grande valeur sont les observations recueillies au marégraphe de Tandjong Priok, sur lesquelles je reviendrai en détail au chapitre V. Du 27, à midi, jusqu'au 28, à minuit, donc dans un espace de 36 heures, il n'en registra pas moins de 18 ondes; la première et la plus forte atteignit son niveau maximum, de 2°^, 35 au-dessus de B. P., à midi 30"^; ensuite l'eau baissa jusqu'à 3'°,! S au-dessous de B. P., lequel niveau exceptionnellement bas était déjà atteint à 1^ 30"*; à 2** 30" niveau maximum de la deuxième onde + 1"*,98, à 3*» 30* minimum -r 1"*,B0; à 4^ 30* cote maximum de la 3**"* onde + 1",24 , à K^ 30»^ minimum -î- 0",40 , le tout compté à partir du zéro de l'échelle de Batavia. Dans la marche de ces ondes s'accuse donc très nettement une période régulière de 2 heures.

En ce point, les vagues n'occasionnèrent pas de dégâts importants; seul le vapeur Prinses WUhelmina alla donner sur la côte (SA*^. La partie du littoral située immédiatement à l'Est de Tandjong Priok eut peu à souffrir, protégée qu'elle était par la jetée du port; au pasar (marchéj dé Tjilingtjing l'eau ne s'éleva que de ^3 de mètre; mais sur les points de la côte plus avancés vers l'Est, depuis Sembilangan jusqu'à l'embouchure du Bloeboek, l'une des bouches du Tji Taroem, près de la pointe de Krawang, l'eau monta jusqu'à 2 mètres; 6 kampoengs furent dévastés en partie, Sembilangan fut entièrement détruit (Oft).

Les lies de la baie de Batavia eurent également à supporter de

graves dommages. La différence entre la haute et la basse eau, à rile de Qnrust, a été évaluée à 4 mètres; une partie de Tile fut submergée. Je n'ai trouvé aucune indication concernant l'heure à laquelle s'est produite la première vague (probablement vers midi Verb.), une seconde vague parait être arrivée à 3^ Va* ^^ grand bassin de radoub flottant « qui à ce moment contenait VAugusUif fut mis en danger; les lourdes chaînes auxquelles il était amarré cassèrent comme verre , et il alla heurter un steamer de la marine du Gouvernement, le Siak, dont le tambour des roues fut brisé, et la cheminée renversée. Le bassin , toutefois , ne fut pas emporté , quelques chaînes et câbles des ancres ayant tenu ferme. Le bassin de radoub de l'île d'Amsterdam, par contre, s'est détaché et a été entraîné dans la direction du Sud, vers la pointe de terre appelée Oentoeng Djawa, district de Tangerang.

Sur la côte nord de la résidence de Krawang, la vague arriva au village de TjUamaja à V" 30"^ , mais elle n'y occasionna presque aucun dégât; au village de Pakies^ à l'ouest du précédent, 8 maisons furent emportées, et i enfants se noyèrent; la hauteur de l'eau a été évaluée ici à 7s d® mètre. Le kampoeng Sendari , à l'Est de Pakies , fut également inondé , mais quelques habitations seulement éprouvèrent de légers donunages.

A l'est de Tjilamaja, dans le Krav^rang, la vague a encore été remarquée, mais elle n'a pas causé de préjudices au pays de Pâmanoekan (SS).

Dans la résidence de Cheribon, la vague atteignit le Rambattan, l'embouchure Ouest du Tji Manoek, aux environs de 4 heures, et une seconde vague arriva entre 5^ 7a ®^ *^ Vi du soir. Des observations exactes de l'heure et de hauteur n*ont pas eu lieu ; la hauteur est estimée de 7i mètre à 1 mètre (SI).

A Japara (résidence de Japara) l'eau pénétra le soii' à 6 heures, et monta à la hauteur de 7i mètre (SV).

Aux échelles de marée du délroii de Madoera la vague a été encore observée très distinctement, savoir, à celle d'Oedjoeng Pangka, le 28, à P 7} du matin, à celle de l'Oedjoeng de Soerabaja à if" %,el

a celle de Karang Kleta à 2^ '/^ du même matin. Les perturbations ne furent toutefois pas grandes ; au chapitre V je reviendrai sur ces indications des échelles (S8).

A Tangerangy dans la partie ouest de la résidence de Batavia , on entendit les premières détonations à 4 heures de l'àprès-midi, le Dimanche, 26. Le 27, après 10 heures du matin, il commença déjà à tomber un peu de cendre; à 11 heures l'obscurité augmenta et la pluie de cendre devint plus abondante; à midi on dut allumer les lampes , et , au dehors , on ne voyait goutte. Le soir , à 4^ 7a > la pluie de cendre avait cessé, et il faisait de nouveau clair. Entre 11>> du matin et midi on entendit dans la direction du Nord un bruit singulier: c'était le bruit de la vague qui accourait. Toute la côte nord de ce district, jusqu'à une distance de 1 à l^s kUomètres, fut inondée; une foule de personnes perdirent la vie, et 9 villages situés au bord de la mer furent ravagés complètement, 5 en partie. Les endroits qui étaient protégés à l'Ouest par des parties proéminentes de la côte, eurent le moins à souffrir; l'eau s'éleva, suivant la situation des lieux, de 1™ */4 à 3™ Y*- MM. Gouyn, Frahs et Jacobs, qui le matin s'étaient rendus au kampoeng (village) de Kramat^pour y tenir une vente, ne se sauvèrent qu'à grand' peine, en grimpant sur des arbres (08*). Dans ce district périrent 1794 Indigènes et S46 Chinois et autres Orientaux étrangers (S8^).

A Sérang les bruits commencèrent à 3 heures, dans l'après-midi du Dimanche. Pendant toute la nuit , on y observa une odeur de soufre, ainsi que des éclairs et des grondements de tonnerre dans la direction de Krakatau, et il tomba aussi un peu de cendre. Le Lundi matin, le ciel était, à l'Ouest, couleur de plomb, et une fine pluie de cendre continuait à tomber (SB). A 10^ ^4 ^^ entendit une détonation (SB*), et peu après, à 10^ 7a» commença l'obscurité, qui déjà avant 11 heures était si complète, qu'on ne pouvait plus rien distinguer, même à proximité immédiate. A 11^ 10°^ un télégramme de Sérang mandait qu'il y tombait une pluie de gravier (petits fragments de pierre ponce Verb.)('SO); à 11^30°^, la communication télégraphique entre Sérang et Batavia fut, hélas! interrompue

jusqu'au 28 à midi; à la chute de petites pierres succéda une pluie de boue, fange grisâtre, ou cendre mouillée , qui s'attachait aux feuilles et aux hranches des arbres , et en déterminait la rupture par son poids. A midi la pluie de boue cessa, et il ne tomba plus que de la cendre assez sèche. Pendant ce temps on n'a pas entendu, parait-il, de détonations à Sérang, car les récits mentionnent qu'il y régnait un silence extraordinaire, qui chez beaucoup de personnes produisait un accablement nerveux; les animaux domestiques étaient également inquiets et , dans les maisons , se' rapprochaient le plus possible des hommes et de la lumière, ne se laissant même pas éloigner de force. Jusqu'à 2 heures l'obscurité resta complète; alors une faible clarté reparut à l'orient, les coqs se mirent à chanter, on entendit de nouveau des bruits sourds; la cendre continuait à tomber, l'odeur de soufre étais très forte et desagréable; à 4 heures des lampes brûlaient encore , quoique , à ce moment, il régnât une lumière crépusculaire (91). A 11 heures du soir seulement la pluie de cendres s'arrêta , comme l'annonçait, le 28, l'un des premiers télégrammes qui, après que la communication eut été rétablie, furent expédiés de Sérang à Batavia (fli) ; mais ces télégrammes apportaient en même temps les premières nouvelles de la dévastation d'Anjer et de la côte septentrionale de Java et bientôt on apprit que les ondes formées à la suite de l'éruption, et dont l'effet avait déjà été si funeste dans le district de Tangerang et à Batavia, avaient, comme on le présumait, exercé d'épouvantables ravages sur le littoral du détroit de la Sonde, beaucoup plus rapproché de Krakatau.

La Gazette officielle de Java (Javasche Gourant) des 28 Août, 31 Août et 4 Septembre, et les journaux de Batavia du 28 Août au 1^' Septembre, sont remplis de détails sur la catastrophe dans le Bantam. Pourtant, on y trouve peu de récits de témoins oculaires, car Merak, Anjer et Tjaringin, les seules localités de la côte où se trouvaient des Européens, furent totalement détruits; et parmi ces Européens, ceux qui n'avaient pas pris la fuite avant le désastre ne parvinrent à se sauver qu'en très petit nombre. Si l'on considère, en outre, que dès l'abord de profondes ténèbres s'étaient partout

répandues , et que ces terribles événements avaient jeté tout le monde dans un état d'agitation extrême, on comprendra qu'il ne faut pas s'attendre à une trop grande exactitude dans les rares indications que nous possédons au sujet du moment de l'arrivée des vagues sur la côte du Bantam.

Pour Merak, nous avons le témoignage du comptable des travaux du port de Batavia , E. Pechlbr, le seul Européen qui eut la vie sauve, n était en route pour remettre à un messager , qui devait le porter à Sérang, un télégramme que lui avait donné, le matin à 8 heures, le cbef-mineur Naubiann (98). Cette dépêche, la dernière qui ait été expédiée de Merak , mandait au chef des travaux du port, à Batavia, que dans la soirée du Dimanche 26, et aussi le matin du 27, la partie basse de Merak, savoir le campement Chinois, la voie ferrée, l'embarcadère et l'anse de Batoe-Lawang, — endroit ou se trouvait une carrière relevant des travaux du port — avait été ravagée; les grues et l'embarcadère étaient encore à leur place, mais les wagons avaient été emmenés par la mér, toujours très haute au moment où la dépêche fut écrite (941). D'après une autre version, H. Pechler lui-même se serait mis, à 8^ '/4, en route pour Tjilegon; mais cela est inexact, suivant des communications que M. PscmiSR m'a faites, de vive voix, à Batavia. Il se trouvait, environ vers 9 heures ou 9^ 30°^, au pied de la haute colline située derrière le kampoeng Merak, quand arriva la grande vague; il se dépêcha de gravir cette colline, mais l'eau le gagna de vitesse, et elle lui venait aux genoux, lorsqu'il tomba évanoui; ce n'est que le lendemain (28 Août), de très bonne heure, qu'il reprit connaissance, et aperçut près de lui deux indigènes. Peu de temps après, ils virent* arriver le hopper Tegal, ayant à bord l'ingénieur Nibuwenhuys, et ils se rendirent alors en hâte à la plage, où, littéralement, tout était détruit. Les indigènes firent à l'ingénieur un récit tant soit peu différent; en outre, les déclarations de M. Pechler, telles qu'elles sont consignées dans le rapport offidel sur les travaux du port, pour le mois d'Août (94), dans un rapport de l'ingénieur Nieuwenhuts au chef des travaux du port, sur l'état des lieux, à Merak le 28

Août, et dans le Java-Bode du 29 Août, ne s'accordent pas exactement entre elles. L'indication de 8 heures pour le télégramme et celle de 9 heures ou 9^ 30"^ pour la vague sont probablement toutes les deux trop faibles, la seconde même de plus d'une heure; le fait doit avoir eu lieu après 10 heures, puisqu'on mentionne que l'obscurité survint à peu près en même temps que la grande vague. La susdite indication ne peut pas non plus se rapporter à une vague antérieure , car alors Peghler, qui resta couché sur la colline, à la place où la vague l'avait atteint , eût indubitablement été emporté par Tonde , bien plus forte, lie 10 heures.

Lorsque, le lundi matin, on apprit à Tjilegon qu'une partie de Merak avait été détruite dans la soirée du Dimanche, l'aspirantcontrôleur Abbll partit, avec le wedana, pour se rendre sur le théâtre de la catastrophe. A 10 heures ils atteignirent le village de Sangkanila, situé non loin de Merak, et très près de. la mer. Les habitants des autres kampoengs avaient presque tous pris la fuite vei-s Tjilegon, localité sise à une plus grande hauteur, ou vers les montagnes; seuls, ceux de Sangkanila étaient restés chez eux. Cinq minutes environ après son arrivée dans le village, M. Abell vit tout à coup s'avancer »une mer colossale, aussi haute peut-être qu'un cocotier"; il échappa à grand' peine au danger, en gravissant en toute hâte, avec le wedana, les collines les plus proches. Regardant en arrière, ils virent toute la zone littorale inondée, mais bientôt Os se trouvèrent plongés dans une obscurité complète et assaillis par une violente pluie de cendres et de boue; à 2^ Y, le ciel s'éclaircit, et il devint possible d'entreprendre, pas des sentiers glissants, passant sur les hauteurs, le retour vers Tjilegon, où ils arrivèrent à 1 heure de la nuit. Ils étaient restés 4 heures (donc de 10^ '/a ^ ^^ Vi) ^^^ les collines, dans les ténèbres et les vêtements trempés (Iftj.

Cette indication de l'heure est exacte, la grande vague a été vue, près de Merak, après 10 heures, et unpeu avant T arrivée de V obscurité.

A Merak ont péri: le chef-mineur K. A. Naumann et sa femme, le surveillant H. B. van Dibst et sa femme, le surveillant J. Kaal, le maichiniste S. C. van ëssen, sa femme et 4 enfants, le magasinier

J. S. TowNSBND et enfant; seul le comptable E. PECHtEft, dont la famille se trouvait à Tjilegon, fut sauvé. L'ingénieur Nieuwenhuys était parti le 28 pour Batavia, circonstance à laquelle il dut son salut. Parmi les indigènes travaillant à Merak, ont péri: 1 chefmandoer, 13 mandoers, 4 charpentiers , 9 machinistes , 2 forgerons, 3 ouvriers d'établi, 6 chauffeurs et 13S koelies, la plupart avec leur ménage; deux personnes seulement échappèrent. Lorsque, le 28 au matin, l'ingénieur Nibuwbnhuys arriva sur les lieux, il n'y trouva plus rien des maisons, ni des ateliers; même l'habitation de l'ingénieur, située sur une hauteur à 14 mètres au-dessus du niveau de la mer, avait été rasée; il n'en restait que le pavé en ciment. Une locomotive fut retrouvée, toute tordue, à 800 mètres de sa place, les rails étaient arrachés de leurs traverses et entrelacés comme de simples rubans. On ne trouva qu'un seul cadavre, la mer en se retirant parait avoir emporté toutes les victimes; plusieurs de celles-ci, qu'(m avait vues flotter à la surface des vagues, furent rejetées sur la plage au bout de quelques jours et immédiatement enterrées. La hauteur atteinte par la mer a été , d'après l'ingénieur Nibuwenhuts , de 50 mètres en moyenne; au Sud de Merak, la côte plate tout entière, jusqu'aux collines, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, était également dévastée (9tt). (Voir la petite carte fig. 24).

A Anjer, le 26, dans l'après midi, on entendit distinctement les bruits de Krakatau et l'on remarqua déjà des^balancements dans l'eau; environ à B*» Ya » ^^^ observée la première crue importante : il n'y eut pas encore d'inondation, mais, dans le canal du port, plusieurs navires avaient démarré et donnaient contre le pont-levis, qui fut fortement endommagé. La hauteur de cette vague a été évaluée à 1 mètre, par quelques-uns à 2 mètres. Toute la soirée et la nuit l'eau resta agitée, mais on ne signala ni inondations, ni accidents. A partir de 9 heures du soir il tomba un peu de cendre; la nuit, entre 2 et 3 heures , il y eut une couple de secousses de tremblement de terre (?) (9tt*). Le Lundi matin, de bonne heure, on réparait la ligne télégraphique, qui la veille au soir avait été rompue par les mâts d'un schooner , lorsque , à 6^ V; > s^rriva une grande va^ue ,

qui détruisit Anjer presque en entier; plusieurs Européens périrent dans cette catastrophe ; ceux qui étaient encore en vie s'enfuirent vers Tjilegon, à 16 Va kilomètres de là. Une seconde vague , plus élevée que la première, doit, au rapport d'un télégraphiste, être arrivée à 7^ Vs 9 d^^ 1 heure après la précédente (99) , une autre relation , probablement du même (98) , ne fait mention que d'une seule vague ; le témoin s'enfuit aussi vite qu'il le put, vers Karès, à 4 kilomètres d'Ânjer, y écrivit une dépêche pour mander la dévastation d'Anjer au résident de Bantam et à l'inspecteur des télégraphes, puis retourna, à 9** ^2 environ , vers Anjer , afin de sauver ce qu'il était encore possible d'y sauver. Après avoir parcouru 1 kilomètre ^2 ^^^ ^^e fine pluie de cendre , il entendit une détonation formidable, suivie d'une forte pluie de cendre, et d'éclairs. Ensuite se succédèrent encore quatre détonations semblables et, peu après, une pluie de boue. A ce moment accouraient à sa rencontre des indigènes d'Anjer, criant que l'eau arrivait; aussitôt il se jeta avec eux dans un chemin de traverse menant au kampoeng Djahat, petit hameau de 4 ou 5 maisons, situé sur une hauteur, où il arriva par une épaisse pluie de boue et une obscurité complète. On entendait craquer les arbres et se casser les tiges des bambous, mais la vague même n'a pas été vue en ce point, ce qui prouve qu'elle n'y est arrivée que lorsque les ténèbres étaient déjà profondes. On ne nous dit pas combien de temps ces ténèbres ont duré; toute la journée il parait avoir fait passablement obscur; les fugitifs restèrent chacun à la place où ils s'étaient réfugiés, et ce n'est que le soir, lorsqu'un peu de clarté eut reparu, qu'ils purent se réunir (98*).

Le résident de Bantam, dans un rapport officiel, ne parle également que à* une vague , qui , à environ six heures du matin, aurait dévasté Anjer. Il est certain, en tout cas, que la grande vague de 10 heures ne trouva plus debout, à Anjer, que le fort, la prison, l'habitation du patih et celle du wedana (99); probablement aussi le phare de Java's 4^^ Punt, qui, suivant le récit de la femme du surveillant du feu, Sghuit, avait bien vibré et oscillé toute la nuit, mais n'avait pas été renversé par la vague de 6 heures. Le phare

n^aurait succombé qu'à 9 heures (plutôt: après 10 heures Vbrb.)

Toute la plaine qui entoure Ânjer, et qui derrière cette localité présente une largeur d'environ tOOO mètres, a pour ainsi dire été rasée; sur son bord, la mer a rejeté d'énormes blocs de coraux, dont le plus gros, gisant près de Tancien phare, a un volume de 300 mètres cubes. La ligne de la côte, depuis Merak jusqu'à Anjer, et plus au Sud jusqu'à Tjaringin , n'a éprouvé que des changements sans importance; du chef-lieu Anjer une partie seulement a été emportée, comme on peut le voir sur la nouvelle carte du littoral du Bantam (80).

Le pilote de Vanss échappa à la première inondation, qui selon lui eut lieu quelques minutes après 6 heures, en grimpant sur un arbre; lorsque l'eau se fut retirée, il se mit en route poiinr Sérang. Dans son récit il n'est- pas non plus question d'une seconde vague à 7^ Vs » ^^^^ vague ne parait donc pas avoir été haute entre Anjer et Tjilegon, sans quoi M. de Yries l'eût nécessairement remarquée, puisqu'à 7^ Vs ^ devait encore se trouver sur les parties basses de la côte (81).

A Anjer périrent les Européens suivants (81*);

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