Java Bode du 15 Novembre
lAI. . > 22 Février 1884.
UZ, BaUviaasch Handebblad du 25 Février 1884. 1A8. Communication du D'. H. Oniibh à Salemba.
CAUSES DE L'ÉRUPTION DE 1883. OONSDÉRATIONS THÉORIQUES SUR LES ÉRUPTIONS EN GÉNÉRAL.
Les volcans, on le sait, ne se trouvent pas disséminés tout à fait sans règle à la surface du globe terrestre, mais la plupart d'entre eux sont alignés à la suite les uns des autres, en chaînes plus ou moins longues. Gomme exemples on peut citer les volcans de l'Amérique du Sud, ceux de l'Amérique centrale, ceux de l'Alaska et des lies Aléoutes, ceux du Kamtchatka, des Kouriles et du Japon, ceux des Philippines et du nord de Célèbes (Mehado), enfin ceux des petites lies de la Sonde, de Java et de Sumatra.
Cette distribution particulière ne peut pas être Teffet du hasard; il doit y avoir une cause qui a poussé les matières fondues à s'épancher de préférence suivant certaines directions, et l'idée la plus naturelle est de chercher cette cause dans les déchirures ou les fentes de l'écorce terrestre.
Pour Sumatra, j'ai essayé de montrer que l'origine première des fentes doit être attribuée à des plissements de l'écorce terrestre, qui dans cette ile, depuis les temps les plus reculés jusqu'à ce jour, eurent constamment lieu à peu près dans la même direction. Non seulement les grands volcans^ maïs aussi les petits, de date un peu plus ancienne, sont disposés en chaînes, qui courent parallèlement à l'axe longitudinal de Sumatra (N. 0. — S. E.). L'andésite, de l'époque tertiaire ancienne, les diabases, qui parurent au jour après la fin de la période carbonifère, et les roches granitiques anciennes possèdent
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également cette direction, et cela est même le cas des roches sédimentaires de Sumatra (1.&4). Tous ces faits s'expliquent de la manière la plus simple par des plissements; si la pression agit toujours dans la même direction, les fractures, qui doivent alors nécessairement se produire, seront à peu près parallèles, de sorte qu'il se formera des lignes, parallèles entre elles, de plus faible résistance. Les produits fondus apparaîtront de préférence le long de ces lignes et, en outre, c'est surtout suivant elles qu'auront lieu de petits glissements de l'écorce terrestre, des failles ou rejets, d'où résulteront en général des tremblements de terre. C'est aussi par ces failles que l'eau, eau de pluie ou eau de mer, peut le plus aisément pénétrer jusqu'aux matières fondues qui se trouvent sous la croûte solide; elle développe alors de la vapeur à haute température et à tension énorme, ce qui peut avoir pour conséquence des éruptions, ainsi que nous le verrons plus loiù. Aussi les volcans se trouvent-ils généralement dans des régions où les masses minérales ont été fortement dérangées, par des plissements ou des dislocations, de leur position primitive; c'est également dans ces terrains que les tremblements de terre se produisent le plus fréquemment, tandis que de vastes contrées, où les couches les plus anciennes ne montrent aucun dérangement, sont presque entièrement exemptes de secousses du sol; comme c'est par exemple le cas pour la plus grande partie de la Russie.
Le rôle considérable que les crevasses et les failles jouent dans les tremblements de terre s'est déjà souvent manifesté, entre autres dans les tremblements de terre du nord de l'Italie. Une grande zone de territoire, qui s'étend en arc depuis le lac de Garde, par Roveredo et Ala, Bellune, S^ Croce, Udine, Adelsberg et Klana jusqu'à Fiume, et qui est trèg sujette aux tremblements de terre, forme propablement la limite^ vers les montagnes situées au nord, c'est-à-dire vers les Alpes, d'un sol en voie d'affaissement lent. Des commotions se pro* duisent en outre le long de fentes qui, par rapport à cette zone arquée, ont une direction radiale, et sur ces lignes on a pu constater distinctement des rejets des couches, tant dans le sens vertical
que dans le sens liorrzontal. Près du petit lac de S^ Croce, à Test de Bellune> entre autres, les deux parties de la montagne ont glissé hùrizonialement Tune sur l'autre (flftft).
Les relations du dernier tremblement, de terre d'Ischia (28 Juillet 1883) mentionnent aussi que Casamicciola^ le bourg le plus éprouvé, se trouve très près de l'intersection de deux déchirures de Técorce terrestre (fl5B à 159*). Ce tremblement de terre esl attribué à l'action du vulcan d'Ischia, TEpomeo.
Quant aux causes des tremblements de terre, les opinions sont encore partagées. Quelques savants regardent ces phénomènes comme dus à la formation subite de vapeur dans des cavités souterraines, et cette hypothèse offre beaucoup de probabilité^ car l'eau chaude et la vapeur ne manquent pas sous la surface du sol, ainsi que le prouvent les sources thermales et les grandes quantités de vapeur que certains volcans et fumerolles dégagent incessamment. L'existence d'espaces creux souterrains peut aussi être admise avec certitude, puisque les sources chaudes amènent au jour beaucoup de matières dissoutes» ce qui implique la formation de cavités dans la roche solide; à la limite de la croûte terrestre solide et des matières en fusion il doit également se trouver des espaces creux, soit qu'on se figure la masse fondue confinée dans des foyers spéciaux, à une assez faible distance au-dessous de la surface, soit qu'on se la représente formant, à une profondeur plus grande, un anneau continu entre l'écorce solide et le noyau central, qui, par suite de l'énorme pression est probablement aussi à l'état solide. Les tremblements de terre doivent donc, d'après les savants qui adoptent cette opinion, être considérés comme une sorte d'éruptions volcaniques qui n'auraient pu s'élever jusqu'à la surface. Pour eux, la distinction tranchée entre les tremblements de terre volcaniques et non volcaniques s'efface.
Les ébranlements que détermine la formation même de la vapeur et ceux qui se produisent lorsque cette vapeur passe d'une cavité dans l'autre, en brisant subitement par sa pression la paroi rocheuse qui les séparait^ ces ébranlements sont regardés^ dans cette hypothèse,
comme la cause des vibrations qui se propagent, sous forme de tremblements de terre, jusqu'à la surface.
ÂRisTOTK parait être le premier qui a attribué les tremblements de terre à la pénétration de Teau et à la formation subséquente de vapeur.
n convient de faire remarquer que, si la vapeur d*eau est toujours la cause du phénomène, on pourrait s'attendre à voir, au moins dans quelques tremblements de terre, de la vapeur s'échapper par les fentes ou déchirures de Técorce terrestre, ce qui, à ma connaissance, n'a jamais été observé. D'un autre côté, à Tappui de l'hypothèse en question, on avance aussi que la plupart des éruptions volcaniques sont précédées de tremblements de terre, qui diminuent en violence dès que le volcan commence à agir (1.58). Gela peut être vrai dans certains cas, mais avant la grande éruption du Krakatau aucun tremblement de terre impoilant n'a été ressenti, ni au mois de Mai, ni au mois d'Aoât; les quelques secousses notées sur les côtes du détroit de la Sonde étaient très insignifiantes.
D'autres savants rapportent une catégorie de tremblements de terre à des actions volcaniques, une autre — ceux qui ont lieu dans des contrées non volcaniques — à des écroulements souterrains, lesquels détermineraient également des secousses. Tout récenunent encore, les grandes commotions de l'écorce terrestre, qui se sont fait sentir sitr de vastes étendues, ont elles-mêmes été expliquées de cette manière, en admettant que les effondrements, dans les espaces vides souterrains, s'étaient effectués à une grande profondeur (!.&•). Cette hypothèse, très ancienne aussi, a été reprise par M. Boussingault et développée par M. HoPKiffs et d'autres.
Le flux et le reflux de la partie fluide interne du globe ont également été invoqués pour l'explication des tremblements de terre et des éruptions volcaniques (f.BO et f.Bfl). Les relevés des tremblements de terre en Grèce et à Smyme, et en Suisse (IBS et f.B8) ont montré qu'un minimum correspond aux quadratures, un maximum aux syzygies, résultat auquel Pbrry était déjà arrivé antérieurement pour les tremblements de terre de^l'Italie. Bien que, d'après cela, la
position de la lune et du soleil par rappoil à la terre soit certainement un facteur dont on doit tenir compte et qui peut, par exemple, avancer le^ moment d'un tremblement de terre ou d'une éruption, il est impossible d'y voir la cause essentielle de ces phénomènes, car alors ils se produiraient beaucoup plus régulièrement et Ton pourrait calculer d'avance Je temps propable de leur apparition. Or, c'est à quoi l'on n'est pas parvenu jusqu'ici et, en ce qui concerne spécialement notre éruption du Krakatau, les jours du SO/21 Mai et du 26/27 Août ne sauraient nullement servir d'appui à la théorie en question. D'après le calcul deHI. Melghior, ingénieur à Batavia, la force théorique de la marée était, le 20 Mai, relativement petite, et le 26 Août elle était même si faible que, pour cette éruption du moins, on peut hardiment mettre en doute tout rapport avec la force de la marée (flB4).
Je passe maintenant aiix éruptions volcaniques elles-mêmes, en me bornant à exposer brièvement la manière la plus probable dont, à mon avis, elles se produisent.
La plupart des géologues admettent aujourd'hui que la force qui pousse les matières fondues à s'élever dans les cheminées volcaniques, parfois à une hauteur de plusieurs miHiers de mètres, doit tout simplement être cherchée dans la vapeur que l'eau engendre dès qu'elle, vient en contact direct avec les matières en fusion, ou dès qu'elle descend dans des espaces où règne une haute température. Ds se représentent la terre passée seulement en partie à l'état solide ; la croûte s'est solidifiée par le refroidissement, et le noyau, où se sont accumulées les matières les plus lourdes, est probablement aussi à l'état solide, en vertu de la forte pression qu'il subit; mais, entre ces deux parties, il y a une zone, ou plutôt une coque, où se trouvent encore des matières en fusion. Il ne me parait pas improbable que ces matières forment une seule masse continue, ce qui toutefois n'empêche pas que, de ce réservoir général, des portions de matières fondues ne puissent être refoulées dans des cavités distinctes situées plus haut, et former ainsi, au sein de la croûte solide, des amas particuliers, des lacs souterrains de lave. C'est ainsi queje me figure ce qu'on
appelle les foyers volcaniques; tout en ayant chacun une existence séparée, ils n'en seraient pas moins, par Tintermédiaire du réservoir général situé plus profondément, en communication entre eux, de telle sorte, par exemple, qu'une forte pression dans l'un des foyers se ferait nécessairement sentir dans tous les autres.
L'introduction de l'eau dans les espaces souterrains peut se faire par capillarité des roches, ou bien suivant les déchirures et les fissures de la croûte solide. M. Daubréb a montré expérimentalement que par l'action capillaire l'eau traverse des plaques de grès, même lorsqu'il existe une contre-pression considérable (f.B5).
Des quantités plus grandes peuvent pénétrer subitement, quand le long d'une faille il s'opère un mouvement tel que la fente s'ouvre d'abord un peu, pour se refermer ensuite.
Arrivée en contact avec les matières fondues, dont la température peut certainement être évaluée à plus de 1000^ Cels. (flB5*), l'eau se transforme entièrement en vapeur, puisque, au-dessus de la température dite critique, elle ne peut exister à l'état liquide. On sait que pour chaque gaz il y a une température déterminée, au-delà de laquelle la condensation en liquide, même à la plus haute pression réalisable, n'est plus possible. Cette température difière beaucoup d'un gaz à l'autre. Pour l'acide carbonique elle est de 30°.9, pour l'éther de 1 96°.2, pour le sulfure de carbone de 276M et pour l'eau de 411^5 Cels. (!••).
Du moment que l'eau, dans la cavité souterraine, est échauffée au-dessus de 411^, elle passe donc tout entière à l'état de vapeur, et si l'espace que la vapeur trouve à remplir n'est guère plus grand que le volume primitif de l'eau, elle possédera une densité considérable et une tension énorme. Dans ces conditions, la vapeur devient comparable aux gaz explosifs, ainsi que l'ont montré, entre autres, les expériences sur la vapeur surchauffée dans des tubes fermés. M. Daubrbb, voulant étudier l'action que l'eau ou la vapeur à haute température et à haute pression exerce sur les silicates, introduisit différentes de ces matières, avec de l'eau, dans des tubes de fer d'un diamètre intérieur de 21 mm. et d'une épaisseur de 11 mm. Ces tubes ayant été fermés, puis chauffés jusqu'à 450° Cels., il arriva
plusieurs fois qu'ils firent explosion, avec une violente détonation, semblable à un coup de canon. Comme le tube était presque entièrement rempli d'eaii, la vapeur formée doit avoir eu, selon M. Daubrée^ une densité d'environ 0.9; la pression, qui doit avoir été très considérable, ne peut être calculée exactement.
Si quelques centimètres cubes de vapeur à 450"" sont déjà capables de faire éclater un épais tube de fer7 il est facile de comprendre que dans les espaces souterrains, où règne une température beaucoup plus élevée, la tension de la vapeur puisse devenir assez forte pour soulever la lave de ces réservoirs dans les conduits volcaniques à plusieurs centaines de mètres de hauteur et la faire couler par-dessus les bords du cratère. La densité de la lave pouvant être évaluée en moyenne à 2.5, chaque hauteur de 4 mètres, dans la colonne de lave, équivaut à 1 atmosphère de pression, de sorte qu'une colonne de 4000 mètres — et telle doit être au moins la hauteur dans l'Etna, pour la lave qui se déverse par le sommet — correspond à 1000 atmosphères.
Aux températures supérieures à 1000"" Cels. il se produit encore im autre phénomène susceptible d'accroître la tension dans les espaces souterrains, savoir la dissociation.
Grovb avait déjà fait voir {±99^*) que la vapeur d'eau, au contact d'un fil de platine rendu incandescent par voie électrique, se décompose, en proportion très appréciable en ses éléments, oxygène et hydrogène; mais il était réservé à M. H. Sainte-Claire Deville d'expliquer ce phénomène, comme étant un cas particulier de ce qu'il appela dissociation, c'est-à-dire, de décomposition graduelle, dépendant de la température et de la pression.
Les recherches faites sur les phénomènes de cet ordre (f.BB^) ont montré qu'une augmentation de pression ralentit la dissociation et peut même l'empêcher presque complètement.
Or, sous les volcans, dans le réservoir de lave, règne comme nous l'avons vu, une très haute tension de vapeur (250 atmosphères déjà pour mie colonne de lave de 1000 mètres. De plus, la température du magma fondu, dans le cratère et jusque tout près de la surface, est d'environ IISO"", — car tel est le point de fusion de roches qui
par leur composition se rapprochent de nos roches de Krakatau, (voir i.B5*) — et elle ne dépasse donc que de 100 à SOO degrés la température (un peu au-dessous de 1000* Gels.) à laquelle commence la dissociation.
Pour Tune et l'autre raison, la dissociation ne peut être importante dans la région des laves, et il n'est même pas sûr qu'elle s'y opère à un degré quelconque, vu que la température à laquelle commence la dissociation s'élève probablement à mesure que la pression augmente. Un accroissement de tension dû à la dissociation, accroissement qui en cas de dissociation complète serait évidenunent de 50%, — parce que 2 volumes de vapeur d'eau donnent par leur décomposition complète 2 volumes d'hydrogène et 1 volume d'oxygène, que le volume à pression constante est donc augmenté dans le rapport de 2:3, et que par conséquent la pression à volume constant croit dans ce même rapport, — n'aura donc probablement pas. lieu dans l'espace à lave, ou ne s'y produira que dans une très faible mesure.
Les choses se passeront un peu autrement, toutefois, dans la cheminée du cratère et surtout à sa partie supérieure, parce qu'ici l'influence contraire de la pression est partiellement supprimée. Une bulle de vapeur d'eau, qui au bas du conduit volcanique a une température de 1100 à 1200"" C. et une tension de quelques centaines d'atmosphères, à raison de laquelle la vapeur n'est mêlée que d'une très petite quantité de gaz oxy-hydrique, cette bulle, en s'élevant dans la colonne de lave, conservera à peu près la même température, mais sa tension diminuera de plus en plus. Par jsuite, la dissociation augmentera, et au moment où la bulle arrivera à la surface de la lave dans le cratère, la quantité de vapeur dissociée sera celle qui correspond à la température d'environ 1130° C. et à une atmosphère de pression. La vapeur d'eau qui se dégage doit donc être mêlée d'hydrogène et d'oxygène, et, des observations faites par M. Fouqub à Santorin, il résulte que tel est effectivement le cas (!.••*).
Les gaz qui se sont échappés pendant les éruptions du Krakatau, en Mai— Août, n'ont été l'objet d'aucun examen; pour les raisons ci-dessus exposées, je crois toutefois pouvoir admettre que, dans ces
éruptions aussi, la dissociation n'a joué, tout au plus, qu'un rôle très subordonné. Quant à la question de savoir si les gaz oxygène et hydrogène, rapidement refroidis et dilatés dans les couches atmosphériques supérieures, se recombineront en dehors du cratère, cela me paraît extrêmement douteux; on sait, en effet, que le refroidissement rapide, au-dessous de la plus basse température à laquelle les gaz dissociés puissent encore s'unir, est précisément Tun des, moyens employés pour empêcher la recombinaison de ces produits de la dissociation (LoTHAR Meybr, Die modemen Theorien der Chemie, 1884, p. 412).
Les violentes détonations qui se faisaient entendre lors des éruptions ne peuvent donc guère provenir de l'union subite, ave(! explosion, d'oxygène et d'hydrogène, mais elles doivent probablement être attribuées aux mêmes causes qui produisent le bruit dans la décharge des armes à feu, c'est-à-dire, à la forte et soudaine expansion des gaz dégagés et aux mouvements rapides qui en résultent dans l'air ambiant.
L'intensité inouïe des détonations du Krakatau s'explique sui&samment par les gigantesques dimensions de notre bouche à feu volcanique et par la vitesse très considérable des matières qu'elle a lancées.
Dans la plupart des éruptions, non-seulement de la lave s'écoule tranquillement du cratère ou d'une crevasse latérale du volcan, mais des matières pulvérulentes, dites cendres et sables volcaniques, sont aussi rejetées, avec beaucoup de force, en dehors du cratère. Dans la récente éruption du Krakatau, aucune coulée de lave n'est mêmt sortie du volcan, tout a été éjaculé sous la forme de fragments de ponce, de sables et de cendres.
On se rend le mieux compte de ces violentes actions en admettant que la vapeur s'est subitement frayé un passage à travers la lave.
Si dans un espace A B, fig. 32, rempli jusqu'en a de matières fondues, de l'eau pénètre, soit par une lente infiltration capillaire, soit d'une manière plus soudaine par une fente s temporairement ouverte, l'eau sera bientôt convertie en vapeur, qui, s'accumulant dans l'espace en C, exercera une pression sur la masse de lave. Si
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la pression devient plus forte, le niveau baissera de a en b, et par contre il s'élèvera dans tous les conduits volcaniques qui communiquent avec le réservoir de lave, en supposant que ces conduits ne soient pas obstrués. La pression continuant à augmenter, et la surface de la lave descendant par suite jusqu'en o, une partie de la vapeur s'échappera subitement vers D; il peut en résulter un tremblement de terre, ou même une petite éruption si la lave est déjà montée jusque près de l'orifice f du conduit. Lorsque la surface est aiTivée en d, une autre portion de la Vapeur trouve im passage vers E; mais la grande éruption proprement dite n'a lien que lorsque la lave a été déprimée jusqu'en e, parce qu'alors une partie de la vapeur à haute tension peut tout à coup, de l'espace C, à travers />, s'échapper par le conduit volcanique vers /l Ce conduit, toutefois, n'est pas vide, mais rempli de lave jusqu'à une certaine hauteur, peut-être jusque près de la surface, de sorte que la vapeur doit s'ouvrir un passage à travers la lave. La vapeur et les gaz à haute pression se dilatent ti*ès rapidement et efitrainent avec eux les particules de lave, qui sont rejetées, ou plutAt lancées, en poussière fine. L'action est comparable au tir d'un pistolet ou d'un fusil chargé d'eau: l'explosion divise cette eau en fines gouttelettes. La force de détente des gaz doit avoir été extrêmement grande dans l'éruption du Krakatau, car les particules de cendre ont été projetées à une hauteur de plusieurs dizaines de kilomètres.
Après l'éruption la lave restante descend dans le conduit volcanique et ferme le passage p, de manière que le conduit et l'espaee C sont alors de nouveau séparés l'un de l'autre. Il se reforme de la vapeur, et lorsque la pression est suffisante pour faire baisser le niveau jusqu'en p, une nouvelle éiniption se produit, et ainsi de suite. Si l'espace C, jusqu'au niveau e, est grand par rapport à la capacité du conduit, il peut arriver que la lave soit déjà montée jusqu'en f avant que la vapeur puisse échapper en p\ dans ce cas, la lave s'écoulera paisiblement en /*, et cette éruption de lave ne sera suivie d'une éruption de cendres que lorsque le niveau, dans l'espace C, sera descendu jusqu'en e.
lis
tl parait que cette explication des éruptions de cendres a été donnée pour la première fois par Msnard db la Grote et Moricand (f.B9); une disposition telle que nous Tadmettons ici pour les volcans a déjà été invoquée il y a longtemps pour rendre compte de l'action des Geysers de l'Islande; en ce qui concerne le grand Geyser, toutefois, M. Bunsen, comme on le sait, a proposé plus tard une explication meilleure (flB8).
Récemment, M. Cordenons a donné la même explication des éruptions volcaniques (!.••).
Lorsque, après une ou plusieurs éruptions, il ne reste plus assez de lave pour fermer l'espace C en p, de nouvelles éruptions ne peuvent plus se produire, parce que la vapeur et les gaz s'échappent en p au fur et à mesure de leur formation: c'est la période de l'action des iumerolles.
On conçoit d'ailleurs que des volcans voisins, et qui correspondent à un même réservoir de lave, ne doivent pas nécessairement entrer en activité tous à la fois. A la vérité, si aucune des cheminées volcaniques n'est houchée, la lave, en cas d'accroissement de pression, s'élèvera dans toutes jusqu'à une certaine hauteur; mais, lorsqu'une éruption de cendres a lieu dans le volcan I, en d'autres termes, lorsque la vapeur trouve à s'échapper de C en p, il ne peut pas encore se produire une éruption de cendres dans le volcan il, parce que, le point q étant situé plus bas que p, la vapeur ne peut s'échapper par q. Si toutefois la capacité des cheminées volcaniques est assez petite pour que, avant l'éruption de cendres, la lave puisse se déverser, ce volcan-là agira le premier dont le cratère est le moins élevé au-dessus, du niveau de la mer.
On doit remarquer, enfin, qu'une éruption peut, être avancée, et aussi renforcée, si en p une partie du conduit volcanique inférieur, par exemple le tronçon r, s'écroule; c'est ce qu'un coup d'oeil sur notre fig. 32 fait aisément comprendre.
Si les idées que nous venons d'exposer au sujet de la structure du foyer volcanique et de la théorie des éruptions sont conformes à la vérité, il faut — en admettant que pendant une même série
d'éruplions les réservoirs souterrains ne reçoivent aucun nouvel apport de lave — ou bien qu'il ne se produise que des éruptions de cendres, comme cela a été le cas à Krakatau de Mai en Août 1885, ou bien que les éruptions de cendres succèdent à l'écoulement de lave. Notre théorie trouve certainement un appui dans le fait, bien connu, qu'effectivement les éruptions de cendres annoncent très souvent la fin d'une période d'activité; là même où des éruptions de lave ont lieu latéralement, sur la pente du volcan, elles sont parfois suivies de projections de cendres se faisant par le sommet (IBO*).
Lorsque, toutefois, un nouvel apport de lave vient alimenter le réservoir après une éruption de cendres, celle-ci peut très bien être suivie d'un écoulement de lave. En outre, il est à peine nécessaire de dire, au sujet de cette théorie des éruptions volcaniques, que je ne la regarde nullement comme la seule possible. Je la tiens seulement pour probable dans beaucoup de cas, parce qu'elle explique souvent d'une manière très satisfaisante les phénomènes observés.
Après ces considérations générales, je reviens au Krakatau et aux causes qui peuvent avoir amené la grande éruption de ce volcan.
Les volcans de Sumatra sont situés en partie sur une. fente longitudinale, une ligne légèrement courbe, qui coïncide à peu près avec l'axe longitudinal de l'ile, en partie sur des fentes transversales, qui coupent la direction principale sous des angles divers. Pour les volcans de Java, il en est de même.
Si l'on tire une ligne de Atjeh-hoofd, l'un des points les plus septentrionaux de Sumatra, au mont Tangka (ou Kalambajan des cartes marines), situé sur l'une des trois pointes qui terminent Sumatra au Sud^ savoir, sur la pointe du milieu, cette ligne peut être prise pour axe longitudinal de l'île; sa direction est ISS'/j"— 31872^ donc environ N. 0.— S. E. (1»0).
Joint-on le volcan le plus occidental de Java, le Karang, aux volcans les plus orientaux de l'ile^ savoir, le Wilis, le Keloet, le Kawi et le Semeroe, cette ligne a une direction de 105^.
Les deux lignes se coupent sous un angle d'un peu plus de 35^,
et le point d'intersection coïncide avec le volcan Krakatau lui-même. (Voir la petite carte fig. 5).
Les volcans Radja-Bassa à Sumatra, Sebesi et Krakatau dans le détroit de la Sonde, et Pajoeng à Java, ainsi que les îles Seboekoe et Poeloe Ti^, formées de roches volcaniques, se trouvent sur une ligne à peu près droite, une troisième direction volcanique, qui, par rapport aux deux axes longitudinaux de Sumatra et de Java, peut être considérée comme une fente transversale (f.9fl). Les trois directions se coupent donc précisément à Krakatau, de sorte que ce volcan est situé sur le point où se réunissent les trois foyers volcaniques de Sumatra, du détroit de la Sonde et de Java.
U est probable que ces directions coïncident avec des failles, déchirures de récorce terrestre, suivant lesquelles auraient déjà eu lieu plusieurs fois de petits déplacements des parties contigués. En faveur de cette présomption plaide fortement la circonstance que la mer est plus profonde au S. 0. de Krakatau que dans les autres directions au voisinage de cette île. A l'Ouest de la fente de la Sonde on trouve généralement, sur l'ancienne carte marine hollandaise, des profondeurs de 122 à 144 mètres, à l'Est de cette fente, des profondeurs de 100 à 108 mètres; la pièce comprise entre la fente de Sumatra et la partie sud de la fente de la Sonde parait donc s'être plus affaissée ou moins soulevée que le reste du fond du détroit; les fentes en question représenteraient donc bien réellement des lignes de rejet.
En ce qui concerne la fente de la Sonde, les localités situées dans cette direction, et surtout Java's 1^ Punt, ont subi, dans les dernières années, des tremblements de terre répétés. Le 1^ Septembre 1880, les secousses furent même si fortes en ce point, que le phare en jpierre éprouva de graves dommages. La partie supérieure cassa, pour ainsi dire, et dut en conséquence être démolie plus tard. On ne peut naturellement acquérir aucune certitude quant à la cause de ce tremblement de terre, mais il ne me parait guère probable qu'il ait été occasionné par de la vapeur qui se serait subitement déplacée dans l'espace souterrain. Si cette commotion devait êtrecon-
sidérée comme une éruption préliminaire, qui n'avait pu pénétrer juM|u'à la «urlace, il semblerait que les secousses eussent du devenir de plus en plus violentes jusqu'au moment où commoiça l'éruption véritable, ce qui n'a nullement été le cas. Entre 1880 et 1885, des tremblements de terre ont été ressentis à différentes reprises tant à Java's 1"^ Punt qu'à Ketimbang et à Anjer, mais ils étaient beaucoup plus tûbles que celui de Septembre 1880. Après l'éruption d'Août 1883 eurent de nouveau lieu à Java's 1^^ Punt des tremblements de terre, au moins aussi forts que ceux qui avaient précédé la crise volcanique.
n reste toujours possible que ces secousses soient en relation avec les phénomènes volcaniques de l'espace souterrain, mais il semble^ plus probable qu'on doive les attribuer à d'autres causes, soit à un petit glissement subit de l'écorce terrestre suivant la fente de la Sonde, soit à des effondrements dans l'espace souterrain. Pour ces tremblements de terre très limitésy et lorsqu'on peut difficilement en rendre compte par des actions volcaniques, la théorie des effondrements me parait, en effet, très plausible.
Que le tremblement de terre assez intense du t^' Septembre 1880 ait été produit par un glissement suivant la faille, ou bien par un éboulement, dans les deux cas il a pu en résulter des changements de nature à rendre plus facile l'accès de l'eau au foyer volcanique situé sous le détroit de la Sonde. Si, par exemple, une couche imperméable à l'eau formait le toit de la cavité souterraine, et que cette couche se soit effondrée, l'eau aura pu s'infiltrer à travers les couches perméables ainsi mises à découvert; ou bien, la séparation entre la mer et l'espace souterrain sera devenue, par un mouvement de l'écorce terrestre suivant la faille, moins parfaite qu'elle ne Tétait antérieurement, et cela encore aura permis à l'eau de s'introduire plus rapidement. Dans ces modifications je crois trouver la cause principale de l'éruption du Krakatau en 1883, éruption qui peut-être a été favorisée encore par un refoulement plus énergique, du à des causes qui nous sont tout à fait inconnues, de la lave dans le réservoir sous-jacent au détroit de la Sonde. Le repos biséculaire du volcan
rend probable que durant ce laps de temps l'eau n'a pu arriver qu'en faible quantité au contact des matières fondues: le moteur, la vapeur à haute pression manquait donc. Après cette période, cet état de choses a changé, et au bout de 3 années déjà la pression était devenue suffisante pour déterminer Tune des plus formidables éruptions dont les temps historiques aient été témoins. Les éruptions du 20 Mai au 26 Août n'en furent que le prélude; la vraie crise eut lieu le 26 et le 27 Août.