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Première période

L'activité de notre volcan commença par l'épanchement de coulées d'une lave d'andésite à hypersthène, eu Un point de la fente transversale de la Sonde, décrite au Chapitre IV. Peu à peu fut édiOé un puissant cône, qui finalement doit avoir atteint une altitude beaucoup plus grande que celle du point le plus élevé de l'île actuelle.

De ce cône le plus ancien il n'existe plus que quelques parties; yn vaste effondrement fit disparaître dans les abîmes souterrains la

KRAKATAU II il

partie centrale, qui suivant un calcul modéré doit avoir eu au moins 2000 mètres de hauteur; il resta une couronne plus ou moins circulaire de produits éruptifs — le pied du volcan — que, dans la petite carte fig. 42, j'ai indiquée schématiquement par deux lignes ponctuées concentriques ; les sondages anciens sont trop peu nombreux pour qu'on puisse déterminer partout, au côté intérieur, la forme exacte de l'éboulement.

Dans les profils fig. 34 à 36, une ligne ponctuée indique le contour de Tancien volcan; le cratère doit avoir été situé à peu près au centre du cercle tracé sur la petite carte flg. 42, c'est-à-dire, environ, sinon tout à fait, à la place qu'occupa plus tard le cratère Danan.

Le cercle de produits éruptifs, qui resta après l'affaissement de la masse centrale, ne constituait pas un rempart fermé, s'élevant partout au-dessus du niveau de la mer, mais quelques-unes de ses parties formaient des îles. Avant 1885, on ne voyait, émergeant de l'eau, que trois fragments de ce bord — Verlaten-eiland, Lang-eiland et Poolscbe Hoedje; — après l'effondrement de 1885, une quatrième partie du cirque est devenue visible, savoir, au pied du pic Rakata, à l'extrémité nord-est et est de l'île actuelle. Les couches supérieures du pic recouvrent ces roches plus anciennes en affectant une direction et une inclinaison différente, donc en stratification discordante (Voir la petite carte fig. 45 et la planche coloriée N^". 25 de l'album). Enfin, un haut-fond recouvert de 7 mètres d'eau seulement, et dont l'existence, entre Verlaten-eiland et Lang-eiland, n'a été signalée qu'au mois d'Août 1884, montre que là aussi l'ancien bord se trouve très peu au-dessous du niveau de la mer (Voir la carte fig. 43).

Après le premier effondrement, le volcan avait à peu près le même aspect qu'aujourd'hui (fig. 43), sans les roches du pic, mais avec le Poolscbe Hoedje.

En faveur de cet effondrement plaident: les pentes abruptes par lesquelles la côte descend sous la mer au côté intérieur de Langeiland et de Verlaten-eiland, la faible inclinaison au dehors des coulées de lave de ces iles, et surtout, ainsi qu'on le verra plus loin, le caractère pétrographique propre de ces parties les plus anciennes du volcan.

La cavité circulaire résultée de cet aflaissement a un diamètre d'environ 7 kilomètres, et est donc au nombre des plus grands cratères d^eff rondement du monde.

Le cratère du Tengger, dans l'est de Java, qu'on cite toujours conmie le plus grand de la terre, a été formé exactement de la même manière que les «enfoncements cratériformes" de Krakatau et de Santorin dans l'Archipel grec. Si l'on veut donc appeler simplement «cratère" le plateau presque horizontal du sommet du Tengger, on doit désigner sous le même nom les espaces, entourés d'îles et recouverts par la mer, de Krakatau et de Santorin, et alors le cratère du Tengger n'est certainement pas le plus vaste du monde.

Les dimensions des anciens^ cratères d'effondrement sont les suivants:

Dimensions.

Forme.

Du Krâkatau

7 kilom. en diamètre.

A peu près circulaire.

Du Tengger

8 kil. du N. au S. et

Carrée; la dimension de

de l'O. à l'E.

8 kil. est la diagonale du carré (948^).

De Santorin

67, kil. de l'O. à l'E.,

Allongée (en ellipse irré-

10 kil. du N. au S.

gulière).

Du Pic de Ténériffe

(cirque)

77, kil. du N. au S., 10 kil. de rO. à l'E.

Ovale.

Toutes ces enceintes sont d'ailleurs dépassées de beaucoup, quant aux dimensions, par le cratère d'effondrement du volcan Manindjoe, dans les Hauts-pays de Padang, à Sumatra, cratère qui a une forme irrégulièrement elliptique, le grand axe de l'ellipse (N. S.) mesurant 23 kilomètres, et le petit axe (0. E.), en moyenne, 11 kilomètres. L'espace entouré par la crête a une superficie d'environ 200 kilomètres carrés. Dans cette enceinte se trouve le lac de Manindjoe, qui possède une longueur maximum (N. — S.) de 16600 mètres, une

largeur moyenDe (0. — E.) de 6000 mètres, et une superficie de 100 kilomètres carrés (948**).

C'est là, parmi les volcans mesurés exactement, le plus grand cratère d'effondrement connu; celui du lac de Toba, dans la partie nord de la résidence Tapanoeli, à Sumatra, est probablement encore plus vaste, mais jusqu'ici on n'a fait le levé que du bord méridional du lac.

Roches des premières éruptions de cette période.

La masse principale de l'ancienne enceinte consiste en bancs épais d'une andésite à hypersthène, de couleur grise, devenant gris-brunâtre par altération sous . l'influence de l'air ; entre ces bancs ne sont pas intercalés des couches de matières meubles. La roche a le plus souvent une pâte terne, lithoïde; au côté ouest seulement de Lang-eiland j'ai trouvé, en 1880, quelques roches vitreuses foncées, formant des plaques minces, qui paraissaient alterner avec les bancs beaucoup plus épais d'andésite pierreuse. L'îlot Poolsche Hoedje était entièrement composé de ce beau verre noir-verdâtre foncé, qui par contre ne fut rencontré ni à Verlaten-eiland, ni au pied du pic Rakata; ce verre n'existe donc qu'en très petite quantité et a probablement été formé lors d'une éruption particulière, très bornée.

Les bancs de lave qui se voient au côté intérieur de Verlaten-eiland et de Lang-eiland, où ils se dressent en parois abruptes et nues jusqu'à une hauteur de 50, 80 et même 100 mètres, ne montrent, de haut en bas que très peu de variété; tant par cette uniformité du caractère pétrographique, que par l'absence de couches intercalaires désagrégées, — qui indiqueraient une ancienne surface couverte de végétation et décomposée, — ces laves donnent l'idée d'un ensemble unique, résultat d'une succession d'éruptions qui n'auraient pas été séparées par de longs intervalles de temps. Elles sont partagées par des joints de stratification en bancs de plusieurs mètres d'épaisseur, et elles présentent en outre un grand nombre de fissures dirigées parallèlement aux joints de stratification et divisant la lave en plaques minces, de 1 centimètre d'épaisseur et moins,* fissilité qui est très caractéristique pour cette lave. Ces fissures ne sont pas les surfaces

limites ou les joints de coulées de lave qui se seraient recouvertes les unes les autres, mais elles ont évidemment été formées lors du refroidissement et de la contraction de la masse; leur cours est ordinairement un peu sinueux, elles se ramifient fréquemment et çà et là elles coupent même transversalement des cristaux de feldspath, ainsi qu'on peut le voir, au microscope, sur des lames minces taillées perpendiculairement aux fissures. Les fissures elles-mêmes ont une colora tfon en rouge-briqué", due à une mince croûte altérée, et elles sont en outre entièrement remplies de très jolies lamelles limpides de tridymite, de sorte que la surface des plaques de lave brille comme si elle était couverte de givre. Ce dépôt de tridymite dans les fissures de la roche se rencontre surtout à Verlaten-eiland ; à Lang-eiland, la lave, également en plaques minces, renferme de nombreuses cavités, ce qui est aussi le cas au pied du Rakata, et ces cavités sont, presque sans exception, entièrement tapissées de magnifiques lamelles de tridymite, qui brillent du plus vif éclat; la plupart des cristaux sont limpides, dans quelques cavités seulement ils ont été colorés en rouge brun par une infiltration postérieure d'oxyde de fer hydraté. En 1880, dans ma description du Sud de Sumatra (944), j'avais déjà appelé l'attention sur ce minéral, qui dans notre Archipel a été rencontré pour la première fois, en cristaux macroscopiqxies, dans les cavités de la lave en plaques de Lang-eiland. La tridymite est presque entièrement limitée aux cavités et aux surfaces des fissures, et ne prend du reste qu'une très faible part à la composition de la roche. L'andésite ancienne à hypersthène est le plus souvent très riche en tridymite; quelques bancs seulement de lave compacte de Verlateneiland sont un peu plus pauvres en ce minéral. Bien que des cristaux de tridymite aient été rencontrés aussi dans certaines roches plus jeunes du volcan, ce minéral n'y existe jamais qu'en proportion très restreinte, et l*abondance de tridymite macroscopique peut très bien être regardée comme une propriété caractéristique de la plus ancienne andésite à hypersthène. En conséquence, nous donnerons dorénavant à cette roche, pour la distinguer des andésites plus récentes, le nom de roche à tridymite.

Boche des dernières éruptions de cette période.

Sur les coulées supérieures de la lave compacte à tridymite s'étend, aux côtés N. E. et E. de Krakatau, une couche de 2 à 3 mètres d'épaisseur de déjections meubles à g^ins fins — cendre décomposée et sable — contenant des lapilli de la grosseur du poing, couche qui a exactement la même direction et la même inclinaison que les couches de lave sous-jacentes, mais qui est recouverte en stratification discordante par les couches basaltiques dont l'île de Krakatau est en grande partie composée.

Les lapUli, qui ont donc manifestement été émis par le même point que ' les courants de lave ancienne, consistent également en andésite à hypersthène. La démarcation entre cette couche et la lave cohérente sur laquelle elle repose se reconnaît déjà à une certaine distance, à la couleur plus claire de la plaque supérieure de cette lave, qui tranche auprès du jaune et du brun jaunâtre des couches de lapilli, lesquelles à leur tour tranchent sur les couches postérieures par la teinte plus brune de ces déjections basaltiques.

A la fin de notre première période, l'épanchement de coulées de lave a donc fait place à Téjaculation de matières meubles, mais rien n'indique si ces deux phases d'activité se succédèrent à peu d'intervalle, ou si elles furent séparées par un long espace de temps. Il n'est pas tout à fait impossible que le grand affaissement central ait eu lieu entre les deux événements, et que les couches de lapilli n'aient donc été formées qu'après l'effondrement.

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