Deuxième période
Après que l'ancien volcan Krakatau se fut effondré, ne laissant debout que l'enceinte volcanique qui existe encore aujourd'hui, et en outre après que se furent formées les couches de lapilli dont il a été question plus haut, — car celles-ci peuvent être plus récentes que l'effondrement, — une nouvelle éruption, qui recouvrit entièrement la plus méridionale des quatre îles ci-dessus nommées, eut lieu à l'extrémité sud du volcan, en dehors du cercle des produits anciens. Les nouveaux produits furent donc amenés au jour par une éruption latérale ou éruption de flanc; tant sous le rapport pétrographique
qu'au point de vue chimique ils se distinguent nettement des autres roches du Krakatau, car ils contiennent des cristaux d'olivine visibles à l'oeil nu et appartiennent aux basaltes, c'est-à-dire à des roches beaucoup plus basiques que notre lave andésitique. De ces roches fut successivement édifié, jusqu'à une hauteur de 832 mètres, le pic •Rakata, le point le plus élevé du groupe de Krakatau, tel que nous l'avons connu.
Dans l'effondrement de 1883, la montagne fut coupée presque verticalement par le milieu, de sorte que la structure interne de ce volcan basaltique a été admirablement mise à découvert (Planche 25 de l'album). Quand on se trouve au nord de la paroi à pic, on voit à gauche — donc à l'est — apparaître au pied de la montagne, sous les couches basaltiques et en discordance avec elles, les bancs massifs de la roche ancienne à tridymite et les couches de lapilli qui les recouvrent.
Plus haut, et jusqu'au sommet, le volcan consiste en un système de couches concordantes de cendres et de lapilli basaltiques, alternant avec des coulées de basalte compacte et traversées de nombreux filons. Toutes les couches, à partir de quelque point situé sous le sommet, s'inclinent à gauche et à droite, l'inclinaison diminuant à mesure qu'on s'éloigne du sommet — le milieu — de la montagne; la coupe est symétrique par rapport à la verticale abaissée du sonunet, ce qui indique que le cratère doit avoir été situé dans un plan vertical passant par le sommet du cône. Toutefois, on ne voit pas de conduit de cratère, bien que la planche 25 pût faire présumer le contraire; cette planche rend l'aspect que la paroi abrupte présentait au mois d'Octobre 1883. Au mUieu, sous le sommet, il y avait alors, prove* nant de la dernière éruption, beaucoup de cendre humide gris foncé, qui avait dégoutté le long de la paroi, et en outre un enduit de ^ soufre, de couleur jaune ; il en résultait qu'à une certaine distance on croyait voir un étroit conduit, lequel toutefois n'existait pas, ainsi qu'on le reconnut bientôt.
Lorsque, au mois d'Août 1884, je visitai de nouveau Krakatau, Teffritement récent de la roche et l'action des pluies avaient fait
disparaître renduit de cendre, de sorte que les couches et les Blons s'apercevaient beaucoup plus distinctement que la première fois. Juste sous le sommet, on voit maintenant un large filon pierreux à peu près vertical, qui coupe les couches basaltiques depuis le niveau de la mer jusqu'aux ^s de la hauteur de la montagne, où il se termine par un gros renflement lenticulaire. L'épaisseur de ce filon, formé d'andésite à hypersthène, est vers le bas d'environ 2 mètres, vers le haut d'environ 1 mètre.
Entre ce filon et le Zwarte Hoek — l'extrémité ouest de l'ancienne île (voir la carte fig. 1), — on remarque plusieurs filons plus étroits, d^ V4 ^ Vs d® mètre d'épaisseur, tous composés de basalte et qui, le plus souvent dans une direction fortement inclinée ou même verticale, quelques-uns sous une inclinaison plus faible, coupent les couches basaltiques, parfois jusqu'à une hauteur considérable. Dans la roche sous-jacente, à tridymite, je n'ai pas observé de veines, mais par contre j'ai rencontré quelques blocs de cette roche dans le basalte.
J'ai cherché, avec tout le soin possible, à déterminer la situation du cratère du Pic, sans avoir réussi jusqu'ici à obtenir une entière certitude à cet égard. Le cratère n'a pas été coupé par l'effondrement, mais la position des couches ne montre pas distinctement s'il se trouve au sud de la paroi, ou bien s'il était situé au nord et a été englobé dans l'effondrement. Dans le premier cas, les couches mises à découvert sur la paroi abrupte doivent posséder en leur milieu, sous le sommet, une inclinaison au nord, dans le second cas une inclinaison au sud; par rapport à une personne qui est placée au nord de la paroi et qui la regarde, ces couches doivent donc plonger, dans le premier cas, vers robservateur, dans le second, du côté opposé. Malheureusement les têtes seules des couches sont à découvert, et ces têtes ne peuvent rien nous apprendre quant à l'inclinaison.
L'éboulement au côté est ne donne pas non plus d'issue, c^r il ne coupe que le pied du volcan ; si cette coupure, dirigée du N. au S., passait plus à l'ouest, près ou au travers du cratère (en d'autres termes, si du Pic il était resté non pas la moitié, mais seulement le quart), la question naturellement serait résolue.
n n'y avait donc d'autre ressource que de chercher, au sommet du Pic, une ouverture de cratère. Au côté postérieur de la montagne, un peu au-dessous du sommet, on trouve eflectivement un léger enfoncement, qui marque peut-être la place de la bouche volcanique; mais, en Octobre 1883, le revêtement de cendres était trop épais et les roches sous-jacentés par suite trop peu visibles, pour qu'il fût possible de rien décider à cet égard. D'ailleurs dans un volcan dont l'activité a cessé et qui au sommet est composé de imlxères meubles, il n'est pas rare que la cavité du cratère soit entièrement remplie de cendres et de lapilli, détachés des parois par émiettement ou par érosion ; circonstance qui, même dans les cas ordinaires, rend l'oriGce difficile à reconnaître. Au reste, plus tard, j'espère pouvoir visiter encore une fois ce point.
Dans les profils fig. 34, 36 et 37, le cratère a été supposé exister encore. C'est là aussi l'hypothèse la plus plausible, parce que la composition chimique du basalte diffère beaucoup de celle des andésites à hypersthène, et qu'il n'est donc pas probable que le cratère du Pic débouchait dans le grand réservoir central de la lave, lequel parait avoir toujours contenu un magma assez acide; de la manière indiquée par les profils, on peut très bien se représenter le Pic en communication avec un réservoir particulier, dans lequel se trouvait une lave plus basique.
Quoiqu'il en soit, la coupe montre clairement, par la position des couches, que l'effondrement a eu lieu très près du cratère et a donc mis à nu environ le centre du volcan. Cela nous permet de constater ce fait géologique intéressant, qu'il n'existe, dans ce volcan, ni cavité, ni noyau solide, d'une étendue un peu considérable.
Le Pic était jadis un cône aigu, sans cratère à bord effondré. Or, la fusion de la partie interne des manteaux volcaniques devant être regardée comme la cause des effondrements, il me parait assez probable que les volcans à effondrement central sont les seuls dans lesquels une partie importante des matières intérieures ait été fondue, tandis que, chez les volcans qui persistent à l'état de cônes réguliers, cette liquéfaction n'a pas eu lieu, ou ne s'est produite que dans une faible mesure.
Il ne sera pas facfle, toutefois, de s'assurer si cette règle trouve une application générale, car les coupes de volcans, aussi instructives que celle du Krakatau, resteront toujours extrêmement rares.
Les coulées de basalte, qu'on voit entre les couches de matières basaltiques meubles, sont souvent épaissies en forme de lentille et présentent çà et là des renflements bizarres, par suite d'un obstade temporaire au mouvement des matières fluides. A leurs laces supérieure et inférieure les coulées possèdent une croûte poreuse, due au dégagement des gaz inclus, et ordinairement devenue rouge-brique par altération. La partie interne des coulées est compacte et fraîche. Leur épaisseur, abstraction faite des renflements, varie en général de ^3 à 72 iiiètre ; celle des couches de lapilli oscille entre ^4 ^^ mètre et 2 mètres.
Pour ce qui concerne enfin la substance elle-même, les coulées, les lapilli et les filons paraissent tous être composés de la même espèce de basalte à feldspath. L'une des veines seulement renferme, comme élément accessoire, de la mélilithe, minéral qui manque dans tous les autres échantillons, très nombreux, que j'ai examinés.